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En France, si vous saviez...

«AC !» : C’est encore petit, mais l’espoir est immense

Cahiers du féminisme, n° 69, été 1994 · p. 3 · 450 mots

Le chômage, tout le monde connaît : les derniers chiffres publiés par le ministère du Travail font état de 3 325 800 demandeurs d’emploi (en données corrigées) fin avril ; 12,1 % de la population active seraient au chômage en France, une augmentation d’un point en un an 1 ! Cependant, comme l’a montré une enquête du CERC, il y a au moins cinq millions de personnes en situation de précarité professionnelle, qu ’elles soient au chômage ou en errance, entre les stages et les petits boulots, et près de sept millions de personnes qui, tout en ayant un emploi stable, sont en « situation de fragilité économique et sociale 2 ».

Le chômage et l’exclusion, ce ne sont pas seulement des statistiques 3. Ce sont des hommes et des femmes dont la vie vacille sous le poids des difficultés quotidiennes. C’est pourquoi ces marches contre le chômage impulsées par le mouvement « Agir ensemble contre le chômage ! » prenaient valeur de symbole. Après de longues années de discours des dirigeants de la droite et de la gauche sur la « crise inévitable », un mouvement décidait d’« agir » et de retisser des liens de solidarité entre salariés et chômeurs, entre les syndicalistes et tous les autres, mais aussi entre jeunes et plus âgés, hommes et femmes. Parmi les chômeurs, on oublie bien souvent que les femmes sont majoritaires et qu ’elles sont plus gravement touchées : le taux de chômage des femmes est de 13,3 %, celui des hommes de 9,4 %. Les femmes sont également plus nombreuses que les hommes parmi les chômeurs de longue durée 4.

Début avril, donc, est partie de Carmaux l’une des cinq marches contre le chômage. Pendant deux mois, environ cent cinquante marcheurs permanents ont sillonné la France pour exiger des mesures d’urgence en faveur des chômeurs et une baisse massive du temps de travail, sans aggravation des conditions de vie et de travail des salariés. En bout de course, vingt mille personnes manifestaient le 28 mai à Paris, conscientes que cette initiative marquait un premier succès face au silence des médias, mais que l’on ne pouvait pas s’en contenter.

Nous avons voulu savoir qui a participé à ces marches et comment elles se sont déroulées. Pour cela, nous avons sollicité nos correspondantes de province qui, elles-mêmes, ont fait un bout de chemin avec les marcheurs, comme Nathalie, de Toulouse, ou Françoise, de Lyon. Nous avons discuté également avec Claire Villiers, secrétaire nationale CFDT à l’ANPE et animatrice nationale d’« AC ! ». Tous ces entretiens ont eu lieu avant la manifestation de Paris et avant que les collectifs d’« AC ! » ne tirent leur propre bilan le 11 juin.

Notes

  1. 1. Le Monde, 1er juin 1994.
  2. 2. Cette enquête du Centre d’étude des revenus et des coûts (centre récemment démantelé par le gouvemement), ;est-disponible à la
  3. Documentation française (Document du CERC n° 1 09). Le Monde du 25 février 1 994 en a rendu compte. ~ ' ' ;
  4. 3. Sur les vrais chiffres du chômage, voir Données et Arguments, publication d’AC !, éditions Syllepse. vàiu
  5. 4. Premiers résultats de l’enquête emploi de mars 1993, publiés par l’INSEE, n° 266, juin 1993.

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