La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En France, si vous saviez

Elections européennes : Antoinette Fouque, une femme dans le vent ?

· Cahiers du féminisme, n° 69, été 1994 · p. 19 · 570 mots

Antoinette Fouque aime les voyages. C’est pourquoi elle a décidé d’être députée européenne, coûte que coûte. Elle était donc candidate sur la liste Energie radicale, dirigée par Bernard Tapie. Les voies de l’opportunisme sont infinies et Antoinette Fouque les a déjà empruntées depuis plus de dix ans !

Rappelez-vous : dans les années soixante-dix, Antoinette Fouque invitait les femmes à se libérer, en chassant le phallus de leur tête, ascèse qui ne tolérait aucun commerce avec la gente masculine. A cette époque, la fondatrice des Editions des femmes fustigeait les féministes qui prétendaient troubler le jeu politique traditionnel en interpellant le monde politique (les femmes n’appartenaient pas soi-disant à ce monde, elles relevaient d’un « ailleurs »). Mais, en 1981, elle n’hésita pas à apporter son soutien inconditionnel au candidat Mitterrand, dès le premier tour des élections présidentielles. Antoinette Fouque venait de découvrir son premier homme providentiel ! Entre-temps, elle s’était approprié le sigle « MLF » en le déposant comme une marque commerciale. A. Fouque était devenue une vraie chef d’entreprise qui avait assimilé toutes les règles de la guerre commerciale. Ne vous y trompez pas ; malgré son sens des affaires, A. Fouque avait gardé une grande sensibilité : elle fut très émue en effet quand elle fut décorée de la Légion d’honneur par le pouvoir... mâle ; elle fut très « émue » également par la guerre contre l’Irak au point d’ailleurs d’exprimer... non son indignation contre les bombardements visant la population civile irakienne, mais son espoir de voir gagner la coalition dans la guerre contre l’Irak, au nom de la démocratie {Libération du 13 février 1991) !

Aujourd’hui, elle rallie la liste de Bernard Tapie au nom de la « fidélité » à ses « engagements ». Lesquels ? la recherche effrénée d’un nouvel homme providentiel susceptible de lui offrir un strapontin, dans une assemblée dépourvue de tout pouvoir réel ?

Extrait du Canard enchaîné du 18 mai 1994

Faim de carrière

Tapie ne lui aurait rien demandé en échange de sa présence sur sa liste, rien... sinon sa caution à un discours démagogique destiné à capter les voix d’une jeunesse ou d’une population en plein désarroi. Rien sinon son témoignage de bonne moralité : Tapie n’aurait jamais tenu, selon Antoinette, « de propos misogynes, agressifs ou grossiers sur les femmes » mais, comme dit l’autre, « sur les femmes, non. Sur les gonzesses, peut-être » {le Canard enchaîné du 18 mai 1994). A. Fouque prétend enfin défendre ainsi les mouvements sociaux « marginalisés » par le PS. Mais aucun mouvement social n’a besoin d’une femme ou d’un homme providentiel, surtout quand ce der- nier a profité du système jusqu’à la corde, qu’il a construit sa fortune en licenciant des milliers de salariés comme ceux de Manufrance, et qu’il a tout fait pour soustraire sa richesse au contrôle du fisc.

Cette opération Tapie-A. Fouque serait tout simplement ridicule si elle ne témoignait plus gravement d’une décomposition de la vie politique en France dont sont largement responsables les dirigeants du PS et si elle n’était pas l’aboutissement d’une dérive opportuniste de la campagne menée sur le thème de la parité : au nom du bien-fondé de la présence des femmes dans la vie politique, certaines n’ont pas hésité à aller nicher leur « différence » et... leurs ambitions sur des listes dont le seul mérite est de leur offrir une place : peu importe le programme, pourvu qu’on ait l’ivresse du... pouvoir.

Josette Trat

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