J’ai rencontré pour la première fois Nathalie dans les réunions à Lyon. Elle s’était impliquée dans la préparation des assises « AC ï » de janvier à Paris. Dans l’équipe d’animation de Lyon, elle était trésorière. Lyon devait prendre en charge la marche de Bollène à Mâcon, du 23 avril au 5 mai.
Au cours des réunions, Nathalie ne faisait pas partie des « leaders » mais, dès son arrivée à Bollène, c’est elle qui a pris la parole pour essayer t de dépasser les conflits du moment et organiser le relais entre l’équipe précédente et celle qui reprenait le flambeau pour accompagner les marcheurs permanents.
Depuis lors, elle est devenue une des responsables, reconnue par tous, animant le service d’ordre, assurant la trésorerie de tous les jours. Après Mâcon, constatant que l’équipe de Bourgogne était plus faible que celle de la région Rhônes-Alpes, Nathalie a décidé de continuer et d’aller jusqu’à Paris. C’est pourquoi j’ai eu envie de l’interviewer comme une femme qui a défendu la place des femmes dans cette marche, comme une femme dont l’engagement a forcé l’admiration de tous, même si elle reste modeste. Nathalie a trente ans, deux enfants de sept et quatre ans ; son compagnon est également engagé dans « AC ! ».
♦ Tu es une des rares femmes de l’équipe d’animation de Lyon. Pourquoi as-tu fait le choix de participer au collectif d’« AC ! » ?
Nathalie -Avant de rentrer à « AC ! », j’étais syndicaliste CFDT à l’ANPE, élue du personnel ; j’ai eu également un mandat de secrétaire régionale Rhône-Alpes CFDT-ANPE. Participer à « AC ! », c’était pour moi l’occasion d’expérimenter une autre forme de militantisme que celui pratiqué sur une boîte, un militantisme débarrassé de tout nombrilisme et tourné vers l’extérieur.
♦ Avant cela, avais-tu déjà participé à d’autres mouvements ?
N. -Non. Je n’ai jamais eu d’engagement dans un parti ou une autre association. Je n’ai participé qu’aux actions contre le CIP, cette année. C’est Claire Villiers, secrétaire nationale de la CFDT-ANPE, qui nous a sensibilisées, nous a donné envie de connaître « AC ! » et de nous y engager. C’est pour cela que j’ai pris contact à Lyon avec les cheminots CFDT, le CRC dans la santé, la FSU, pour créer un collectif.
♦ C’est la CFDT-ANPE qui a féminisé l’équipe d’animation d’« AC ! » ?
N. -Oui, mais deux nanas, c’est insuf-j Lisant, et j’en suis d’autant plus consciente depuis que j’ai participé à la i marche. Les femmes ont un rôle clé | comme femme, comme copine, « assistante sociale », « maman » ; c’est nécessaire, même si c’est lourd à porter et, parfois, même contradictoire avec l’image des femmes que l’on veut donner : on apporte quelque chose que les copains SDF de la marche n’avaient plus connu depuis longtemps. Les femmes, dans la marche, ont donné une autre dimension. U y a trop de stéréotypes sur le militantisme ; les femmes ont apporté une dimension féminine et même féministe qui change l’image du militantisme. \
♦ Tu as maintenant une place de responsable, de leader...
N. -Oui, je fonctionne beaucoup à l’affectif dans le militantisme. Cela m’a ouvert des portes et cela m’a beaucoup aidée à être acceptée. Cela a aidé l’équipe d’animation et, dans la marche, a permis d’avoir le contact avec des gens qui fonctionnent parfois dans l’opposition. Si je me compare aux autres copains responsables de Lyon, être femme m’a rendu plus facile la communication avec l’ensemble des marcheurs. Les marcheurs permanents m’ont témoigné beaucoup de respect et de reconnaissance, dont les autres copains n’ont pas toujours bénéficié.
♦ Quel bilan tires-tu de la place des femmes dans la marche ?
N. -Dans la région Rhône-Alpes, il n’y a pas eu beaucoup de femmes qui ont marché, mais elles ont été très nombreuses dans l’organisation des relais, des débats, des accueils. Depuis Mâcon, il n’y a pratiquement aucune femme dans les collectifs locaux, et cela me gêne. On n’a rencontré que des hommes. On dirait qu’il n’y a plus de militantes femmes « AC ! ». Dans cette marche précise, on est huit femmes sur cinquante marcheurs.
♦ Dans cette marche, les femmes prennent-elles la parole ?
N. -Nous sommes deux à prendre la parole : une jeune de Toulon et moi-même. Mais ni l’une ni l’autre ne sommes intervenues sur cette dimension-là. Les autres femmes ne se sont pas exprimées. Moi, j’ai pris la parole en tant que représentante d’« AC ! » et pas en tant que femme. La dimension féminine, je la mets directement en pratique dans le cadre de la marche, mais je n’en fais pas une question particulière dans les meetings. Mais, ensuite, il faudra développer la dimension féminine.
♦ Est-ce que tu penses que la question du chômage des femmes a été reprise dans « AC ! » et dans le cadre de la marche ?
N. -Non, cette dimension n’a pas été bien reprise. La parole des femmes n’a pas été suffisamment présente dans « AC ! ». On n’avait pas non plus mesuré l’importance du problème de l’exclusion. Si on l’avait réalisée plus tôt, on aurait pu s’organiser autrement et intégrer plus de femmes.
♦ Est-ce que cette dimension est reprise dans les articles de presse ?
N. -Je n’ai vu aucun article sur la place des femmes dans cette marche. Ce
Tu sais toi comment créer des emplois ? Faut demander à Dieu, il a tout crée
chômage des femmes et, surtout, du militantisme féminin qui n’apparaît jamais dans la presse. Or, depuis Bollè-ne, les femmes ont fait un gros boulot, c’est dommage que cela n’apparaisse pas.
♦ Avez-vous eu des échanges entre femmes à propos de la marche ?
N. -Il y a une solidarité spontanée, mais on n’en a pas parlé. C’est une marche très masculine à tous les niveaux : des chômeurs, des collectifs, des associations, des SDF, des organisations, des syndiqués. Parmi les personnes SDF, il n’y a qu’une femme qui marche avec nous.
Mais c’est vrai que les femmes exclues, on ne les voit nulle part. Je crois que les femmes réagissent avant qu’il ne soit trop tard et ne veulent pas franchir le pas d’être à la rue. Ce doit être mille fois pire d’être femme et à la rue.
♦ Comment arrives-tu à tout gérer ?
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♦ Au niveau national d’« AC ! » ?
N. -J’ai reçu un soutien énorme qui me met mal à l’aise. Il y a plus qu’une reconnaissance, il y a une admiration des copains des collectifs qu’on rencontre au fil de la marche : cela les épate qu’une nana tienne le choc. Sur le plan national, « AC ! » a bien enregistré l’importance de la dimension féminine pour la marche, et nous aide dans ce sens.
Notes
- Propos recueillis par Françoise, militante à Lyon, pendant la marche