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Féministe et révolutionnaire en Colombie. Interview de Socorro Ramirez, candidate aux élections

· Cahiers du féminisme, n° 7, décembre 1978 - janvier 1979 · p. 28-33 · 4 398 mots

Entretien avec Socorro Ramirez.

Socorro Ramirez est membre de la direction du P. S. R. (parti socialiste révolutionnaire), section sympathisante de la IVe Internationale en Colombie.

Avec elle, le pays a connu sa première candidate féministe à une élection présidentielle. Socorro a aujourd’hui 27 ans, et déjà sept ans d’engagement politique et de vie militante.

Elle a participé activement au mouvement étudiant colombien des années 71-72. Dès 1971, avec d’autres camarades, elle fonde « Diario Latino » qui s’intégrera par la suite au « Bloque Socialiste », organisation qui évoluera dans sa majorité vers les positions fondamentales du trotskisme. De là naîtra le Parti Socialiste des Travailleurs, puis tout dernièrement le P. S. R., produit de nombreux débats, clarifications, scissions mais aussi unifications des marxistes-révolutionnaires colombiens.

Devenue institutrice, Soccro dirige un mouvement très important de grève et est élue vice-présidente de la FECODE, fédération colombienne des travailleurs de l’éducation, qui regroupe envrion 200.000 syndiqués.

Elle occupe toujours aujourd’hui cette responsabilité, bien qu’ayant été licenciée de son travail par le gouvernement. De plus en plus impliquée dans la vie politique nationale colombienne en tant que dirigeante de syndicat et de parti politique, elle a été membre du Comité National préparatoire du « paro civico nacional » (grève générale) de septembre 77 . Féministe de longue date, elle considère comme indissociable le combat pour le socialisme et celui pour la libération des femmes. Elle fut partie prenante des premières tentatives d’organisation de femmes de manière autonome et a participé à de nombreuses rencontres et débats sur l’oppression et les luttes des femmes.

Mais il ne s’agit pas seulement là d'une position individuelle. Le P.S.R. dans son ensemble, et malgré les difficultés dont parle Socorro dans l’interview, est largement impliqué dans le développement d’un mouvement des-femmes en Colombie.

La candidature de Socorro aux dernières élections présidentielles (juin 78) s 'est faite sur un programme marxiste-révolutionnaire intégrant pleinement les questions féministes. C'est plus particulièrement de cet aspect de sa campagne électorale que nous avons parlé.

mbie

La montée des luttes des travailleurs

H. — Pour que lectrices et lecteurs puissent mieux comprendre les pro-blêmes que nous allons aborder, peux-tu avant toute chose nous faire un bref résumé de la situation en Colombie ?

S. — En Colombie on est en train de vivre une situation politique très importante, où l’on assiste à une montée des luttes des travailleurs et de la classe ouvrière. Même si cela ne met pas en instabilité totale le régime, cela crée une situation de transition vers une généralisation du mouvement de masse qui a déjà commencé à faire ses premières armes dans une centaine de grèves en 77, et une cinquantaine d’arrêts généralisés du travail au niveau de régions. La grève générale de 24 heures, (« paro civico nacional »), de septembre 77 fut le moment le plus important de cette montée. De même, en 78 eut lieu un important mouvement des fonctionnaires à l’échelle nationale, qui s’opposait à la volonté de l’état de mettre fin à certains droits acquis par les travailleurs. De même il y eut des conflits dans les secteurs des banques, de la santé, de la production alimentaire...

Tous ces mouvements ont combattu la politique laborale et salariale de Lopez, l’ancien président, qui voulait faire porter aux travailleurs le poids de la crise économique et les conséquences négatives de la fructueuse spéculation sur le café qui a profité aux seuls capitalistes.

Le gouvernement de Lopez a été le fidèle défenseur des intérêts des grands financiers et exportateurs, qui à partir de la sur -exploitation la plus aberrante ont amassé de juteux profits. Des universtiés èt des hôpitaux sont fermés, le coût de la vie les impôts, augmentent à un rythme accéléré, mais en même temps le gouvernement et son cabinet s’enrichissent démesurément au dépens du budget public à partir de plans économiques favorables à la bourgeoisie. La corruption est généralisée dans les sphères gouvernementales. Le commerce des drogues et des stupéfiants à renforcé le pouvoir d’une « classe montante » et augmenté l’inflation, devenue incontrôlable.

Toutes les pétitions présentées par les quatre centrales ouvrières, regroupées dans le « Conseil national syndical », qui a unifié les forces des travailleurs sur les revendications les plus urgentes, se sont heurtées au refus du président et des patrons : refus d’augmenter les salaires pour compenser la hausse du coût de la vie, refus de bloquer les prix des articles de première nécessité, et au contraire, augmentation du prix des transports, des aliments de base, alors que le chômage se développe. Ils maintiennent l’état de siège, accroissent la répression, les licenciements massifs, ils emprisonnent, voire assassinent, les dirigeants, militarisent la vie urbaine et ils bafouent à tous les niveaux les conventions collectives.

Le « Front National », qui scellait l’accord entre libéraux et conservateurs pour garder aux deux partis le monopole politique par l’alternance au pouvoir et le partage paritaire de la bureaucratie d’état, est aujourd’hui terminé laissant le bipartisme en crise. Par des programmes qui ont ouvert une brèche de plus en plus grande entre les nécessités, la misère, le désespoir des masses, et des plans économiques capitalistes, largement pro-impérialistes, qui au lieu d’apporter des remèdes amplifient la misère, les deux partis se sont considérablement éloignés des masses.

Les élections de juin 78 ont illustré cette situation : le bipartisme n'a mobilisé qu’une clientèle politique acquise à partir des fonds publics, de l’achat des votes, de la corruption... et il y a eu 65 % d’abstentions ! Ce furent les élections les plus militarisées depuis 20 ans. Les mécanismes électoraux de notre pays ont été fait pour favoriser le bipartisme, et la concurrence frauduleuse, qui commence après le scrutin, est justifiée et voulue par la bourgeoisie. Il s’agit d’une démocratie bourgeoise extraordinairement piégée, basée sur un système électoral vicié, anachronique.

"Nous avons fait des élections une tribune des conflits ouvriers"

Sachant tout cela, nous avons néanmoins participé à ces élections, nous les marxistes-révolutionnaires de la IVe Internationale, pour lutter pour l’indépendance politique des travailleurs, face à leurs patrons, aux partis et programmes bourgeois, auxquels nous avons opposé des candidats des travailleurs.

Nous avons parcouru tout le pays pour présenter le programme socialiste, avancer la perspective d’un gouvernement ouvrier et paysan dans une Colombie socialiste. Nous avons combattu les projets de la bourgeoisie à partir des propositions du mouvement ouvrier. Nous avons fait de notre participation électorale la tribune des conflits ouvriers, des grèves, de la solidarité avec les travailleurs en lutte. C’est ainsi que nous avons continué la lutte réalisée par le mouvement de masse et que nous avons avancé dans le combat pour l’indépendance politique de la classe ouvrière.

interview

H. — Dans cette campagne électorale, tu n’as pas été seulement la porte-parole de ton parti : ta candidature était soutenue par un front, « la unidad obrera y socialista » (UNIOS). Que représente UNIOS, et quels furent les principaux axes de la campagne ?

S. — Cest après le lancement de la campagne des marxistes-révolutionnaires, pour l'indépendance de classe des travailleurs, et la proclamation de ma candidature en septembre 77, que se forma en décembre de la même année UNIOS, Unité Ouvrière et Socialiste, avec toutes les organisations socialistes du pays (1 ). Dans la plupart des régions se réunirent des « conventions ouvrières et socialistes » avec une large assistance de travailleurs et de militants socialistes. Ges conventions, en plus de discuter de la plate-forme électorale qui devait être approuvée par la convention nationale, ont élu démocratiquement les candidats aux « corporations publiques » dont les élections ont eu lieu en février 78. Pendant ce temps, plus d’une centaine de meetings se sont tenus, sur les places publiques, aux sièges des syndicats, dans les universités, les assemblées de grévistes, aux portes des usines et des lieux de travail.

L’axe central de la campagne, concrétisé dans le choix des candidats, a été l’indépendance politique des travailleurs, ce qui a impliqué le rejet de toute alliance avec des représentants de la bourgeoisie et du patronat. Alors que la bourgeoisie disait que c’était un ami des patrons qui allait gouverner, nous avons montré que nous n’avions confiance qu’en la force des travailleurs. Nous les avons appelés à lutter pour un gouvernement des travailleurs qui fasse de la Colombie une patrie socialiste, qui ait à tout point de vue une conduite fermement anticapitaliste, et par là-même profondément anti-impérialiste.

De même, la plate-forme défendue pendant la campagne reprenait les besoins les plus pressants des travailleurs et des masses exploitées et opprimées. Nous avons fortement appuyé les mots d’ordre qui furent à l’origine de la grève générale et qui constituent le cahier de revendications, commun des centrales ouvrières. Nous avons appelé les travailleurs à s’organiser pour imposer une solution aux besoins urgents de la population que les capitalistes sont incapables de satisfaire puisque avant tout ils recherchent le profit. Besoins tels que l’éducation, la santé, l’habitat, le droit au travail, à la stabilité de l’emploi.

Nous avons aussi combattu pendant la campagne les projets de la bourgeoisie de mettre en place une petite assemblée constituante de poche. Non seulement nous avons appelé les travailleurs à la refuser, mais encore à exiger une véritable constituante, ayant un contenu démocratique et populaire, qui prendrait en charge les besoins vitaux des masses, la situation de crise du pays, s’opposerait aux relations avec l’impérialisme, mais aussi, prenant en compte les besoins de la paysannerie colombienne mettrait en place une réforme agraire démocratique, incluant la nationalisation de la terre et des grands monopoles industriels et financiers qui aujourd’hui contrôlent la vie politique.

Enfin une place importante était occupée dans la plate-forme électorale par la lutte contre l’oppression et la discrimination que subissent certains secteurs de la population comme les femmes, les indigènes et les noirs. Des revendications concrètes contre cette oppression furent des thèmes importants de la campagne.

Une candidature de lutte pour la libération des femmes

H. — Donc, tu as défendu dans les meetings, les programmes de radio et de télévision, dans la presse, un programme qui inclut explicitement la lutte pour la libération des femmes ?

S. — Effectivement, tant dans les meetings qu’au niveau des moyens de communication, un des aspects les plus marquants de la campagne a été * la place accordée à la situation d’oppression des femmes, aux revendications de celles-ci, et à la nécessité de l’organisation des femmes de manière indépendante pour lutter contre l’oppression et pour notre libération.

H. — Quels sont les aspects les plus scandaleux de l’oppression des femmes en Colombie ?

S. — Ils sont nombreux ! Les femmes, à la ville comme à la campagne, à l’usine et sur tous les lieux de travail, sont surexploitées : journées de travail très longues, salaires très bas, traitements discriminatoires à cause de leur condition de femme. Les employées de maison, par exemple, qui constituent un des contingents les plus important de femmes salariées (à cause du chômage très élevé) non seulement reçoivent un salaire bien inférieur au minimum légal, mais encore font des journées de travail qui commencent à l’aube et finissent à une heure avancée de la nuit, pouvant atteindre les 1 6 heures quotidiennes et davantage. Soumises à de constantes humiliations, elles subissent les abus et la violence sexuelle de leurs patrons.

Le machisme atteint des formes véritablement aberrantes

On pourrait dire, y compris, que dans des pays semi-coloniaux comme le nôtre, dominé par l’impérialisme et dépouillés de leur identité, les hommes exercent plus encore qu’ailleurs, leur machisme comme une compensation face à cette situation particulière de domination. A cause de l’aliénation à laquelle ils sont soumis, et comme pour essayer de s'affirmer, ils se comportent comme le seigneur et maître de la femme, usant souvent de la violence.

Les conditions économiques et culturelles s’ajoutent à des traditions religieuses et patriarcales

De plus, le capitalisme et la domination impérialiste ont fait que des pays comme le nôtre héritent de conditions économiques et culturelles déplorables qui s’ajoutent à des traditions religieuses et patriarcales, contribuant au maintien des femmes sous le joug du sexe masculin.

Le rôle joué par l’église catholique qui dispose en Colombie d’un grand pouvoir et de grandes prérogatives au travers du Concordat (pacte entre l’église et l’état), a permis au sexisme de s’affirmer, empêchant la légalisation de l’avortement, du divorce, du mariage civil, de l’information et de l’éducation sexuelle, empêchant que les femmes aient le droit de contrôler leur propre corps, etc.

Le président actuel fit une tentative démagogique pour permettre le divorce, mais il le fit pour le mariage civil... qui jusqu’à présent n’existait pas. Cest pour cela que nous continuons d’exiger le droit au divorce pour les 95 % des colom-bien(ne)s qui ne l’ont pas, et sans les coûts élevés que cela implique aujourd’hui, et que nous nous opposons sans cesse à toute l’idéologie myso-gyne qu’inculque la religion.

Les femmes sont aussi confrontées à la politique de l’impérialisme américain qui mène des opérations de stérilisation forcée et violente sur les interview paysannes, les femmes indigènes, et celles des secteurs les plus pauvres. Le degré d’oppression et de misère que vivent les femmes paysannes conduisent beaucoup d’entre elles à émigrer vers les villes. Mais dans l’impossibilité de trouver du travail elles se voient condamnées à la prostitution et à gagner leur subsistance en vendant leur corps comme objet sexuel, commercialisé pour les hommes.

Il n’existe pas de crèches pour la grande masse des enfants. Il y a une forte discrimination contre les femmes au niveau de l’éducation et du travail. En effet en Colombie, l’éducation n’est pas un droit mais un privilège.

En conséquence, avec une faible qualification les femmes se retrouvent aux emplois les plus mal payés, des emplois secondaires, d’auxiliaires, qui la plupart du temps sont le prolongement de ce qui est considéré comme le travail correspondant à la « nature féminine » : le travail domestique.

La femme doit réaliser une double journée de travail, une à la maison, l’autre comme salariée, sans qu’il lui reste le moindre temps ni la moindre énergie pour se reposer, se divertir, participer à la vie syndicale et politique...

Une campagne qui soulevait des thèmes interdits

H. — Tu as eu l’occasion de faire des réunions, des émissions sur le problème de l’oppression des femmes : quel fut leur écho ? Que peux-tu nous raconter & ce sujet ?

S. — C’est sûr que la campagne électorale et le fait même de ma candidature ont permis des expériences importantes. Les « conventions régionales » dont j’ai déjà parlé ont eu un aspect très intéressant : le point sur les femmes dans la plate-forme électorale fut le plus discuté tant par les femmes que par les hommes, soit à cause de la nouveauté du thème, soit parce que à première vue cela paraissait insolite. Ce fut la seule candidature et la seule plate-forme qui soulevait des thèmes interdits : l’avortement, le divorce, etc., bref qui affirmait qu’il y a une oppression et une discrimination des femmes en tant que sexe, et qui appelait les femmes à lutter contre et à s’organiser.

On a organisé dans ce but de nombreuses réunions, rencontres, dans les universités, les syndicats, avec des étudiantes, des professeurs, des ouvrières, des salariées. A Medellin se tint une conférence sur la situation de la femme au travail. Elle avait été préparée par l’« Union des citoyennes colombiennes », impulsée par le Parti Libéral, mais eu une dimension internationale. La pression de l’assistance fut telle, que les organisateurs durent m’inviter à participer et permettre ainsi l’expression des féministes socialistes. La réceptivité a été très grande : toutes les déléguées voulaient emporter dans leur région des enregistrements de ce que j’avais dit sur la situation des femmes.

Pour préparer la grève générale de septembre 77, nous avons organisé avec diverses associations de femmes une importante manifestation de femmes contre la cherté de la vie. Dans la campagne électorale, parmi les secteurs qui se sont le plus intéressé à la question des femmes, il y a « l’association des employées de bureaux et des secrétaires » qui a préparé plusieurs réunions et conférences et a demandé notre collaboration pour renforcer leur organisation. De même, les employées de maison ont réalisé diverses activités qui ont culminé dans la formation d’un syndicat qui pour la première fois permet l’organisation de ce secteur pour la lutte.

Un autre exemple encore, celui des travailleuses d’une entreprise d’exportation des fleurs qui sont venus à nos locaux pour y chercher des explications sur leur situation de surexploitation, des suggestions et de l’aide pour s’organiser. Enfin, j’ai fait plusieurs émissions de télévision sur la question des femmes et nous avons organisé dans nos locaux des écoutes publiques où sont venues des centaines de femmes qui écoutaient, discutaient et rajoutaient elles-mêmes d’autres exemples concrets à dénoncer, pour que j’en parle publiquement.

La bourgeoisie et la grande presse ont essayé de ridiculiser ma candidature

H. — Quelles ont été les réactions des partis et de la presse bourgeoise ?

S. — La bourgeoisie et la grande presse ont essayé de ridiculiser ma candidature. C’était quelque chose d’inédit et d’insupportable pour eux : une travailleuse défiant l’exploitation. une jeune défiant la soumission, et le comble de tous les maux, une femme défiant l’oppression sexiste, l’un des piliers de la société capitaliste.

H. — As-tu rencontré des groupes féministes colombiens ? Quelle furent leur position par rapport à ta candidature ?

S. — Les groupes féministes en Colombie en sont encore au début de leur développement. Pourtant les groupes qui existent dans plusieurs villes se sont montrés réceptifs à ma façon de poser les problèmes, estimant très positif qu’une femme soit candidate et défende un point de vue féministe et socialiste.

Un groupe de femmes latino-américaines à Louvain en Belgique envoya un message de soutien à ma candidature et les colombiennes du groupe en particulier firent un large écho à la campagne.

H. — Tout ce que tu viens de dire semble montrer que l’on assiste à une prise de conscience croissante de la part des femmes colombiennes de leur oppression : quels pourraient être d’après toi, à court et moyen terme, les thèmes les plus susceptibles de soulever des mobilisations ?

S. — Il y a plusieurs thèmes qui pourraient mobiliser les femmes : la création de crèches, l’égalité des salaires, l’abolition de toute discrimination au travail, la lutte pour une véritable loi autorisant le divorce et pour l’avortement libre et gratuit. Cette dernière revendication pourtant. n’a pas encore l’adhésion des masses, elle requiert une prise de conscience plus grande. C’est pour cela que nous l’avançons même si cela reste pour le moment au niveau de la propagande. Sur les autres thèmes, il est possible de faire une réelle agitation.

Et l’organisation autonome des femmes ?

H. — Et en ce qui concerne l’organisation autonome des femmes, quelles perspectives vois-tu ?

S-— On assiste déjà en Colombie à la naissance de plusieurs petits groupes (à Bogota, Cali, Medellin, Baran-quilla), qui affirment la nécessité Pour les femmes de s’organiser de manière indépendante. C’est de la Plus grande importance dans la mesure où se crée ainsi les bases pour une organisation autonome solide au niveau national. Peut-être que l’une des tâches immédiates des groupes féministes, encore dispersés dans le pays, serait de commencer à se doter d’une coordination nationale et à des définir des tâches nationales communes.

Une candidature socialiste et féministe

H. — Revenons au problème de te candidature : une femme candidate de la gauche révolutionnaire en Amérique Latine, c’est vraiment exceptionnel ! Sans aucun doute, c’est dû à tes capacités politiques, au sens global du terme, et à tes qualités d’excellente oratrice populaire, et non au fait que tu es une femme. Mais quelles furent les réactions des militantes et militants face à la candidature d’une femme ? Cela fut-il perçu comme une chose positive ? ou négative ?

S. — Tant dans mon parti que dans UNIOS, il y eu différentes réactions face à ma candidature. Certains secteurs ont été en désaccord. Et bien qu’ils aient placé cela sur le terrain des raisons politiques, il cachaient une position machiste de refus qu’une femme soit la porte-parole publique, la candidate. Ils voyaient ce fait très important comme une faiblesse de la campagne.

Par ailleurs, au contraire, il y eu des camarades qui comprirent toute la signification qu’avait le fait que pour la première fois en Amérique Latine une femme socialiste et féministe soit candidate, et ils appuyèrent résolument la campagne.

Ils ont mené en même temps une lutte importante à l’intérieur du parti contre les attitudes machistes conservatrices et parfois même réactionnaires de certains membres de l’organisation dans leur vie quotidienne. Signalons qu’en ce qui concerne le reste de la gauche, le P.C. et les maoïstes, tant par le type de programme que par le type de candidature qu’ils ont avancé, ils n’ont pas donné la moindre importance à la lutte contre l’oppression des femmes, ils l’ignorèrent, la méprisèrent, empêchant toute avancée dans ce domaine. En même temps, ils ont fait une campagne qui hypothéquait l’indépendance politique de la classe ouvrière.

H. — Tout le monde pensait-il dès le départ que la campagne devrait-être

— aussi — féministe ? Ou bien, avez -vous dû, toi et d’autres camarades, vous battre pour cela ?

S. — Nous fûmes plusieurs camarades femmes à affirmer dès le début que la campagne électorale devait inclure la lutte féministe. Cependant, certains dans le parti, y compris de la direction, s’y opposèrent sous prétexte que ce thème pouvait « discréditer » la campagne et rencontrer des résistances chez les travailleurs. Ils disaient que la candidature allait se dévaloriser si elle apparaissait avec un caractère féministe. L’inclusion de cette dimension dans la campagne fut donc le résultat d’une lutte que certaines et certains d’entre nous ont mené contre ceux qui se refusaient à l’accepter.

On ne peut être féministe clandestinement, silencieusement, de la même façon qu’on ne peut être pour la lutte des travailleurs et leurs revendications, mais sans le dire, pour ne pas se « discréditer ».

Juillet 78 (I ) Le parti communiste et les organisations maoïstes ne faisaient pas partie de UNIOS. Ils ont présenté des candidats en alliance avec des secteurs (dits « progressistes ») de la bourgeoisie.

(NDLT)

en particulier firent un large écho à la campagne .

H. — Tout ce que tu viens de dire semble montrer que Ton assiste à une prise de conscience croissante de la part des femmes colombiennes de leur oppression : quels pourraient être d’après toi, à court et moyen terme, les thèmes les plus susceptibles de soulever des mobilisations ?

S. — Il y a plusieurs thèmes qui pourraient mobiliser les femmes : la création de crèches, l'égalité des salaires, l'abolition de toute discrimination au travail, la lutte pour une véritable loi autorisant le divorce et pour l'avortement libre et gratuit. Cette dernière revendication pourtant. n'a pas encore l'adhésion des masses, elle requiert une prise de conscience plus grande. C'est pour cela que nous l'avançons même si cela reste pour le moment au niveau de la propagande. Sur les autres thèmes, il est possible de faire une reelle agitation.

Et l’organisation autonome des femmes ?

H. — Et en ce qui concerne l’organisation autonome des femmes, quelles perspectives vois-tu ?

S-— On assiste déjà en Colombie à la naissance de plusieurs petits groupes (à Bogota, Cali, Medellin, Baran-quilla), qui affirment la nécessité pour les femmes de s'organiser de manière indépendante. C'est de la Plus grande importance dans la mesure où se crée ainsi les bases pour une organisation autonome solide au niveau national. Peut-être que l’une des tâches immédiates des groupes féministes, encore dispersés dans le pays, serait de commencer à se doter d'une coordination nationale et à des définir des tâches nationales communes.

mbie

— aussi — féministe? Ou bien, avez-vous dû, toi et d’autres camarades, vous battre pour cela ?

Une candidature socialiste et féministe

H. — Revenons au problème de ts. candidature : une femme candidate de la gauche révolutionnaire en Amérique Latine, c’est vraiment exceptionnel ! Sans aucun doute, c’est dû à tes capacités politiques, au sens global du terme, et à tes qualités d’excellente oratrice populaire, et non au fait que tu es une femme. Mais quelles furent les réactions des militantes et militants face à la candidature d’une femme ? Cela fut-il perçu comme une chose positive ? ou négative ?

S. — Tant dans mon parti que dans UNIOS, il y eu différentes réactions face à ma candidature. Certains secteurs ont été en désaccord. Et bien qu'ils aient placé cela sur le terrain des raisons politiques, il cachaient une position machiste de refus qu'une femme soit la porte-parole publique, la candidate. Ils voyaient ce fait très important comme une faiblesse de la campagne.

Par ailleurs, au contraire, il y eu des camarades qui comprirent toute la signification qu’avait le fait que pour la première fois en Amérique Latine une femme socialiste et féministe soit candidate, et ils appuyèrent résolument la campagne.

Ils ont mené en même temps une lutte importante à l'intérieur du parti contre les attitudes machistes conservatrices et parfois même réactionnaires de certains membres de l’organisation dans leur vie quotidienne. Signalons qu'en ce qui concerne le reste de la gauche, le P C. et les maoïstes, tant par le type de programme que par le type de candidature qu'ils ont avancé, ils n’ont pas donné la moindre importance à la lutte contre l’oppression des femmes, ils l’ignorèrent, la méprisèrent, empêchant toute avancée dans ce domaine. En même temps, ils ont fait une campagne qui hypothéquait l'indépendance politique de la classe ouvrière.

H. — Tout le monde pensait-il dès le départ que la campagne devrait-être

S. — Nous fûmes plusieurs camarades femmes à affirmer dès le début que la campagne électorale devait inclure la lutte féministe. Cependant, certains dans le parti, y compris de la direction, s’y opposèrent sous prétexte que ce thème pouvait « discréditer » la campagne et rencontrer des résistances chez les travailleurs. Ils disaient que la candidature allait se dévaloriser si elle apparaissait avec un caractère féministe. L’inclusion de cette dimension dans la campagne fut donc le résultat d'une lutte que certaines et certains d’entre nous ont mené contre ceux qui se refusaient à l'accepter.

On ne peut être féministe clandestinement, silencieusement, de la même façon qu'on ne peut être pour la lutte des travailleurs et leurs revendications, mais sans le dire, pour ne pas se « discréditer ».

Notes

  1. Juillet 78 -H. N.
  2. Juillet 78
  3. < I > Le parti communiste et les organisations maoïstes ne faisaient pas partie de UNIOS. Ils ont présenté des candidats en alliance avec des secteurs (dits «progressistes ») de la bourgeoisie.
  4. (NDLT)

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