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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En France, si vous saviez...

Ile-de-France : Être femme et active

· Cahiers du féminisme, n° 70, automne 1994 · p. 33-35 · 2 120 mots

La Direction Régionale du travail et de l’emploi vient de publier, à moins d’un an d’intervalle, deux numéros spéciaux sur la situation des femmes face à l’emploi en Ile de France (1). Ces deux brochures sont pleines d’informations, de confirmations ou de surprises. Nous avons essayé d’en extraire quelques éléments qui, nous l’espérons, vous inciteront à vous les procurer.

Des travailleurs sociaux, des chercheurs, des sociologues, des statisticiens, des médecins du travail ont contribué à analyser la situation complexe des femmes face à l’emploi, en Ile-de-France. Des entretiens avec des représentants syndicaux, des féministes ou des militantes d’associations complètent ce panorama et permettent d’obtenir une vision à la fois très nuancée du problème et très complète.

Les Franciliennes sont très actives

La première brochure se fixe pour objectif de donner des informations générales sur l’état des lieux en matière d’emploi, de chômage et d’insertion professionnelle pour les Franciliennes en 1990. Ces données permettent de comparer leur situation, respectivement, à celle des Franciliens, à celle des femmes et des hommes en France et à celle qu’elles occupaient en 1962. De 1962 à 1990, la population active a plus augmenté en Ile-de-France (+32%) que dans la France entière (+30%). Durant la même période, l’augmentation du nombre d’actives a été très forte et, cette fois-ci, plus en province qu’en Ile-de-France (66 % contre 52 %). Si le nombre d’actifs a aussi connu une progression, elle est nettement moins élevée (+18 % en Ile-de-France et +1 1 % en France).

La très forte augmentation des actifs en Ile-de-France est due, principalement, comme dans la France entière, à l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail, ce qui évidemment modifie la structure par sexe des actifs et mérite qu’on s’attarde à analyser ces modifications. Les femmes représentent, en 1990, 46 % des actifs.

En France, le taux d’activité des personnes de plus de quinze ans est resté sensiblement le même en 1990 qu’en 1962 (respectivement 62 % et 61,40 %). En revanche, le taux d’activité des femmes ayant plus de quinze ans a sensiblement augmenté, il est passé d’un peu plus de 46 % à près de 55 %. L’activité des hommes s’est, par contre, assez nettement ralentie (77,8 % en 1962, près de 71 % en 1990).

Les Franciliennes sont plus actives que les femmes d’autres régions (le taux d’activité des Franciliennes est également supérieur à celui des Français). Les femmes, âgées de 25 à 54 ans travaillant ou cherchant un emploi, étaient en Ile-de-France, en 1962, environ 55 %, en 1990 elles sont 80 %. Le pourcentage d’activité reste pour les hommes le même entre les deux périodes, soit 96 %. Ce fort taux d’activité s’explique notamment par la plus forte présence en Ile-de-France qu’ ailleurs des femmes âgées de vingt-cinq à cinquante-quatre ans et par le fait que beaucoup plus de femmes y vivent seules. Leur taux d’activité maximum se situe entre vingt-cinq et vingt-neuf ans (83,8 % des femmes de cette tranche d’âge sont actives) alors que celui des hommes (97,9 %) se situe entre quarante et quarante-quatre ans. Si on peut observer une chute légère de leur taux d’activité entre trente et trente-neuf ans, période où les enfants demandent plus d’attention, elles redeviennent très actives entre quarante et quarante-quatre ans (80 %). Leur courbe d’activité se rapproche ainsi de celle des hommes.

Le poids du secteur tertiaire est prépondérant en Ile-de-France, ce qui se retrouve dans les emplois occupés par les Franciliennes : ainsi 84 % d’entre elles travaillent dans ce secteur contre 78 % des femmes en France, 65 % des Franciliens et 54 % d’hommes au niveau national. Certaines branches sont très fortement féminisées. La proportion de Franciliennes est ainsi de 64% dans les services marchands, de 61% dans les assurances, de 59 % dans le commerce de détail (non alimentaire), de 56 % dans les organismes financiers. Si elles ne sont que 34 % dans le secteur industriel, elles sont par contre 56 % dans le textile. A l’inverse, elles ne sont que 10 % dans le bâtiment.

Elles se retrouvent majoritairement parmi les employés et les professions intermédiaires, elles sont sous-représentées parmi les ouvriers, les artisans, les techniciens, elles sont relativement bien représentées dans les professions de l’information, des arts et du spectacle, les cadres de la fonction publique, les professions libérales, les ouvriers non qualifiés. En Ile-de-France, 75 % des employés sont des femmes, de même que 71 % des instituteurs (trices, devrait-on dire !), mais seulement 15,5 % des techniciens, 14,5 % des ingénieurs.

Elles sont plus nombreuses que dans les autres régions dans les professions intermédiaires et dans les postes de cadres. Elles ont aussi des niveaux d’études plus élevés (28 % ont le baccalauréat contre 18 % en province). Elles sont cependant moins nombreuses que les Franciliens à avoir un diplôme supérieur.

Si les Franciliennes travaillent beaucoup moins à temps partiel qu’en province (16 % des actives contre 22 %), elles restent néanmoins majoritaires : 77 % des personnes à temps partiel (contre 82 % en France).

Leur taux de chômage est plus faible que dans les autres régions mais reste supérieur à celui des hommes (10,1 % de femmes actives en Ile-de-France sont au chômage contre 14,6 % en France et 7,7 % d’actifs en Ile-de-France et 8,2 % en France).

Après ce constat général, plusieurs thèmes sont approfondis, en particulier sont analysés les types d’emplois qu’elles occupent, les liens entre diplômes et types d’activité et les formes de chômage qu’elles subissent.

Si l’on considère des familles professionnelles regroupant des métiers nécessitant une formation de niveau sensiblement équivalent, on constate que 67 % des femmes se retrouvent dans 36 familles sur les 107 que compte la région. L’emploi des femmes se concentre sur 13 familles professionnelles (plus de 50 % de l’emploi féminin). Pour être plus précis, 99,7 % des secrétaires de direction sont des femmes.

Le chômage en Ile-de-France

Il semblerait que la situation de l’emploi s’est moins détériorée en Ile-de-France dans les secteurs où les femmes sont moins représentées, avec néanmoins des différences pour certaines professions de service social ou d’employés des services techniques d’assurance, où l’offre d’emploi reste forte. Le chômage est particulièrement élevé pour des professions comme techniciennes comptables, secrétaires, vendeurs et vendeuses, ouvrières qualifiées, nettoyeurs.

Trois articles tentent de cerner au mieux le chômage des femmes. Ainsi, les Franciliennes au chômage seraient plus jeunes et plus diplômées que les hommes. Leur nombre a augmenté mais moins vite que celui des hommes (en cinq ans +18,2 % contre +22,4 % pour les hommes). Il est intéressant de noter que si les jeunes filles au chômage ont beaucoup d’incertitudes face à l’emploi (60 % n’ont aucun diplôme), 93 % affirment vouloir travailler pour percevoir un salaire mais aussi pour s’insérer socialement.

Une étude sur le chômage féminin de longue durée montre que l’exclusion se construit dans l’articulation « vie familiale, vie professionnelle et santé ». Ainsi, plusieurs interviews montrent que l’arrivée d’un enfant peut être un facteur d’exclusion de la vie professionnelle aussi bien du fait d’une grossesse contradictoire à des travaux naturellement pénibles physiquement, que du fait des difficultés liées à la garde de l’enfant.

Selon une psychologue, la blessure narcissique que représente pour les femmes le chômage, particulièrement le chômage de longue durée, ne peut souvent être surmontée par la femme seule et rapidement. Ainsi, tout démontre la nécessité d’un travail d’aide psychologique pour qu’une réinsertion soit possible.

Ensuite sont présentées les adaptations des dispositifs nationaux mis en place pour lutter contre les difficultés d’insertion professionnelle, tant du point de vue de la diversification des choix professionnels des femmes que de l’insertion des plus démunies comme les sans domicile fixe (SDF) ou des femmes immigrées qui doivent surmonter plusieurs obstacles dont, en tout premier lieu, l’illetrisme.

La démarche chaleureuse de deux associations qui visent à aider les femmes à se sentir bien dans leur peau et donc, à avoir plus de chance de se réinsérer est réconfortante : l’atelier DAGOBERT dont le but est d’aider les femmes en danger de prostitution et l’association « Du côté des femmes » de Cergy-Pontoise dont nous avions nous-mêmes, à plusieurs reprises, rencontré les animatrices. Expériences intéressantes mais qui apparaissent d’autant plus isolées face à toute la détresse et aux besoins des femmes.

Ceci fait apparaître combien sont dérisoires les dispositions gouvernementales pour résoudre les problèmes de chômage, tant en terme d’audace politique et de réelle volonté de surmonter ce problème que de moyens. Rien dans ces dispositifs ne peut laisser supposer que le gouvernement songe réellement à créer de vrais emplois d’utilité sociale et des équipements collectifs.

Les différences persistent...

La deuxième brochure est consacrée plus spécialement aux conditions de travail des femmes, de celles qui ont la chance d’avoir un travail même s’il est parfois à temps partiel.

Un article nous rappelle très utilement les étapes historiques des modifications législatives concernant la situation des femmes au travail et certaines raisons profondes qui les ont

L'exclusion des femmes programmée

Les dernières mesures Balladur, notamment pour lutter contre l’exclusion montrent, décidément, une grande continuité dans les non-réponses. Ainsi, il va donner plus d’argent aux entreprises qui vont embaucher des RMIstes. Et, ce qui était déjà prévu dans le plan quinquennal et le plan famille est renforcé : des mesures fiscales pour ceux qui employeraient des aides familiaux. Qui va occuper ces emplois ? Qui n’aura encore que quelques heures de travail payées ? Pense-t’on ainsi réellement réinsérer les femmes ? Alors qu’il manque tellement de personnels hospitaliers, de puéricultrices, etc... Rappelons que 10% des personnels des collectivités locales (hôpitaux,..) sont des CES (personnels avec des contrats emploi-solidarité). Il semblerait néanmoins que ces salariés répondent à un vrai besoin, ne peut-on leur donner une vraie formation et un vrai salaire ?

entraînées, en partie dictées par le souci de la protection de la santé et de la moralité des femmes (...et des enfants).

Au passage, nous ne pouvons qu’être à nouveau horrifiés par les conditions de travail qu’ont subies tant de femmes durant des décennies. L’auteure note avec justesse qu’en modifiant la loi en 1988 pour autoriser à nouveau le travail de nuit des femmes, le gouvernement invoque la notion d’égalité pour permettre aux femmes de subir des conditions de travail aussi détériorées que celles des hommes.

Ainsi, dans les années quatre-vingt dix, un principe de justice sociale est utilisé pour aller vers une régression sociale pour tous.

Les différents articles qui suivent font beaucoup appel à des enquêtes où les femmes disent comment elles se sentent acceptées ou non dans le travail.

Les qualités dites « féminines », parce que développées dans les tâches domestiques et considérées comme « naturelles », sont souvent utilisées dans les métiers qu’exercent les femmes mais ne sont pas reconnues comme qualifications professionnelles : gérer plusieurs tâches à la fois, accomplir des tâches minutieuses, être disponible et répondre à des demandes, etc.

Par ailleurs, les femmes qui exercent des professions « mixtes » ou à majorité masculine ont moins d’autonomie et de responsabilités que les hommes.

Un dossier très complet sur le temps partiel nous conforte dans l’opinion que c’est un pis-aller que les femmes adoptent à défaut de vraies propositions d’emploi ou d’une vraie réduction de temps de travail. La législation du temps partiel, adoptée avec la loi quinquennale, va encore plus renforcer les discriminations à l’égard des travailleurs en contrats à durée déterminée ou à temps partiel. Le vœu de la CFDT, préconisant dans cette même brochure de ne pas réserver le travail à temps partiel aux seules femmes, risque fort de rester un vœu pieux tant que de vraies luttes « mixtes » n’auront pas lieu pour obtenir pour toutes celles (et ceux) qui le désirent un retour au travail à temps plein et une vraie répartition des tâches domestiques.

Les inégalités restent tenaces, même si on a parfois l’impression, qui se révèle fausse, que cela change un peu dans certains domaines ; ainsi, les diplômes des Franciliennes ne font pas diminuer l’écart de rémunération entre hommes et femmes. Si les Franciliennes sont globalement mieux payées que les provinciaux, si l’écart entre les Franciliennes se ressert, les hommes de File-de-France continuent à gagner en moyenne 38,2 % de plus que les femmes; en province, l’écart n’est que (!) de 29,8 %.

De nombreux autres thèmes sont abordés comme le harcèlement sexuel, le travail de nuit, la situation des caissières, la prise de tranquillisants par les femmes pour répondre entre autres à leur angoisse face au travail, les femmes et le syndicalisme.

En conclusion, les femmes sont toujours à demi acceptées dans le monde du travail : que de luttes encore à mener pour vivre dans une société où hommes et femmes auront les mêmes droits.

Marie-Annick Vigan

Notes

  1. 1. Horizons Ile-de-France, numéro spécial «Femmes » l4" partie : emploi-Formation professionnelle, décembre 1993.
  2. Numéro spécial «Femmes » 2imc partie : Travail, mars 1994.
  3. Direction régionale du travail et de l’emploi. 66, rue de Mouzaïa, 75931 cedex 19.

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