La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Compte rendu

Azza Ghanmi, Le Mouvement féministe tunisien. Témoignage sur l’autonomie et la pluralité du mouvement des femmes, 1979-1989. Tunis, Berlin, Editions Chama-EFA, 1993

· Cahiers du féminisme, n° 71-72, hiver 1994 - printemps 1995 · p. 58 · 390 mots

Cet ouvrage ne se veut pas une analyse exhaustive, et encore moins synthétique, de ce qu’a été le mouvement des femmes en Tunisie, saisi dans sa décennie d’émergence (1979-1989). C’est un témoignage argumenté, basé sur un parti pris délibéré, écrit par une de ces féministes qui ont contribué avec fidélité (ce que le livre ne dit pas) à faire surgir une revendication féministe dans un pays où le pouvoir en place se targuait d’avoir « libéré les femmes ».

L’attitude actuelle du régime de Ben Ali, régressive et récupératrice tant que faire se peut, donne raison à celles qui, à l’instar d’Azza Ghanmi, ont fait le choix de construire un mouvement autonome et pluraliste. C’est sur ces deux aspects qu’insiste cet ouvrage, quitte à laisser dans l’ombre d’autres données, comme l’inscription du mouvement social de l’époque. Celui-ci n’est pas absent, mais il est appréhendé seulement à travers ses « réactions » à l’émergence du pôle de contestation féministe.

Azza Ghanmi s’attache donc à définir pourquoi, selon elle, l’autonomie

-qui inclut la non-mixité -et la pluralité interne au mouvement ont constitué, pour reprendre ses propres termes, « un enjeu ». Cet enjeu, argumenté d’abord par sa définition de T oppression patriarcale, se vérifie au cours de la lutte par les débats et orages qu’il a suscités au sein d’autres cadres, démocratiques syndicaux ou politiques.

1979-1989, c’est la période où les militantes ont investi des espaces vacants pour les transformer en lieux d’expression totalement inédits (clubs de réflexion, presse indépendante, soutien aux luttes des femmes palestiniennes et libanaises, pionnières dans la lutte démocratique, réclamant en particulier l’abolition de la peine de mort...). Cette notion d’espace vacant ne relève pas forcément d’un choix délibéré, mais est tributaire de l’étroitesse du champ démocratique tunisien. C’est ainsi que les fondatrices du mouvement ont investi l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) pour y construire une commission propre aux femmes travailleuses.

Abondamment documenté, Le Mouvement féministe tunisien permet de saisir la trajectoire -originale -d’un combat internationaliste, démocratique-féministe, insolent parfois, toujours épuisant et, pour la décennie en question, irréductible et irrécupérable. Il mène directement à la fondation de l’actuelle Association tunisienne des femmes démocrates.

Avec le recul, Azza Ghanmi réaffirme son engagement et ne pose aucun regard complaisant sur ce qu’elle a contribué à édifier.

Donc, sans complaisance aucune : un livre à lire absolument !

Luiza Toscane

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