Si l’intérêt pour la littérature africaine n’est pas nouveau, il est à noter que les romancières africaines sont restées jusqu’à présent dans l’ombre, hormis quelques exceptions : « Les femmes d’Afrique qui avaient été maintenues à l’écart du monde littéraire à l’époque coloniale pour des raisons socioculturelles semblaient vouées à devoir subir le même sort une seconde fois, pour des raisons socio-économiques ou d’intendance. » L’arrivée sur la scène littéraire des romancières africaines et notamment des Sénégalaises a provoqué une révision des bibliographies et des auteurs africains étudiés. Difficile en effet de continuer à ignorer l’apport indéniable de la création littéraire africaine au féminin.
Beverley Ormerod et Jean-Marie Volet ont recueilli pendant deux ans, après un recensement des auteurs commencé en 1990, les témoignages de « romancières africaines » -le terme de romancière représentant un cadre très rapidement dépassé par le foisonnement des genres, illustrés par une créativité sans frontière ni structure au sens littéraire classique.
Les auteurs de cet ouvrage dressent ainsi un panorama des vingt dernières années et, au-delà, des œuvres de romancières africaines au sens large du terme, replaçant ces œuvres dans le contexte de l’époque et de l’environnement africain. Leur démarche de classement par genre n’a guère été aisée car les auteurs et les ouvrages choisis n’entrent pas avec évidence dans le cadre d’une classification traditionnelle : « Il existe de très nombreux cas limites -parfois de très beaux textes -qui se plient mal à ses exigences. (...) La plupart des “romancières” avaient souvent écrit de la poésie, parfois du théâtre. » Les « romancières » sont aussi « critiques littéraires ou auteurs d’ouvrages non romanesques ».
Le travail de Beverley Ormerod et Jean-Marie Volet permet, à travers les détails biographiques et la recension des textes publiés, d’esquisser un tableau de la littérature africaine au féminin de la seconde partie du xxc siècle. Un ouvrage de référence qui comble un vide. La connaissance de la littérature africaine et de ses auteurs était jusqu’ici essentiellement masculine. « Survol exploratoire d’un vaste champ littéraire encore largement inexploré », cet ouvrage ne compte pas moins de soixante-treize romancières, preuve s’il en était besoin de la richesse d’expression au féminin en Afrique.
Parmi les auteurs cités, certaines sont connues du public mais la plupart sont à découvrir, demeurées à la périphérie de la littérature africaine. Cet ouvrage représente un plaisir de la découverte et attise la curiosité vis-à-vis de nombreux textes : un guide de l’imaginaire africain au féminin ?"
Christiane Passevant
N°1 de Nissa, « mensuel indépendant, bilingue, géré et animé par des femmes » publié à Tunis en 1985-1986