A peine sur les murs , l ’affiche du film Harcèlement a immédiatement provoqué l ’indignation des associations familiales catholiques qui ont exigé et... obtenu de plusieurs maires (dont le maire « socialiste » d’Aix-en-Provence) le retrait de cette publicité jugée « pornographique », expression reprise, à notre grand étonnement, par l ’association féministe Choisir ! L ’objet du scandale ? L ’image d’une femme, vue de dos, habillée, cuisses écartées, légèrement au-dessus d’une silhouette masculine dont on ne distingue que les mains posées (et maintenues) sur les fesses de la dame en question...
Suggestive, ambiguë, racoleuse, l ’affiche l ’ est sans aucun doute. Pornographique, non, ou les mots n ’ont plus de sens ! La polémique et l ’émotion feraient franchement rire et ne mériteraient pas trois lignes (d’autant que, d’après les critiques, le film est très médiocre) si cette campagne pour la prétendue « protection de l ’enfance » n ’était pas un test dans le retour programmé et inquiétant d ’un ordre moral bien ébranlé par Mai 68 et l ’essor du mouvement des femmes et des associations homosexuelles.
Ce qui a réellement choqué les associations familiales, n ’est-ce pas, plutôt, l’image d’une femme « effrontée », en « position dominante » et non soumise comme habituellement ?
En fait, il ne s ’ agit pas d’un incident isolé, témoin de la persistance de vieux courants en déclin, mais d ’une offensive dont les tenants se trouvent dans les rangs de la majorité actuelle ou en marge de celle-ci. Christine Boutin, par exemple, députée CDS des Yvelines, était bien présente à la manifestation nationale du 22 janvier dernier, qui a rassemblé près de dix mille personnes contre l ’avortement.
Certains députés, soutenus par Jean-Marie Le Pen, sont décidés à imposer la repénalisation de l ’homosexualité ainsi que le retour de la peine de mort après l ’élection présidentielle. Philippe de Villiers est d ’accord avec Jean-Marie Le Pen pour instaurer le salaire maternel qui devrait favoriser le retour des femmes à la maison et... la natalité. Quant à l’abbé Maillard de La Morandais, « conseiller spirituel du gouvernement », il se contente en coulisse d’inspirer les actes du très catholique Edouard Balladur, en faveur de l ’école privée par exemple.
Dans ce contexte, on comprend mal la position de Gisèle Halimi qui, loin de se démarquer de cette campagne pudibonde, a, semble-t-il, approuvé les maires qui ont retiré l’affiche incriminée (voir Libération du 10 février). Autre chose, bien sûr, est de critiquer la thèse du film comme l’a fait Choisir à juste titre : « Le pouvoir, c’est le sexe, et le sexe c’est le pouvoir des femmes. Elles sont donc malvenues à revendiquer tout autre pouvoir. »
On pourrait rajouter que le film est une réponse aux multiples procès pour harcèlement sexuel intentés ces dernières années aux Etats-Unis, à l ’initiative de salariées qui souvent ont eu gain de cause.
Ce n ’est pas une raison pour dénoncer la « profonde perversion » du film. Nous ne suivrons pas Gisèle Halimi sur cette pente dangereuse, très dangereuse.
Claire Bataille