Elles ont été nombreuses à aller voter le 16 novembre. Pour les unes, ce fut une façon de dire « non à l’intégrisme », pour les autres, un moyen d’exprimer sa citoyenneté et pour beaucoup, pouvoir dire « non à la guerre, oui à la paix en Algérie ».
Mais au lendemain des élections, tout le monde s’est vite rendu compte que la paix était loin d’être réalisée, que les droits des femmes n’étaient guère à l’ordre du jour ; des femmes continuent à être violées, assassinées, le code de la famille est toujours en vigueur. Le nouveau gouvernement, qui ne comporte qu’une seule femme en son sein, est loin de faire des droits des femmes son cheval de bataille. Profitant de la situation politique, des associations de femmes 1 ont interpellé le président afin qu’il ratifie la convention de Copenhague (Cf. article ci-des-sus) sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, sans réserve aucune, et qu’il abroge le code de la famille. C’est dans cette dynamique et pour soutenir les revendications des femmes en Algérie que les associations de solidarité avec les femmes algériennes se sont rencontrées. De plus, elles dénoncent le blocage du gouvernement français face aux demandes de visas et son refus de régulariser la situation de celles et ceux qui sont contraints de rester en France.
Nul n’ignore les divergences et les difficultés que le courant démocratique rencontre en Algérie, entre ceux qui veulent dialoguer avec les intégristes et ceux qui refusent tout contact avec ce courant qu’ils qualifient de fasciste. Le débat, loin d’être tranché, se reflète dans les discussions animées qui traversent les associations de femmes, ici aussi. Pourtant toutes les associations algériennes ou de solidarité avec les femmes algériennes ont compris que seule une démarche unitaire pourrait faire avancer le combat des femmes. Le 8 mars, date symbole des luttes des femmes sera l’occasion de revendiquer le droit d’asile pour les Algérien(ne)s en France, d’exiger du gouvernement algérien qu’il ratifie la convention de Copenhague sans réserve et qu’il abroge le code de la famille.
Femmes algériennes unies pour l’égalité des droits (FAUED), Comité des associations s’occupant de la famille, Comité national Cherifa, Association pour la pro-testion de la Casbah, Association espoir et fraternité, Association Protection et santé de l’enfant, Groupe des moudjahidates, AFEPEC Oran, SOS Femmes en détresse, Association nationale des familles victimes du terrorrisme, AITDF, Association pour le triomphe des droits des femmes, Section féminine de la jeunesse démocratique.
- 15 février 1995 -
Nabila Djahnine mourrait assassinée. Déjà à l’époque, l’association pour l’émancipation de la femme avait écrit : « ... la colère qui t’animait nous anime encore plus aujourd’hui ».
Aujourd’hui encore, des femmes continuent à souffrir, à mourrir et à lutter.
Journée internationale des femmes : Un 8 mars contre toutes les discriminations à l’égard des femmes en Algérie
Actuellement, on assiste, en Algérie, à une dynamique unitaire des associations de femmes. La plupart d’entre elles prennent une position commune sur l’un des problèmes majeurs de la société algérienne, le Code de la famille, et demandent son abrogation. Elles veulent que soit ratifiée, sans réserve, la Convention de Copenhague sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
En effet, leurs aspirations pour la reconnaissance de leurs droits et le respect de leur dignité se trouvent de nouveau bafouées par les récentes réserves du Conseil national de transition (organe non élu remplaçant l’Assemblée nationale), quant à la Convention de Copenhague. Or, ces réserves relèvent de la même logique discriminatoire que le Code de la famille de 1984, contre lequel les femmes se mobilisent depuis longtemps et qui institue une tutelle patriarcale absolue, les rendant mineures à vie.
L’inégalité majeure qui en découle entre les femmes et les hommes est en contradiction avec l’article 28 de la Constitution de 1989 qui stipule que « Les citoyens sont égaux devant la loi sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, race ou sexe. »
Les Algériennes ont été nombreuses à s’engager dans la guerre de Libération nationale. Elles se sont inscrites dans la vie sociale, politique et économique en dépit de tous les obstacles rencontrés. Elles ont résisté aux nombreuses tentatives de codifier leur vie. Depuis des années, elles sont les premières à subir de plein fouet les effets de la crise globale que connaît la société algérienne et sont la cible privilégiée des intégristes islamistes. Menacées dans leur vie, beaucoup ont été contraintes à l’exil où elles connaissent l’humiliation, la précarité et les difficultés liées aux obstacles mis à la régularisation de leur situation par les autorités françaises qui persistent dans leur logique d’exclusion à l’encontre de l’immigration.
Confrontées à l’idéologie intégriste qui trouve un terreau dans le système patriarcal, un terrain de manœuvre dans les cercles du pouvoir, et une traduction politique dans le mouvement islamiste, des femmes algériennes s’unissent pour dire qu’elles ne veulent rien de tout cela.
En soutien aux associations de femmes algériennes qui font de la lutte contre le code de la famille une priorité et ne font confiance à personne pour traiter cette question à leur place, nous appelons à un rassemblement.
Place de la République samedi 9 mars 1996 à 14h30
Pour
-L’abrogation du Code de la famille et promulgation de lois civiles égalitaires
-La ratification sans réserve de la Convention de Copenhague
-Une Algérie libre et démocratique
-Le droit d’asile pour les femmes algériennes en France
Associations signataires: APEL, FAIDES, les Nanas Beurs, MF AD, Pluri-Elles Algérie, RAFD, RISFA...
Notes
- 1. Association défense et promotion des droits de la femme, Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD),