La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 75-76, hiver - printemps 1996 · p. 56-57 · 1 445 mots

Sarah : ne pouvait-on pas faire plus pour la sauver ?

Sarah Balabagan a finalement reçu les coups de fouet auxquels elle avait été condamnée (le Monde du 10 février 1996). Cas exemplaire de la surexploitation que connaissent de très nombreuses femmes à cause de la misère économique, un vent de colère a pu se lever pour la défendre. De nombreuses initiatives ont eu lieu et lui ont permis d’échapper à la mort immédiate. Néanmoins, un goût d’amertume reste : n’aurait-il pas été possible de faire une vraie campagne unitaire, prolongée, au-delà de la gloire factice que pouvait en retirer des personnalités et des apparails politiques, syndicaux ou associatifs ; les tractations diplomatiques n’ont pas suffi ; ne fallait-il pas comprendre que sauver Sarah, c’était aussi faire avancer les droits des femmes en France. Les forces unies autour de la manifestation du 25 novembre auraient pu s’associer plus énergiquement, et de manière coordonnée à la protestation internationale. C’est peut-être à ce prix, et à ce prix seul, que Sarah aurait pu être définitivement acquittée et que le sort de nombreuses autres « Sarah » aurait pu être dénoncé.

Véronique : en France aussi...

L’esclavage existe aussi en France. Il apparaît de plus en plus au grand jour que des jeunes femmes, venues de pays soumis à la pauvreté, sont considérées par leurs employeurs comme taillables et corvéables à merci, comme de véritables objets sexuels. Violée à plusieurs reprises par son patron et le fils de celui-ci, Véronique Akobé, jeune ivoirienne, les a tués. Condamnée à vingt ans de réclusion, sans que les viols soient pris en considération, elle est actuellement à la prison de femmes de Rennes. Plusieurs pétitions circulent, soit pour demander la révision de son procès, soit pour demander sa libération immédiate, accompagnée de garantie de non expulsion. Quoi qu’il en soit, tout doit être fait pour sa libération et que soit ainsi reconnue que la responsabilité de ce drame ne lui est pas imputable. Pour en savoir plus, s’adresser à FAVFT. 71. rue Saint-Jacques, 75005 Paris ou la Maison des femmes. 8. cité Prost, Paris 75011.

L'extrême droite contre les femmes

Charte 91, Université des Femmes. Editions Luc Pire

Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé en Belgique par Charte 91 et l’Université des Femmes, il regroupe une dizaine de contributions. L’objectif est très ambitieux puisqu’il s’agit d’aborder des sujets aussi divers que le vote d’extrême droite chez les femmes, les différentes facettes du discours de l’extrême droite concernant les femmes, ou les carences dans les réactions de la gauche, le tout en ayant recours à des comparaisons entre la période actuelle et les années trente. Malgré une qualité un peu inégale des contributions, l’ensemble est d’une grande richesse, et certaines cohérences s’imposent au travers des différents angles d’attaque.

Par exemple, à plusieurs reprises, des auteurs explorent les différentes facettes du lien étroit qui existe entre la place des femmes et le racisme dans le programme et l’idéologie de l’extrême droite. Ce pôle est donc central pour comprendre le projet de l’extrême droite. En effet, le fascisme implique la disparition des femmes en tant que groupe social, mais le retour des femmes au foyer, qui fait aussi partie du discours conservateur en temps de crise, n’est pas un but en lui-même pour l’extrême droite. Pour les fascistes, il s’agit surtout d’instrumentaliser les femmes jusque dans leur vie privée pour en faire les « gardiennes du sang », contre les spectres de la dénatalité en occident et du métissage. C’est le même ressort qui est derrière les propos de le Pen quand il déclare que « l’avortement est un crime contre la nation »...

C’est aussi parce que cette articulation n’est pas toujours perçue, que les auteurs mettent en évidence les continuités qui peuvent s’opérer entre certaines absences de réaction de la gauche et le danger fasciste. Il s’agit entre autre, de la non prise en considération de l’existence d’intérêts spécifiques des femmes devant être défendus, de la tiédeur de la gauche vis à vis du féminisme, du manque de vigilance face au développement du travail à temps partiel et à la mise en place de politiques « familialistes ».

Ces mises en garde prennent d’autant plus de sens qu’une analyse d’un sondage concernant le vote féminin pour le Vlaams Blok montre que l’opinion sur l’avortement, la pratique-religieuse ont peu d’importance face à la situation sociale et au sentiment d’isolement de ces volontés, qui ne sont donc pas toujours conscientes du danger que représente leur vote pour elles-mêmes.

La préoccupation de donner des pistes dans la lutte contre l’extrême droite est très présente dans cet ouvrage, alors même que la mobilisation du 25 novembre vient de nous montrer que l’antifas-cisme ne doit plus attendre pour s’intéresser à la lutte pour les droits des femmes.

En bref

Nous avons reçu

★ Monique Godant : Parcours d’une intellectuelle en Algérie, nationalisme et anticolonialisme dans les sciences sociales , 170 p. ; Le nationalisme algérien et les femmes, préface Mohammed Harbi, 283p. Editions L’Harmattan, coll. Histoire et perspectives méditerranéennes.

Ces deux livres, sur lesquels nous reviendrons, ont été publiés juste après le décès accidentel de Monique Gadant, en septembre 1995. Deux revues rendent hommage à M. Gadant dans leur dernière livraison :

-Critique Communiste, avec une interview de Mohammed Harbi,

-Nouvelles questions féministes, vol. 16, N° 4, novembre 1995, avec des contributions de Catherine Quiminal, d’El-Hadi Chala- bi, d’Eleni Varikas et le dernier article de M. Gadant.

★ Heinen Jacqueline, Chômage et devenir de la main-d’œuvre féminine en Pologne, L’Harmattan (Logiques sociales), 1995.

A partir d’une enquête de terrain menée à Lodz et à Varsovie auprès de travailleurs et de chômeurs des deux sexes, J. Heinen s’interroge sur « le coût de la transition » à l’économie de marché. Un sujet de grande actualité.

★ Helena Hirata et Danièle Senotier (sous la direction de), Femmes et partage du travail, 280 p., Syros 1996.

Cet ouvrage est le fruit d’un colloque organisé par le GEDISST (CNRS) en 1994. Avec les contributions d’une vingtaine de cher- cheur(e)s de différentes disciplines, il vient combler un vide sérieux dans la réflexion sur le temps de travail, en termes de rapports de pouvoir entre sexes, entre classes, entre pays dominants et dominés, etc. Cette réflexion est d’autant plus précieuse qu’elle prend en compte la « totalité des temps sociaux -temps de travail et hors travail, temps domestique professionnel », qu’elle s’inscrit dans une perspective historique et qu’elle procède à une comparaison sur le plan international (Europe, Japon, Amérique du Nord, tiers monde).

★ Les Cahiers du Mage. Le Mage est un groupe de recherche du CNRS qui se consacre à l’étude du marché du travail du point de vue du genre. Il a publié quatre numéros de sa revue au cours de l’année 1995. Le premier était consacré à la mixité : Mixité des formations, mixité des professions ; le deuxième à : Temps partiels, salaires inégaux ; le numéro double 3-4 à deux thèmes : Chômage et égalité des chances et La division sexuelle du travail revisitée. Ces Cahiers rendent compte de journées d’études organisées par le Mage et rendent ainsi accessible une réflexion en cours parmi les chercheur(e)s, sur le plan international. A ne pas manquer. Pour se les procurer, tél. : 40.25.10.37.

★ Taslima Nasreen, une femme contre les fanatismes, N° 102 de la Bibliothèque de travail du second degré, publié par les Publications de l’école moderne française (PEMF).

Les éditions du mouvement Freinet ont eu l’heureuse initiative de publier ce document à destination principalement des lycéen(ne)s. Ce reportage a été conçu par

Sylvie Leprince et Benoît Mély. Il comprend une présentation du Bangladesh, de ses lois et une analyse des discriminations dont sont victimes les femmes de ce pays. A l’heure où l’on reparle de Salman Rushdie, pour la sortie de son dernier roman, il ne faut pas oublier les femmes comme Taslima Nasreen, victimes elles aussi d’une fatwa pour avoir défendu les droits des femmes et la laïcité.

★ Le harcèlement sexuel en France, la levée d’un tabou. Sylvie Cromer. 228 p., 130 F. Documentation française.

Cette recherche porte sur les situations de harcèlement sexuel à partir de dossiers constitués entre 1985 et 1990 au sein de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail. L’auteure y montre les conséquences du harcèlement sexuel sur le parcours professionnel, la santé, la vie privée de la personne ainsi que l’isolement fréquent de la victime dans l’entreprise.

★ Avec les femmes, une nouvelle organisation de la société.

C’est le compte-rendu de la rencontre nationale organisée le 8 mars 1995, par le gouvernement, dans le cadre de la 4e conférence mondiale sur les femmes.

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