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En France, si vous saviez...

Chômage, précarité, exclusions : Une marche sans frontière

· Cahiers du féminisme, n° 79-80, hiver 1996 - printemps 1997 · p. 27 · 706 mots

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Une marche sans frontière

Accablés par la violence du capitalisme sauvage , les exclus de tout n’en finissent pas de crever.

Mais la rage est là et pour relever la tête , ils marchent et marchent encore. Le mouvement Agir ensemble contre le Chômage (AC !) avait repris le flambeau des marches des années 30 en organisant en 1994 une marche à travers toute la France. Aujourd’hui les principales associations de chômeurs et d’exclus ainsi que nombre d’organisations syndicales , de France et d’Europe, vont lancer pour la première fois des marches communes du 14 avril au 14 juin 1997. Cette initiative inédite culminera par une manifestation à Amsterdam, lieu de la conférence intergouvemementale européenne.

Cette conférence de juin prochain à Amsterdam doit déterminer quels pays sont autorisés à entrer dans le système de la monnaie unique. Celui-ci suppose que soient respectés les « critères de convergence », notamment un plafond maximum en termes de dette publique et de déficit public, lesquels aboutissent, dans l’ensemble des pays de la communauté européenne, à des politiques d’austérité, de coupes claires dans les budgets sociaux, de démantèlement des services publics, etc.

La spirale du chômage, de la précarité et des exclusions est plus que jamais infernale.

L’Appel de Florence

Des marches de chômeurs se sont déroulées en 1994 en France, en Grande Bretagne, dans l’Etat espagnol, en Belgique, et dernièrement en Italie en novembre 1996. Ce sont les centres de chômeurs britanniques qui ont les premiers lancé l’idée d’une marche européenne. L’idée a mûri, les contacts, en France et en Europe, ont été pris notamment à l’initiative d’AC !. Et en juin 1996 est né l’Appel de Florence lors de la première réunion européenne. Il recense officiellement 20 millions de chômeurs et 50 millions de personnes vivant dans la pauvreté et exige une « politique radicale et résolue de lutte contre le chômage ». Il revendique le plein emploi, la réduction massive du temps de travail sans diminution du niveau de vie et avec embauches immédiates, un revenu décent pour toutes et tous, la création d’emplois dans les secteurs répondant aux besoins sociaux fondamentaux (santé, logement, éducation, environnement), et l’abolition de toutes les discriminations contre les immigrés et les femmes. En clair, une Europe démocratique, sociale, et ouverte à tous.

Depuis, les réunions unitaires nationales et européennes se sont succédé.

« Sans » de tous les pays, unissez-vous !

L’organisation concrète des marches et l’approfondissement des axes revendicatifs se poursuivent. Les 22 et 23 février 1997 à Bruxelles de véritables assises européennes, avec de fortes délégations de tous les pays participants, traiteront de l’ensemble des questions. Un manifeste devra être adopté articulant revendications immédiates et revendications globales, dont l’idée directrice est un alignement vers le haut de tous les droits sociaux. Ce qui n’exclut pas évidemment que chacun pourra décliner ces exigences au plus près de la réalité de son pays.

Les associations de chômeurs et d’exclus, AC !, DAL, Droits Devant !, MNCP, APEIS, ADEC, CDSL, et les organisations syndicales, FSU, SUD, CFDT/Tous ensemble, SNUI, seront présentes. Des représentants associatifs et syndicaux d’Allemagne, de l’Etat espagnol, d’Italie, de Belgique, de Hollande, du Danemark, de Suède, de Finlande, d’Autriche, de Suisse, du Portugal, seront aussi de la partie. Les forces sont inégales mais la volonté est là de construire un mouvement social européen qui rassemble chômeurs(euses), exclu(e)s et salarié(e)s qui bouleverse la donne de l’ordre libéral.

C’est aussi un projet ouvert au Sud et à l’Est, contre une Europe forteresse, puisque symboliquement des marches partiraient aussi de Tanger et de Sarajevo le 14 avril 1997.

Outre les marches nationales, cinq grands axes de jonction s’opéreront entre les pays du même point cardinal. En France, il est prévu également cinq marches dont une partie passera par Paris.

Et surtout les marches comprendront, autant que faire se peut, des marcheurs (euses) de différentes nationalités afin d’illustrer un combat commun.

L’aventure est en marche, c’est une première, ne la ratez pas !

Catherine Rosehill

Pour tout contact

Marches européennes 97, c/o AC !, 42 rue d’Avron, 75020 Paris. Une souscription est ouverte, en échange de quoi vous recevrez le bulletin d’information, 50 F pour les chômeurs, 100 F tarif normal, et 200 F et au-delà pour les plus riches.

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