de l’intérieur du PCF
Nous avons reçu ce texte rédigé par plusieurs camarades du PCF qui participent au comité pour l’ouverture d’un centre d’interruption de grossesses et de contraception à l’hôpital Lariboisière dans le XVIIIe arrondissement à Paris.
La présence dans cette lutte de camarades du PCF nous réjouit et cela confirme qu’il est possible aujourd’hui d’entraîner des militant(e)s du PCF dans l’action unitaire.
Lariboisière, ce n ’est qu ’un début. . .
Nous avons demandé la diffusion de ce texte dans notre parti puis dans « l’Humanité ». Dans les deux cas, le refus signifié est accompagné de la même explication : notre fonctionnement ne permet pas ce genre de démarche.
Aussi, pour enrichir le débat, pour que les militants de notre parti puissent connaître nos positions, nous publions ce texte dans la presse extérieure au PCF.
Malgré la loi Veil, votée en 197), les femmes dans leur grande majorité sont dans l’impossibilité d’obtenir un avortement dans un centre IVG (interruption volontaire de grossesse).
L’inexistence de crédits débloqués pour l’ouverture de centres d’orthogénie, la restriction des budgets de la santé s’inscrivent parfaitement dans le cadre de la politique d’austérité du pouvoir.
Ainsi, à Paris, les groupes femmes ont engagé une lutte pour l’ouverture d’un centre de contraception et d’interruption volontaire de grossesse à l’hôpital Lariboisière dans le X* arrondissement.
Déjà, en 1972, les femmes du quartier et le MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et la contraception) se mobilisaient pour la contraception et l’avortement libres et gratuits.
En juin 1978, ces mêmes groupes ont invité l’ensemble des organisations et associations des arrondissements concernés afin de lancer unitairement la création d’un comité de lutte
Dès la première réunion, le PCF refusait de participer à l’activité de ce comité et commençait à mener sur le même objectif une lutte, de son côté.
Pour justifier une telle attitude, les dirigeants locaux de notre parti expliquent que le comité nie le rôle d’avant-garde du PCF, quV il est noyauté par les groupes femmes et les gauchistes », qu’« il véhicule l’idéologie réformiste », quV il se trompe de cible et fait le jeu du pouvoir », quVe il attaque le PCF », qu '« on ne fait pas l’union pour l’union ».
Notre parti diffuse des tracts affirmant qu’il est à l’initiative de cette lutte et revendique le premier recul de l’administration de l’hôpital.
On ne combat pas le réformisme par le sectarisme
Malgré cela, nous avons été plusieurs militants du PCF à participer à l’activité du comité. Si l’on en croit Georges Marchais : « Reconstruire l’union, la rendre plus durable, c’est faire grandir la détermination et l’ampleur du mouvement populaire. C’est donc nouer « à la base » des liens plus solides entre tous les travailleurs manuels et intellectuels ; c ’est unir dans les luttes tous les intéressés autour d’objectifs clairs, bien déterminés, d’objectifs démocratiquement décidés pour lesquels on est prêt à lutter, à intervenir de tout son poids.
« C’est également ainsi, lutte après lutte et acquis après acquis, que nous progresserons vers le changement. »
Ainsi, soutenir le comité, c’est montrer que pour nous, l’unité n’est pas un vain mot. Refuser l’unité dans l’action pour une lutte bien précise sous prétexte de divergences réelles avec d’autres courants du mouvement ouvrier et les groupes femmes nuit à la mobilisation populaire.
On ne combat pas le réformisme par le sectarisme.
Le caractère révolutionnaire de notre parti ne se décrète pas par avance, il se démontre quotidiennement dans l’action par notre capacité à lier toute lutte revendicative à la lutte politique, par notre capacité à amener les masses sensibilisées et mobilisées sur la base de leurs intérêts, de leurs revendications, à les amener donc à la lutte d’ensemble.
L’union « à la base », est -ce l’union autour du PCF, ou bien est-ce l’union la plus large sur des positions révolutionnaires ?
Nous soutenons l’action du comité parce que ses bases politiques prennent en compte les intérêts de l’ensemble des femmes, y compris les mineures et les immigrées, et permet donc l’unité la plus large contre la classe dominante, le pouvoir, sa politique antisociale, contre son idéologie que véhiculent et défendent certains médecins réactionnaires de Laissez -les vivre qui empêchent, en se réfugiant derrière la clause de conscience, l’ouverture du centre.
Pourtant, les positions de notre parti se sont rapprochées de celles défendues par le comité.
Des promesses d’ouverture du centre ont été annoncées. Elle constituent selon notre parti « une première victoire » à l’actif des communistes.
Deux lits en service gynécologique, les avortements étant pratiqués au service des urgences, peut-on appeler cela un centre IVG ?
Récupérer cette lutte, s’attribuer tout succès éventuel relèvent de la falsification. C’est nier le rapport de forces que le comité a permis de créer au cours de cette lutte.
Se battre pour l'avortement libre et gratuit
Ce n’est qu’un acquis de misère, nous voulons un véritable centre d’orthogénie, c’est-à-dire un centre de contraception et IVG avec information sexuelle. Nous disons que les femmes doivent pouvoir participer avec le personnel de l’hôpital à la définition du contenu même de ce centre. Nous défendons même à travers le droit de choisir le moment où l’on veut un enfant le droit au plaisir pour les femmes.
Sur la question de l’avortement, sur l’ouverture d’un centre IVG à l’hôpital Lariboisière, où sont les divergences réelles ?
Elles sont simples et claires, c’est que le comité se bat contre toutes les restrictions de la loi Veil, ce que ne fait pas notre parti.
Nous pensons, nous, que se battre pour l’avortement libre et gratuit, remboursé à 1 00 % par la Sécurité sociale, y compris pour les mineures et les immigrées sans aucune restriction, dans l’unité la plus large, c’est le meilleur moyen d’unifier la lutte des femmes et de la classe ouvrière sur ce terrain-là pour préparer le socialisme que nous voulons.