Samedi 20 janvier, s’est déroulée à Paris la première manifestation unitaire appelée par le collectif des organisations signataires de l'appel rendu public le mardi 16 janvier lors d’une conférence de presse de lancement de la campagne pour l’avortement et la contraception libres et remboursés pour toutes (y compris les mineures et les immigrées).
Cette manifestation fut colorée et dynamique, certes. Quelques mots d'ordre nouveaux d'actualité furent lancés et repris massivement (« Debré a dit faites des petits et te pape a ren -chéri. Pas d'enfants pour le pape, pas de pape pour les enfants ! Information, contraception : connaissons -nous ! Notre corps, il est à nous ; 1, 2, 3, faire des enfants, 4, 5, 6, cela suffit, 7, 8, 9 debout les femmes, 10, II, 12 pour que tout bouge ! »). Mais elle ne rassembla que 2 000 personnes environ sans que la volonté et la nécessité d'une campagne unitaire apparaisse clairement. Ce sont pourtant une vingtaine de collectifs, regroupements et organisations qui y appelèrent (l’UD CFDT s'est ralliée à la dernière minute à cette manifestation, tandis que la CGT a ignoré tout simplement la mobilisation). Le résultat n'était pas négligeable pourtant compte tenu de l'appel tardif et du niveau actuel de mobilisation (y compris au sein des groupes femmes) sur la question de l'avortement et de la contraception.
Mais le plus important reste à faire et les mobilisations sont devant nous. Aucune des organisations (pour des raisons sans doute différentes) n’a encore investi beaucoup de forces dans la campagne. Chacune doit le faire si nous voulons qu’une véritable campagne de masse se développe et entraîne dans la lutte des milliers de femmes et d’hommes restés pour l’instant à l’écart des mobilisations ponctuelles. C’est indispensable pour que se crée un rapport de forces tel à la veille du débat au Parlement que nous puissions imposer nos objectifs qui ne sont ni l'amélioration ni l’aménagement de la loi Veil mais l'abrogation pure et simple de la loi de 1920 (suspendue jusqu’en 1980), la dépénalisation totale de l’avortement, l’avortement et la contraception libres et gratuits pour toutes (y compris les mineures et les immigrées). Pour cela, à l’exemple de ce qui s'est passé autour de l’hôpital Lariboisière à Paris, des comités locaux unitaires doivent se créer pour rassembler des individus femmes et hommes, des organisations féministes et autres organisations ouvrières dans la lutte pour l’ouverture de centres de qualité et au-delà pour la levée de toutes les restrictions à l’avortement et à la contraception.
Cette démarche permettra y compris de vaincre les méfiances réciproques des militant(e)s membres par ailleurs d’organisations diverses sans véritables traditions de luttes menées en commun.
Mais nous ne pouvons concevoir cette campagne à une échelle simplement locale. Pour imposer nos exigences, nous nous heurterons à toutes les forces réactionnaires (Eglise, Ordre des médecins, Laissez-les vivre, gouvernement) coordonnées à l’échelle nationale et même internationale.
C'esi pourquoi en tant qu’organisation nous ferons tout pour que la campagne lancée sur la région parisienne trouve un relai au niveau national (rencontre nationale unitaire) et international. Dans ce cadre, nous nous inscrivons d'ores et déjà dans la mobilisation internationale du 3 1 mars prochain.
Les confederations syndicales et la lutte pour l’avortement
Jusqu’au dernier moment les principales confédérations sollicitées pour la préparation du 20 janvier (CGT, CFDT, FEN) se sont refusées à signer, sous divers prétextes, l'appel unitaire rendu public le mardi 1 6 janvier. Ceci est d’autant plus paradoxal et scandaleux que de son côté, la CGT réclame « une loi qui élimine les injustices et inégalités les plus urgentes afin de permettre l’avortement pour toutes celles qui le désirent mais aussi pour une véritable éducation sexuelle et planification des naissances » et proclame qu’elle « est décidée à tenir toute sa place dans la lutte pour une loi sans restriction ni répression (...) ».
Quant à la CFDT, elle reconnaissait dans la plate-forme confédérale de juin 1977 le droit à l’avortement et revendiquait le remboursement à 100 96 par la Sécurité sociale. Elle soutint aussi le meeting des groupes femmes de la région parisienne en février 1978 à Paris.
Mais depuis elle n'a pris aucune initiative pour populariser ses revendications et mobiliser. Pire, l’avant-projet de résolution ccnérale pour le prochain congrès confédérale rappelle aucunement la nécessaire bataille pour une réelle information sur la contraception et pour l’avortement libre et remboursé à 100 96.
Enfin, prétextant l’attente des décisions confédérales sur ce point, l'URP ne se rallia à la manifestation parisienne du 20 janvier qu’à la dernière minute c’est-à-dire le jour même de la manifestation) sans possibilité pour les syndiqué(e)s de se mobiliser sur la base de cette décision tardive. Pourtant le dernier congrès de l'URP qui s’est tenu récemment a bien adopté la motion suivante : « Le congrès donne mandat au bureau de l'URP pour prendre avec ses organisations toutes les initiatives unitaires pour des mobilisations massives des travailleuses et des travailleurs de la région parisienne pour :
— l'abolition définitive de la loi de 1920 ;
— l'abolition de toutes restrictions de la loi Veil ;
— la création et les moyens nécessaires au fonctionnement de centres d'orthogénie et de planification des naissances et d’équipements hospitaliers permettant l’interruption volontaire de grossesse sans limitation ;
— la prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale de la contraception et de l’interruption volontaire de grossesse afin de faire échec à toute tentative de restriction du libre choix des femmes de ne pas avoir ou d’avoir des enfants. »
Il serait temps que les directions syndicales appliquent les décisions votées au congrès et répondent ainsi aux aspirations de la base et des syndi-qué(e)s.