La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Ce n’est pas d’aujourd’hui

Cahiers du féminisme, n° 9, avril - mai 1979 · p. 22-23 · 1 144 mots

TOUTES LES FEMMES DU MONDE

CE N’EST PAS AUJOURD’ HUI

A la fin du XIXe siècle se constitue parmi les intellectuels, les artisans, les commerçants, le Mouvement constitutionnaliste, qui exige la mise en place d’une constitution à l’occidentale. Dès 1900-1901, le Mouvement progressiste des femmes prend naissance. Il devient très actif en 1909.

Des journaux, des revues vont être animés par des femmes. Le premier s'appelle la Connaissance et publie des articles sur la politique, l’histoire, les sciences. Une deuxième revue s’appelle Chekoufe (Bourgeons en fleur), elle réclame l’indépendance du pays et se bat contre les emprunts contractés par le gouvernement auprès des gouvernements russe et anglais.

Jusqu’en 1920, plusieurs associations vont surgir dont l’Association des femmes patriotes qui revendique : l’instruction des femmes, la suppression du voile. Elle défend aussi les produits iraniens contre les importations étrangères.

En 1906, un additif à la constitution stipulera « tous les citoyens sont égaux devant la loi » en oubliant de préciser que les femmes doivent être considérées comme des citoyens à part entière.

Les femmes institutrices et directrices d’école seront les premières à animer revues et classes d’alphabétisation pour les femmes.

De 1920 à 1921, une République soviétique de Guilan connaîtra une existence éphémère dans cette province du nord de l’Iran, au bord de la mer Caspienne. C’est la révolution d’Octobre et ses répercussions qui stimuleront ce Mouvement des forêts. Pour la première fois, fut accordé aux femmes le droit au travail. Des crèches furent organisées...

Les armées blanches entre autres se chargèrent de réprimer dans le sang cette « république » ou hommes et femmes eurent des droits égaux.

1 92 1 : coup d’Etat de l'officier

Reza-Khan. C’est le père du dernier shah. Il se proclama shah en 192 5, mit fin à la dysnatie des Quadjar et fonda celle des Pahle-vi. En 193 5, il ordonne la suppression du voile. C’est l’« émancipation » forcée.

En 1941, compromis par ses liens avec Thitlérisme, il abdique sous la pression des alliés. Son fils, Mohammed Reza, dernier shah, lui succède. Certaines libertés sont, au départ, tolérées.

Dans ce contexte apparaît l'Organisation démocratique des femmes, d’obédience communiste.

Les importantes minorités ethniques du Kurdestan et de l’Azerbaïdjan rentrent en sécession et se constituent en républiques autonomes, en 1946. Des milliers de femmes prendront part à la lutte. Elles obtiendront plus de droits démocratiques qu’il n’en sera jamais accordé aux femmes en Iran, plus tard. Parmi elles, de

TOUTES LES FEMMES DU MONDE nombreuses victimes lorsque ces « républiques » seront réprimées par le shah, lorsque l’URSS leur retirera leur appui.

1948 : répression, interdiction du parti Toudeh (ex-PC) et des organisations démocratiques.

19>1 : coalition de type centriste du Front national ; son leader, Mossadegh, qui dirige l’opposition parlementaire, devient Premier ministre.

19 51 : une nouvelle organisation légale de femmes va naître : l’Organisation des femmes.

De 19 51 à 19 53, Mossadegh tentera de nationaliser les réserves et les installations pétrolières.

Août 19 53, en réaction, le shah organise une tentative de coup d’Etat ; elle échoue : le shah quitte le pays et se réfugie aux USA. Le 19 août, le gouvernement Mossadegh est renversé par les suppôts de l’impérialisme et du shah. Retour du shah. Répression.

1963: sous la pression de l’impérialisme US, le shah entreprend la « modernisation » capitaliste de l’économie et de la société. Il présente un programme en 6 points, dont les plus importants sont la lutte contre la féodalité et la « réforme agraire ». Dans le cadre de ce programme, le droit de vote est accordé aux femmes. Vives résistances des propriétaires fonciers féodaux : avec la complicité du gouvernement par « tricheries » et ruses multiples, les principales terres et les plus riches sont soustraites à la « réforme agraire ».

Des milliers de paysans, inspl-vables, ruinés vont être dépouillés de leurs terres. Opposition aussi d’une partie du clergé à toute réforme agraire et à l’attribution du droit de vote aux femmes.

Mais aussi depuis 1961, mobilisations des enseignants pour de meilleurs salaires ; les manifestations seront durement réprimées. Luttes ouvrières, luttes et manifestations étudiantes réprimées par la police et l’armée. Les religieux, réprimés, sont aussi en masse dans l’opposition.

L’opposition culmine à l’occasion de grands rassemblements les 4 et ) juin 1963. Le ) juin, la répression fera plusieurs milliers de morts. Dès lors l’ordre et la terreur régnent en Iran. Les femmes ont participé à toutes ces luttes soit en tant que paysannes, soit en tant qu’étudiantes, ou ouvrières.

Fin des années 1 960 : la résistance armée s’organise. 196): création de l’organisation des combattants du peuple, Mohajed-dine Khalq. Le 8 février 1971, attaque de la gendarmerie de Siak-kal par les guérilleros Feddayin du peuple. La répression s’abat en même temps que se développe la lutte armée : nombreuses arrestations et exécutions de 1971 à 197): les prisonniers sont plusieurs dizaines de milliers.

En 1976, 17 opposants qualifiés de « terroristes », dont deux femmes, sont fusillés ou pendus. 77 personnes sont par ailleurs tuées au cours d’accrochages avec la police. Des familles entières sont réprimées : frères, sœurs, pères, mères. Des femmes participent aux organisations de résistance armée : femmes de militants révolutionnaires, étudiantes, sœurs de militants qui ont réussi à sortir de leur rôle traditionnel. Elles sont une minorité.

Des milliers de femmes, mères, sœurs, épouses, grand-mères des prisonniers politiques ou de disparus prendront l’habitude de manifester devant l’université, devant les ministères, pour réclamer la libération des prisonniers politiques et exiger la lumière sur les disparitions. Elles manifesteront aussi pour le retour des soldats envoyés au Dohfar par le shah pour mater la révolution. Elles se battront contre l’importation de viande congelée, vieille de plus de dix ans, contre l’absence d’eau potable dans certains quartiers... En tant qu’ouvrières ou employées dans les villes, elles participeront aux mouvements de grèves, très durs, qui se multiplièrent dans les usines à partir des années 1 970 que ce soit pour des augmentations de salaires, contre la répression, etc. Quelques exemples :

— août 1973 : grève des femmes de l’usine de velours de Kachan, leurs revendications sont satisfaites ;

— août 1973 : grèves des femmes de l’usine Pars Electric qui appartient au trust japonais Yoshiba ; leurs revendications sont satisfaites ;

— mars-avril 1976 : luttes des femmes à l’usine Pars Electric (Toshiba) de la ville de Racht (nord de l’Iran) ;

— juin 1976: luttes des femmes de l’usine d’appareils électriques de Racht pour des augmentations de salaires, succès. Elles participeront aussi à la grève des employés de la société du télex et télégraphe de Téhéran. A Ziba, la grève des ouvrières de l’usine de filature sera réprimée dans le sang.

Rien d’étonnant donc si elles ont participé en masse aux manifestations contre la répression et contre le shah, si elles ont participé à l’insurrection et aujourd’hui se battent pour leurs droits.

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