La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Une rencontre des groupes femmes latino-americains d’Europe

Cahiers du féminisme, n° 9, avril - mai 1979 · p. 24-25 · 2 352 mots

TOUTE LES FEMMES DU MONDE

DES FEMMES LATIN ©AMERICAINES

UNE RENCONTRE DES GROUPES FEMMES LATINUAMERICAINS D’ EUROPE

Les femmes latino-américaines en Europe sont des dizaines de milliers. Il y a les réfugiées politiques, obligées de quitter leur pays écrasé par une dictature militaire (Chili, Argentine, Brésil, Uruguay...), et les étudiantes, enseignantes, qui à l’aide de bourses complètent leur formation universitaire.

Leur séjour, forcé ou volontaire, en Europe, les met en contact avec le mouvement des femmes et c 'est en général pour elles une véritable découverte, étant donné le développement encore faible du féminisme en Amérique latine.

Certaines ont éprouvé le besoin de se regrouper, pour réfléchir sur leur situation de femme, intervenir au sein des communautés latino-américaines pour y développer les idées féministes, accumuler la formation et l’expérience, qui, de retour dans leur pays, leur servira pour participer à la construction d’un mouvement de femmes. C’est ainsi que sont nés, depuis plusieurs années, les groupes de femmes latino-américaines, en contact permanent avec le mouvement des femmes européen. Aujourd’hui, ces groupes existent à Londres, Paris, Bruxelles, Louvain, Lausanne et ont des contacts en Espagne, Italie, Allemagne. Déjà, ils avaient eu une réunion de coordination à Bruxelles en novembre 1978, une autre rencontre vient de se tenir à Paris les 10 et II février 1979.

Elles étaient quatre-vingts environ à se retrouver à la Maison du Brésil de la Cité universitaire. Elles avaient travaillé auparavant par nationalité et rédigé des textes sur la situation spécifique des femmes au Mexique, en Colombie, au Pérou, au Chili, en Uruguay, au Venezuela, au Brésil... Des documents préparatoires, impressionnants par leur quantité et leur qualité.

La rencontre avait un objectif essentiel : discuter du rôle des groupes de femmes latino-américaines en Europe, dans la campagne internationale « pour le droit de choisir ». Il apparut que ce rôle est important à deux niveaux :

— approfondir le sens que peut prendre la campagne en Amérique latine où les questions de l’avortement, de la contraception et a fortiori de la stérilisation forcée se posent différemment qu’en Europe, ceci en liaison avec les groupes existant là-bas ;

— parler concrètement de la situation des femmes latino-américaines en Europe, les difficultés qu ’elles rencontrent, en tant qu ’immigrées, pour bénéfi -cier de la contraception et de l’avortement.

Des commissions se sont donc réunies par thème : avortement, stérilisation forcée, sexualité. Le débat, très riche, a porté tout à la fois sur les faits, les statistiques, mais aussi sur le vécu des femmes sans oublier la nécessité de mieux préciser nos revendications. Il s’est poursuivi le samdi soir avec la projection d’un film réalisé par des Mexicaines.

Le compte rendu en assemblée générale a permis de dégager des synthèses sur lesquelles ont été mandatées les déléguées à la coordination internationale de la CIDA à Barcelone.

Par ailleurs, décision a été prise de développer les actions de solidarité avec des femmes emprisonnées et torturées en Colombie et au Portugal.

Et puis, elles ont également adopté une déclaration condamnant vigoureu -sement le voyage et les propos du pape au Mexique, déclaration que nous publions.

Bref, une rencontre réussie, prometteuse pour l'avenir.

H. N.

Manifeste des groupes femmes latino-américaines contre les déclarations du Pape à Puebla

« Ce message pastors est d'autant plus important que la famille fait l’objet des plus grandes menaces. Pensez aui .impagnes en faveur du divorce. Be l'usage des contraceptifs, de l'avortement, qui détruisent a )tre société. » (Le Monde du 5(,1/1979.)

Femmes du moule entier, nous avons été agresses par les déclarations drastiques du pape en Amérique latine contre la contraception, l’avortement et le divorce. S’appuyant sur l’aliénation religieuse, entretenue par des siècles de domination, ü veut apparaître comme le meilleur défenseur de la vie ta; naine contre les femmes qui orétendent « l’assassiner ». En réa ité, la papauté, après sa défaite en France et en Italie, où elle n a pu empêcher la légalisation i e l'avortement, se lance dans ut> véritable campagne mondiale co: itre la lutte de libération des I tînmes et contre la pénétration toujours plus importante des fées progressistes et révolution aires, qui mettent en question c pouvoir idéologique de l’Eglise, représentante des intérêts de cette société patriarcale et de classés.

Les groupes de femmes latino-américaines, comme du reste du monde, ne peuven-�sser passer en silence de t®s déclarations. En tant que fem nés et latino-américaines, n® devons refuser et dénoncer * caractère de cette agression. us devons réaffirmer, plus que jamais, notre combat contre ’Ppression sexuelle, dans lequel� lutte pour le droit à l'avortent a la contraception, au divor-est une étape indispensable a ïs le processus de notre lib�On. puisque c’est sur la poss® »n de nos capacités reproductrices que s’est construite et entretenue notre oppression. Nous n’accepterons plus d’être réduites à une fonction reproductrice qui nous prive de la faculté de décider, du droit à disposer de notre corps, qui nie l’existence de notre sexualité. L’Eglise catholique a été et reste la principale propagatrice d’une idéologie et d’une politique répressives, qui a fait de nous des « Eve », porteuses du péché dans notre corps, et des « Marie », déesses de la vertu, de la virginité et de la fertilité en tant que mères.

Cela dit, nous devons expliquer la signification économique et sociale du voyage du pape en Amérique latine, l’une des forteresses actuelles de l’impérialisme où sont concentrés aujourd’hui 43 96 de la population catholique du monde. L’Eglise en tant qu’ institution de cette société patriarcale et de classes est en crise, ce qui se reflète, évidemment, en Amérique latine. En son sein même, des voix s’élèvent qui exigent son adéquation à la réalité actuelle, voix qui sont aujourd’hui violemment persécutées et réprimées par la hiérarchie officielle. Cette Eglise qui a su s’adapter historiquement à des régimes de nature différente, à l’heure actuelle, face à la perte progressive de son pouvoir, prétend s’accrocher à ce sous-continent, traditionnellement fidèle et dominé par elle, pour réaffirmer son autorité et sa cohésion. Les raisons sont évidentes : les mouvements qui ont lutté et luttent pour la libération de l’Amérique latine, ont représenté et représente un danger pour le système capitaliste. L’Eglise, officiellement, a encouragé, soutenu et béni les sanglants processus contre-révolutionnaires. Le refus du droit à la vie pour des milliers et des milliers de personnes, l’exil massif des peuples, n’ont pas préoccupé le « souverain pontife », comme ne le préoccupe pas non plus la vie des 800 millions d’êtres humains qui, selon les propres statistiques capitalistes, vivent en dessous du niveau minimum de survie.

Le Vatican se présente comme le défenseur intransigeant des droits humains et cherche à canaliser un mouvement social qui, sous son contrôle et sa direction, réformerait le monde actuel sans en changer les fondements. Mais afin d’éviter tout risque de débordement, il lui est nécessaire de réaffirmer toute l’importance de l’institution de base de la domination bourgeoise et patriarcale : la famille.

Le discours du pape contre l’avortement, contre la contraception, en défense de la famille, contredit la réalité des faits. L’avortement en Amérique latine, bien qu’il soit interdit et sévèrement puni dans tous les pays, est une réalité. En Colombie par exemple, une grossesse sur deux se termine par un avortement provoqué ; au Brésil, en Colombie, au Pérou et au Venezuela, 60 96 des morts dues prétendument aux maternités ont en fait pour origine des complications à la suite d’avortements clandestins, pratiqués dans les conditions sanitaires que nous connaissons toutes (introduction d’aiguilles à tricoter, de clous, de mèches, etc.). Qui plus est, 90 96 des femmes qui avortent sont catholiques. Combien le « Saint Père » devrait-il donc excommunier de ses « fidèles brebis » latino-américaines ?

Tout ceci sans parler des millions d’enfants qui ne vivent pas jusqu’à l’âge de un an.

Nous nous demandons alors : quelle vie défend le pape ?

Quand « l’évêque de Rome » brandit ce drapeau, il ne le fait pas pour déndncer les campagnes de stérilisation forcée en Amérique latine, ni les laboratoires multinationaux qui nous vendent des pilules anticonceptionnelles dépassées ou interdites (pour leur forte dose d’hormones) dans les pays dits développés. Il le fait contre nous, les femmes, contre notre droit de choisir et de vivre. Car le droit élémentaire de décider de notre corps, une des bases de notre lutte, est une menace contre le pilier de cette société : la famille.

Pour tout cela, pour les milliers dç femmes et d’hommes qui sont morts en luttant, et sous la torture, pour les millions d’enfants qui ne connaissent la vie que comme synonyme de la faim, comme faisant partie de ces milliers de femmes qui luttons pour notre droit inaliénable à décider de nos maternités, à disposer de notre corps, de notre sexualité, nous réaffirmons que nous continuerons le combat, pour l’avortement, la contraception, le divorce, contre l’institution qu’est la famille bourgeoise, pour obtenir avec tous ceux qui luttent contre les racines de toute exploitation et oppression le légitime et authentique droit à la vie dans une société libre, sans oppressions de races, de classes ni de sexe.

DES FEMMES LATIN O AMERICAINES

TRE DES GROUPES FEMMES AMERICAINS D’ EUROPE

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Cela dit, nous devons expliquer la signification économique et sociale du voyage du pape en Amérique latine, l’une des forteresses actuelles de l’impérialisme où sont concentrés aujourd'hui 43 96 de la population catholique du monde. L’Eglise en tant qu’ institution de cette société patriarcale et de classes est en crise, ce qui se reflète, évidemment, en Amérique latine. En son sein même, des voix s’élèvent qui exigent son adéquation à la réalité actuelle, voix qui sont aujourd’hui violemment persécutées et réprimées par la hiérarchie officielle. Cette Eglise qui a su s'adapter historiquement à des régimes de nature différente, à l'heure actuelle, face à la perte progressive de son pouvoir, prétend s'accrocher à ce sous-continent, traditionnellement fidèle et dominé par elle, pour réaffirmer son autorité et sa cohésion. Les raisons sont évidentes : les mouvements qui ont lutté et luttent pour la libération de l'Amérique latine, ont représenté et représente un danger pour le système capitaliste. L'Eglise, officiellement, a encouragé, soutenu et béni les sanglants processus contre-révolutionnaires. Le refus du droit à la vie pour des milliers et des milliers de personnes, l’exil massif des peuples, n’ont pas préoccupé le « souverain pontife », comme ne le préoccupe pas non plus la vie des 800 millions d'êtres humains qui, selon les propres statistiques capitalistes, vivent en dessous du niveau minimum de survie.

Le Vatican se présente comme le défenseur intransigeant des droits humains et cherche à canaliser un mouvement social qui, sous son contrôle et sa direction, réformerait le monde actuel sans en changer les fondements. Mais afin d’éviter tout risque de débordement, il lui est nécessaire de réaffirmer toute l’importance de l’institution de base de la domination bourgeoise et patriarcale : la famille.

Le discours du pape contre l’avortement, contre la contraception, en défense de la famille, contredit la réalité des faits. L’avortement en Amérique latine, bien qu’il soit interdit et sévèrement puni dans tous les pays, est une réalité. En Colombie par exemple, une grossesse sur deux se termine par un avortement provoqué ; au Brésil, en Colombie, au Pérou et au Venezuela, 60 96 des morts dues prétendument aux maternités ont en fait pour origine des complications à la suite d’avortements clandestins, pratiqués dans les conditions sanitaires que nous connaissons toutes (introduction d’aiguilles à tricoter, de clous, de mèches, etc.). Qui plus est. 90 96 des femmes qui avortent sont catholiques. Combien le « Saint Père » devrait-il donc excommunier de ses « fidèles brebis » latino-américaines ?

Tout ceci sans parler des millions d’enfants qui ne vivent pas jusqu’à l’âge de un an.

Nous nous demandons alors : quelle vie défend le pape ?

Quand « l’évéque de Rome » brandit ce drapeau, il ne le fait pas pour dénôncer les campagnes de stérilisation forcée en Amérique latine, ni les laboratoires multinationaux qui nous vendent des pilules anticonceptionnelles dépassées ou interdites (pour leur forte dose d’hormones) dans les pays dits développés. Il le fait contre nous, les femmes, contre notre droit de choisir et de vivre. Car le droit élémentaire de décider de notre corps, une des bases de notre lutte, est une menace contre le pilier de cette société : la famille.

Pour tout cela, pour les milliers de femmes et d’hommes qui sont morts en luttant, et sous la torture, pour les millions d’enfants qui ne connaissent la vie que comme synonyme de la faim, comme faisant partie de ces milliers de femmes qui luttons pour notre droit inaliénable à décider de nos maternités, à disposer de notre corps, de notre sexualité, nous réaffirmons que nous continuerons le combat, pour l’ avortement, la contraception, le divorce, contre l’institution qu’est la famille bourgeoise, pour obtenir avec tous ceux qui luttent contre les racines de toute exploitation et oppression le légitime et authentique droit à la vie dans une société libre, sans oppressions de races, de classes ni de sexe.

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