A compter du Il juin, les prix de tous les services et tous les produits sont bloqués. Mais ne sont pas concernés: -les produits alimentaires frais : fruits et légumes , lait, beurre, fromage, viande, poisson, c'est-à-dire une large part de la consommation courante des ménages ; -les produits pétroliers. Une hausse de l'essence, du gazole, du fuel est déjà programmée pour le 12 juillet, en application de la nouvelle formule de calcu l de ces prix qui tient compte du cours du Dollar. Le gouvernement envisage de répercuter cette augmentation dans les tarifs d'EDF et GDF ; -l'acier. Deux hausses sont prévues : 6,75 % à trés brève échéance et 3 ou 4 % début juillet. Sont concernés par ces majorations des secteurs décisifs pour la « reconquête du marché intérieur >> : l'automobile, la construction, la mécanique. Le gouvernement pourra-t-il refuser aux industriels de ces secteurs ce qu'il a déjà accordé à une entreprise nationale, EGF?
Bloquer les prix à une date donnée est facile à décréter . Mais, pour qu'elle soit réellement efficace, une telle mesure suppose de : -connaître les prix effectivement pratiqués à la date du blocage; -vérifier qu'aucun dérapage ne se produit ultérieu rement; -sanctionner les abus constatés.
Or, les services administratifs, la direction de la Concurrence et Consomation, à qui reviennent ces tâches , ne disposent que de moyens très limités. Pour trois raisons. • Depuis la politique de liberté des prix menée à partir de 1978 par Monory, ce service ne procédait plus à aucun relevé systématique. Et ce n'est pas le timide encadrement des prix décidé par Delors lors de la première dévaluation qui a changé fondamentalement cette situation ; il ne concernait que les services, et même pour ce type d'activités les informations recueillies sont restées très fragmentaires. Entre l'annonce du blocage dimanche 13 juin et l'arrivée des premiers fonctionnaires de la direction de la Concurrence, que d'étiquettes ont donc )Ju valser , en toute impunité ... • Les effectifs de ce service sont restreints : 2 300 agents sur tout le territoire dont 1 500 peuvent être opérationnels pour des relevés de prix. Et ce n'est pas l'appel aux gendarmes, surtout en période de vacances, qui pourrait remédier à cette insuffisance de personnel. .. • Les sanctions prononcées interviennent tardivement et ne sont pas dissuasives. ·Lorsqu'un agent de la direction de la Concurrence constate une infraction, il doit dresser un procès-verbal. Mais celui-ci connaîtra des fortunes très diverses ; l'instruction en sera plus ou moins longue, une transaction peut être proposée à l'entreprise ou l'affaire peut transmise à la justice ... qui suivra son cours. C'est ainsi que certaines associations de consommateurs attendent le règlement de procès-verbaux dressés à des sociétés de distribution d'eau pour prix illicites, ces procès-verbaux ayant été établis il y a cinq ans ... En 1977, date du dernier blocage.
Conséquence : pour contrôler les prix, il ne faut pas s'en remettre à un service administratif spécialisé. C'est un objectif que doivent se fixer les organisations syndicales du commerce et de la distribution, les syndicats ouvriers sur les lieux de production et les associations de consommateurs. Le blocage de prix décidé par le gouvernement se fera donc contre les travailleurs. C'est d'ailleurs ce qu'écrivait J.- P. Dumont dans le Monde du 18 juin: 11 Le blocage des prix n 'étanl pas total, on s 'auend à une inflation qui pourrait être de 2,5 % à 3 % de juille! à oclobre. Si le blocage des salaires - à l'exception du SMIC- est total, la perte en pouvoir d'achat serait donc de 3 %. Mais il faut aussi tenir compte de la majoration vraisemblable de la cotisation versée à l'UNEDIC: de 0,4 % à 0,6 %. La ponction serait donc d'environ 4 % ... et même davamage si le plan d'économies pour la Sécurité sociale implique pour les assurés une participation financière. »
Un pronostic difficilement contestable.