Pause ? Rigueur? Austérité ? Deuxième phase? La bataille des mots a fait rage début juin pour baptiser la réorientation économique annoncée par Delors et Mauroy. Face à u e situation financière en voie de dégradation rapide, le gouvernement déclarait vouloir passer de la " phase des réformes , à celle de la " consolidation "·
Mais ce débat de mots est vite apparu désuet : l'électrochoc du blocage des prix et des salaires qui accompagne la dévaluation du 12 juin a mis l'ensemble des commentateurs d'accord - à l'exception de « l'Humanité >> qui a joué les sourds-muets- sur la écouter nos ministres, la croissance économique (2 % en 1982) et le ralentissement de la hausse du chômage permettent de décerner le tableau d'honneur du bon gestionnaire au gouvernement. En effet, seul le Japon, parmi les pays industrialisés, a fait mieux pour la croissance, tous les autres sombrant dans la récession. Et le chômage n'a augmenté « que )) de 17 % entre avril 1981 et avril 1982, alors qu'il avait fait un bond de 29 % dans l'année précédente. Les seules ombres au tableau : l'inflation qui se maintient, le Franc qui dégringole et le déficit du commerce extérieur qui empire. Bref, « la France est malade de ses finances », comme dit le Monde du 11 juin, et une petite cure de rigueur financière est à l'ordre du jour.
Mais avant d'évoquer le contenu de cette cure, revenons sur le bilan officiel ainsi résumé brièvement. • La croissance : c'était le credo économique du PS ; en relancant la croissance grâce à la hausse du pouvoir d'achat des consommateurs, on allait enclencher un « cercle vertueux )) : relance de la consommation, donc de la production et de l'investissement, d'où baisse du chômage, hausse de la masse des salaires, et donc augmentation des impôts et cotisations sociales, et finalement élimination des déficits publics nécessaires pour lancer la mécanique. Le candidat Mitterrand, puis le «plan intérimaire pour 1982 et 1983 )) fixaient à 3 % le taux de croissance indispensable à la réussite de ce projet.
Aujourd'hui, il est acquis que le taux de croissance pour 1982 ne dépassera pas 2 %. Contrairement aux espoirs du gouvernement, l'économie mondiale s'est enfoncée dans la récession et on n'attend pas de reprise avant 1983 ... au mieux ! La relance française reste fragile et limitée aux secteurs de biens de con-
MICHEL DUPONT nature du tournant pris : il s'agit d'une politique d'austérité classique et sans ambiguïté. Pour le gouvernement qui semblait flotter entre la phraséologie de la « relance par la consommation ,, et les impératifs d'une gestion rigoureuse d'une économie capitaliste en crise, l'heure de vérité a sonné.
Avant d'examiner la nature et les conséquences de ce tournant, détaillons le bilan de la première année de politique économique du gouvernement de gauche, afin de mieux comprendre les raisons qui l'ont amené à cette brutale attaque contre le pouvoir d'achat de la classe ouvrière. sommation : les investissements, eux, continuent de reculer. • Le chômage : Il est difficile d'appeler « succès )) les 290 000 chômeurs supplémentaires enregistrés d'avril 1981 à avril 1982. Leur nombre total a dépassé les 2 millions, et il est hors de question qu'il soit stabilisé à court terme. Le passage aux 39 heures n'aura, selon les prévisions de l'INSEE, pratiquement pas d'effet sur le chômage. En tenant compte des embauches de fonctionnaires, 30 000 à 50 000 emplois au mieux seront créés (dans l'hypothèse où la croissance dépasserait 2 % ), bien moins que l'augmentation de la population active ( + 200 000) due à la démographie. • L'inflation : Apparemment, elle reste au niveau de 13 ou 14 % par an, ce qui n'est pas la catastrophe annoncée par la droite. Mais les principaux concurrents de la bourgeoisie française ont considérablement réduit leurs hausses de prix, aux environs de 4 % aujourd'hui. Les produits français seront de moins en moins compétitifs sur le marché mondial car ils vaudront de plus en plus cher relativement aux autres. Or, la France exporte le quart de sa production : s'il n'y a plus d'acheteurs, la crise s'aggravera. • Le commerce extérieur: Le déficit record en avril (plus de 10 milliards) n'est pas un accident, la tendance à l'aggravation s'explique simplement : - Les exportations ont baissé en valeur réelle depuis mi-1981, surtout à cause de la récession mondiale qui oblige les clients étrangers à réduire leurs achats : non seulement ceux des pays capitalistes riches, mais aussi ceux du tiers monde (à cause de la baisse du prix du pétrole et des matières premières) et des pays de l'Est (en proie à des difficultés financières). - Les importations, au contraire, ont connu un boom (voir l'encadré). • La monnaie : La perte de compétitivité de l'industrie
française se produit par une accélération de la chute du Franc par rapport au Dollar, malgré les efforts de la Banque de France pour le soutenir. Elle a dépensé 1 1 se de ses réserves en devises étrangères pour maintenir le Franc à l'intérieur du système monétaire européen. Malgré ces efforts considérables, deux dévaluations ont ëté nécessaires pour que les exportateurs français ne perdent pas tous leurs clients.
Ainsi, la position de la bourgeoisie française s'est dégradée depuis un an par rapport à ses principaux concurrents (USA, RFA, Japon). Le partage salaires- profits
Et par rapport à la classe ouvrière ? Le changement du rapport de forces politique dû à la victoire du 10 mai a-t-il entraîné une baisse de la part des profits dans la richesse distribuée? La réponse n'est pas simple, car plusieurs phénomènes ont joué : -la hausse du SMIC de 10% en juin 1981 n'a pas beaucoup profité aux salariés car les patrons l'ont appliquée très restrictivement et en bénéficiant d'exonérations de cotisations sociales. - Les prestations sociales, par contre, ont augmenté de 4,4 % en pouvoir d'achat en 1981 (contre 1,6 % en 1980). - Le passage aux 39 heures a causé une hausse du coût salarial horaire (ce que coûte une heure de travail à un patron) ; mais le salaire mensuel ouvrier au premier trimestre 1982 a subi une perte de pouvoir d'achat de 0,6 %. - La productivité du travail a nettement progressé, à la fois grâce à la légère reprise et à la réorganisation du travail qui a souvent accompagné le passage à 39 heures. On constate une nette remontée des profits des entreprises début 1982, juste avant que le gouvernement ne leur distribue ses subsides. Mais leur niveau reste médiocre.
Globalement, la faible perte de pouvoir d'achat des salaire est plus que compensée par le gain en prestations sociales. Les prévisions faites pour l'INSEE au début de 1982, donc avant les mesures de blocage, indiquent que le revenu disponible des salariés devrait augmenter d'environ 1, 7 % en pouvoir d'achat. Ce résultat frappe quand on le compare avec ceux de la RF A ou des USA, où le pouvoir d'achat des travailleurs a baissé ces derniers mois. On comprend que les patrons s'inquiètent et que, de plus en plus, la Sécurité sociale soit dans le collimateur du CNPF. Le blocage des salaires et les économies sur la Sécurité sociale sont une réponse à ces inquiétudes. La« pause» : une rupture?
Les timides mesures de « relance » prises par le gouvernement il y a un an étaient loin de constituer une tentative conséquente de politique keynésienne traditionnelle, telle que le PS et le PC la développaient dans le Programme commun de gouvernement. Tant il est évident que relancer massivement la consommation populaire par une forte hausse du pouvoir d'achat amène, dans une économie capitaliste ouverte sur un monde en pleine crise, inflation et déficits de toutes sortes.
Aussi, la hausse du SMIC et des prestations familiales opérée en juin 1981 et le passage aux 39 heures avaient un rôle éminemment politique : Mitterrand voulait montrer qu'il tenait ses promesses. L'effet de relance de ces mesures fut très limité : la reprise de l'activité économique s'était faite· vers avril, avant même le 10 mai, et l'essentiel des gains de pouvoir d'achat date du premier trimestre 1981 et pas du second. Aussi serait-il faux de dire qu'après une tentative avortée de relance de la consommation, le gouvernement change de cap et revient à une politique traditionnelle d'austérité, baptisée « pause » pour l'occasion. En fait, Mitterrand a raison de parler de « deuxième phase d'une même politique ».
Dans la première phase, de mai 1981 à avril 1982 dominaient les hésitations et les contradictions : pa; nécessité politique, et malgré l'avis de Delors, Mitterrand réalisait son programme de nationalisations et prenait quelques mesures «spectaculaires »: SMIC, allocations familiales, 39 heures sans réduction de salaire (après une vague de grèves qui l'obligeait à se prononcer sur la question). Peu à peu, cependant, se précisait la politique du « compromis permanent )) avec le patronat qui pesait de plus en plus dans les décisions gouvernementales.
Le début de la deuxième phase coïncide avec l'échec de la gauche aux cantonales et l'annonce de résultats économiques inquiétants (déficits du comm~rce ~xtérieur, de la Sécurité sociale, du budget, repnse economique insuffisante, investissements au point mort). Le gouvernement décide alors de systématiser le compromis avec le patronat, et Mauroy annonce la stabilisation des cotisations patronales, l'octroi de 17 milliards de francs en cadeaux aux entreprises (notamment par un allégement de la taxe professionnelle de Il milliards en 1982 et 1983) et la suspension de toute réduction de la durée lég;le du travail jusqu'en 1985. Rocard déclare que « la France a une protection sociale au -dessus de ses moyens >>, le gouvernement repousse la réforme de la Sécurité sociale à 1983 tout en la vidant par avance de tout contenu (puisque le nouveau mode d'élection des administrateurs des caisses de Sécu garantira le maintien de la majorité actuelle : CNPF, FO, CFTC, CGC). Les déclarations se multiplient sur le thème : « Il faut
qu'on s'y mette tous, sinon on ne s'en sortira pas. »
Le gouvernement s'homogénéise autour de la « ligne Delors » d'austérité de gauche, la seule cohérente en son sein. La sanction prend la forme de la décision du 12 juin, de blocage des prix et surtout des salaires, présentée d'ailleurs comme une simple mesure d'accompagnement de la dévaluation du Franc. La fonction de l'austérité
On est obligé de noter le rapprochement par rapport aux politiques de Thatcher, Reagan ou Schmidt, que traduit la décision du 12 juin. Bien sûr, entre ces dirigeants existéht des divergences idéologiques et des différences dans leurs relations avec leurs classes ouvrières. Mais, au fond, leur stratégie de « sortie de crise » est la même, avec les mêmes conséquences désas. treuses sur la croissance du chômage : on sait les exploits de Reagan et Thatcher dans ce domaine, mais il ne faut pas oublier qu'en 1981 c'est l'Allemagne social-démocrate qui a remporté la médaille d'or du chômage, avec une augmentation de 44 % . Cette stratégie commune, à laquelle s'est rallié Mitterrand après le sommet de Versailles, peut se définir de la façon suivante : • Comprimer la part de la consommation dans la richesse créée, en pesant à la fois sur les salaires directs et sur les prestations sociales de façon à obtenir des baisses significatives de pouvoir d'achat. • Accélérer la restructuration internationale de l'industrie en abandonnant certaines branches (textile, sidérurgie, mines, construction navale .. . ) aux pays semi-industrialisés (Corée, Taiwan, Singapour .. .) et en se spécialisant dans les secteurs à technologie de pointe ; cette réorganisation implique des fermetures massives d'usines dans les branches en déclin et des investissements nouveaux très peu créateurs d'emplois dans les secteurs d'avenir: donc un chômage en croissance accélérée, qui facilite beaucoup les attaques contre le pouvoir d'achat des travailleurs. • Sur ces bases, rétablir le taux de profit à un niveau acceptable et accroître, pour chaque économie, sa compétitivité dans la concurrence internationale : le thème de la « lutte prioritaire contre l'inflation » symbolise l'ensemble de cette politique, et a été fort significativement la justification centrale du cours d'austérité adopté le 12 juin par le gouvernement français. Comme si celui-ci avait découvert à Versailles, malgré les serments sur le maintien de la lutte pour l'emploi, qu'il n'y a qu'un moyen de défendre la monnaie, la compétitivité, les profits : c'est l'austérité accompagnée de ses deux petits frères, chômage et récession.
Manque d'imagination et de créativité des experts économiques de gauche? Non: c'est tout simplement la seule politique compatible à terme avec l'ouverture des frontières à la concurrence capitaliste internationale et le respect scrupuleux des lois du marché. Or, jamais les perspectives du Parti socialiste ni du Parti communiste n'ont outrepassé ces limites sacrées. Dans ce cadre, la fonction des prétendues « mesures d'accompagnement » de la dévaluation est claire : • Le blocage des salaires amène très rapidement une forte baisse du pouvoir d'achat, car le « blocage » des prix « oublie » ceux du gaz, de l'électricité, de l'essence et du fuel, des produits alimentaires frais. En outre, le gouvernement ne se donne aucunement les moyens de contrôler effectivement les prix, et toutes les expériences faites dans le passé montrent l'inefficacité d'un blocage technocratique. • La hausse des cotisations sociales ouvrières va encore accentuer cette perte. • Les mesures d'« économies» en matière de Sécurité sociale, pour ne pas rester purement symboliques, devront consister en des baisses importantes des prestations sociales et des allocations de chômage, sous couvert de «justice » et de « solidarité ».
Au-delà du mois d'octobre, quand sera levé le pseudo-blocage des prix, le gouvernement parie sur le réalisme et le soutien des directions syndicales, en espérant que la base sera suffisamment traumatisée pour accepter l'abandon de la notion (périmée!) d'avantages acquis ; tandis qu'une part significative du patronat, reconnaissante d'avoir pu imposer ce que Barre n'avait jamais osé tenter si brutalement, accorderait enfin sa confiance à la social-démocratie.
Cette politique chimérique va se briser sur deux écueils fondamentaux : d'abord, la contradiction qui se développe déjà entre la base sociale du gouvernement -les électeurs du 1 0 mai, les travailleurs socialistes, communistes ou sans parti, syndiqués ou non, qui ont voté pour une véritable lutte contre le chômage et un authentique changement- d'une part, et la politique d'austérité de Mau_roy, Delors et Fiterman, dirigée directement contre ces travailleurs, d'autre part. Second obstacle : le fait que la bourgeoisie n'est pas prête à considérer ce gouvernement comme son gouvernement. Des contradictions promises à l'aggravation
Cette double contradiction exprime l'impossibilité actuelle, étant donné le niveau de conscience et d'activité de la classe ouvrière française, d'obtenir un consensus autour d'un gouvernement, même de gauche, pour faire payer les frais de la crise par les travailleurs. La poursuite de la politique économique d'austérité amènera la dégradation des liens entre les grands partis ouvriers et leur base, la désaffection de
nombreux travailleurs par rapport à leurs organisations traditionnelles, accentuant le phénomène enregistré aux élections cantonales de mars 1982, et à l'image de l'affaiblissement continuel du Parti social-démocrate (SPD) en RFA .
Mais le soutien que le gouvernement perdra sur sa gauche, il ne le récupérera pas sur sa droite à cause justement de son incapacité à préserver la paix sociale et le bon ordre des choses capitaliste. Il suffit de voir les réactions de la bourgeoisie aux mesures du 12 juin : loin de se réjouir et d'apporter son soutien à une politique d'austérité qu'elle réclamait depuis longtemps, la droite pousse son avantage et affirme que le gouvernement ne cesse de se discréditer. Certes, le CNPF, qui hurle au loup quand on fait mine de bloquer les prix, saura malgré tout profiter à plein du service rendu : on ne saurait douter qu'il contrôlera efficacement les salaires, bien mieux que le gouvernement ne maîtrisera les prix .. . Mais, à terme, il mise sur une solution politique autonome (associant éventuellement certaines fractions ou individus issus du mouvement ouvrier), et non sur le maintien en survie artificielle d'un gouvernement de gauche suspendu dans le vide.
Une autre voie
est possible et necessaire
L'alternative n'est pas entre une « mauvaise » et une « bonne » politique économique. Il n'existe pas un « bon » catalogue de recettes concoctées par des experts 1 ucides et de gauche, opposé à des politiques néfastes de gâchis et d'abandon national tramées par de sini$res agents du capital. Le choix, politique avan( tout, est entre la gestion du système capitaliste en crise et son renversement, seule façon de venir à bout du chômage et de la récession.
Ce choix politique implique tout une option économique : le refus de la division capitaliste du travail à l'échelle mondiale. Bien sûr, il est hors de question d'envisager que l'appareil productif français puisse se dispenser d'importer et d'exporter. L'autarcie complète serait techniquement impossible et socialement désastreuse, car elle provoquerait un chaos intégral dans la production, avec toutes ses conséquences sur le niveau de vie des travailleurs comme l'illustre le cas de la Pologne. La perspective dans laquelle nous devons nous situer est, au contraire, celle de la division technique du travail dans le cadre d'une fédération des Etats-Unis socialistes d'Europe.
Mais pour commencer, en France, à remplacer la logique du profit maximum par celle des besoins sociaux, il faudra absolument remettre en cause l'insertion de l'économie dans le système capitaliste international. Imaginons, par exemple, qu'un gouvernement au service des travailleurs décide de créer une entreprise productrice de machines-outils, pour éviter d'avoir à les importer et pour embaucher des milliers de chômeurs. Ce projet n'aurait des chances de succès qu'à une condition : protéger les débuts de cette production, forcément difficiles, etes attaques de la concurrence internationale. Comment faire ? Soit augmenter fortement les droits de douane pour l'importation de machines-outils, soit subventionner massive-
La «reconquête du marché
intérieur» ... par les
concurrents étrangers? ...
C'est le thème central de la politique industrielle du gouvernement : il faut « reconquérir le marché intérieur », en « produisant français » -comme dit le PCF - ce qu'on est obligé d'importer. A cet égard, la première année du gouvernement Mauroy a des allures de catastrophes : on a assisté à une flambée des importations ( + 18,6 % en un an). La relance de la consommation, bien que limitée, a essentiellement profité aux secteurs de l'électroménager et de la radio-TV , où la part des produits importés est considérable. Dans l'automobile, les constructeurs allemands et japonais ont réalisé une entrée en force depuis la fin de 1981 , exploitant l'avantage de compétitivité que leur permet la faiblesse de leu r taux d' inflation.
Si la relance avait massivement eu lieu , elle aurait nécessité l'importation de machines-outils (que la France produit peu) pour permettre l'investissemen t : le déficit du commerce extérieur s'en serait trouvé encore aggravé. Décidément, tant que l'économie est immergée dans le système capitaliste mondial, aller à contre-courant expose à boire la tasse à tout moment.
P6tC:tration des produits nrangers sur le marché français
(taux pour les pro duits manufactur.:S, en % ).
ment les produits de l'entreprise débutante. De toute façon, il faudra s'attendre à des mesures de rétorsion des bourgeosies étrangères menacées dans leurs débouchés commerciaux, et donc une rupture du « libre échange >> capitaliste.
Cette rupture sera également indispensable pour s'opposer au sabotage et à la fuite des capitaux et des devises qu'organisera la bourgeoisie à une échelle encore supérieure à ce qu'on connaît aujourd'hui. A partir de l'instauration d'un strict contrôle des flux de marchandises et de capitaux aux frontières, voici les principaux éléments qui permettraient, sur la base d'une intense mobilisation des travailleurs, de s'attaquer réellement au chômage et à l'inflation en commençant une véritable remise en cause du système capitaliste de production et d'échanges : • Diminution massive du temps de travail, à 35 heures dans une première étape, sans perte de salaire. Cette mesure (et la suivante) seront financées par un véritable impôt sur le capital et une diminution importante des hauts revenus (professions libérales, cadres supérieurs, gros commerçants, patrons) ainsi que par l'élimination progressive du chômage. • Revalorisation massive du SMIC et des bas salaires. • Blocage des prix sous le contrôle de travailleurs. • Expropriation des secteurs clés non encore nationalisés (en particulier les multinationales). • Mise en place d'une planification démocratique sur la base des besoins des travailleurs. • Définition de nouvelles relations économiques avec l'extérieur, en privilégiant les contrats directs avec les pays du tiers monde et de l'Est, ce qui leur permettrait comme à nous une moindre dépendance vis-à-vis du système financier international.