CO:MMUNISTES , l'un membre de RCH, l'autre de la Convention des communistes critiques les Farreny comme secrétaire de sec- · nonçait la désignation de la nouvelle
L'interv iew qui suit est celle d'Henri et de Charles Farreny, tous deux militants au PCF Charles Farreny est le secrétaire régulièrement élu de la section de Ramonville (commune de la banlieue sud de Toulouse) ; il est par ailleurs membre du comité direc- . teur de" Rencontres communistes hebdo ••· Henri Farreny appartient à la section universitaire du PC à Toulouse. Il est membre du collectif national de la convention des " Communistes critiques ••·
Lors du conseil municipal de Ramonville du 28 avril, le maire PS fait état d'une rencontre avec une des neuf élus communistes de la commune qui
- Charles : La prise de conscience brutale de beaucoup de communistes à Ramonville date de mai 1976 : c'est l'affaire « Varsovie » (1 ). C'est à cette occasion que le doute s'est installé dans l'esprit des militants.
-Henri : C'était un fait concret dont on mesurait tous les tenants et tous les aboutissants. En janvier 1976, il y avait eu le xx• congrès .. . Il y avait eu un affrontement incroyable à la conférence fédérale de la Haute-Garonne à propos de l'abandon de la dictature du prolétariat et à propos des fameux amendements sur l'« amoralité». On s'apercevait déjà que les analyses n'étaient pas fondées sur une approche rigoureuse, scientifique de la politique, qu'il y avait des contradictions et qu'elles étaient réglées par quelques-uns à la direction du parti. Si, sur la dictature du prolétariat, on ne te répond pas, tu te dis : «je n'ai pas tous les éléments ... » mais sur une affaire concrète comme « Varsovie », tu vois les contradictions entre ce qu'affiche le parti et sa pratique ; là , on a pu aller jusqu'au bout. Cela posait le problème fondamental des rapports du parti avec les est venue lu i présenter le " nouveau responsable de la section PCF de Ramonville ••· O r, le comité de section, élu à une très gra nde majorité lors de la préparation au 24e Congrès, n'ajamais été saisi d' une demande de modification. Le 19 janvier il a, à l'unanimité moins une voix, réélu en son sein, conformément aux statuts, Chartion. Un représentant officiel de la fédé ration de la H aute-Garonne était présent.
Comme beaucoup de communistes français, ceu x de Ramonville ont des désaccords a vec certains aspects de la politique du P CF. Au moment du coup travailleurs, quand , en plus, c'est le parti qu i est maître de la maison .
-Charles : Il fau t ajouter que dans les hu it jou rs qui ont suivi les débuts de l'affaire, nous avons fait signer u ne pétitions interne qui a récolté 400 signatures. La fédé a violemment réagi, il a fallu a rrêter. Sim ultanément, on a créé la section de Ramonville. Il existait une cellule depu is longtem ps ; en 1977, on a accéléré le processus pour faire une section. On a eu du mal à la faire reconnaître ... le parti a sans doute senti qu 'un jour ça risquait de lui échapper.
1977 et
la rupture PC-PS
-Charles : La rupture ? On se posait des questions, on discutait. .. Sur les nationalisations on n'avait pas tous les éléments, on faisait confiance à la section économique du CC .. . , et puis Fabre bousculait Marchais à la télé. On avait tendance à ne pas acde force militaire en Pologne, le comité de section quasi unanime a publiquement protesté. Il a salué chaleureusement les représentants de Solidarnosc en visite dans la commune. Une résolution du comité fédéral du PC signée du 29 mars 1982 (avant l'information au conseil municipal), et soigneusement cachée à la section, an" secrétaire de section .... . Ces faits ont suscité de la part des militants LCR de Toulouse une demande d'interview, et la discussion s'est très vite élargie à l'ensemble des problèmes qui se posent aujourd'hui à ceux qui veulent vraiment aller au socialisme en France. cepter l'attitude socialiste à ce moment-là. On s'est battu de bon cœur malgré tout pour le communisme rénové, la victoire de la gauche. On sentait quand même que le climat n'y était pas.
A ce moment-là, il y a eu une grève des éducateurs à Ramonville. On y a joué un rôle . Les socialistes, eux, au contraire prenaient fait et cause pour le patron, c'est eux qui dirigeaient la boîte, (c'était« Varsovie» à l'envers). On était pris dans le feu de l'action.
- Henri : Malgré les graves problèmes qui s'étaient posés depuis 1976, on ne pensait pas que ces problêmes de pouvoir, de rivalité entre organisations, prendraient autant d'importance. Quelle était la préoccupation des communistes ? Surtout une inquiétude, une méfiance, par rapport à la pratique quotidienne du PS. Cela dit, nous, localement, nous n'étions pas inquiets : les deux partis grandissaient à Ramonville. Bien sûr, le PS a gagné beaucoup et plus ... Mais on pensait qu'arriver au pouvoir avec les socialistes, ce n'était pas le PC à la trappe,
c'était le PC au second plan ; mais là où il était le meilleur il s'affirmerait. Je ne pense pas qu'on puisse dire que le parti a décidé de rompre, mais il a voulu avoir de telles exigences pour se sécuriser par rapport au PS qu'on pouvait calcqler la plausibilité de la rupture. La direction a estimé qu'il y avait des risques de rupture mais qu'elle les assumait, ce qui revient au même.
-Charles : On a fait des adhésions jusqu'en mars 1978, les unitaires, des chrétiens qui disaient : « vous êtes agressées, : j'adhère ! » (tu te rappelles l'Huma : Aidez-nous »). Les adhérents de cette période n'avaient pas de mémoire politique -ça c'est traditionnel - mais ils avaient les exigences qui trouvaient un écho dans le discours politique général sur la démocratie, l'ouverture, les libertés, le centralisme démocratique. Cette exigence n'a pas cessé du jour au lendemain. Après les législatives, il y eut une grave crise, un débat important ; la direction était en difificulté ... A cemoment-là, il y aurait peut-être eu des possibilités ... Mais très vite le parti a su récupérer ce mouvement, et dès 1979 tout était réglé. Le parti était affaibli déjà, mais le grand coup, bien sûr, ça a été après l'élection présidentielle, là on a senti que ça plongeait complètement.
-Henri : II avaient fait le calcul que Giscard allait repasser, pas seulement en regardant, mais en donnant un petit coup de pouce. Ils pensaient que ça se jouerait sur de faibles marges, il suffisait de laisser traîner ... et à quelques endroits de pousser un peu. Pourquoi ? Parce que pour eux, le danger principal c'était l'installation de la social-démocratie. En tant qu'appareil ils étaient menacés. Ils ont été surpris par les résultats de la gauche et par leurs propres résultats ; ils n'avaient pas vu venir les 15 %, ils pensaient qu'ils allaient grignoter le PS. Charles : Si Giscard était repassé, le parti de Mitterrand en aurait pris un sacré coup. Le parti pensait pouvoir récupérer les forces militantes dans la classe ouvrière, expliquer que la défaite venait du virage à droite du PS, se présenter comme le recours. Ils ont viré un mois avant l'élection.
-Henri : Dans l'appareil du parti, il y a des gens qui ont une ligne traditionnelle, à la « soviétique », eux savent où ils vont. Cela dit, je pense qu'il y a beaucoup de gens à la direction du parti qui sont très limités poliquement. Comment veux-tu qu'un parti politique puisse avoir une appréciation juste des rapports de classes, des rapports de forces, de la question des alliances alors qu'il n'y a pas en son sein de débats démocratiques.
- Charles : II y a un flottement idéologique dans la direction qui date pour moi de 197 4, et ce flottement touche aussi les grands PC européens ; nous avons une direction incompétente pour faire progresser la recherche ; le parti navigue à la godille. Ça fait plaisir à l'URSS qu'on la soutienne sur la Pologne ou l' Afghanistan. On singe les grands frères soviétiques parce qu'ils sont encore dépositaires du dogme. La crise actuelle du PC est presque sans issue ... Est-ce qu'on peut régénérèr un Parti communiste fossilisé ? Je ne le crois pas. Il faut inventer quelque chose au niveau, adapté aux sociétés capitalistes développées que nous connaissons.
RCH-
Questions et pers pee ti v es
- Henri : Si on peut émettre des critiques sur le fonctionnement de RCH, c'est parce qu'ils ont tendance à proposer des lignes qu'ils ne débattent pas. Ce qui est certain, c'est que pour rassembler et unifier les communistes critiques, il y a un dénominateur commun qui est que nous voulons rester proches, dans, ou à côté du PC. .. Nous ne voulons pas nous couper des autres communistes par rapport au débat d'idées, de ligne, nous voulons au moins leur faire comprendre que des modalités de fonctionnement démocratique sont nécessaires pour que nous puissions discuter de nos lignes. C'est pour cela que dans le mouvement « communiste critique », cette question du fonctionnement démocratique prend le devant de la scène. Je suis pour qu'on ait et le débat sur le fonctionnement démocratique, et le débat sur l'orientation. Tous les groupes critiques ont d'ailleurs des propositions fugitives de lignes ; il faut les exprimer, en débattre, sans verser dans le vieux réflexe groupusculaire.
Les 30 fondateurs de RCH avaient dès le début une ligne eurocommuniste à l'italienne ; je n'ai pas cette sensibilité-là. Fiszbin a déclaré récemment: « Le parti ne peut pas être au gouvernement et dire que lasolution, ce sont les 131 propositions de Marchais . » Une telle déclaration constitutive de RCH qui porte sur le fonctionnement démocratique du parti, avec juste une référence vague à l'eurocommunisme, dont on ne sait pas ce que c'est. Pour moi, le dilemme n'est pas entre le soutien au gouvernement et les 131 propositions de Marchais. Fiszbin a l'air de dire qu'il faut soutenir le gouvernement. Au sujet des municipales à Paris, Fiszbin déclare que, puisque le PS est majoritaire, il est normal qu'il soit en tête. La première bataille, ç'aurait été de se battre sur le mode de scrutin injuste qu'ils préparent. Il fallait dire : que faites-vous, que faisons-nous pour qu'il y ait une implication consciente des travailleurs, y compris au travers du mode de scrutin ? L'expérience de gauche me paraît très menacée par la passivité, entretenue par le pouvoir, d'une partie des travailleurs, qui peutêtre se réveilleront demain à partir de leurs problèmes, mais qui ne se seront pas donné de perspectives politiques, des moyens politiques d'intervention, qui ne franchiront pas les barrières qu'on ·est en train de mettre en place. Le seuil des 5 % va empêcher la naissance ou l'émergence d'autre chose. Le PS et le PC se prêtent la main ; avant de poser le problème de l'union, je suis pour poser celui de la traduction en termes de participation aux organes du pouvoir de tout ce qui existe chez les travailleurs.
II y a un bouillonnement dans ce pays... Des forces révolutionnaires existent qui ne sont pas encore organisées et qui devraient trouver leur traduction politique, qui ne la trouvent pas, et cela ne peut pas durer indéfiniment. II ne faut pas attendre trop, il faut se poser la question aujourd'hui. Je ne la pose pas en disant brutalement qu'il faut un nouveau PC, mais je veux avoir le droit de discuter de cette question. II faut préparer un mouvement de caractère politique avec des références, un cadre d'analyse, pour rassembler ces gens-là, les capter. Sinon il va y avoir disparition de ces choses-là, elles vont retomber. (1) «Varsovie» est un hôpital toulousain dont le directeur est un ancien secrétaire fédéral du PC. En 1976, il a donné un avertissement à la secrétaire de la section CGT, sous prétexte d'abus d'utilisation du mandat syndical, et a licencié deux autres syndiquées CGT, sous prétexte de fin de contrat. Les procès qui ont suivi ont été gagnés par les plaignants et le licenciement abusif pour fait syndical a été reconnu. Une section CGT qui commençait à être combative a été cassée.