!.I)T
Qu'est-ce qu'une convention collective?
Elle est définie par le Code du travail comme 11 un accord relatif aux conditions de travail et aux garanties sociales 11 conclu entre une ou plusieurs organisations syndicales de travailleurs et un certain nombre d'employeurs regroupés ou non au sein d'une organisation patronale.
Le ministère du Travail. par arrêté, peut étendre à l'ensemble des employeurs et salariés concernés les dispositions de la convention qui devient alors obligatoire. La base de la législation actuelle est la loi du JI février 1950 rétablissant la liberté de négociation sur le salaire (et dont l'application est suspendue pendant la période actuelle de blocage), et celle du 13 juillet 1971 qui s'inscrit dans la politique contractuelle de Chaban-Delmas-Delors.
MAXIME DURAND
HEORIQUEMENT, l'article 14 de l'ordonnance de 19 59 stipule que « dans les nouvelles dispositions statutaires ou con ventionnelles... sont interdites toutes les clauses prévoyant des indexations fondées sur le salaire minimum, sur le niveau général des prix, ou sur le prix des biens produits ou services n 'ayant pas de relation directe avec 1 'objet du statut ou de la convention ou avec l'activité de l'une des parties ».
En pratique, des clauses d'indexation sont introduites, depuis le début des années 1970, dans un certain nombre de conventions collectives. L'Etat lui-même, en tant qu'employeur, a fait référence à l'indice des prix, aussi bien dans la fonction publique que dans le secteur public et nationalisé.
Quelques données
sur les conventions
collectives
Leur extension est difficile à mesurer car il s'agit d'un véritable maquis: en 1978, on dénombre 275 conventions nationales, dont 110 auraient fait l'objet d'un arrêté d'extension. Il y aurait par ailleurs environ 500 conventions régionales et locales dont 140 seraient étendues. On peut cependant indiquer le pourcentage de salariés concernés par les conventions dans quelques branches, à partir des données du ministère du travail : Pétrole 94 % Verre 80 % Industries chimiques 82 % Lait 19 % Textiles naturels 77 % Habillement 8 7 % Cuirs et peaux 56 % Imprimerie 54 %
Cependant, trois millions de travailleurs environ seraient employés dans les entreprises non couvertes par une convention collective et se trouveraient de ce fait privés de toute garantie conventionnelle. Les secteurs les plus touchés sont l'agriculture, l'artisanat et certains secteurs du tertiaire.
L'institution de conventions collectives pose évidemment des problèmes de représentativité syndicale. La pratique veut que la signature d'une seule organisation syndicale suffise à l'entrée en application de la convention. La loi du 19 janvier 1978 (art. L 133 12) entérine cette pratique quant à la possibilité d'extension d'une convention : une majorité des deux tiers est nécessaire et elle est atteinte par le vote commun du CNPF et des organisations FO, CFTC et CGC. De leur côté, CGT et CFDT demandent à ce que soit incorporée une barre de representativité tenant compte de l'audience des syndicats ouvriers. Dans un article de 1979, Murcier, responsable du service juridique de la CFDT se demandait « s 'il existe une majorité parlementaire pour donner ainsi aux organisations syndicales un poids dahs la négociation collective correspondant à leur audience sur le terrain ». La question n'est pas périmée.
Les modalités
de l'indexation
Les systèmes d'indexation proprement dits comportent plusieurs modalités : la réévaluation du salaire peut se faire à date fixe, lorsque l'indice des prix dépasse un certain seuil ou selon un dispositif combinant ces deux systèmes.
L'indexation a priori consiste à
1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 c) Adaptation è dates fixes+ posslbillt'- d'lldaptetion interm'diaira si l'augmentation des prix franchit
. augmentations fides en da,ut de P'riode en fonc· tion de l'augmentation des prix ajustement en fln
. augmentations fixHs an da,ut de P'fiode + clau• b) Hau ... da salaires pr6vues + Clause de ran.cia· c)· Examen p6riodiqua +clause de ran~lation fixer les augmentations en début de période en fonction des prévisions faites sur les prix, le réajustement se faisant en fin de période.
D'autres conventions se bornent à prévoir une clause de renégociation qui déclenche une réunion de nouvelle négociation. Les situations concrètes sont donc extrêmement variées comme le montre le tableau 1 qui fait également apparaître leur instabilité dans le temps.
Trois autres questions importantes sont posées par l'examen de l'indexation. D'abord, quel est l'indice retenu ? Sur ce point, la réponse est à peu près unanime : sauf de rares exceptions c'est l'indice INSEE des 295 postes qui est employé. Cela renvoie
Tableau 1
Conl('8ntions collectiv.s
1) Systèmes d'indexation a) Indexations è dates fixes
Chimie.
.
Cartonnage.
pjœs alimentaires.
Chaussures.
Production de pepier-carton .
Banques
Soc. assurances
Agences "'"'ra ln assurances b) Indexations awc sauli
Production pepier, caoutc:houc
Ciments
Pharrnarcie ind •.
Piltes alimentaires.
Sua-arles .
.
.
Textiles artificiels.
Ent~i . . nettoyages da locaux .
un certain •uil
Menuiserie.
. .
Banques
Pharmacie
:
d) Indexation a priori d'annH de sauvegarda
Ciments
2) Clau . . de rdgociatlon a) Clause da ren4gociation avec seuil
Pflrola .
Pâtes alimentaires.
Textiles artificiels.
Tr!lnsforrnation des matières plastiques
Mflallurgia 1. et C.
Soc. 111. de rtgion parisienne
Imprimerie graphique.
Commerces de gros .
tion
P6trole .
.
.
Textiles naturels.
Production dl papier carton R.P ..
Cartonnage.
donc à la critique de cet indice ..
Ensuite, quels sont les salaires concernés? Il faut savoir que la plupart du temps l'indexation s'applique à la valeur du point ou au salaire minimim conventionnel dont la rémunération effective se déduit selon des mécanismes non inscrits dans la convention.
Enfin, il faut se demander quels sont les délais et le mode d'indexation et évaluer, surtout en période de forte inflation, la portée de « l'effet triangle ». Dans toute procédure d'indexation, il faut tenir compte du fait que les prix montent régulièrement tandis que les salaires ne sont revus qu'à êertaines échéances. Prenons l'exem-
. pie d'un salarié qui en janvier 1980
.
x x x
..
x x x
.
.
x x x x x x x x
. .
x
. .
x
..
x x x x x x
..
x x x x x x x x x x x x x x x x x x gagne 1 00 francs. Il consacre cette somme à l'achat de biens de consommation qui valent 1 franc à cette date. Son pouvoir d'achat est de 100.
Six mois plus tard les prix sont passés à 1,1 franc. Le pouvoir d'achat n'est plus .que de 100/1,1 = 90. Même si, à cette date, le salaire de ce salarié est augmenté pour tenir compte de la hausse des prix, il a perdu du pouvoir d'achat sur l'intervalle.
On parle d'effet triangle parce que la perte du pouvoir d'achat peut se mesurer par la surface des triangles séparant les courbes de prix et de salaire : elle est d'autant plus grande que les prix montent vite et que le délai entre les dates de revalorisation est long. Cet effet peut jouer de manière x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x x
salaire prix janvier 1980 juillet 1980 Tableau Il non négligeable à l'intérieur d'un mois, alors que la plupart des salaires sont mensualisés. De plus, il est en partie incompressible à cause du délai de fabrication des indices.
Dans le secteur
public
Dès 1964, un an après la grande grève des mineurs qui marqua le réveil de la classe ouvrière française face à de Gaulle, la procédure Toutée impose aux principales entreprises publiques de présenter leurs propositions salariales devant la commission interministérielle de coordination des salaires et de raisonner en terme de masse salariale (à effectifs et structure constante). Cette masse salariale Toutée évolue ~n pratique de manière très semblable à l'évolution des prix.
Depuis les accords Oudinot de juin 1968, le principe d'une négociation salariale annuelle a été adopté. Le premier accord signé dans ce cadre sera celui d'EDF-GDF sur lequel il est intéressant de revenir à différents titres.
A l'automne 1969, le climat social est lourd. Le 9 octobre, le conseil général de la fédération CGT se réunit et refuse d'ouvrir la discussion avec la direction dans le cadre du rapport Martin, à fort contenu intégrationniste. Une grève aura lieu le 19 novembre. Ponctuée par l'intervention brutale des forces de police, c'est un grand succès qui embraie sur une grève de 48 heures à laquelle la CFDT s'associe. Une énorme campagne d'intoxication est déclenchée contre la «grève impopulaire». Elle hausse des prix Jl')tXl()C salaire
~
perte de pouvoir d'achat temps janvier 1981 n'est pas sans effet puisque le l 0 décembre une convention est signé avec quatre fédérations (UNCM, FO, CFDT, CFTC) tandis que Chaban-Delmas, alors Premier ministre de Pompidou, s'exclame: «Aujourd'hui s'est produit une révolution , et cela sans que le sang coule, sans qu'une ville soit rasée, ou qu'une civilisation soit cassée. n De son côté, la CGT organise un référendum auprès des travailleurs (qui rejettent l'accord à une majorité de 59 %) sans pour autant faire de la lutte contre des tels contrats autre chose qu'un moyen d'affirmer sa spécificité. A partir de 1971, elle ralliera le camp des signataires en échange d'un aménagement à la marge.
La principale caractéristique de l'accord est que les fédérations signataires s'engagent à ne pas organiser d'action sans déposer, trois mois auparavant, un avis de rupture de contrat. Elles s'engagent également à mettre à profit ce préavis pour régler le différend à l'amiable.
La seconde caractéristique est d'introduire des dispositions reliant la masse salariale de l'EDF-GDF non seulement à l'évolution des prix mais aussi à la production nationale et à celle de la productivité des agents de l'entreprise. Citons la formule qui vaut son pesant de technocratie : R = 1 + l/2 PIB = O, lS(V- 2,5X). R = taux de croissance en % de la production intérieure brute. V = taux de croissance en % du volume des ventes. X = taux de croissance en % de la masse totale de points de coefficients de l'ensemble du personnel.
On retrouve donc tous les ingrédients du consensus social : paix so-
Mode d'in- Evolution du pouvoir d'achat moyenne catég c + d catég a dates fixes dates fixes pas d'accord dates fixes ciale d'un côté, austérité de l'autre. Rouge indiquait déjà à l'époque: (( Cette indexation ne peut garantir en rien le pouvoir d'achat, surtout en cas de crise économique. Lier les salaires au PIB, c'est lier les travailleurs aux difficultés du système capitaliste (n° 4 7 du 12 janvier 1970). »
Est-il besoin d'ajouter que la continuité avec la période actuelle est assurée par Delors, aujourd'hui mir nistre de l'Economie, et alors conseiller pour les Affaires sociales du Premier ministre Chaban-Delmas? Dans la fonction publique
Dans la fonction publique, deux systèmes ont été alternativement utilisés depuis 197 4. Dans les indexations a priori, les augmentations sont fixées au début de la période d'après les prévisions sur l'augmentation des prix. L'ajustement se fait soit en fin de période (accords de 1978 et 1979) soit à partir d'un certain seuil (1974). Dans le système des indexations à date fixe, les dates de révision des salaires sont prévues à l'avance tous les trimestres. Les accords relatifs aux années 197 5 et 197 6 comprenaient une clause de revalorisation des traitements d'un pourcentage supérieur à celui des prix à titre d'anticipation, afin de contrecarrer l'effet triangle.
Le tableau III récapitule les différents systèmes retenus et l'évolution du pouvoir d'achat des fonctionnaires mesuré par l'indice des traitements · dans la fonction publique calculé par l'INSEE. Le phénomène global sur la période est le ralentissement de la progression du pouvoir d'achat et son recul permanent sur les quatre dernières années. On peut constater qu'il est relativement indépendant des modalités d'indexation.
La diffusion des pratiques d'inTableau III
Evolution des prix en % 1974 15,2 1975 9,6 1976 9,9 1977 9,0 1978 9,7 1979 11,8 1980 13,6 1981 dexation évolue selon des facteurs contradictoires. Dans un premier temps, de 1970 à 1972, on a pu constater un développement restreint qui correspond à la volonté intégrationniste de la bourgeoisie, d'une part, à la résistance inégale mais réelle des centrales CGT et CFDT, de l'autre. Entre 1973 et 1975 on peut constater une amplification sensible des procédures d'indexation, me me si les signatures CGT et CFDT sont souvent absentes. Mais la montée de l'inflation et le développement de la crise vont saper les bases de la politique contractuelle. Avec les plans Barre, la politique de la bourgeoisie va consister à attaquer frontalement le . pouvoir d'achat. Cette période est marquée par le recul général des clauses d'indexation.
L'attitude des syndicats dans les toutes dernières années fait apparaître des résultats surprenants. Ainsi, la CGT en 1979 signe mieux que la CFDT, et ce n'est qu'en 1980 que la position s'inverse. Le tableau ci-dessous montre que CGT et CFDT signent plus de la moitié des conventions :
% de conven-
Pti ons 1979 1980 signées CGT 65,9 56, 1 CFDT 42,3 60,7 FO 84,1 79,6 CFTC 41 ,8 58,2 CGC 76,5 70,4 Source: Droit social n°6, juin 1981.
La phase d'expansion que le capitalisme a connue depuis la Seconde Guerre mondiale s'est accompagnée de transformations, en particulier dans le mode de détermination des salaires. Sur une période caractérisée dexation en % (indice INSEE) a priori 2,1 2,5
5,3 6,2 2,4 2,1 1,1 0,6 a priori 1,4 1,2 a priori -0,2 0,3 - 0,7
0 0,6 - 0,3 - 0,4 - 0,3 - 0,6 par une inflation permanente s'est peu à peu mis en place un ensemble de procédures et de pratiques qui assurent une répercussion à peu près totale, sinon immédiate, des hausses des prix dans les hausses de salaires. L'indexation : un acquis • partiel et fragile
Malgré tes différe-nces institutionnelles permettant de distinguer les pays où l'indexation formelle est largement répandue, comme la Belgique, les Pays-Bas, et dans une certaine mesure la France, d'autres où les procédures sont inexistantes comme l'Allemagne ou le Japon, on peut constater une indexation de fait jusqu'aux années les plus récentes. Ce résultat est confirmé par les études économétriques qui font apparaître une élasticité des salaires aux prix proche de l'unité : 1 % de hausse des paix déclenchera 1 % de hausse des salaires.
Mais l'approfondissement de la crise conduit la bourgeoisie à attaquer de front ces mécanismes qui, s'ils représentent un acquis minimum, fruit de la montée des luttes ouvrières dans les principaux pays capitalistes, avaient au moins l'avantage à ses yeux de stabiliser la demande.
Un rapport au conseil de l'Europe présenté quelques mois avant le l 0 mai 1981 partait de ce constat pour en arriver à la conclusion suivante : s'il y a de fortes indexations de fait, on n'arrivera pas à briser la demande 'en s'attaquant aux clauses légales et conventionnelles. Il faut donc inventer d'autres moyens. L'objectif des bourgeoisies européennes est clairement annoncé : le ralentissement de
Intentions annoncées 1,1 3 points d'indice 4,8 pouvoir d'achat revalorisé pour les bas salaires 2,1 idem 1,3 pas d'accord 2,0 progression pout les seuls bas salaires idem idem idem
dinaire d'un indice hors énergie ou ne · pour protester contre la volonté des la b rgeoisie, une protection mini-· 1970 ».
l'inflation suppose que l'on provoque la baisse du pouvoir d'achat.
Première solution : supprimer ou bloquer l'indexation pendant une période déterminée, puis la remplacer par une discipline concertée des salaires. Suit une description du « système Delors » sur lequel on reviendra : on fixe en début d'année une norme de salaire en fonction de l'évolution des prix souhaitée ainsi que de la productivité.
Deuxième solution : aménager le système en allongeant les délais, en proposant une indexation partielle, plafonnée, dégressive, etc.
Troisième solution : l'idée géniale est d'enlever de l'indice ce qui monte trop, d'où cette suggestion extraortenant pas compte des prix des importations !
Les procédures d'indexation reP ·sentent donc, face aux projets de male, ielle et fragile. Minimale parce qu'el limite au maintien du pouvoir d'acha ur la base d'indices contestables. Partie parce que les travailleurs sont inégale nt concernés par des conventions ectives inégalement précises. Fragile ce que cet acquis peut être remis en ca se chaque année, au moment de la renégociation.
Une politique au service des travailleurs aurant donc eu au moins pour objectif d'étendre et stabiliser. Comme on le disait, ce n'est pas la politique du gouvernement Mauroy. La politique salariale de Mauroy et Delors
Le 15 juillet 1982, Mauroy déclare en introduction à la réunion des partenaires sociaux : (( Nous n 'avons pas déchiré les contrats. La parenthèse du blocage refermée, les conventions collectives relatives aux salaires rentreraient en vigueur. Avec retard, c'est vrai. Avec des étalements, c'est souhaitable. Avec de nouvelles procédures de détermination des salaires, ce sera souvent nécessaire. »
Ces indications se précisent . notablement dans sa lettre du l 0 septembre aux ministres ayant sous tutelle des entreprises nationalisées. La directive est claire : qu'on mette fin à toute formule d'indexation des salaires sur les prix, qu'elles qu'en soient les modalités. La même lettre indique que (( les hausses de niveau des salaires ne devront pas excéder les objectifs retenus par le gouvernement en matière de prix » (soit 8 % pour 1983). La masse salariale de 19 8 3 ne devra donc pas augmenter de plus de 8 % par rapport à celle de 1982. Et les clauses de sauvegarde, pour le cas où l'inflation serait plus élevée que prévu, sont interdites en cours d'année 1983.
On peut évidemment compter sur l'effet d'entraînement auprès du patronat qui va s'empresser de s'appuyer sur ces recommandations. Ça commence déjà et la fédération CGT de l'agro-alimentaire a appelé à une grève de deux heures le 15 septembre (( patrons de la profession sucrière qui remettent en cause l'ensemble du système d'échelle mobile conventionnelle acquis de haute lutte dans les années
Il s'agit en effet de mesures s'attaquant directement au pouvoir d'achat. L'habillage théorique est assez misérable : il ne faut pas indexer les salaires sur les prix car cela entraînerait l'inflation. On retrouve là une vieille théorie qui se retourne omme un gant : pourguoi ne pas décréter qu'il ne faut gus indexer les .. _prohtS sur les prix ? ais l'intention ~ claire...i LePors a d'ores et déjà avoué une baisse de l ,6 % du pouvoir d'achat des fonctionnaires. Voilà ·qui remet à leur place les promesses officielles sur le prétendu maintien du pouvoir d'achat.
Compte tenu des retards et de l'effet triangle, on peut déjà évaluer à 3 % la perte des fonctionnaires, au-delà de la hausse qui interviendra en novembre. On peut aussi rappeler les calculs de Force ouvrière sur les pertes liées aux quatre mois de blocage : SNIAS: - 6,8%; SNECMA: 2,3 % ; sidérurgie: - 3 %, Framatome : - 2 % ; banques : - 4 % ; Sécurité sociale: - 4,25 %, Air France : - 5,3 % ; EDF : - 3,25 % (plus une perte uniforme de 300 francs). La lutte pour l'échelle mobile
Il ne faut pas oublier que l'attaque contre le pouvoir d'achat peut prendre des voies détournées et se traduire par l'augmentation des cotisations à la charge des travailleurs, par des restrictions sur les prestations
Oil faut gouverner contre capitalistes
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UNE POLITIQUE DES TRANSPORTS AU SERVICE
DE LA COLLECTIVITE
ET DES TRAVAILLEURS sociales, par la non-indexation des allocations familiales. Les mesures budgétaires, les négociations actuelles sur l'UNEDIC, visent à diminuer le salaire indirect qui constitue une part importante du revenu des travailleurs.
Le mot d'ordre d'échelle mobile peut s'exprimer très simplement : les contrats collectifs doivent assurer l'augmentation automatique des salaires, corrélativement à la montée du prix des articles de consommation. On peut préciser cette formulation, empruntée au Programme de transition, en ajoutant que toute forme de revenu de tout travailleur doit être ajustée en fonction d'un indice contrôlé par les organisations syndicales, de manière à rattraper l'effet triangle.
Le fait que cette revendication élémentaire ne soit pas prise effectivement en charge par les syndicats est rendu possible en partie par l'idée, répandue chez nombre de travailleurs, qu'elle s'oppose à la recherche d'une répartition plus juste des salaires. Il faut au préalable examiner le contenu de la politique du gouvernement à cet égard.
La prétendue priorité aux bas salaires n'est qu'une justification frauduleuse. Dans l'artique du Monde du 1 7 septembre 19 8 2 où est analysée la lettre déjà citée de Mauroy aux ministres, on peut lire que ce dernier a se refuse à fixer un seuil, mais il situe la "zone de bas salaires" en dessous de 54 000 F par an, soit 4 500 F par mois (toutes primes et indemnités comprises). Un seuil qui, selon les directions des entreprises, ne concerne aucun agent à EGF. de 1,2 à 1,3 % à la RATP ou encore environ 300 salariés sur 38 000 de Thomson-CSF (filiales non inclues). Mais dans certaines entreprises publiques, comme la SNCF, le nombre de salariés gagnant moins dE 4 5 00 F par mois est moins négligeable ( 4 à 8 %) ». Il y a donc seulement 92 % de « nantis » parmi les travailleurs de la SNCF ! On voit ce qu'implique cette priorité que le journaliste du Monde entoure de guillemets en constatant que l'engagement d'une progression de 4 % du pouvoir d'achat du SMIC sur 1982 ne sera pas tenu.
Tous ces éléments montrent que l'attaque contre le pouvoir d'achat est frontale, globale, et ne correspond même pas à une volonté redistributive. Si barrisme il y a, c'est du barrisme de droite, du barrisme tout court, qui se fixe comme objectif la restauration du taux de profit.
Mettre en avant la revendication d'échelle mobile, c'est œuvrer à l'unification des travailleurs car c'est refuser de trier parmi eux en situant le seuil au-delà duquel on ne défend plus le pouvoir d'achat. La CFDT est passée incontestablement maître dans cet art du tri. La politique de cette confédération se résume ainsi : -Jusqu'à 4 100 F par mois, rétablissement du pouvoir d'achat dès le 1er novembre 1982. -De 4 100 F à 6 800 F par mois, rattrapage le 31 décembre 1982. -Au-delà de 6 800 F par mois, rattrapage progressif sur la fin 1982 et l'année 1983.
Le seul résultat qu'obtiendra la CFDT sera de diviser. Rappelons un exemple frappant tiré des tribunes de discussion préparatoires au dernier congrès. G. Jussiaux, secrétaire général de la région Franche-Comté, explique justement qu'il faut éviter une « confrontation sur l'air de "ah ! vous les fonctionnaires !" ou de "ah ! vous les travailleurs de Renault ou de la SN/AS !" » Mais le même Jussiaux déclare doctement un peu plus loin que a maintenant le fonctionnaire a sa sécurité d'emploi tout en ayant un sa- · laire aussi bon, sinon meilleur, que dans le secteur privé ».
Voilà en effet où mène le découpage entre nantis et autres. Citons encore le désarroi de P. Vanlerenberghe, secrétaire de l'union des cadre~
CFDT qui, à une question de Libéra · tion sur la «.barre» des 6 800 F, fait la réponse stupéfiante : a Evidemment, ça va être dur à défendre. D'autant que chez nous il y a des ouvriers très spécia · Usés qui gagnent 8 000 ou 9 000 F pa1 mois. Comment on va pouvoir leur ex· pliquer que la solidarité commence à leur niveau ? Je ne sais pas encore ... » (Libération du 15 septembre 1982).
Du côté de la CGT, on reste moins perméable aux nouvelles solidarités de Maire, mais le résultat pratique est le même : la revendication d'échelle mobile est avancée du bout des lèvres tandis que les autres revendications sont de moins en moins chiffrées!
Il faut être clair : l'application stricte de l'échelle mobile constituerait simplement une protection élémentaire des acquis, un plancher au-dessous duquel les travailleurs auraient l'assurance de ne pas descendre. Elle laisserait entier le problème de la hiérarchie des salaires, de leurs disparités selon les branches et les régions ; elle ne ferait en rien avancer le nécessaire contrôle sur la formation des prix.
Mais elle marquerait un point de non retour vis-à-vis du patronat et du gouvernement en faisant entrer dans les faits un double refus : celui d'une baisse du pouvoir d'achat pour rétablir le profit, celui d'une ponction sur certains salaires pour en augmenter d'autres.
' 0
Et le salaire indirect ?
A côté du salaire proprement dit, aussi le fait qu'il continue à progresser un budget de la santé stagnant en vales prestations sociales constituent une en période de crise plus rapidement leur réelle, en indexant les allocations forme de salaire indirect qui représente que le salaire direct, même si on laisse familiales sur l'inflation prévue, autreune part importante du revenu dont de côté la progression évidemment trés ment dit en les freinant, en bloquant disposent les travailleurs.
rapide des allocations chômage.
les primes de rentrée.
Le tableau suivant en donne une
Le gouvernement ne se cache pas.
Les prestations sociales ont donc idée, même s'il met tous les « ména-
Rocard, à l'avant-garde de la rigueur, joué un rôle d'amortisseur des effets ges » dans le même sac, quelle que soit avait fait sensation en mettant les de la crise, du point de vue du pouvoir leur appartenance sociale : c'est la pieds dans le plat : << La France a une d'achat des travailleurs.
compptabilité nationale qui veut ça.
protection sociale au-dessus de ses
Or, la politique de Mauroy et moyens 11, faisant ainsi écho à Barre et
Delors pour résorber le déficit des or-
1981
1981/1980 à son fameux : << Les Français vivent ganismes de Sécurité sociale peut se
(taux
(milliards au-dessus de leurs moyens. 11 Mais croissance résumer en un slogan simple : baisse de francs)
en %)
Delors est tout aussi cru : << Il faut des prestations, hausse des cotisations.
Salaires nets
1153
14,5 choisir entre le maintien du salaire
Dans un premier temps, les fonction-
(après cotisations)
direct et celui de la protection sociale à
1aires vont cotiser à l'UNEDIC pour
Total des prestations
778
18,3 son niveau actuel. 11 sociales dont :
.e chômage, et la négociation patrons-
244
16.7
-maladie. invalidité syndicats se soldera probablement par
Les travailleurs ont su se mobiliser
12,4
- accidents du trav.
27 une hausse des cotisations plus forte dans le passé pour faire reculer les meet maladies prof.
22,2 pour les salariés que celle que le pa-
- maternité naces
95
13.9
-allocations fam.
tronat sera bien obligé de consentir.
contre la Sécurité sociale : il n'y a pas
67
47,3
-chômage
Mais d'autres échéances se présented'autre réponse à de genre de choix
327
16
-retraites-pensions ront dans les mois à venir.
qui consiste à demander: «Dans quel-
On constate donc non seulement
Du côté des prestations, on révise le poche voulez-vous qu'on prenne en baisse : par exemple en proposant l'importance du salaire indirect mais votre argent? »
Conférence nationale ouvrière contre l'austérité, pour le socialisme, les 13 et 14 novembre 1982
Pendant deux jours, 1 500 travailleurs et tra-
~ révolutionna~ vailleuses venus de nombreuses entreprises et viluniste les de France débattront avec la LCR, au théâtre
Ligue comm
. tes révolutionneires municipal d'Issy-les-Moulineaux où se tient la
Jeunesses communos tsett4a.-•t~ conférence.
....,. '•-"""· ... , ...........
Colf6n• ..... ...,.,.
Le 10 mai 1981, un immense espoir était né.
Nous avions battu la droite responsable du chômage, de l'inflation, de la répression. Au-
Déltlltfl.
jourd'hui, tout le monde s'interroge: que fait le
1981 un immense espoir vio~s
. Le 0 mal battu la droite resgouvernement ? Que font les syndicats ?
etait ne. Nous ~ e de l'inflation, de la ponsable du ch. m~~'hui tout le monde
Baisse des revenus, chômage, austérité, carépress1on. AuJOU f .t le gouvernement ?
deaux gigantesques au patronat qui relève la tête.
s'interroge: Que al
7
Que font les syndicats . hômage austé-
La rigueur, l'austérité, la bataille pour « la
Baisse des revenu~ ces au patronat rité, cadeaux glgantesqu production » sont-elles nécessaires ? Une autre qui relève la tête. . .t. la bataille pour politique est-elle possible ?
· eur l'austen e,
.
7 sont-elles nécessa~res .
La ngu . '
« la productiOnl.t~ e est-elle possible ?
Pour répondre à ces questions, trois exposés
Une autre po 1 lqu sont prévus qui feront l'objet de discussions:
Lltllf
• La crise.
de tous ces pro-
C'est pour dlst:ut~rles JCR vous invi-
• La situation politique en France, quelle voie blèmes que la ~CR e ationale ouverte à tent à une conference n veulent débattre pour les travailleurs ?
tous les travailleurs qui
• Pour imposer une autre politique, il faut conset lutter.
.
nous serons près
Pendant deux ~ur~lusieurs centaines truire un outil, un parti des travailleurs réellement de 1 500 venus. e de la CGT, de la d'entreprises. Mlh~an~~N membres de la socialiste.
CFDT. de FOd d;Caou d~ PSU ou inorga-
De nombreuses commissions de débat sur dif-
LCR. du PS • . u enterons nos expérienférents thèmes sont prévues. Les JCR organisenisés, nous confr des propositions de la ces et discuterons ront trois forums sur des questions qui touchent
~r •• ml ohange1111fttl particulièrement la jeunesse ouvrière.
Les invitations à cette conférence sont à retirer auprès des militants de la LCR.