La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

A qui profite le changement ?

· Critique communiste, n° 14, décembre 1982 · p. 5-10 · 4 967 mots

Les questions clés posées aujourd'hui_ aux travailleurs

Q.

Ul sont les gagnants du chan- ! Dreyfus, ministre de l'Industrie à ce Rapport présenté à la conférence nati onale ouvrière de la LCR des 13 et mobiliser les travailleurs ? En d'au- ·min des concessions permanentes aux

Mauroy, fustigeant la droite qui :Mauroy est que « nous avons le devoir s'est revendiqué des gagnants du ~ qui durera longtemps et qui aura des changement Qui sont-ils ? Certaine- i conséquences pour tout le monde. Cette

A qui profite

gement dont parlait Mauroy . le 5 novembre ? Sont-ce les travailleurs qui ont porté la majorité PS-PC au Parlement ? On peut en douter, en faisant le bilan de dix-huit mois de gestion gouvernementale. Si ce ne sont pas les travailleurs qui bénéficient des mesures gouvernementales, pourquoi les patrons hurlent-ils tant après le gouvernement ? Le patronat et la droite préparent la déstabilisation du gouvernement Les points marqués pour l'offensive de la droite et du patronat sont-ils irrémédiables ? N'y a-t-il aucun moyen de tres termes, où sont les obstacles à la mobilisation? La défense intransigeante des revendications doit déboucher sur une perspective anticapitaliste d'ensemble. Quelle est-elle? Enfin, comment sortir du blocage de la situation actuelle ?

C'est à cet ensemble de questions qu'il faut tenter de répondre maintenant

Qui sont

les gagnants

du changement ?

aime à parler des déçus du l 0 mai, ment pas les travailleurs. Dans l'immédiat après-1 0 mai, une avancée sociale décisive leur a été enlevée. Les nationalisations n'ont même pas donné naissance à des statuts sociaux de type EDF, ce qui limite d'autant leur portée. En outre, les patrons ont été largement indemnisés. La lettre de

JEAN LANTIER 1moment, aux nouveaux P-DG leur \recommandait de retenir les habituels critères de gestion capitaliste. D'emblée, le gouvernement posait le postulat de ne pas toucher au profit càpitaliste. Il renonçait d'emblée à utiliser le secteur nationalisé comme outil d'une initiative publique en direction de l'emploi, ce qu'il pouvait faire en amorçant une réorganisation de la production en fonction des besoins. Procédant par ordonnances à la rentrée 1981 , il ne cessa dès lors de faire porter son effort vers l'aide aux investissements. Ainsi prenait-il le cheexigences capitalistes. Comme il n'y a pas trois voies possibles, il s'identifie avec celle de la gestion de la crise au bénéfice patronal, au détriment des travailleurs. De juin à novembre 198 2, toutes les mesures prises assurent 1 un transfert des charges de la proteetion sociale des patrons vers les travailleurs. Toutes les aides gouvernementales visent à alléger les charges de l'entreprise par une cascade de dé1 grèvements fiscaux. Plus généralement, le gouvernement, en bloquant les augmentations de salaires sans bloquer les prix, en imposant une 1 perte durable du pouvoir d'achat, donne au patronat toute latitude de faire supporter aux travailleurs les frais de la crise. La philosophie de de nous préparer à supporter une crise crise internationale est liée à une mutation technologique qui met en cause le système de production », déclarait-il récemment au Matin. Aussi entend-il orienter son gouvernement vers l'aide aux patrons pour surmonter cette crise. Il leur offre un gel des cotisations à la Sécurité sociale pendant l'année

14 novembre 1982.

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toire, le patronat veut l'effacer. Mau- une tactique de front. Deux cas sont un gouvernement dont il pourrait démarrer , les cinq confédérations bourgeoisie, demeure. n lui faut, tion selon des normes compatibles . n lui faut casser un système d'indem-

2 039 700 chômeurs en septembre, · ble au patronat. C'est pourquoi le patronat n'entend pas laisSer le moin- ganisations paysannes, les partisans ~'ont rand à l'Elysée, sont le fruit d'une 1 forces dans la rue. Une tactique de flanc n'exclut pas pour le patronat cience ouvrière. L'offensive de la

1983, le retrait des charges des allocations familiales ( l 00 milliards) qui seront imputées aux salariés, et des aides au crédit, des prêts bonifiés, des exonérations pour investissement dans de nouvelles machines. Pour les travailleurs, les mesures sont la conséquence directe des exigences patronales . Casser l'indexation, c'est tenter de lier le salaire à la productivité. Transférer les charges de Sécurité sociale implique la remise en cause du droit à la santé par l'introduction du forfait hôtelier, les restrictions aux budgets hospitaliers, la systématisation de la notion de rentabilité. Le système de l'indemnité chômage, attaquée par le CNPF, va lui aussi subir de plus dures restrictions.

Les effets sont immédiats. Le SMIC, malgré l'idéologie gouvernementale sur la priorité aux bas salaires , est de 2 891 F net. Trois millions de salariés gagnent moins de 3 500 F nets. Partout, et dans des proportions considérables, le pouvoir d'achat chute. L'emploi est également malmené : dont à peine la moitié sont indemnisés. Selon une enquête du Secours catholique à Lyon , de janvier à mai 198 2, la proportion de demandes d'aide alimentaire · a considérablement augmenté. Plus de 80 % des demandeurs sont français, chômeurs. Sur cette proportion, la moitié avait un emploi en 1981. Parmi ces demandeurs français , la moitié étaient OS dans les entreprises de la région. 45 ,3 % des personnes interrogées ne touchent aucune prestation chômage légale.

La baisse du pouvoir d'achat, le chômage sont en train de fabriquer de véritables poches de misère qui ne peuvent que s'étendre.

Tel est le prix à payer pour la voie choisie par le gouvernement. Céder aux exigences capitalistes en période de crise, c'est faire payer un prix énorme aux travailleurs. Pourtant les patrons hurlent... et gémissent à la fois. Pourquoi ne sont-ils pas satisfaits d'une telle politique ?

Le patronat

s'en va-t-

en guerre!

Malgré la moisson de cadeaux, le dre répit au gouvernement. Une majorité · PS-PC au Parlement, Mittervictoire électorale ouvrière. Cette vicroy aura beau faire, jamais le patronat ne considérera son équipe comme s'accommoder. Le problème, pour la comme sous le régime précédent, a~centuer son attaque contre la classe ouvrière, pour restructurer la producavec les profits. Le patronat veut obtenir, pour préserver son taux de profit, une baisse des salaires, la mobilité de l'emploi, la liberté de restructurer des branches industrielles entières. Pour cela, il lui faut infliger une défaite centrale aux ouvriers et à leurs organisations. Le l 0 mai, quelle que soi.t la politique menée depuis, est un contretemps dans cette offensive. Non pas que le gouvernement ne soit pas réceptif; mais il n'est pas l'outil dont le patronat a besoin pour son offensive . Au contraire, le gouvernement Mauroy est venu en conséquence d'une victoire électorale exprimant un rapport de forces social défavoraCNPF, les patrons en général, préparent les conditions du renversement de la nouvelle majorité. Leur tactique est faite de plusieurs moyens.

Le CNPF profite de toutes les mesures gouvernementales pour rogner sur les avantages acquis. Les pseudonégociations par branche sur les salaires dans la perspective de sortie du blocage montrent sa détermination. Début novembre, seuls quinze accords étaient signés, concernant 450 000 salariés.

Dans le même temps, il reste sourd à tous les appels d'investissements. Dégrèvements fiscaux ou pas, la grève des investissements continue, le patronat empochant les subsides pour mieux restructurer et rentabiliser les entreprises.

Dans le même temps, le CNPF ou le SNPMI hurlent contre l'insuffisance des mesures en faveur « des entreprises ». L'exemple du dernier discours de Mauroy, le 5 novembre, annonçant la fiscalisation des allocations familiales et des prêts de toutes sortes, en dit long. C'est une attitude guidée par le souci de déstabiliser le gouvernement qui inspire Gattaz, et non un examen économique de ses intérêts et des mesures prises.

Dans le même temps, le CNPF et le patronat mobilisent contre le gouvernement. La manipulation des catégories telles que les médecins, les orde l'école privée, montre que le patronat est prêt à utiliser le rapport de éclairants :

L'UNEDIC pouvait fort bien resyndicales négociatrices ayant f~it une concession majeure en acceptant d'imputer aux travailleurs l 7 milliards de déficit. Pourtant, le CNPF rompt et menace de déposer le bilan. nisation basé sur un chômage de croisière, inadapté à un chômage de crise. Mais le patronat- veut aussi infliger un camouflet au gouvernement, qui avait rendu un arbitrage en forme de jugement de Salomon.

Les chantiers navals de Brest fournissent un second exemple. Le patronat de Brest licencie ; le gouvernement annule les licenciements. Le patronat les maintient. Chotard en personne se rend à Brest pour conseiller non seulement la fermeté, mais encore pour suggérer aux petits patrons de déposer leur bilan afin de contourner l'obstacle.

La droite relaie cette offensive par la préparation de l'échéance des municipales. Si le gouvernement et sa majorité sont battus, la droite se servira de ces élections de mars comme base de départ d'une offensive pour des électio ns législatives anticipées. Cette perspective pose deux problèmes à la droite. Les institutions de la ye République, qu'elle a mises en place à la suite du coup d'Etat de De Gaulle en 1958, donnent tout pouvoir au président. D'où la longueur de l'offensive à mener et le risque de déstabiliser, ce faisant, des institutions qui ont fait leur preuve face à la tourmente. Mitterrand est à l'Elysée, et il faudra autre chose que des élections législatives anticipées pour le déloger. Le second problème non résolu est la conséquence du premier. Si les municipales sont une échéance pour toute la droite, elle n'est ni unie ni homogène sur les perspectives . Ne se détache de ses rangs aucun leader inconstesté qui fasse, autour de son projet politique, l'unité et le succès de l'offensive. Quoi qu'il en soit, les municipales, si elles sont gagnées par la droite, représenteront un tournant dans la situation ouverte après le l 0 mai.

Les travailleurs

pas renoncé

Un doute s'insinue dans la cons-

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vrière, syndicale et revendicative, fait Le patronat marque des points. Jusqu'où ?

droite et du patronat n'est-elle pas en train de modifier le rapport des forces ? Ce doute, beaucoup l'expriment sous forme de modération des revendications et de l'action, d'hésitation à se mobiliser pour ne pas « faire le jeu de la droite». Or, l'expérience depuis le 1 0 mai le confirme, seule la lutte fait reculer le patronat. Et les luttes n'ont pas manqué. Les dernières en date montrent, à l'encontre du scepticisme de beaucoup de cadres syndicaux, que le rapport des forces reste en faveur des travailleurs. Les grèves de Citroën et de Talbot touchent des secteurs peu organisés ordinairement, les immigrés. Ces secteurs retardataires quant à 1 'expérience des luttes entrent en action et font céder l'organisation patronale de l'empire PSA. A la rentrée 1982, l'esprit anti-CSL, anti-hiérarchique, souffle si fort que la maîtrise ne peut encore reconquérir le terrain perdu avant l'été. Les syndicats ouvriers se sont constitués dans les entreprises, et sont l'expression d'un haut niveau de combativité.

Il ne fait aucun doute que ces luttes ne sont pas un feu de paille, dans un secteur archaïque. Elles sont, au contraire, l'expression la plus nette depuis le 1 0 mai de la volonté de faire entrer le changement dans l'entreprise.

Si par ailleurs des . attaques comme celle contre la Sécurité sociale et le pouvoir d'achat sont passées, les travailleurs n'ont pas été défaits. Le combat n'a pas été livré, et le feu couve. Il y aura un effet retard dans ces secteurs, touchés frontalement par la baisse des salaires. Rien n'est réglé, même si la plupart des travailleurs sont restés l'arme au pied. Cet effet à retardement est prévisible dans un secteur comme la sidérurgie. L'engagement de Chevènement d'appliquer le plan Davignon (soit 12 000 licenciements proches) rallumera les luttes dans des bassins sidérurgiques qui auront l'énergie du désespoir. Cette combativité rampante est si vivace que les confédérations syndicales sont contraintes de lui offrir un débouché. Les journées d'action, en octobre et en novembre, n'ont pas d'autre signification. Objet de la pression immédiate ou diffuse de leur base, les fédérations syndicales ont répondu en éparpillant l'action, en diluant les revendications et les objectifs de la mobilisation. Elles pratiquent une division syndicale qui renforce encore le tronçonnage de la riposte. Malgré cet arsenal, dans le cadre même de ces journées d'action, là où s'est réalisée l'unité, la mobilisation était souvent forte. C'est le cas à l'EGF, à la direction générale des lmpôts à Paris, ou à la SNCF d'Ile-et-Vilaine. De plus, plusieurs congrès et réunions nationales de syndicalistes ont vu s'exprimer des responsables désireux que s'organise une riposte d'ensemble : lors de la réunion nationale des 4 000 délégués CGT de l'EGF, ou du congrès des arsenaux CGT par exemple.

Le gouvernement a voulu se présenter en arbitre des conflits. Il est apparu comme un soutien du patronat. A Citroën, l'augmentation de salaire obtenue par la lutte de juin a été déclarée illégale par Auroux. A la FNAC, en grève en octobre pour le maintien de l'échelle mobile, le patron Essel a pu se prévaloir d'une déclaration du ministère du Travail, déclarant illégale l'indexation FNAC des salaires sur les prix, cela au nom d'un décret gaulliste de... 19 59. Ainsi a été faite, partiellement, l'expérience que la mobilisation ouvrière n'a pas l'appui du gouvernement ou rencontre même son hostilité ouverte. En outre, beaucoup de travailleurs en lutte ont été chercher aide et appui , auprès des députés de la nouvelle majorité. Le plus souvent, ils ont rencontré un député réceptif, mais dont l'action n'a jamais dépassé une écoute polie et compatissante des revendications. Dans tous les cas, ces députés interpellés ont voté le plan Bérégovoy sur la Sécurité sociale et ont appuyé la politique d'austérité. · Si bien que l'idée de l'autonomie de l'action ouson chemin malgré les obstacles placés sur la voie d'une mobilisation, dans la mesure même où les espoirs investis dans la nouvelle majorité ont été rapidement déçus. Les organisations ouvrières majoritaires s'adaptent à la crise.

Les partis et syndicats ouvriers ne se sont pas rués après le 1 0 mai pour pousser l'avantage. Ils n'ont pas fait appel à la mobilisation de ceux qui 1 ont fait chuter Giscard. Pourtant, l'aspiration unitaire était forte. Loin de :· remmettre en cause la logique d'un système malade, PC et PS, la CGT comme la CFDT et FO, s'adaptent à la gestiion de la crise. • Ces organisations admettent le pos-

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tulat selon lequel,. pour garder l'emploi, il faut aider l'entreprise et unir dans cette démarche patrons, syndicats et travailleurs. Certains prônent même des sacrifices salariaux sur l'autel de la compétitivité. Ce marché de dupes revient à demander aux travailleurs d'accepter la réduction du pouvoir d'achat, d'accepter de travailler plus et mieux, alors que les patrons gardent le pouvoir de licencier, de ne pas investir, de mentir sur l'état réel des comptes de la société. En somme, il faudrait faire tourner la roue du syndicalisme à l'envers. Travailler moins nombreux, travailler plus pour être moins payé. Ce qui est en s9i inacceptable. Jamais les sacrifices sur les salaires n'ont garanti le maintien de l'emploi. Tant que le patron gardera son pouvoir monarchique à l'entreprise, tant qu'il accaparera les profits réalisés, il n'y aura de partage possible des responsabilités entre ouvriers et patrons. • Comme il faut, selon ces organisations, être comptable de l'entreprise, elles affirment que la tâche la plus urgente du mouvement ouvrier est la gestion. Maire et Krasucki, Herzog et Mitterrand, ont un langage commun. L'heure serait venue de dépasser la vieille barrière de classe entre propriétaires des moyens de production et producteurs exploités, pour gérer l'entreprise la main dans la main. Selon la CFDT, le patronat maintient une organisation archaïque des rapports sociaux qu'il faut dépasser en devenant force de proposition. Pour le PC, gérer aujourd'hui n'est plus de la collaboration de classes, car le patronat a fait la preuve de son incompétence. Conseils d'ateliers qui proposent des améliorations de la production, syndicats qui élaborent des contre-plans, la chasse au gaspillage, voilà les impératifs d'aujourd'hui pour ces organisations. Le patronat, à qui on n'a pas arraché un seul cheveu depuis le 10 mai, n'est pas prêt une seconde à partager son pouvoir. Il se battra jusqu'au bout pour le garder. Gérer avec le patron dans l'entreprise, c'est une autre formule pour couvrir l'acceptation de sacrifices unilatéraux au nom de la productivité.

Quand le patronat mène une guerre de classe contre le pouvoir d'achat et l'emploi, il est criminel de se présenter face à l'ennemi dans l'espoir de collaborer avec lui. • L'ensemble de ces organisations entendent brider la mobilisation ouvrière au nom de la durée de l'expérience en cours, pour ne pas mettre en péril le gouvernement. Beaucoup de travailleurs pensent que, « ça se serait passé du temps de Giscard, on serait déjà dans la rue ». Mais aujourd'hui le soutien au gouvernement, même si celui-ci gère la crise capitaliste, est le prétexte à tous les renoncements. Le plan Bérégovoy sur la Sécurité sociale, la police des salaires, l'augmentation des cotisations chômage, passent sans coup férir avec l'accord ou la neutralité des partis et syndicats ouvriers. Ainsi PS et PC, CGT et CFDT mènent-ils les travailleurs dans l'impasse : ne pas gêner un gouvernement qui aide les patrons à restaurer leurs taux de profit et à restructurer, c'est se désarmer face à la défense des revendications immédiates, c'est un alibi à tous les renoncements, c'est préparer en définitive le retour de la droite.

Rompre avec

le capitalisme

Un poison s'insinue parmi certains militants syndicaux, accréditant l'idée d'une fatalité de cette crise, d'un point de passage obligatoire pour sortir de l'inflation et du chômage. La campagne gouvernementale « les yeux ouverts » n'a pas d'autre but: l'économie nationale serait à défendre telle qu'elle est, avec sa logique du profit capitaliste.

Le PCF se lance dans une campagne similaire. « Made in France d'accord », clame une de ses récentes affiches. La crise, en somme, pourrait être balayée par l'effort national pour augmenter la compétitivité des produits français. Pour ce faire, outre la rigueur et l'effort communs aux ouvriers et aux patrons, il faut selon le PCF et la direction de la CGT, prendre des mesures protectionnistes, stopper la pénétration des produits étrangers, afin de leur substituer les produits français. La crise n'existerait qu'en raison d'une incompétence capitaliste dans le domaine de la gestion.

La seule force de ces campagnes, c'est leur allure de bon sens, qui ne résiste pas à la réflexion.

Produire français ? Bloquer les importations aboutit inéluctablement fi la hausse des prix. En effet, si les flUOtas d'importation se multiplient, Jes travailleurs français devront acheter les produits made in France. Ceux-ci, à l'abri de la concurrence étrangère, augmenteront fatalement. Quant :aux produits étrangers, réduits en nombre, ils augmenteront pour garantir aux patrons japonais ou allemands le même taux de profit. S'ils

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, ni inéluctable. Il convient de défendre exportent moins, ils se rattraperont sur les tarifs pratiqués.

Le premier mécanisme en produit un second : frappées par une baisse de l'exportation, les firmes étrangères obtiendront de leurs gouvernements des mesures de rétorsion similaires. D'où une généralisation du proteetionnisme, qui contractera encore davantage les marchés. En outre, les mesures protectionnistes frapperont des secteurs français hautement exportateurs, comme l'aéronautique ou l'automobile. D'où un développement du chômage dans ces secteurs. Cornme les firmes françaises devront maintenir, selon les critères capitalistes de gestion, leur niveau de compétitivité sur le marché européen et mondial, les patrons français continueront, même en cas de systématisation des mesures protectionnistes, à attaquer les salaires et l'emploi pour maintenir leur capacité de concurrence avec les produits étrangers.

Fondamentalement,« les yeux ouvens >> ou le «made in France d'accord >> du PS et du PC, ont une fonction d'esquive. La bourgeoisie française cherche à faire payer aux travailleurs les frais de la crise, de la restructuration du système productif, et des fermetures de branches considérées comme non rentables. PS et PC pourront échaffauder toutes les hypothèses, cette réalité est incontournable ; c'est pourquoi il faut s'attaquer au pouvoir patronal, et à la loi du profit.

Rompre avec le système capitaliste, pas le corriger. Ce système est injuste et immoral. En 1979, François Michelin a déclaré, à titre personnel, aux impôts français, allemands et suisses, un milliard trois cent dix-neuf millions de centimes. Soit cent neuf millions trois cents par mois. Quand un OS gagne, avec 15 ans d'ancienneté à Michelin, 3 700 F par mois !

Les patrons hurlent que c'est la crise, qu'ils ne peuvent pas payer. Qu'importe aux travailleurs cette affirmation, en général invérifiable. Le salaire, l'emploi, sont les besoins immédiats fondamentaux, que les patrons déclarent pouvoir payer ou pas ... Des revendications, que défend la LCR, correspondent aux besoins des travailleurs : • Les 35 heures sans réduction de salaire sont la réponse minimale, immédiate au chômage. Ce sont les patrons qui licencient, quand ils considèrent que cette marchandise qu'est la force de travail est en nombre excessif. Marchandise pour les patrons, moyen unique de survie pour les travailleurs !

Les 35 heures permettent l'embauche massive de chô meurs, composés essentiellement de femmes et de jeunes. Cela suppose, bien entendu affronter le patronat, lui imposer ce recul. Mais le patronat ne comprend que le rapport de forces . Les 40 heures ont été obtenues par la grève générale de Juin l 9 36. Et déjà, les Gattaz de l'époque pleuraient misère. Oui, pour l'emploi immédiatement, il faut les 35 heures, que les patrons considèrent que c'est possible ou non !

Quand, ils nous disent « mais vous voulez la ruine de l'économie >>, nous leur répondons: cette économie est basée sur vos principes et votre propriété, nous n'en sommes pas comptables alors que nous en produisons les richesses. Le chômage, le gâchis humain, le gel et le recul des connaissances techniques, c'est vous ! ». • Contre l'inflation, échelle mobile des salaires et des prix. Le salaire ne peut être considéré comme la récompense d'une bonne productivité ou de bons résultats de l'entreprise. ll doit être indexé sur les prix, sous forme d'une échelle automatique avec effet rétroactif, basée sur un indice reflètant la hausse du coût de la vie.

Certains dirigeants syndicaux et le gouvernement disent : d'abord les bas salaires, les autres attendront. Il faut défendre le pouvoir d'achat, mais seulement au bas de l'échelle. Cette affirmation démagogique repose sur l'idée que la masse salariale ne doit pas augmenter, afin de ne pas grever l'entreprise de charges trop lourdes. C'est déjà une position de résignation . Mais ils fixent une barre, un seuil au-delà duquel les salaires ne sont plus à défendre. Deux fois le SMIC pour la CFDT, par exemple. Quelle est cette notion scientifique no uvelle, selon laquelle la classe ouvrière s'arrête à un salaire de 7 200 F (soit deux fois le SMIC revendiqué par la CFDT) ? Dans le commerce, beaucoup de cadres de commandement gagnent moins que cela. En revanche, dans certains secteurs de la pétro-chimie et de l'aéronautique, des ouvriers gagnent au-delà de ce seuil.

La masse salariale doit augmenter, autant qu'ille faut pour satisfaire le pouvoir d'achat ouvrier. De plus, les mêmes confédérations syndicales, qui ont créé des organisations spécifiques pour les cadres, viennent nous dirent qu'il ne faut pas les défendre. La seule réponse ouvrière, c'est de montrer que ces cadres ont intérêt à rejoindre le camp ouvrier. Les rejeter d'emblée, c'est les pousser dans le camp patronal , ce qui n 'est ni acquis par l'échelle mobile tous les salaires inclus dans les conventions collectives et les statuts, ce qui représente, dans la métallurgie par exemple, une échelle montant jusqu'à un million deux cent mille anciens francs . • Faire payer les patrons, est-ce simpliste ou misérabiliste ? C'est une idée simple pour dire : là est le vrai objectif, la vraie cible des mobilisations ouvrières. Contre les écrans de fumée réformistes, les bavardages sur la gestion et la rigueur pour l'effort national, la LCR réaffirme que le responsable de la crise, c'est le patronat. Pour résoudre définitivement les problèmes de l'emploi, de la production , de l'inflation, c'est à eux qu'il faut s'en prendre, briser leur loi du profit, c'est-à-dire les exproprier. Pour cela , une autre logique existe, qu'il faut populariser.

Produire pour satisfaire les besoins. Les patrons produisent pour le profit. Qu'un besoin social soit satisfait ou non, le patronat décidera de la continuation ou de l'arrêt d'une production dans l'anarchie la plus totale, selon le seul critère de son profit. La loi du profit doit faire place à la satisfaction des besoins sociaux.

Prenons l'exemple de l'acier qui est parmi les plus éclairants. Les patrons veulent 15 000 nouvelles suppressions d'emplois. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus besoin d'acier ? Au contraire, ce produit de base est largement utilisé dans la production de logements. Or, des logements, il en manque. Selon le programme du PC, il en faudrait 500 000 par an. Pour le PS, avant le l 0 mai, 16 millions de Français n'avaient pas dans leurs logements l'équipement minimum. Pour construire des logements, il faut de l'acier. Mais les capitalistes considèrent que ce n'est pas rentable. Pourtant, le secteur nationalisé comprend Usinor et Sacilor. Ces deux grandes entreprises pourraient être immédiatement utilisées pour la production en fonction des besoins sociaux prioritaires.

L'utilisation du secteur nationalisé devrait être la clé d 'une telle politique. Dans son étendue actuelle, il peut servir de base de départ à une réorientation globale de la production. Lès banques nationalisées, c'est 7 7, 1 % des cr édits et 85,8 % des dépôts. Le secteur nationalisé représente 33 % de l'investissement des sociétés et 12 % du produit intérieur brut. Des géants mondiaux comme Rhône-Poulenc pour le textile chimique (3e rang mondial), ou Thomson pour l'électroménager, passés dans le secteur nationalisé, peuvent être orientés vers la satisfaction

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PRESENTE A LA CONFERENCE

LE RAPPORT DE CH . A. UDRY NA TI ON ALE OUVRIERE SUR LA CRISE ET LES SOLUTIONS OUVRIERES SERA PUBLIE DANS NOTRE NUMERO DE JANVIER.

des besoins sociaux immédiats (appareils ménagers et textiles pour l'habillement). La tâche d'un gouvernement des travailleurs serait d'utiliser ce secteur public pour prendre des initiatives publiques pour l'emploi et les besoins. La concentration extrême des unités de production facilite cette tâche et celle du contrôle ouvrier sur la production pour la réorganiser. Où prendre l'argent ? Même si le Crédit agricole (ex-premier rang mondial), le crédit immobilier et le crédit à la consommation n'ont pas été nationalisés, ainsi que les banques étrangères , le 'secteur du crédit nationalisé permet de concentrer en une banque unique l'ensemble des capitaux drainés. Voilà les moyens d'insuffler dans le secteur nationalisé les fonds nécessaires. Aujourd'hui, c'est toujours le pillage du secteur nationalisé qui fonctionne . A la SNCF comme à la Sécurité sociale, les patrons détournent les fonds . Cette centralisation bancaire doit s'accompagner d'un contrôle des changes, afin d'arrêter la fuite des capitaux. La contrainte extérieure peut être maîtrisée. Il s'agit non seulement d'instaurer un contrôle du commerce extérieur mais de renégocier l'ensemble des échanges. Le gouvernement actuel l'a fait avec l'Algérie. Il a accepté de relever le prix du gaz algérien afin de sauvegarder ses ventes de produits industriels à ce pays. Il est possible d'imposer à nos partenaires commerciaux une renégociation conforme à la réorientation de la production selon les besoins. Quand un pays comme la France traîne une dette extérieure de 233 milliards, cela si·gnifie qu'il y a matière à négocier. Etre un gros débiteur, c'est ainsi être un client sérieux. Les tâches de la LCR

Le dénouement de la crise, c'esf une victoire de l'un des deux camps en présence, prolétariat ou bourgeoisie. Il s'agit, avec les moyens modestes de la LCR, de préparer cet affrontement. Deux objectifs s'imposent dans ce cadre. Susciter la mobilisation unitaire de la classe ouvrière, c'est la première des tâches. Il s'agit -d'impulser les luttes pour les revendications immédiates, pour la défense des acquis sociaux, qui ont en eux une dimension anticapitaliste. Pour ce faire, il faut lever les obstacles- de la mobilisation. Briser la division en multipliant les appels et la pratique unitaire, notamment au niveau syndical, voilà l'objectif. Démontrer que rester l'arme au pied, c'est se rendre sans combat face à l'offensive de la droite et du patronat. Il faut démontrer par la pratique qu'une augmentation sérieuse _des salaires, l'embauche ou le maintiin de la couverture sociale, passent par l'affrontement avec le patronat.

Il faut dans le même temps indiquer le sens de la mobilisation, c'està-dire la mise hors d'état de nuire de la classe patronale. Un des obstacles majeurs à la mobilisation, c'est précisément le manque de réponses anticapitalistes, alternatives à celles des réformistes, pour sortir de la crise. Pour sortir du dilemme, la LCR doit réaffirmer l'issue socialiste comme unique réponse à la crise.

Faire face à ces deux tâches, c'est intervenir dans les luttes pour orienter l'action et les revendications contre le patronat. A la FNAC, à Bella, à Citroën-Levallois et ailleurs, c'est le rôle premier des militants de la LCR : imposer l'unité, les revendications qui unifient le personnel, les objectifs et les moyens de l'action.

C'est simultanément répondre aux interrogations de milliers de militants syndicaux et politiques qui, hier attachés aux organisations majoritaires du mouvement ouvrier, perçoivent l'impasse vers laquelle elles les mènent sans disposer de réponses anticapitalistes alternatives.

De ce point de vue, le rôle des oppositions syndicales est central. Elles se développeront si elles se tournent vers l'action, contestent aux directions en place leurs lignes réformistes, réaffirment dans l'action et dans les réponses alternatives un syndicalisme ouvrier de lutte de classe. La LCR doit être capable de jouer un rôle actif dans ce courant anticapitaliste existant, comme elle le fait par 1 'appel de Rouen. Un courant d'opinion national s'est constitué autour de cet appel pétitioq.naire pour exiger une politique anticapitaliste,· répondant aux exigences ouvrières. C'est un début.

Enfin, la LCR, par l'affirmation d'un programme anticapitaliste, doit propager à une échelle de masse la perspective révolutionnaire qui fonde son identité et sa raison d'être.

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