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EDITORIAL

Les révolutionnaires dans la bataille des municipales

Critique communiste, n° 15, janvier 1983 · p. 3-4 · 915 mots

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OBILISATION à droite, déception et morosité dans le mouvement ouvrier, c'est dans ce contexte que se profilent les élections municipales de mars. Les faillis du l 0 mai ont refait leur unité, sans projet politique commun à long terme, mais par nécessité et sous la contrainte du CNPF: c'est l'organisation patronale qui tient les cordons de la bourse et intime à l'UDF et au RPR l'ordre de faire bloc.

Beaucoup plus que par le canal des partis de Chirac et de Giscard, la mobilisation des forces réactionnaires s'effectue à travers toute une gamme d'organisations socio-professionnelles. La percée du SNPMI de Gérard Deuil témoigne d'une radicalisation à droite, du rassemblement de la poussière nombreuse des petits patrons en une force de frappe qui peut devenir un danger pour le mouvement ouvrier.

Le CNPF cherche à contrôler et utiliser cette poussée. Lors de ses « états généraux », le 14 décembre, il a voulu présenter un visage de sérieux et de proposition : le patronat promet d'embaucher les jeunes chômeurs ... si les charges sociales sont réduites et si les obstacles juridiques à la liberté de licenciement sont levés ! Le CNPF joue cyniquement les maîtres chanteurs face à un gouvernement qui s'est de lui-même constitué prisonnier, dès lors qu'il attend des chefs d'entreprise la relance économique et la reprise des investissements.

Véritable parti du patronat, le CNPF entend poursuivre la partie déjà bien engagée qui consiste à pousser plus avant le gouvernement dans la voie de l'austérité et des attaques contre les travailleurs. Les élections municipales ne sont pour lui qu'une étape sur le chemin de cette offensive, dont il escompte un affaiblissement du PS et du PC et une certaine restauration de la crédibilité des partis bourgeois, condition pour recomposer à terme une alternative de droite.

Après mai et juin 1981, le gouvernement et la majorité PS-PC ont utilisé l'attentisme confiant des travailleurs pour céder devant les exigences patronales et reprendre à leur compte la politique de la droite. L'« état de grâce» s'est peu à peu dissous dans un climat de désillusion, parfois même de colère, sans que des mobilisations revendicatives d'envergure nationale bousculent la politique d'austérité mise en œuvre depuis juin dernier.

Les travailleurs ont vu brusquement le PS et le PC changer de discours, tandis que les directions de leurs organisations syndicales se transformaient en agents de la politique gouvernementale. Les élections prud'homales révèlent fort bien les effets de la politique des confédérations parmi les travailleurs : fort taux d'abstention, régression des syndicats ouvriers dans les régions industrielles, chute de la CGT, stagnation de la CFDT et de FO.

Aucune conquête sociale d'importance n'a été acquise depuis le 10 mai, ni, si l'on excepte l'effondrement de la CSL à Citroën, aucun renforcement substantiel du mouvement ouvrier. Au contraire, la solidarité des confédérations syndicales avec le gouvernement a permis l'application d'une politique d'austérité au profit des patrons. Il n'en faut pas plus pour expliquer l'affaiblissement

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des syndicats et pronostiquer une forte tendance à l'abstention dans l'électorat des partis ouvriers aux municipales.

Les dirigeants socialistes et communistes vont tenter de remotiver leurs électeurs en évoquant le péril d'une victoire de la droite. (( Mieux vaut une politique d'austérité et de chômage appliquée par nous, qui sommes vos amis, que par Giscard et Chirac », vont-ils déclarer en substance aux travailleurs. Pareil chantage ne mérite que le mépris.

Au lendemain du 10 mai, les dirigeants socialistes appréciaient la victoire de la gauche comme une mise en concordance de la majorité politique avec la majorité sociale. Pourquoi cette concordance, loin de s'affermir, peut-elle être mise en danger moins de deux ans plus tard ? Il n'est qu'une explication possible: la politique menée par la nouvelle. majorité n'est pas conforme aux intérêts de la majorité sociale. Dès lors, cette politique doit être sanctionnée par les travailleurs !

La LCR présentera de nombreuses listes aux élections municipales pour permettre aux travailleurs de donner un avertissement au gouvernement, d'exprimer clairement le refus de sa politique. Mais aussi pour affirmer qu'une autre politique est possible et populariser les éléments d'une orientation alternative, qui s'attaque réellement au chômage et à la vie chère.

La LCR fera tout le possible pour parvenir à un accord avec Lutte ouvrière à l'occasion de ces élections. Des désaccords importants existent entre nos deux organisations. Mais face aux plans patronaux qui aujourd'hui s'appliquent, face à la politique capitaliste de la majorité PS-PC et du gouvernement Mitterrand-Mauroy, il est de la responsabilité des organisations révolutionnaires de travailler ensemble à l'expression et au développement d'un courant anticapitaliste, clairement orienté vers des solutions socialistes, dans la classe ouvrière.

Pour sa part, la LCR estime que les travailleurs se sentiront d'autant plus forts demain qu'ils auront à la fois donné le plus sévère avertissement au gouvernement en votant révolutionnaire, et refoulé l'offensive de la droite. Il ne faut pas permettre aux battus du 10 mai de relever la tête. Il ne faut pas donner au PS et au PC un nouveau prétexte pour justifier leur capitulation devant les patrons, prétexte dont ils se saisiraient tout de suite si la droite gagnait ces élections.

C'est pourquoi la LCR luttera avec la même énergie pour donner aux travailleurs les moyens d'exprimer leur sentiment en votant nombreux pour les listes révolutionnaires, et pour assurer la défaite des candidats de la bourgeoisie au premier et au deuxième tour là où les listes révolutionnaires ne seront pas présentes. •

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