La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La crise du capitalisme et les solutions ouvrières

· Critique communiste, n° 15, janvier 1983 · p. 5-15 · 10 121 mots

La crise du capitalisme et les solutions ouvneres

Graphique 1. 'The Economist : 6 novembre 1982

PRODUCTION INDUSTRIELLE DANS LA C.E.E. LORS DE LA RECESSION

DE 1974-1975 ET DE LA RECESSION DE 1980-1982 ...

le sommet du cycle de production.

L

A crise capitaliste bouscule les directions des partis réformistes et des syndicats. Elles ne s'attendaient pas, il y a encore quelques années, à se retrouver en face d'une aussi sombre perspective. En mai 1981 , en France, beaucoup voyaient déjà la lumière de la « nouvelle croissance » poindre au bout du tunnel. En fait, assez vite, ils durent se rendre à l'évidence : ce qui clignotait au fond de ce tunnel n'était que les phares d'un train de mesures d'austérité. « Nouvelle croissance » est remplacée par « rigueur », « sortie de la crise » par effort prolongé .. . des travailleurs. La crise capitaliste a révélé, avec force, la faillite de toutes les forces réformistes, et en particulier celle du projet du PS et du PC en France.

Cette deuxième récession généralisée, depuis la dernière guerre, de l'économie capitaliste mondiale, se prolonge. Le graphique 1 l'indique fort bien. Si dès 1981, la chute de la production industrielle -indice par excellence d'une récession - dans les pays du Marché commun a été moins profonde qu'en 1974-1975, par contre la reprise se fait attendre bien plus longtemps. Cette récession s'inscrit dans le cadre d'une dépression de longue durée de l'économie capitaliste, avec son cortège de chômage permanent élevé, de secteurs industriels entiers liquidés, d'attaques contre les salaires et le système de Sécurité sociale, de remise en question des droits syndicaux, etc. Affirmer que le capitalisme est entré dans une crise durable n'implique pas de nier la possibilité de reprises limitées, comme on le constatera certainement au milieu de 1983. Mais ce ne sont que des fluctuations sur une ligne descendante, qui ne modifieront que très relativement la situation de l'emploi.

Rapport présenté à la conférence nationale ouvrière de la LCR des 13 et 14 novembre 1982 L echeance d'un krach, d'un effondrement, est certes reportée, mais l'amoncellement des contradictions ne fait que croître : envol de l'endettement public et privé, remous monétaires, effondrement de nombreuses économies des pays capitalistes dépendants ...

. .

Boucs emissaires

de la crise •

Les explications en forme de « boucs émissaires», reprises souvent par les directions du mouvement ouvrier, s'estompent. Les «cheiks arabes » ne sont plus souvent cités cornme les responsables de la crise. Cette mystification avait l'avantage, outre de faire le silence sur les « sept sœurs » Oes sept principales cornpagnies) qui contrôlent le marché pétrolier, de trouver à la crise une cause extérieure au développement même du système capitaliste. Actuellement, banquiers et gouvernements impérialistes s'inquiètent plutôt des effets induits par un marché pétrolier plus

1 0 Sommet du cycle = 100 Source : C.E.E. ·o

CHARLES-ANDRE UDRY' que morne et des prix qui déclinent. L'excédent financier des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) diminue. Les banques sont unanimes pour penser que ces pays sont tendanciellement débiteurs. Ceux qui ont des populations relativement importantes et des réserves limitées sont en mauvaise posture. C'est le cas de l'Algérie, de l'Equateur, du Gabon, de l'Iran, de l'Irak, du Venezuela, du Nigeria et de l'Indonésie. L'ensemble de leurs balances des paiements était déficitaire de 25 milliards de dollars en 1981. Pour 1982, les estimations des banques arrivent à 36 milliards de dollars. Ainsi , les banquiers craignent que ces pays ne puissent payer leurs dettes ... envers les grandes banques impérialistes. L'explosion de la dette du Mexique ébranle plus d'une grande banque américaine. Les banquiers redoutent que la contraction des excédents financiers des pays de l'OPEP n'ait des effets négatifs sur les crédits internationaux, souvent financés par des dépôts à court terme en provenance de ces pays. Quant aux exportateurs impérialistes de produits manufacturés, ils tremblent de voir les marchés

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chandelle. Face à ce problème, une sphère de la circulation du capital. A de leurs réponses consiste à chercher, leur façon , nous l'avons indiqué, les par tous les moyens, à accroître le capitalistes expriment, dans leurs rétaux de la plus-value (le taux d'exploi- criminations, ce double phénomène.

Deuxièmement, le patronat ne firmes capitalistes tendent à opérer cesse de maugréer contre la sous-uti- des investissements visant à économilisation des capacités de production ser la main-d'œuvre. Cela peut se

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Business Week, 8 novembre 1982.

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 en milliards de dollars l972L.Eçt._J des pays exportateurs de pétrole se réduire. Enfin, une baisse trop accentuée du prix du pétrole remettrait en cause la rentabilité de plus d'un gros projet d'investissement dans le secteur énergétique. Dès lors, une sourdine est mise sur le thème : la cause de la crise c'est le « choc pétrolier ».

Le leitmotiv de la « concurrence des pays nouvellement industrialisés » continue, lui, à faire usage. Mais il perd de sa vigueur. De nombreuses études, entre autres celles de cette officine des puissances impérialistes qu'est l'OCDE, prouvent que les emplois suscités par les exportations de biens d'équipement vers ces pays sont bien plus nombreux que ceux supprimés par leurs exportations de chaussures ou de textiles sur les marchés impérialistes. Banquiers et industriels appréhendent l'extension de la crise dans ces pays, qui avaient été en grande partie épargnés lors de la récession généralisée de 1974-1975, et avaient offert des débouchés croissants pour les exportations des pays impérialistes.

La profondeur de la crise, comme leur détermination de classe et leur volonté anti-ouvriére font que les patrons n'hésitent pas à souligner les obstacles essentiels à une relance durable de l'économie capitaliste.

Quant aux dirigeants réformistes, ils sont toujours à la recherche d'une explication fumeuse visant à couvrir leur acceptation de la logique du capital. Acceptation qui fait dire à Pierre Drouin dans le Monde, pour caractériser les mesures prises par le gouvernement Mauroy : << La panoplie des moyens choisis va beaucoup plus loin que celle du gouvernement de M. Raymond Barre. » (3/ Il 1 1982.)

Les patrons, dans leur presse spécialisée, mettent l'accent sur deux questions pour expliquer « le mauvais climat économique ~>.

Premièrement, ils soulignent le « manque de rentabilité du capital », c'est-à-dire, en fait, l'insuffisance de la masse de la plus-value (des profits) par rapport à l'ensemble du capital engagé dans la production (machines, matières premières, énergie, bâtiments, salaires ... ). Certes, des profits, les capitalistes en font encore. Mais c'est ce rapport -le taux de profit- qui les intéresse, qui détermine si le jeu de l'investissement en vaut la tation des travailleurs).

installées. Ce fait ressort clairement dans le graphique II concernant l'utilisation des capacités de production dans l'industrie aux Etats-Unis. En RFA, en octobre 1982 les capacités de production de l'industrie étaient utilisées, en moyenne, à 7 7 % seulement. Ainsi, la crise de surproduction de marchandises ne se manifeste pas seulement par le gonflement des stocks, mais aussi par l'existence, dans l'essentiel des branches industrielles, de ces capacités de production non utilisées. Les capitalistes parlent d'incertitude des débouchés. Ils mettent ainsi le doigt sur la difficulté de réaliser la plus-value, de vendre ]~urs produits.

Ces deux types de remarques faites par les capitalistes démontrent la contradiction dans laquelle s'enferme toute politique économique qui accepte le cadre de fonctionnement du système capitaliste. Soit, pour tenter de surmonter le premier obstacle, la rentabilité du capital, les directions réformistes s'engagent sur la voie de l'austérité. Mais alors elles butent sur le deuxième obstacle : la baisse des revenus des salariés réduit la vente des biens de consommation et accentue les difficultés de réalisation de la plus-value. Soit elles prônent une relance des salaires et des revenus de transfert (allocations diverses). Mais alors, nombreux seront les patrons qui feront la grève des investissements car le taux de profit sera encore davantage tiré vers le bas. Et les capitalistes investissent pour pouvoir vendre avec profit !

Ce simple constat indique qu'il n'y a pas de sortie de la crise en faveur des travailleurs sans remise en cause du régime capitaliste.

La baisse

du taux de profit

Les mécanismes mêmes de fonctionnement du système capitaliste engendrent les obstacles à son développement. La crise actuelle est le résultat du jeu des contradictions internes du capitalisme. Ces contradictions s'expriment conjointement dans la sphère de la production et dans la

Sous le feu de la concurrence, les

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catastrophe. Pour plusieurs d'entre . duction (ce qui fait pression à son constater facilement : aucune branche d'industrie, sur les vingt-cinq ou trente dernières années, n'a vu croître la part du coût des salaires par rapport aux coûts totaux de production. Cette tendance des investissements a des conséquences sur la production de la plus-value. En effet, la partie du capital qui produit la plus-value est celle consacrée à l'achat de la force de travail (c'est-à-dire le capital variable). Or, cette part tend à se réduire par rapport au capital consacré aux équipements, et aussi aux matières premières comme à l'énergie (dont la valeur a augmenté au début des années 1970). C'est ce que les marxistes appellent l'augmentation de la composition organique du capital, c'est-à-dire la modification du rapport, en valeur, entre le capital variable consacré à l'achat de la force de travail productive et le capital constant consacré à l'achat des bâtiments, des machines, des matières premières et de l'énergie. Il y a donc une tendance au déclin du taux de profit (qui est le rapport entre la masse de la plus-value et la somme totale du capital constant et variable) inscrite dans le fonctionnement du système lui-même.

Le bi-mensuel patronal l'Expansion, dans un article consacré à la baisse des investissements productifs, affirmait : << Le comportement de 1 'investisseur à l'égard du taux de profit s'est modifié. .. Depuis 197 4, la faiblesse des taux de croissance a revalorisé le critère du profit. précisément au moment où les économistes constatent sa baisse tendancielle depuis la fin des années 1960. » (4/17 juin 1982.) Plagiant Marx, ce même magazine, dans une étude consacrée à l'évolution à long terme du capitalisme, soulignait que <<l'investissement suppose des profits. Or, disait Marx, le taux de profit subit la loi de la baisse tendancielle au fur et à mesure que le capital remplace le travail, seule source de plus-value pour les capitalistes » (octobre 1982). Ainsi, les patrons ne cessent de récriminer contre l'écart qui se creuse entre le taux de profit escompté et celui réalisé par un nombre croissant de firmes . Durant une période, en s'enfonçant dans les dettes, de nombreuses entreprises ont paré les coups de la baisse du taux de profit. Mais ce crédit-inflation n'a fait que repousser la date de nombreuses faillites de groupes importants. Au cours de cette deuxième récession généralisée de l'économie capitaliste, plus d'un « géant » industriel frise la eux, ce n'est que partie remise. Le couperet tombera à l'occasion d'une nouvelle récession.

Une des parades des capitalistes consiste à accroître drastiquement le taux de plus-value (le taux d'exploitation) pour combattre le déclin du taux de profit. Mais ils se heurtent à des limites.

Tout d'abord, jusqu'à la fin des années 1970, les rapports de forces sur le marché du travail (le chômage n'avait pas explosé et, dans des secteurs industriels clés, les licenciements massifs n'avaient pas encore fait leur apparition) furent un obstacle à l'application de la politique patronale. Ensuite, la force du mouvement ouvrier organisé et sa combativité bloquent partiellement ou freinent l'application des plans patronaux d'abaissement des salaires ou de réorganisation de la gestion de la force de travail. Les points marqués par le patronat, dans la redistribution salaires-profits, restent encore en dessous des exigences d'un redressement significatif du taux de profit.

En conséquence s'est manifestée, dès le milieu des années 1970, une tendance à la suraccumulation du capital, c'est-à-dire qu'une partie du nouveau capital investi n'est plus rétribué au taux de profit moyen escompté. Dans la réalité, cela se traduit sous les formes suivantes : des capitalistes préfèrent diriger leurs placements vers des opérations spéculatives plus rentables (immobilier, matières premières, bourse, marché monétaire), plutôt que vers l'investissement productif; des groupes industriels réduisent leurs activités productives à l'avantage d'activités commerciales plus juteuses ; des usines, même récentes, sont mises hors jeu ; la concentration et la centralisation du capital, à l'échelle nationale et internationale, s'accentuent et faillites et rachats d'entreprises font la «une» de la presse. Ainsi, en France, de 197 4 à 1980, l'investissement industriel a décru de 2 % par an en moyenne.

La surproduction

de marchandises

Cette facette de la crise, qui se situe dans la sphère de la production, est étroitement liée à une autre : la tendance à la surproduction de marchandises par rapport à la demande solvable. Elle se traduit par le gonflement des stocks d'invendus ou la sous-utilisation des capacités de protour sur le taux de profit). En effet, il y a une tendance inscrite dans ce système exploiteur et inégalitaire qu'est le capitalisme à développer les capacités de production des biens de consommation au-delà du pouvoir d'achat des salariés qui est soumis, lui, à la pression permanente exercée par les capitalistes pour accroître le taux de la plus-value.

Durant une période, le crédit à la consommation a permis de combler le fossé qui se creusait entre le pouvoir d'achat des salariés et les capacités de production installées. Cette explosion du crédit stimula à son tour l'inflation. Mais, lentement, des capacités de production excédentaires apparurent quand même dans une branche industrielle après l'autre (par exemple le textile, l'automobile, l'électro-ménager, etc.). Cela s'est répercuté immédiatement sur l'emploi. Par exemple, une grande entreprise automobile comme British Leyland, en Grande-Bretagne, a réduit l'emploi de 53% de 1973 à 1982. Aux Etats-Unis, plus de 200 000 travailleurs de l'automobile ont perdu leur emploi. Depuis 1978, la production automobile y a baissé de 40 % . Cela conduit inévitablement à ce que les capacités de production excédentaires se manifestent aussi bien dans les branches tournées vers les biens de consommation que dans celles vouées à la production des biens d'équipement. Par exemple, l'industrie sidérurgique américaine tourne à 40 % de ses capacités de production en octobre 1982. Une fois que se combinent des capacités de production excédentaires et une suraccumulation croissante du capital, une forte chute s'opère dans les investissements productifs accompagnée d'une dégringolade de la production et de l'emploi ...

On voit donc que toute crise capitaliste est, à la fois, une crise de surproduction de capital (suraccumulation) et une crise de surproduction de marchandises, quand bien même d'immenses besoins sociaux, par exemple la sous-alimentation à l'échelle mondiale, restent ignorés.

Il est essentiel de bien saisir ces deux aspects conjugués de la crise capitaliste. Car il n'y a de relance capitaliste durable que s'il y a conjointement un marché en extension pour les biens de consommation et de production, ainsi qu'un taux de profit en croissance ou se stabilisant à un niveau élevé.

Pour tenter de lever ces obstacles, les capitalistes portent des coups décidés à la classe ouvrière : cela explique la généralisation des politiques d'austérité - qui accentuent à leur tour la récession- adoptées par les gouvernements conservateurs ou sociaux-

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démocrates avec ou sans participation des PC.

Parallèlement, les gouvernements impérialistes amplifient les dépenses militaires : 200 milliards de dollars pour l'OTAN en 1978 et 282 milliards de dollars en 1981. Ils offrent un marché de substitution, assuré d'un bon profit, à une série de firmes. Les débouchés sont élargis sans devoir augmenter la consommation des salariés, mais en accroissant les déficits budgétaires, partiellement payés par les salariés-contribuables. Cependant, comme le démontre la situation aux Etats-Unis, ces dépenses d'armement sont loin d'avoir l'effet d'entraînement espéré sur l'ensemble de l'économie.

Le capitalisme est donc entré dans une crise de longue durée.

Comme l'explique la revue Alternative économique: « LR dilemme fondamental n 'est pas réglé et il n'est pas près de 1 'être : soit on restaure les profits des entreprises au détriment des salaires, donc des débouchés, soit on relance la consommation, mais les entreprises n'investissent guère (vu les capacités excédentaires, NDLR) ... et profitent de la hausse de la demande pour augmenter leurs prix et améliorer leurs marges. n (N° 12, septembre, novembre 1982.) Ce dilemme est celui auquel fait face le gouvernement Mauroy-Mitterrand. Il n'est pas près de le résoudre ... même si sa rigueur contre les travailleurs ne manque pas d'imagination! Des exigences inconciliables

Avant d'esquisser les traits d'une réponse ouvrière à la crise capitaliste, il est utile de mettre en lumière trois éléments. 1) Dans toute crise capitaliste s'affrontent des exigences, de plus en plus inconciliables. D'un côté, celles des capitalistes qui mettent à profit la crise pour accentuer l'exploitation. De l'autre, celles des travailleurs et des travailleuses qui se battent pour défendre leur emploi, leur salaire, la Sécurité sociale, les conditions de travail. Le conflit s'accentue entre les besoins de l'accumulation du capital et ceux de la reproduction du travail. Il n'y a pas de « sortie de la crise » sans un approfondissement de ce conflit et sa résolution dans un sens ou dans l'autre.

Pour le patronat, « sortir de la crise » exige l'entrée des travailleurs dans le tunnel du chômage, de l'appauvrissement matériel, psychique ... Officiellement, les Etats-Unis comptaient 12 millions de chômeurs en novembre 1982. En fait, le chiffre réel, selon l'administration américaine, elle-même, avoisinne les 15 millions. Dans certains Etats comme celui du Michigan (centre de production automobile et sidérurgique), le chômage touche 17,2 % de la population active. Cela équivaut à la moyenne du chômage national en 19 3 9. Pour 1983, la prévision est de 12 millions de chômeurs pour les pays de la CEE. En 1982, en RFA, la progression moyenne du chômage a été de 50 %. On prévoit pour l'hiver 1983 2,3 millions de chômeurs. En Grande-Bretagne, les 3,3 millions sont déjà atteints.

Un gouvernement social-démocrate ne peut longtemps manœuvrer entre les exigences irréconciliables du capital et du travail. La politique du gouvernement Mauroy, depuis 1982, le prouve. Pour la justifier aux yeux des travailleurs, il invoque la « fatalité » de la crise, présentée comme le produit de facteurs extérieurs au capitalisme. Pire, les forces réformistes tentent d'accréditer l'idée frauduleuse que les travailleurs pourraient, en échange de l'acceptation de sacrifices, obtenir des réformes. Or, ces réformes n'avaient pu être acquises alors que les rapports de forces, du temps du plein emploi, étaient plus favorables.

Plus de 110 travailleurs, membres du Parti communiste italien (PCI), en majorité délégués syndicaux dans la région industrielle de Brescia, ont tiré le bilan d'une telle orientation, mise en avant par la direction du PCI et des syndicats, dans une lettre publiée par l'Unità (quotidien du PCI), le 26 octobre 1982 : « Depuis des années, on nous dit qu 'en renonçant à divers avantages, nous obtiendrions des gains dans le domaine de 1 'emploi et de la fiscalité. us faits, comme notre fiche de salaire, indiquent que cette voie du renoncement est fausse . Elle aboutit à porter des coups mortels à la gauche et au mouvement syndical. ..

« Avant tout, ils .[Je gouvernement et le patronat] veulent utiliser la crise pour frapper la gauche dans les entreprises et le pouvoir de négociation des travailleurs. n

En fait, il n'est pas fatal que ce soient les exigences du capital qui s'imposent contre celles du travail. La possibilité existe pour les travailleurs de faire prévaloir leurs propres exigences. La force sociale, les capacités culturelles et techniques, les réserves organisationnelles et de combat sont là pour engager la riposte et faire surgir

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une alternative ouvrière à la crise capitaliste. La crainte des gouvernements bourgeois et des capitalistes, est précisément provoquée par la conscience que les salariés abordent cette crise en disposant de rapports de forces sociaux et d'un dispositif organisationnel largement supérieurs à ceux des années 1929-19 30.

2) La crise capitaliste n'est pas, non plus, le produit d'une « erreur de gestion » des capitalistes, d'un mauvais choix des « critères de gestion ». Dans la nouvelle bible du Parti communiste (PCF), le livre de Philippe Herzog, Economie à bras-le-corps, on peut lire que la 11 racine [de la crise], avant tout, se situe dans la gestion quotidienne des entreprises et de l'argent ». Toute cette mascarade «théorique )) a pour but de justifier la politique actuelle du PCF au gouvernement : la crise n'est plus intrinsèque au fonctionnement même du capitalisme, elle n'est pas un passage obligé pour le capital. Dès lors, la « sortie de la crise )) ne passe plus par la rupture avec les rapports de production capitalistes. On peut sortir de la crise sans sortir entièrement du capitalisme » (sic D. La mise en place de « nouveaux critères de gestion )) et d'« une économie mixte», voilà lasolution!

Dans cette nouvelle analyse du PCF, le grotesque n'est pas épargné. Tout d'abord, Herzog impute aux capitalistes d'avoir excessivement mis l'accent sur les investissements éco"' nomisant de la main-d'œuvre. Il leur reproche donc d'avoir agi selon les contraintes mêmes de l'accumulation capitaliste et il laisse entendre qu'une autre option serait possible, dans le cadre de ce régime ! Cette escroquerie a pour but de laisser croire que les nouveaux « critères de gestion )) proposés pourraient aboutir à « plus d'emplois )) et « plus de salaire )) tout en restant dans le cadre d'une économie capitaliste insérée dans le marché mondial.

Il propose donc que l'investissement se porte vers des techniques qui sont économiques du point de vue de l'équipement et qui utilisent beaucoup de main-d'ouvre. Evidemment, le fonctionnement réel d'une économie capitaliste, s'affrontant à la concurrence internationale et adoptant ces «critères de gestion )) propo reste énigmatique !

Ensuite, la gestion quotidienne semble coupée des lois de fonctionnement d'ensemble du capitalisme. Or, la nature même de la gestion capitaliste, avec tous les « gâchis )) qui en ~écoulent, est inscrite dans la structure du système. Ce dernier, reposant sur la propriété privée et donc sur la décentralisation des décisions stratégiques d'investissement, fait qu'aucun capitaliste ne peut connaître à l'avance les résultats effectifs de ses décisions d'investissement. Ce n'est qu'après que les produits fabriqués par les nouvelles machines aient été vendus, après la lecture de deux ou trois bilans annuels, qu'il peut faire la comparaison entre le taux de profit escompté (qui a largement déterminé la décision d'investissement) et le taux de profit réalisé. C'est alors qu'il verra si, selon les exigences du profit privé, la décision d'investir était erronée ou non. C'est alors qu'il décidera de fermer un secteur, de déplacer ses capitaux, de réduire ses investissements... Là réside essentiellement le secret de l'anarchie capitaliste.

Enfin, déplacer l'explication de la crise vers la question de « l'efficacité de la gestion )) c'est aussi fermer les yeux sur le fait que, du point de vue de l'économie capitaliste dans son ensemble, la crise est saine ! La crise capitaliste révèle toute l'absurdité et la barbarie de ce régime. Mais elle est nécessaire pour « nettoyer )) le système. Les économistes bourgeois n'hésitent pas à expliquer que c'est l'occasion de 11 couper les branches mortes 11 (les entreprises les moins rentables) et d'accroître ainsi la productivité moyenne. Ils traduisent, à leur façon , la double fonction de la crise capitaliste. Premièrement, mettre hors circuit des entreprises, les vendre pour un plat de lentilles, faire baisser le prix des matières premières, détruire des marchandises. Les marxistes nomment cela : dévalorisation et destruction de capital. Deuxièmement, le chômage permet d'effectuer une pression très forte sur les revenus des travailleurs et sur l'intensité du travail. Il doit faciliter pour le patronat la réorganisation du rapport salarial : modification des normes de travail, sous-traitance de main-d'œuvre, contrats à durée très limitée, temps partiel, etc.

Les capitalistes affectuent, aujourd'hui, des études pour déterminer l'ampleur de la diminution des salaires réels nécessaire au rétablissement d'un taux de profit qui stimulerait l'investissement. Le résultat aboutit aux évaluations suivantes de réduction des salaires : moins 1 9 % en Grande-Bretagne ; moins 13 % en France ; moins 1 1 % en RF A (The Economist, 27 novembre 1982). Ces chiffres sont intéressants moins pour leur valeur quantitative que pour mesurer la détermination du patronat à porter atteinte au niveau de vie des travailleurs. En outre, une telle diminution des salaires n'impliquerait en aucune mesure une relance automatique de l'investissement dans son ensemble. La crise, en dévalorisant le capital et la force de travail, a pour rôle de contrecarrer le déclin du taux de profit, puis de permettre sa remontée. Toute politique économique qui accepte a priori les contraintes du système se heurtera immédiatement aux impératifs issus du déroulement même de la crise capitaliste. 3) Les affrontements entre les exigences du capital et du travail s'expriment dans l'ensemble de la société. Il ne faut pas réduire la crise capitaliste à sa dimension strictement économique. Ainsi, son expression au plan budgétaire met en question une multitude d'aspects de la vie sociale, que ce soit dans le domaine de la santé, de l'éducation, des conquêtes partielles obtenues par le Mouvement de libération des femmes (par exemple le droit à l'avortement et son remboursement), etc. Les exigences du capital tendent aussi à redéfinir brutalement le contenu et l'organisation du système d'éducation, de formation professionnelle ou de santé. Les combats idéologiques s'exacerbent. De nombreux réalignements s'opèrent parmi ce qu'il est convenu, en France, de considérer comme l'« intelligentsia )) et qui a fourni plus d'un candidat au népotisme présidentiel.

Dans un tel contexte, la bourgeoisie a besoin de renforcer sa domination pour que se développent plus à fond les effets de « nettoyage )) de la crise. Mais, en Europe capitaliste, les rapports de forces actuels entre les classes entravent la possibilité pour la bourgeoisie de consolider, autant qu'elle en aurait besoin, sa domination. Ils entraînent une expression accrue des divergences au sein des classes dominantes.

La crise est un moment où s'enchevêtrent particulièrement les questions économiques et politiques. Dès lors, les limites d'une riposte ouvrière -se confinant au terrain syndical - même s'il est très important- apparaissent rapidement. Au même titre, une opposition syndicale privée d'une perspective politique d'ensemble bute assez vite sur des obstacles.

C'est aussi le moment où le mouvement de masse cherche une réponse en direction des partis réformistes et où, simultanément, un de ses secteurs tend à prendre conscience de l'opposition entre la politique des appareils bureaucratiques et les aspirations comme les besoins des salariés.

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C'est ce qui se produit actuellement en France.

Le gouvernement

Mauroy choisit

l'austérité

Le gouvernement Mitterrand-Mauroy, depuis juin 19 8 2, a ouvertement adopté une politique d'appui aux profits capitalistes, appelée politique « d'appui aux investissements ».

Olivier Klein explique le sens de cette politique : « Pour investir, les entreprises doivent reconstituer leur capacité d'autofinancement, c'est -à -dire leurs profits. lR prix d'un soutien à l'investissement est donc nécessairement un nouveau partage salairesinvestissements. » (Projet, novembre 1982.) Quant au Nouvel Economiste, il indique que le IXe plan met l'accent sur les investissements productifs, «ce qui implique un partage de la richesse nationale plus favorable qu 'aujou rd 'hui aux entrepris es » (15 .11.198 2). Dès lors, il faut compenser les cadeaux offerts au patronat par une diminution de la protection sociale, par un accroissement des charges sociales pour les salariés, par la fiscalisation (faire payer l'essentiel par les travailleurs salariés) de la Sécurité sociale, par une pression accrue sur les chômeurs (création d'emplois dans le secteur public très inférieure aux chiffres prévus). Quand Jacques Delors, ministre des Finances, lance à la cantonnade << On ne peut répartir plus que ce que l'on produit », il veut simplement indiquer que les salariés doivent supporter le poids des cadeaux faits au patronat.

Cette politique d'austérité est présentée, par le gouvernement, comme une précondition d'un renouveau économique ... demain. On n'est pas loin de la célèbre formule de Helmut Schmidt en RFA: « LRs profits d 'aujourd'hui sont les emplois de demain. » L'évolution du capitalisme allemand s'est chargée de démonter cette tromperie. Il en ira de même avec celle du capitalisme français !

La baisse des salaires nets en 1983, la quasi-stagnation du pouvoir d'achat (compte tenu des revenus de transfert) ne vont pas stimuler l'invesfssement. En effet, un secteur important de capitalistes, placé devant une demande stagnante ou déclinante, va fortement hésiter à investir, d'autant plus que les surcapacités de production dans de nombreux secteurs ne peuvent que déprimer l'investissement. Enfin, les probabilités d'une poussée à l'exportation sont assez réduites.

Si la politique du gouvernement va dans le sens d'un nouveau partage des revenus en faveur du capital et d'un accroissement des aides aux entreprises Ooi de Finances 1983), cela n'implique en aucune mesure que les patrons en jugeront les effets suffisamment satisfaisants pour relancer effectivement l'investissement. De plus, investir ne veut pas dire créer des emplois. Au contraire. Aujourd'hui, une entreprise qui « marche bien », non seulement ne créee pas d'emplois, mais souvent en supprime. Les investissements nécessaires pour renouveler le parc d'équipement installé à l'époque faste du tout début des années 1970 se feront, s'ils se font, non pas dans le sens d'un élargissement des capacités mais dans la perspective d'une économie de main-d' œuvre.

L'Expansion, à juste titre, écrivait : « N 'en déplaise à certains espoirs politiques, la question de l'investisse -ment productif, économiquement utile [lisez : profitable au capital] n 'a pas grand -chose à voir avec celle de 1 'e m -ploi. » Il ne fait aucun doute qu'une nouvelle dégradation de l'emploi se produira. Les promesses du gouvernement concernant le chômage prennent l'allure du slogan : « Demain on rase gratis 1 »

Toutes les expériences démontrent qu'une politique gouvernementale qui frappe le salaire direct et indirect ne peut pas aboutir, à « sortir de cette crise ». Par contre, un résultat est assuré : la dégradation des conditions de vie des travailleurs, un affaiblissement de leur force sociale, une démoralisation. Cela ne peut que faciliter la contre-offensive politique et sociale de la bourgeoisie qui ne manquera pas d'accroître sa pression après chaque concession du pouvoir. C'est là toute la tactique du CNPF qui comprend fort bien qu'il mine, du même pas, la base sociale du gouvernement Mitterrand-Mauroy.

Dans la phase actuelle, un nombre croissant de travailleurs, de militants syndicalistes, de membres du PCF et du PS mettent en question, à divers degrés, l'orientation de ce gouvernement et des directions réformistes.

Ainsi s'affirme le besoin d'une réponse ouvrière d'ensemble à la crise capitaliste s'enracinant dans la défense des intérêts économiques et sociaux immédiats des travailleurs. Ainsi également se concrétise la nécessité d'une bataille politique d'ampleur pour une stratégie alternative.

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Les grands traits d'une « solution ouvrière » à la crise peuvent être tracés, mais ils se préciseront au travers même des expériences de lutte et des débats qui traverseront le mouvement ouvrier et syndical français et international dans la période à venir.

Un gouvernement se revendiquant des travailleurs et qui, au nom de la « rigueur économique », recule sur la défense des salaires et sur la nécessité de l'amélioration du pouvoir d'achat des travailleurs s'engage dans une impasse économique et sociale.

Tout d'abord, il y a quelque chose d'indécent à reconnaître, même formellement, que le «travail est à l'origine de la richesse créée » et de frapper simultanément les revenus des salariés. Cela d'autant plus qu'au printemps 1982, en France, on pouvait dénombrer environ 3.5 millions de travailleurs, travailleuses, jeunes gagnant moins de 3 500 F nets, par mois. Ensuite, la « police des salaires )) et l'attaque contre leur indexation ont des effets déprimants sur la demande. Nous l'avons souligné en traçant les perspectives de la nouvelle politique du gouvernement Mauroy. D'autres exemples confirment l'échec d'une telle option. Depuis trois années consécutives, aux Pays-Bas, le pouvoir d'achat recule. Or, cette année, le record du chômage est atteint : plus de 550 000 chômeurs, soit plus de l 0 % de la population active.

Enfin, une telle politique conduit, socialement et politiquement, à accroître la division dans les rangs ouvriers (chômage). Elle facilite les manœuvres patronales d'augmentation sélective des salaires. En outre, les faits sont là pour prouver que dans l'ensemble des pays européens, une politique déflationniste, menée par les partis réformistes ou ayant leur aval, aboutit à une désyndicalisation. La défense du pouvoir d'achat

Pour justifier les concessions sur la défense des salaires et l'indexation, des dirigeants syndicalistes avancent le thème des « nouvelles solidarités )). Ils défendent la renonciation à la protection du pouvoir d'achat de certaines tranches de salaires plus élevées que la moyenne, en détournant de son sens de classe l'aspiration égalitaire de larges couches de salariés. Ainsi, la direction de la CFDT propose que le rattrapage de la hausse des prix pour les salaires dépassant deux fois le SMIC soit reportée à plus tard. Une telle orientation appelle une série de remarques.

Premièrement, toute l'expérience du mouvement ouvrier européen démontre que de telles concessions ouvrent une brèche pour la remise en cause plus générale de l'indexation des salaires. Il n'est pas étonnant de lire dans le Nouvel éEonomiste, en conclusion d'une étude portant sur les accords salariaux nationaux, que (( le principe de la désindexation fait son chemin » (22 novembre 1982). La barre des 8 % proposée par le gouvernement Mauroy pour le rattrapage des salaires des fonctionnaires va dans le même sens. Le codicille indiquant qu'en cas de dérapage des prix, le rattrapage se fera (( si les conditions économiques le permettent », confirme l'orientation et ne l'infirme pas, comme l'a dit la presse .

Deuxièmement, des propositions du type de celles de la CFDT aboutissent en fait à une perte du pouvoir d'achat de la masse salariale globale. Dans les poches de qui cet argent va-t-il ? Du patronat. On ne peut taire la nature de classe d'une telle ligne, alors que les salariés qui rejettent cette orientation sont accusés de « corporatisme )). Dans la mesure où les leviers de commande de l'économie restent aux mains du capital privé, cette « perte du pouvoir d'achat )) ne va servir ni à« créer des emplois», ni à « corriger des inégalités )). Toute l'expérience italienne, qui voulait que les concessions des travailleurs du Nord servent au développement des « investissements au Sud », s'est soldée par un triste résultat. Les investissements au Sud attendent encore. Les concessions faites au Nord n'ont pas renforcé les positions des travailleurs de Turin ou de Milan. Le chômage les touche durement. Influencée par cette propagande syndicale trompeuse, une partie des salariés du Sud en arrive même à soupçonner une partie du prolétariat du Nord d'avoir quelques responsabilités dans la crise qui les frappe.

Troisièmement, bien que l'objectif avoué soit de lutter contre les inégalités, de telles propositions visent au mieux à limiter la mobilisation, au pire à la bloquer. Or, en France, si l'éventail des salaires s'est réduit après 1968, après avoir crû entre 1950 et 1968, ce n'est pas un hasard. Les mobilisations ouvrières d'après 1968 et la mise en avant de revendications unifiantes y sont pour quelque chose. La lutte contre le « corporatisme)) passe précisément par l'extension en faveur des secteurs les plus faibles (« les moins protégés ») des gains obtenus par des secteurs plus forts. L'égalitarisme par le bas a des effets pervers. Ainsi, en 1969, à la FIAT, à Turin, les primes d'ancienneté étaient très différentes entre employés et ouvriers ( 12 points tous les deux ans pour les premiers, 3 points pour les seconds). En 1969, au nom de la solidarité, les directions syndicales proposèrent une prime de 5 points pour tous. Par contre, la gauche syndicale proposait 12 points pour tous, par étape. Le résultat de « l'égalitarisme par le bas )) fut probant. Il introduisit une division accrue entre ouvriers et employés. Ces derniers devinrent une masse de manœuvre plus docile pour le patronat qui sut l'utiliser lors de son offensive de 1981 pour licencier des milliers d'ouvriers. Sous couvert de la soiidarité égalitariste, de telles propositions freinent, dans la pratique, la constitution de l'unité dans la lutte du front des travailleurs salariés.

Quatrièmement, au moment où les directions réformistes parlent de solidarité entre les salariés, elles ferment les yeux sur les vraies concentrations de richesses. Pourquoi les revenus des dividendes jouissent-ils de tels avantages? Pourquoi l'avoir fiscal est-il remplacé par un crédit d'impôts encore plus injuste? Pourquoi le patronat est-il, de fait, exempté de payer les milliards qu'il doit à la Sécurité sociale et à l'UNEDIC ? Au fond, pour la même raison qu'est proposée cette diminution du pouvoir d'achat de la masse salariale : pour épauler le profit... et donc (en partie illusoirement) l'investissement. On ne peut s'en prendre vraiment aux inégalités au sein du salariat sans s'en prendre d'abord au capital.

A l'opposé de toutes les stratégies qui acceptent, plus ou moins ouvertement, l'impératif de l'austérité, nous disons qu'il est légitime, socialement et économiquement, de se battre pied à pied pour la défense du pouvoir d'achat des travailleurs (indexation); pour l'augmentation des revenus, en priorité des plus bas ; pour le refus net des coupes claires dans les dépenses sociales et pour le développement d'importants investissements publics liés à des besoins sociaux largement insatisfaits. Ainsi, la dégradation de la situation du logement, en regard des besoins sociaux des salariés, est terrible. Or, c'est un secteur ou les investissements ont un faible contenu en importations et ne pourraient donc être accusés, dans le cadre d'une politique de relance, de grever la balance commerciale. Pourtant, le gouvernement français n'a quasiment rien fait

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dans ce domaine, malgré les promesses du PS.

Certes, la défense inconditionnelle du pouvoir d'achat des salariés ne permet pas de « sortir de la crise ». De telles revendications ont pour les travailleurs un effet positif. Elles améliorent leurs conditions matérielles, sociales et organisationnelles. C'est là l'important. Elles ont cependant un effet désastreusement négatif pour la « rentabilité du capital », qui se répercute sur l'investissement ! Ces revendications exigent donc qu'elles soient accompagnées d'une série d'autres mesures, entre autres dans le domaine de l'emploi. Mais, avant tout, elles requièrent la clarté sur un point important : la bataille intransigeante pour la défense des intérêts ouvriers implique, dans cette crise de longue durée, une remise en cause de la propriété privée et de la logique de l'accumulation du capital. Des données telles que le rapport profits-investissements ou salaires-prix-compétitivité ne sont pas de lois objectives de toute économie. Ils sont l'expression des rapports sociaux capitalistes. S'agenouiller devant eux ne sert qu'à chercher la justification pour une politique qui s'accommode des contraintes de l'économie capitaliste sur le dos des travailleurs.

Au contraire, dans le cours d'une lutte pour la défense de leurs acquis, ces derniers mettront en avant l'impératif de la satisfaction de leurs besoins sociaux comme critère d'une véritable relance et des grandes options économiques en faveur des masses laborieuses. C'est là la seule démarche réaliste. Toute autre option est condamnée à entériner, quelles que soient les intentions de leurs défenseurs, les choix stratégiques du capital. La défense de l'emploi

Sur le terrain de l'emploi, les limites de toute politique réformiste s'imposent avec encore plus d'évidence.

Une idée doit sans cesse être répétée : il est illégitime qu'un propriétaire de capital puisse décider souverainement de licencier un travailleur ... quand bien même la loi protège cette prérogative. Une politique au service des travailleurs devrait, en premier lieu, abolir ce pouvoir ! Mais, aux yeux de ceux qui, hier encore, dénonçaient à grands cris la politique patronale de licenciements, des mesures telles que l'interdiction légale de licencier ou le droit de veto des travailleurs sur les licenciements sont aujourd'hui décrétées utopiques ! C'est logique. Adhérer au dogme de la « compétitivité des entreprises françaises», c'est révérer le droit patronal de licencier.

Dans le mouvement syndical, comme au sein des partis ouvriers réformistes, l'idée qu'une réduction massive du temps du travail est un des moyens de lutter contre le chômage était largement répandue. Néanmoins, deux reculs s'opèrent depuis quelque temps. Tout d'abord, la diminution du temps du travail est étalée au maximum. Le IXe Plan (19841988) prévoit les 35 heures entre 1985 et 1988. Or, l'expérience démontre qu'une réduction lente du temps de travail (comme ce fut le cas avec les 39 heures) n'apporte rien au plan de l'emploi. Elle est avant tout utilisée par le patronat pour réorganiser les modalités du travail.

Ensuite, comme le dit le IXe Plan, « la réduction du temps de travail de -vra se faire sans augmentation des coûts de production ». Deux problèmes surgissent immédiatement. D'une part, la diminution du temps de travail, sans maintien du salaire, se transforme au mieux en un partage de la masse salariale et non pas en une répartition d'une somme donnée d'heures de travail sur un plus grand nombre de salariés. C'est une forme d'attaque contre les revenus dont nous avons fait ressortir, ci-dessus, les résultats. D'autre part, dans cette optique, la diminution du temps de travail devient le biais par lequel le patronat réaménage la gestion de la force de travail. C'est le cas de l'accord CIT -Alcatel. Il implique, non seulement un perte de salaire (4,5 % pour les salariés qui passent à 35 heures), mais surtout la possibilité pour les patrons de développer le travail en équipes, l'utilisation à temps plein des équipements, le travail de nuit, les horaires décalés, la mobilité dans l'entreprise, la polyvalence, le temps partiel.

La réduction du temps de travail, la bataille pour l'échelle mobile des heures de travail (partage du temps' de travail), restent d'une brûlante actualité. Mais elles doivent s'accompagner de deux exigences: embauches compensatoires, et maintien des salaires.

Face à cette revendication, l'argument avancé par les patrons comme par les directions syndicales est classique : une diminution des heures de travail provoque, soit un report des coûts sur les prix, soit un abaissement

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des marges pour les entreprises et une « perte de compétitivité ».

Pour les travailleurs deux conclusions immédiates s'imposent. D'une part, il est impératif de lier la bataille pour l'indexation des salaires à celle sur la diminution massive du temps de travail. L'indexation doit être assortie d'un rigoureux contrôle des prix (à la production et à la distribution) et d'une refonte des réseaux de distribution. De l'autre, il est nécessaire et possible d'engager un combat politique et syndical à l'échelle européenne pour une diminution coordonnée du temps de travail. Le PS français, dans les coulisses du Parlement européen, en avait lancé l'idée. Il se heurta aux refus allemand et britannique. Or, après la victoire du PSOE, en Espagne, et étant donnée la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui les syndicats allemands et britanniques, de même que le SPD ou le Labour Party ... ne serait-il pas possible pour les partis - PS et PCF« portés au gouvernement par le vote des travailleurs », de prendre l'initiative d'une véritable campagne pour la diminution simultnée du temps de travail dans toute l'Europe? Ceci enlèverait beaucoup de son poids à l'argument de la « concurrence étrangère >> et susciterait un bond en avant dans la cohésion internationale des travailleurs. La CES (Confédération européenne des syndicats) n'avait-elle pas, il y a quelques années, lancé une action européenne pour les 35 heures?

Une baisse massive et rapide du temps du travail, qui contraindrait effectivement à une embauche importante -même avec des concessions syndicales sur les salaires - serait, y compris, très mal accueillie par les patrons. Le résultat tendrait, en effet, à modifier les rapports de forces sur le marché du travail, en faveur des salariés. Alors, ils pourraient plus aisément s'engager dans des actions revendicatives pour récupérer la perte subie au plan salarial. Dès lors, les patrons n'en veulent rien savoir.

Actuellement, ces derniers cherchent à obtenir une série de nouveaux cadeaux (aides diverses et, surtout, assouplissement des règles concernant l'embauche, les licenciements, le travail intérimaire), en échange de vagues promesses de créations d'emplois. Dans les sphères gouvernementales, l'attrait est manifeste pour ce chant de sirènes. Le gouvernement est prêt à offrir des subsides sans se donner les moyens de vérifier la concrétisation des contre-parties promises. Dès lors, des initiatives des travailleurs et de leurs syndicats sont à l'ordre du jour pour vérifier les rapports existants entre les aides multiples et le volume comme la nature de l'emploi. Il y a là un terrain fertile à des actions allant dans le sens du contrôle ouvrier, entre autres pour obtenir toutes les informations portant sur : la rotation de la main-d'œuvre, la structure des salaires, l'utilisation des aides gouvernementales, le rapport profit-investissements, la sous-traitance, etc. De telles actions nourriraient une campagne politique et syndicale visant à ce que les patrons subventionnés et qui licencient voient leurs « droits transférés à la collectivité » (extension des nationalisations).

La bataille pour l'emploi, contre les licenciements et pour la diminution massive du temps de travail, est primordiale. Elle doit permettre de maintenir dans l'entreprise la force organisée des travailleurs, indispensable pour résister aux attaques du capital. Mais, au même titre que la lutte pour la défense du pouvoir d'achat, elle exacerbe les contradictions d'un sysfme capitaliste en crise. Elle va à l'encontre d'une restauration du taux de profit. La défense de l'emploi doit donc s'articuler, pour s'inscrire dans une réponse ouvrière d'ensemble à la crise, avec d'autres revendications, plus spécifiquement celle des nationalisations. Nationalisations et bataille de l'emploi

Les nationalisations, au même titre que la possibilité pour les pouvoirs publics de créer des entreprises, doivent être partie prenante d'un programme de réponses anticapitalistes à la crise. Elles devraient servir de levier pour redresser la situation de l'emploi, répondre aux besoins sociaux et créer les préconditions d'une planification démocratiquement centralisée et autogérée (socialisation), en enlevant à la minorité des possesseurs le droit de commander aux hommes et aux machines.

Soudainement, ceux qui prônent une telle orientation sont taxés de fantaisistes par les directions réformistes et par de nombreux « marxistes critiques » transformés en « conseillers sceptiques » de la politique gouvernementale. Pourtant, en octobre 1980, lors d'un colloque sur la politique industrielle, le PS déclarait encore : « L'existence d'un million et demi de chômeurs constitue pour les socialistes la première des réalités in admissi bles ... La priorité à l'emploi implique une croissance forte, mais différente (pas celle du type capitaliste qui a eu lieu jusqu 'en 197 3). » Il y a quelques années, la CFDT se réclamait des trois piliers : propriété sociale des moyens de production et d'échange, planification démocratique, autogestion.

Tout cela est bien oublié ! Certes, pour que le secteur nationalisé puisse répondre aux objectifs mentionnés ci-dessus, les priorités qu'on lui assigne ne doivent pas être déterminées par l'impératif du profit ni celui de la « compétitivité » (contrainte du marché mondial capitaliste). Le jour où le mouvement ouvrier défend une telle conception, il enchaîne sa politique de nationalisations à des buts qui contredisent, dans la pratique, ceux avancés dans le passé par les partis et syndicats pour justifier la « bataille des nationalisations ».

La politique du gouvernement PS-PC veut que les entreprises nationalisées vivent sous le régime de « l'autonomie de gestion ». Elles doivent « être capables d'affronter la concurrence ». Les liens sont donc fort distendus entre les objectifs qu'elles se fixent et ceux du gouvernement. En novembre 1982, ce dernier n'avait pas encore reçu de la part de nombreux groupes industriels les contrats de plan qui doivent concrétiser l'harmonisation des objectifs mutuels ! Pourtant, la date limite se situait en juin 1982 ! Une telle gestion du secteur nationalisé ne peut qu'invalider toutes les promesses sur la « démocratie dans l'entreprise ». Et ce n'est point un hasard si l'opinion dominante parmi les travailleurs, c'est que « rien n'a changé ».

En outre, une idée trompeuse est répandue. Le secteur nationalisé, géré selon les critères indiqués ci-dessus, aurait des effets d'entraînement quasi automatiques sur toute l'économie. Ils pourraient rétablir la croissance. Toutes les expériences européennes, depuis la crise, prouvent le contraire. Non seulement le secteur nationalisé élargi a un impact relativement faible à cause du volume qu'il représente dans l'investissement productif (22 % des investissements dans l'industrie dans son ensemble, 16 % de l'emploi). Mais, surtout, la masse des investissements privés- qui restent très largement dominants- est directement fonction du taux de profit et des débouchés. Si ces facteurs ne sont pas favorables, pourquoi les capitalistes enfreindraient-ils leurs habi-

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tudes traditionnelles de fonctionnement et s'engageraient-ils dans une vaste relance des investissements et de l'emploi ? D'ailleurs, la baisse des investissements dans le secteur privé (environ moins 8 % en termes réels en 1981 et moins 5 à 6% en 1982) est là pour donner une première confirmation de ce mécanisme. En Grande-Bretagne, la gauche du Labour Party, consciente de ce problème, propose pour le résoudre d'établir des « accords de planification contraignants » pour le privé. Evidemment, elle a quelques difficultés à démontrer comment cela pourrait fonctionner, tout en respectant le pouvoir des monopoles !

En fait, la « poli jique industrielle » française actuelle consiste, en substance, à injecter des milliards dans le secteur privé et public, milliards financés par ,, une ponction sur les ménages >> (attaques aux revenus des salariés) et par des emprunts extérieurs qui nécessitent aussi pour être remboursés de restreindre les dépenses (sociales) ou de dévaluer. Le secteur nationalisé devient une super-béquille du capital... et un emplâtre sur une jambe de bois pour l'emploi.

Une autre politique est possible. Elle repose, initialement, sur une réelle centralisation du secteur nationalisé actuel, afin de tourner l'ensemble de son potentiel vers des objectifs impératifs . Elle doit s'accompagner d'une extension des nationalisations .

La concurrence entre les trusts de l'automobile, par exemple, aboutit à un gâchis social et économique. Les aides massives, directes ou indirectes, au secteur privé représentent un simple transfert de la poche des travailleurs à celle des patrons. Aucune raison sociale ou économique ne peut justifier la rétrocession au secteur privé des participations industrielles de Paribas ou de Suez, au moment de la nationalisation de ces compagnies financières.

Ce secteur nationalisé devrait être mis au service d'une véritable reconquête de l'emploi. Elle se ferait à partir d'objectifs largement discutés par les organisations des travailleurs (ce qui remplacerait avantageusement la multiplication des colloques divers sous la houlette gouvernementale !) et d'un inventaire effectif des besoins. Cet inventaire tiendrait compte de la nécessité de diminuer le temps et la charge de travail ; de développer le logement ; le secteur de la santé (en mettant l'accent sur l'aspect préventif et la décentralisation) ; l'enseignement et une formation professionnelle de haut niveau ; de créer ou développer des filières industrielles et de réorienter la production de secteurs classiques (par exemple l'acier) en relation avec ces objectifs.

Tout cela coûtera cher, rétorquent certains. Certes. Mais des fonds de richesse existent. Ils sont disponibles ... à condition d'accepter d'organiser la contre-attaque face à la résistance capitaliste. Tout d'abord, il est fondamental de centraliser le crédit, d'établir un monopole national complet du crédit, de mettre fin à la concurrence entre les banques et de couper court aux multiples « secrets d'affaires » qui en découle. La politique actuelle du crédit coûte cher. Les banques pillent la SNCF, gros emprunteur, ou les collectivités locales. Une centralisation du crédit permettrait de contrôler l'essentiel des circuits économiques, de ne plus continuer une politique à l'aveuglette de subventions à certains secteurs, de prioriser une aide avantageuse au secteur nationalisé.

Ensuite, il n'y a qu'à supprimer les indemnisations des gros et moyens actionnaires (le montant total des indemnisations a été accru, par décision du Conseil constitutionnel, de 45 % par rapport au projet initial du gouvernement). Or, dans les années précédant leur nationalisation, ces entreprises avaient reçu, sous forme d'aides multiples, des sommes fabuleuses.

Enfin, une diminution du chômage implique une économie globale fort importante au plan de son financement (allocations), des pertes de revenu fiscal qu'il implique, de la réduction de la production, de ses effets négatifs sur la productivité. Il y a donc là des disponibilités importantes qui pourraient être dégagées. Sans parler d'une réduction drastique du budget militaire, etc.

Un pas serait ainsi engagé dans la voie de la socialisation et d'une planification de l'investissement. Cette planification serait facilitée aussi bien par le potentiel de coordination-centralisation offert par les développements de l'informatique que par le niveau culturel, les traditions démocratiques du mouvement ouvrier. C'est là le seul moyen pour modifier radicalement la finalité de l'effort productif des travailleurs. Une étude en temps de travail, effectuée en 1971, démontre qu'en France 13,8 % de la main-d'œuvre étaient mobilisés pour servir les besoins de 5 % des ménages (cadres supérieurs), alors que pour les OS, qui sont 16 % des ménages, il n'était nécessaire de mobiliser que Il, 1 % des travailleurs.

Les critiques réformistes de l'ensemble des mesures anticapitalistes tracées ci-dessus invoquent souvent les obstacles provenant des liens étroits entre l'économie française, dans ce cas, et l'économie internati~nale. Il serait ridicule de nier ce problème. Il exige une sérieuse discussion. Il ne peut être dissous simple. ment dans une perspective plus large, celle des Etats- V nis socialistes d'Europe. Même s'il est vrai que les dévbloppements objectifs de l'écono~ie capitaliste de ces trente dernières années, comme la nature même de la crise présente, renforcent l'actualité d'une telle perspective. Monopole du commerce extérieur et rédéfinition des échanges

Le gouvernement Mauroy, avec sa politique de relance douce de 1981, a provoqué une crise rapide de la balance des paiements et a poussé l'inflation. C'était couru d'avance étant donnée la structure du capitalisme français (des importations plus que proportionnelles soient provoquées par une relance de la demande interne provoquée, entre autres, à cause la faiblesse du secteur des biens d'équipement). De plus, le morne climat international a freiné les exportations. Pourtant, face à cette situation, même de son point de vue, une autre orientation était possible. Elle aurait combiné une politique différente du taux de change, un contrôle rapide et rigoureux des prix et des mesures sur l'emploi (voir les propositions de Serge Kolm dans le numéro 42 de Critique socialiste). Mais, Delors n'était pas prêt, pour des raisons politiques, à appliquer les trois volets d'un tel tryptique.

Après cet échec, présenté comme la raison de la modification d'orientation en juin 1982, la « reconquête du marché intérieur » prend le dessus. Pour l'instant, elle se concrétise par des subventions aux entreprises ... et quelques mesures protectionnistes.

Le protectionnisme, dans le cadre de l'économie présente, est loin d'être une solution pour les travailleurs. Par exemple la Belgique, de 1970 à 1979, a eu la croissance de la part des importations en provenance des pays impérialistes la plus faible de la CEE (une baisse d'un demi-point). Ceci n'a pas empêché le chômage de grimper.

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Un tel choix conduit à une hausse · suppressions d'emplois. Dans la péser quelques points, de prendre quel- ' grandes fortunes que par les multinades prix (en faveur des producteurs nationaux les mieux placés) payée par les travailleurs. Les importateurs, frappés par les quotas, vont tendre à adapter leurs prix à cette hausse. Au fond, elle revient à une perte du pouvoir d'achat des travailleurs. Enfin, les rétorsions, même sélectives, des concurrents étrangers peuvent avoir des effets négatifs sur l'emploi et, y compris, sur la balance commerciale. Le protectionnisme n'est pas une solution.

Une stratégie économique fondée, entre autres, sur les nationalisations et la planification entraîne la nécessité de modifier et contrôler strictement les échanges extérieurs. Le seul fait d'imposer au secteur nationalisé les priorités précitées impulse des mutations importantes dans le volume et la demande des biens importés. Il faut être capable de maîtriser cela. Il faut pouvoir intervenir dans la variation importations/ exportations (substitution ou non d'importations). Il faut pouvoir trouver des débouchés extérieurs pour des produits de secteurs qu'il est difficile de reconvertir à court et à moyen terme. Cela démontre le lien nécessaire entre une planification du secteur nationalisé et le monopole du commerce extérieur.

Il n'est pas inutile, avant de préciques exemples illustrant les diktats du système de « libre échange ».

Sous le gouvernement Barre, depuis 1978, la politique du « Franc fort » devait servir à renforcer la position internationale du capitalisme français. En fait, elle a donné une prime à ceux qui spéculèrent sur les actifs étrangers. Il était « moins cher » d'acheter des entreprises à l'étranger, vu la tenue du Franc. Par contre en France, le « Franc fort » servait à accroître le chantage sur les travailleurs : la « concurrence étrangère » ... De plus, il n'a pas permis du tout de modifier la structure de l'appareil de production (entrée de capitaux dans les secteurs plus compétititifs sur le marché mondial: voir l'échec de l'électronique, etc.).

Un autre exemple. Ce n'est un secret pour personne que lorsque Mauroy et Delors ont indiqué, en juin 1982, «aux partenaires européens» qu'une deuxième dévaluation était dans les tiroirs, ils se sont vus indiquer qu'un blocage des salaires devrait en être la contrepartie. Sont-ce là les liens avec l'économie internationale qu'il faut maintenir ?

Finalement, de grands groupes internationaux organisent de façon concertée le protectionnisme et les tro-chimie, un plan de liquidation de 10 000 emplois en Europe est mis au point par les grands groupes du secteur. Parallèlement, des accords de fermeture d'entreprise, des contrats d'achat et de spécialisation respective se font. Toutes ces mesures « dirigistes » -au niveau des échanges internationaux- sont prises par les grands défenseurs du «libre échange ». Il est aussi connu qu'une part significative du commerce international est constituée par les échanges entre filiales d'un même groupe, échanges étroitement surveillés ! Les travailleurs ne peuvent que rejeter cette intégration-là dans l'économie internationale.

En aucune mesure, nous ne proposons de supprimer les échanges ni même de les réduire. Le monopole du commerce extérieur n'équivaut pas à l'autarcie ! Une relance économique effective, sur la base de vastes nationalisations, d'une planification ... implique, au contraire, un accroissement des échanges. Mais un accroissement et une structure contrôlés, mis au service des besoins des salariés et des peuples exploités du tiers monde.

Evidemment, une politique allant dans cette direction susciterait des mesures de sabotage : spéculation et sortie de capitaux aussi bien par les tionales, pressions exercées par le capital international en mettant à profit la dette extérieure.

Avec le monopole du crédit, un contrôle strict des changes, y compris la suppression momentanée de la convertibilité, et le monopole du commerce extérieur, la riposte est possible. Mais elle doit aussi s'appuyer sur une vaste campagne politique internationale contre le sabotage capitaliste, pour susciter l'appui des travailleurs européens à une expérience qui met au premier rang la lutte contre le chômage et la satisfaction des besoins sociaux.

En outre, il ne faut pas sous-estimer le champ des négociations possibles qu'offre le poids même de l'économie française dans l'économie internationale, de son importance cruciale pour les exportations allemandes, belges ou italiennes. Les possibilités de développer des rapports de troc avec une série de pays sont, de même, loin d'être négligeables. Cette pratique est développée par de grands groupes capitalistes (Rhône-Poulenc avec l'URSS pour des produits de base, RVI avec l'Algérie). Les échanges avec les pays sous-développés pourraient être modifiés. Ils se fonderaient sur des ventes de produits à prix coûtant, compte tenu des économies induites par la création d'emplois due au développement de ces échanges.

Une autre option existe donc. Mais elle repose avant tout sur la mobilisation des travailleurs. Le fossé entre une telle orientation économique et ce que veulent les capitalistes est énorme. Cette différence ne peut être négociée. La capacité des salariés dans l'usine de déjouer les mauvais tours des patrons (contrôle ouvrier) et de faire front aux multiples attaques armées des bandes du patronat est déterminante. Cette volonté ouvrière peut être renforcée si les révolutionnaires savent faire partager à de larges couches du mouvement ouvrier leurs perspectives. Cela commence déjà à l'occasion de campagnes pour les revendications les plus immédiates des travailleurs, comme les 35 heures, ou à l'occasion des débats dans le mouvement syndical sur la réponse à apporter à l'austérité.

Novembre 1982

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