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La conjoncture économique : vers un approfondissement de la récession

· Critique communiste, n° 16, février 1983 · p. 32-34 · 2 098 mots

vers un approfondisse~nent de la récession

E propos de cette courte chronique est de fournir quelques éléments permettant de resituer l'évolution récente de la conjoncture économique et les perspectives pour l'année qui commence.

1982 : la reprise n'était pas au rendez-vous

Il y a un peu plus d'un an, l'OCDE annonçait dans son rapport annuel qu'il y aurait probablement une reprise modérée du PNB en Europe et une accélération régulière au Japon. Pour les Etats-Unis, on pourrait enregistrer des taux de croissance se situant dans une fourchette de 3 à

4 % au cours du second semestre 1982.

PRODUCTION INDUSTRIELLE

.

<rapport a la tendance>·

Le tableau 1 montre que la réalité a cruel-

-

Amérique du Nord

___ Quatre grands pays europeens lement démenti ces prévisions pourtant

•.• . . Japon

Source OCDE prudentes .

L'année 1982 ne marque donc pas la

GRAPHIQUE 1 sortie de la deuxième récession généralisée de l'économie capitaliste. Rappelons à grands traits la chronologie :

1974-1975: entrée en crise, première récession.

1976-1979 : reprise médiocre qui ne rétablit pas des bases saines du point de vue de la mise en valeur du capital.

1980-198 2 : nouvelle récession généralisée. Cette nouvelle phase de récession est moins profonde en ce qui concerne la production industrielle, mais beaucoup plus durable.

Le graphique 1 fait bien apparaître que 1982 ne présente aucun signe de re-· tournement : sur l'ensémble de l'année, la

Sourêe INSEE production industrielle a reculé de 3.5 % dans les pays de l'OCDE.

Le recul de l'iJlflation

La baisse sensible et à peu près générale des taux d'inflation est la seconde ca-

0 % ----~-----+------~--+---~~--~ ractéristique importante de cette année

1

1982. Cette baisse est particulièrement

1

1981 '

1980

198 2 spectaculaire aux Etats-Unis, qui passent

19 78

19 79 de JO% à 6.5 %.

en % par an

Différence d'inflation

La France s'est, de ce point de vue, située à contre-courant pendant la phase de

GRAPHIQUE Il

MAXIME DURAND « relance Mauroy » (de juin 1981 à juin 1982), si bien que le différentiel d'inflation entre la France et ses « partenaires » commerciaux s'est creusé, rendant inévitable une seconde dévaluation. Ce n'est que dans la seconde moitié de 1982 que la politique de blocage des prix et des salaires a pu ramener cette différence à sa valeur moyenne des années précédentes.

Le graphique II visualise cette évolution : la zone hachurée mesure l'intensité de la contrainte extérieure. Moins d'inflation et moins de croissance, cette configuration repose sur plusieurs facteurs de blocage. • Premier blocage : les débouchés de substitution sont épuisés. Le tableau II, qui donne l'évolution de la demande adressée aux producteurs français est particulièrement éclairant. La stabilisation en termes réels du prix du pétrole, la baisse de la demande tenant autant aux mesures d'économie qu'à~ récession, ont pour effet de réduire à peu près à néant les excédents en valeur des pays de l'OPEP. Ceux-ci avaient pu tirer les exportations des principaux pays impérialistes, notamment au début de 1981 : cet effet est dorénavant épuisé.

Il en va de même, et ceci était déjà vrai en 1982, pour les pays en voie de développement (PVD) et les pays de l'Est : dans les deux cas ont joué les effets induits de la récession, mais aussi la nécessité d'assainir une situation financière caractérisée par un colossal endettement.

Ainsi le Brésil, cité comme modèle de ce que l'on a baptisé« nouveaux pays industriels », se voit imposer par le Fonds monétaire international (FMI) un plan d'austérité massue, comme condition d'étalement de la dette extérieure. On touche là du doigt l'une des contradictions majeures de la période. • Deuxième blocage : on ne peut en même temps;telancer la production et assainir la situation financière. Un spectre hante la bourgeoisie internationale : c'est celui du krach boursier à l'image de celui qui a inauguré la grande crise de 1929. Les di-

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Taux de croissance du PNB. So urc e : OCDE

Prévisions

Tableau l.Les experts de l'OCDE se sont t r omp és.

Demande adressée à la France.Source INSEE

Taux de croissance

+ 1,0%

+ 0,2%

- 0,2%

Tableau 2.L 1 épuisement des demandes de subst i tution rigeants impérialistes sont conscients aujourd'hui qu'une rupture majeure du système financier est rendue possible par l'immense accumulation de dettes qui a sous-tendu l'expansion inflationniste d'avant l'entrée en crise.

Ceci limite grandement l'impact positif de la baisse de l'inflation. C'est ce qu'indique Jean Denizet, cité par la Vie française : 11 La désinflation mondiale ne garantit pas la reprise. L 'obstar.le, c'est l'endettement passé. L'inflation ne l'a pas totalement anéanti. Loin de là. 11

D'un point de vue capitaliste, la sortie de la crise passe par la restauration du taux de profit, donc par la dévalorisation du capital, donc par l'annulation des dettes. Mais on se heurte alors à un risque d'effondrement de tout le système monétaire, déjà très instable.

C'est donc dans la récession qu'on découvre le revers de la médaille de l'inflation passée. Elle continue, à travers le crédit, de faire sentir ces effets : si l'on maintient les dettes et qu'on baisse les taux d'inflation, on accroît le poids relatif des charges financières . Et l'on ne rétablit pas véritablement la rentabilité.

C'est dans le cadre de cette contraduction entre les exigences du taux de profit et celles de la viabilité du système monétaire qu'il faut se tituer peur comprendre les perspectives de baisse des taux américains, puis du Dollar. Le taux de base des banques est passé aux Etats-Unis de 17 à I l % entre mars et novembre 1982. La leçon de ce retournement est simple : la politique de Reagan a échoué en ce sens que ses avantages (baisse de l'inflation, réaffirmation du rôle central du Dollar)

1982 USA - 0,5% JAPON + 3, 7'% OCDE + 1,2% 1981 1982 OCDE + 3,0% OPEP + 22,5% PVD + 4,4% Pays EST + 0,2% -Ensemble + 0,6% apparaissent plus élevés que ses coûts en terme de recul de la production.

Il n'y a pas de moyen simple de restaurer l'hégémonie US: on ne peut renforcer le Dollar sans menacer la production. • Troisième blocage : la concurrence intercapitaliste. L'un des enjeux de toute crise est en effet de redéfinir des rapports de forces entre secteurs et entre nations impérialistes. Celle-ci n'y fait pas exception. Et l'on assiste actuellement aux efforts de chacune des grandes puissances capitalistes pour se positionner au mieux. C'est l'un des objectifs principaux des politiques dites monétaires qui se sont généralisées dans les dernières a nnées .

Mais, comme l'évoque pudiquement le rapport de l'OCDE, 11 il est possible que l'on ait sous -estimé les répercussions internationales de la mise en œuvre simultanée par plusieurs pays » de telles politiques. Sans crainte de démentir le relatif optimisme de ses prévisions, le secrétaire de l'OCDE déclare à juste titre que 11 le danger de déclenchement en chaine de politiques de "chacun pour soi", susceptibles d'entrainer des conséquences désastreuses , est aujourd'hui plus réel qu 'il ne l'a jamais été depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Chaque pays se place en vue de la reprise, et la résultante de ces politiques, c'est un approfondissement de la crise. Cette contradiction nouvelle, liée à l'internationalisation du capitalisme, ne fait pas disparaître pour autant les co ntradictions plus « classiques ». • Quatrième blocage : l' austérité réduit Réaltsations Dif férence

1982 - 1,7% - 1,2% + 2,5% - 1,2% - 0,5% - 1,7% Prévisions 1983 ler sem . 2ème sem. O% O% + 1%

- 1%

6,()% 1% 0,5% O% O%

O%

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les débouchés et décourage l'investisse- voit sur la base d'une hypothèse centrale ment. << Quand le profit est insuffisant, qu'il faut maintenant examiner. quand la situation financière des entreprises est mauvaise, il faut réduire l'emploi, il Reprise aux Etats-Unis? faut peser sur le pouvoir d'achat. Sitôt que 1 'on distribue moins de salaire, les marchandises se vendent moins bien. Le profit baisse à nouveau ... Etc 'est le cercle vicieux. L'OCDE prévoit 4 % de croissance Nous y sommes en plein. >> C'est dans le aux Etats-Unis pour le second semestre journal patronal la Vie française du 15 1983. C'est exactement le chiffre qu'elle novembre 1982 que l'on peut trouver ce avançait il y a un an pour le second triraisonnement qui résume à merveille la mestre 1982. Le chiffre aura été de zéro situation. tout rond. Son optimisme repose sur la baisse des taux d'intérêts et sur une hyAux médiocres perspectives de pothèse de croissance monstre de la consdébouchés et à une insuffisante restaura- truction de logements qui passerait de tion du taux de profit, il faut ajouter un moins 10 % en 1982 à plus 21 % en troisième facteur qui est la présence de 1983, tandis que la consommation recapacités inemployées. Or, que ce soit au prendrait à 2 ou 3 % . Ce redémarrage Japon, en Allemagne, au Royaume-Uni susciterait une forte demande d'importaet même en France après la relance Mau- tions (7 %) qui constituerait le moteur roy, le taux d'utilisation des capacités at- d'une reprise mondiale. teint un minimum. Aux Etats-Unis, il est descendu à 68.4 %, soit le point le plus Le mécanisme indiqué jouera probabas depuis la guerre. blement, mais avec un ordre de grandeur bien plus limité, conformément aux proCes constatations rendent plus vrai- nostics convergents d'experts américains semblable une poursuite de la baisse gé- qui situent à 1985 la date probable de cetnérale de l'investissement en 1982 qu'une te reprise qu'on attendait déjà l'année reprise, même timide, que l'OCDE pré- dernière.

Perspectives 1983 pour l'économie française Croissance faible : entre 2 % pour le ministère de l'Economie et 0 % pour l'Expansion. Aggravation du chômage: notamment dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Les chiffres de l'INSEE donnent 2 150 000 chômeurs fin juin 1983 contre 2 042 000 à la fin juin 1982. Pour la fin de l'année, les prévisions de l'OCDE rendent raisonnable un nombre de chômeurs supérieur à 2 225 000. Secteurs sensibles : la production baissera dans de nombreux secteurs tels que sidérurgie, textile, mécanique, aéronautique, bâtiment, automobile. Elle sera en hausse dans la construction électrique, la chimie et l'agriculture. Prix : maintien d'un taux d'inflation élevé, de l'ordre de 9 %. Commerce extérieur : les importations étant supposées croître très faiblement, on devrait constater un léger ralentissement d'un déficit restant élevé. On passerait en gros de 100 à 80 milliards de francs. Franc : le maintien du différentiel d'inflation et du déficit rend fortement probables une troisième dévaluation depuis le 10 mai 1981 et, par suite, de nouvelles mesures de « rigueur » pour les travailleurs. Pouvoir d'achat et consommation : stagnation dans le meilleur des cas. Taux de profit : une faible baisse du salaire réel ne suffira pas à compenser les autres facteurs pesant sur la rentabilité : charges financières, capacités inemployées, faibles gains de productivité. Recul de l'investissement : malgré les aides, le recul de l'investissement privé continue dans l'industrie (moins 7 % en 1982) et il n'est pas compensé par le secteur public et nationalisé. Au total, l'investissement va baisser de 2.2% au premier semestre 1983, alors qu'il avait augmenté de 2 % sur l'ensemble de l'année dernière.

Vers une quatrième année de récession généralisée et d'aggravation du chômage.

Après épuisement successif de tous les moteurs, le dernier en date étant les importations allemandes, le diagnostic le mieux fondé est celui de l'Expansion du 7 janvier 1983 : « Il faut renoncer à l'espoir d'une reprise à 1 'étranger cette année. Dans le meilleur des cas, c'est en 1984 qu'elle verra le jour. Dans le pire, la récession va s 'approfondir( ... ) et le système monétaire et financier international aura du mal à résister. Il ne faut pas exclure cette éventualité, dès lors que 1 'économie mondiale se trouve durablement placée sur une tendance dépressive. (...)

« Dans ce contexte qu'on peut résumer en deux points -transition technologique entre deux révolutions industrielles et crise du mode de régulation du système capitaliste - , il parait vain de tabler sur une reprise significative de la croissance. >>

Une seule chose est claire, c'est que le chômage continuera, dans tous les cas, à croître massivement. L'évolution récente en Allemagne illustre spectaculairement cette tendance qui fera passer le nombre de chômeurs des pays capitalistes de trente millions deux cent cinquante mille en 1982 à trente-trois millions sept cent cinquante mille en 1983.

Le 15 janvier 1 9!!]

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