U
N des sujets les plus abordés, lors de la campagne municipale de mars 1983, fut celui de l'immigration. Cette campagne fut l'occasion d'un véritable déferlement de thèmes racistes et xénophobes venant de la droite et de l'extrême droite. Les quatre millions d'immigrés vivant sur notre sol devenaient le centre des préoccupations de tous les candidats. Le chômage, l'insécurité, produits directs de la situation de crise économique que nous connaissons depuis plusieurs années, étaient systématiquement accolés au mot « immigration ». Le Front national de Jean-Marie Le Pen couvrait les murs d'affiches explicitement et ouvertement racistes : « la lutte contre l'insécurité, le chômage et l'immigration, c'est moi » ou « 2 millions de chômeurs = 2 millions d'immigrés de trop ». Quant au gouvernement de gauche, après avoir très rapidement renoncé à accorder le droit de vote aux immigrés, il reprenait à son compte certaines déclarations à caractère raciste, telles que celle de Mauroy accusant les OS en grève de Citroën et Flins d'être «manipulés par les intégristes religieux», ou celles de Defferre se vantant d'avoir procédé à un nombre record de refoulements aux frontières depuis son arrivée au pouvoir.
Cette lamentable campagne électorale accompagnait malheureusement un véritable problème : la montée du racisme et du rejet de« l'étranger» dans la population française, souvent la plus pauvre et la plus exploitée. Ainsi en est-il bans le 20e arrondissement de Paris, où Le Pen a fait 12 % des voix et ses meilleurs scores dans les cités ouvrières ; ainsi en est-il à Marseille où la liste « Marseille-Sécurité » a également recueilli les voix d'un électorat populaire profondément touché par la crise économique.
Cette brusque flambée de racisme n'apparaît donc pas comme un accident, mais bien comme la révélation d'un état latent que la crise économique, d'une part, l'attitude de la droite et de la gauche à ce sujet, d'autre part, ont fait exploser au grand jour, avec les conséquences dramatiques et meurtrières qu'on a déjà vu à Marseille. Combattre le racisme est une nécessité urgente. Ce poison violent pour la classe ouvrière commence déjà à faire des ravages importants. Pour cela, la LCR a engagé une campagne centrale pour la constitution d'un front antiraciste et pour la défense des travailleurs immigrés. Ce dossier de Critique communiste est consacré à la question de l'immigration. Mieux comprendre quels sont les mécanismes de l'immigration, savoir combattre tous les arguments mensongers si souvent repris par ignorance de la réalité, comprendre aussi où sont les enjeux pour le combat de l'ensemble de la classe ouvrière, tels sont les thèmes traités dans les articles qui suivent. Le renvoi des immigrés n'est pas un remède au chômage
L'immigration devient toujours un sujet brûlant en période de crise économique aiguë. A ce moment-là, on semble brusquement s'apercevoir que quatre millions d'étrangers vivent et travaillent sur notre sol. On parle de « seuil de tolérance » dépassé, on accuse les immigrés des pires maux de la société, du chômage et de l'insécurité en particulier, on voit le racisme et la xénophobie se développer de manière inquiétante avec leurs cortèges d'attentats et d'agressions.
Pourtant, ces brusques fièvres racistes ne reposent sur aucune évolution significative du nombre d'immigrés ou de la proportion entre Français et immigrés. Bien au contraire, les chiffres démontrent sans appel que l'immigration est un phénomène permanent de nos sociétés développées. En France, par exemple, la population étrangère représente entre 4 et 6 % de l'ensemble de la population, en permanence depuis 1921 (voir tableau n° 1).
Il n'y a donc aucun critère objectif ou scientifique à ces fameux «seuils de tolérance » et le débat n'est pas de savoir qui du patronat ou des travailleurs immigrés eux-mêmes est responsable de ce surnombre. La question est de savoir quels sont les mécanismes de l'immigration dans notre système économique et pourquoi l'entrée en crise de ce système favorise le rejet massif des immigrés. Seule une compréhension en' profondeur de toutes les raisons de l'utilisation de l'immigration par les bourgeoisies des pays développés permet de comprendre ces phénomènes qui, hélas, prennent une proportion inquiétante dans notre pays depuis quelques mois.
Comme dans toute crise économique, et c'était déjà le cas de celle de 1929-31, il faut un bouc-émissaire à désigner à la vindicte populaire. Quand ce boucémissaire réunit le double avantage d'avoir peu de
compte des besoins réels de l'économie, qui sont res- 1 les premiers et les plus durement touchés par le nes )) ou politiques, nombreux sont ceux qui assimi- i plois français. Les uns et les autres ne se trouvent ni de l'immigration, le maintien de la fermeture des : centrés dans trois régions : Paris et banlieue, région conclusion suivante : le renvoi des immigrés ne sau- 1 que le départ de 150 000 étrangers travaillant en
En effet, le chômage n'est pas dû à un surpèuple-~ ne pourrait même pas poursuivre ce calcul avec un nement qui conduit à inciter les femmes au retour au , jouerait la désorganisation de l'économie et l'effet foyer, par exemple. S'il y avait moins de travailleurs, 1 s'inverserait.
moyens pour se défendre et d'avoir toujours été considéré comme l'étranger « toléré » en qualité d'inférieur, et presque par« générosité » ou égard envers la pauvreté de son pays d'origine, le rejet marche d'autant plus facilement. Ce développement du racisme s'accompagne inévitablement d'un renforcement du chauvinisme et de la xénophobie, d'une sensibilité particulière pour « l'intérêt national », d'un sentiment de rapprochement interclassiste contre « l'étranger ».
De surcroît, même pour tous ceux qui sont conscients des dangers du racisme, le raisonnement suivant est si séduisant : il y a deux millions de chômeurs et deux millions de travailleurs immigrés, c'est mathématique: si on les renvoyait, même avec tous les égards possibles, en remerciement des immenses services rendus, il y aurait indéniablement une détente sur le marché du travail. On ajoute même dans ces cas-là que, certes, les « immigrés ne sont pas responsables du chômage )) ; ce sont les patrons qui ont eu recours à une immigration sauvage, désordonnée, non contrôlée, pour leurs profits et sans tenir ponsables de cette situation dramatique.
Enfin, parmi ceux qui pensent qu'il est impossible de renvoyer les immigrés pour des raisons « humailent quand même nombre d'emplois et nombre d'immigrés, puisque pour la plupart, ils défendent l'arrêt frontières et donc une réglementation permettant d'assurer le respect de cette loi .
C'est en gros dans ce cadre que se situe le raisonnement de la plupart des organisations du mouvement ouvrier, y compris celles qui sont au gouvernement ou soutiennent sa politique.
Et pourtant, toute analyse sérieuse aboutit à la ' rait être un remède au chômage. ment, un excès de population. C'est le même raisonil y aurait moins de chômeurs . Mais il y aurait aussi moins de consommateurs : qui achèterait les produits que consommaient les immigrés ? Qui éviterait des centaines de faillites supplémentaires d'entreprises, privées de débouchés? Comment empêcher la désorganisation et l'effondrement des secteurs où la majorité des travailleurs sont immigrés, comme le bâtiment ou la construction automobile ?
Et comment expliquer qu'il n'y avait pratiquement pas de chômage quand des dizaines de milliers d'immigrés arrivaient chaque année en France, alors que le chômage a quintuplé justement depuis l'arrêt de l'immigration? Pourquoi l'Allemagne, qui a expulsé par dizaines de milliers les Turcs et les Yougoslaves, a-t-elle aujourd'hui un taux de chômage supérieur à la France ?
Le chômage n'a rien à voir avec le nombre de travailleurs présents dans un pays. Il traduit fondamentalement le fait que les capitalistes ne trouvent plus leur compte à exploiter les travailleurs dans leur totalité ; pour rétablir le taux de profit, il faut créer un chômage massif afin de pouvoir baisser les salaires. Peu importe que les travailleurs soient 20 ou 25 millions ; ce qui compte pour la bourgeoisie c'est que 10 ou 15 % d'entre eux soient au chômage pour convaincre les 90 ou 85 % restant qu'ils doivent accepter la baisse de leur niveau de vie.
Enfin, le licenciement des immigrés dans une industrie n'est que la prémisse du licenciement futur des travailleurs français : la sidérurgie illustre à cet égard le mécanisme employé pour retarder l'affrontement social. Dans le cadre de « l'aide au retour )) ( 1), les immigrés ont été les premiers licenciés. Repartis chez eux, ils n'ont pas été « comptabilisés)) dans les statistiques du chômage. A l'époque personne n'a rien trouvé à y redire. Deux ans plus tard, comme on le sait, le patronat de la sidérurgie a procédé aux licenciements massifs des travailleurs français pour assurer la restructuration de l'appareil industriel et recomposer ses profits menacés. Le départ des immigrés n'avait fait que retarder une échéance inévitable, car inscrite dans la crise du système.
Il y a bien d'autres raisons à l'inadéquation totale de ce raisonnement «mathématique)): d'une part, parmi les deux millions de chômeurs, il y a un certain nombre d'immigrés. Les immigrés sont même parmi chômage (2).
D'autre part, les emplois libérés par les immigrés ne pourraient être occupés par des chercheurs d'emdans les mêmes régions, ni dans les mêmes secteurs de l'économie. Les immigrés sont massivement conlyonnaise et Provence-Côte d'azur. Or, ce ne sont pas les régions les plus durement touchées par le chômage. Les immigrés sont OS, manœuvres et ouvriers qualifiés à 9 5 % . Ils constituent près des trois quarts des ouvriers du bâtiment et un quart des effectifs de la construction automobile.
Il ressort d'une étude interministérielle de 197 6 France libérerait au mieux 13 000 emplois. Mais on chiffre de départs plus important. Car dans ce cas se
Ces quelques éléments démontrent bien que le renvoi des immigrés ne résout aucun des problèmes économiques de la crise. Par contre, la bourgeoisie et le patronat ont tout intérêt à entretenir cette illusion parmi les travailleurs français. C'est tout bénéfice en période de crise économique où les attaques contre l'ensemble de la classe ouvrière leur sont nécessaires.
France- en millions d 'habitants.
Tableau no 1
Population
Population
% tata 1 e étrangère
35,78
0,38
1,06
1851
1911
39,19
1,16
2,96
38,80
1,53
3,95
1921
1931
41,23
2,72
6,59
41,18
2,20
5,34
19~6
39,85
1946
1,74
4,38
1962
46,46
2,17
4,67
1968
49,66
2,6'2
5,28
1975
52,60
6,54
3,44
Après avoir sciemment, par une législation spéciale à talisme. L'immigration peut donc être utilisée de maleur encontre, entretenu dans l'opinion publique , nière différente selon la situation mais elle est toul'identification de l'immigré au travailleur manuel, jours utilisée.
étranger, provisoire, qu'on peut sans dommage fai re venir et expulser selon les fameux besoins de l'« éco- • Les pays sous-développés, réservoirs de main-d'œunomie nationale », le patronat et la droite peuvent vre. Par une de ces sortes d'hypocrisie effarante, la aisément dresser les travailleurs les uns contre les au- , bourgeoisie a coutume d'expliquer l'immigration tres et les détourner de leurs véritables ennemis. C'est : comme une sorte « d'aide aux pays du tiers monde » pour toutes ces raisons qu'il est indispensable de bien trop pauvres pour assurer la subsistance à leur trop comprendre les mécanismes de l'utilisation de l'immi- nombreuse population. Elle emploie sans vergogne gration dans les pays développés.
les termes de « pays d'accueil » pour désigner les pays développés et définit l'immigré comme un « statut permanent permettant à des travailleurs au chômage,
Causes et rôle ou ayant un revenu très bas dans leur pays, de gagner plus, pour répondre à leurs besoins et à ceux de de l'immigration leur famille ».
Ces bons apôtres oublient juste quelques petits détails. C'est le système de domination des pays déve-
L'immigration est le produit d'un double phéno- loppés en question qui a détruit l'économie rurale des mène conjugué :
pays aujourd'hui sous-développés, soit à l'époque de
-la destructuration des économies traditionnelles la colonisation directe, soit plus tard, par les différende,s pays d'origine par le système de domination des tes formes de l'impérialisme du xxe siècle. Il est bon pays développés, qui conduit à une masse énorme de de rappeler inlassablement comment des sociétés qui main-d'œuvre disponible ;
avaient leur propre développement ont été totalement
-l'appel des pays impérialistes à l'utilisation de cette destructurées par la pénétration du capitalisme domi-
.main-d'œuvre disponible pour les besoins du dévelop- nant.
pement de leur propre économie.
C'est un phénomène analogue à l'exode rural ac-
L'immigration est donc le résultat de toute la logi- céléré des campagnes vers les usines, qu'a connu la que du système d'exploitation capitaliste, ce qui expli- France (en retard sur l'Angleterre et l'Allemagne)
que sa permanence. Les différentes politiques menées dans les années cinquante et soixante. L'augmentaà telle ou telle époque sont strictement liées à l'évolu- tion du travail féminin dans ces décennies est égaletion des besoins conjoncturels ou structurels du capi- ment comparable. Dans ces trois cas - immigrés,
femmes, paysans- , la grande industrie réquisitionne une main-d'œuvre à laquelle elle peut offrir des bas salaires, aucune qualification et peu ou pas de perspective de carrière.
La pénétration du capitalisme dans l'agriculture envoie les fils de paysans par centaines de milliers à l'usine, tout comme la destructuration des économies traditionnelles africaines par la colonisation et l'exploitation impérialiste obligent les paysans à s'entasser dans les bidonvilles ou à s'expatrier vers les métropoles.
L'industrialisation des pays d'émigration est entièrement construite pour les besoins du pays dominant. L'Afrique, immense réservoir de main-d'œuvre, illustre bien ce phénomène. Les industries que le capital international y a implantées sont incapables d'absorber les milliers de paysans indigènes qui viennent grossir la misère des villes et des villages.
La crise économique actuelle touche encore plus fortement ces pays et accélère tous les processus de dégagement d'une masse de chômeurs sans cesse renouvelée. Telle est la situation. Elle ne suffit pas à expliquer l'immigration, tant il est vrai qu'il faut quelque part une demande pour que le déplacement de ces millions de travailleurs « disponibles » puisse s'opérer.
Cette demande vient en permanence, et depuis le XIXe siècle, des pays développés qui, justement, ont besoin de travailleurs ayant ces caractéristiques de déracinement, de mobilité et d'habitude de la misère profonde. Ainsi, la boucle est bouclée. Après avoir, par leur système de domination, tiré toutes les richesses du pays dominé et créé des millions de sans-emploi, la bourgeoisie des pays développés les réutilise pour le développement de ses profits sur son propre sol. Tel est l'un des aspects essentiels de la division internationale du travail et de l'inégal développement, base de l'immigration. • Immigration et développement industriel. Tout comme le chômage n'est pas une question de surpeuple. ment, le recours massif à l'immigration n'est pas dû au sous-peuplement. Il ne faut donc pas raisonner en termes de «vases communicants»: la période 19551965 connaissant une pénurie de main-d'œuvre sur le plan quantitatif, il a fallu faire appel à un surcroît de travailleurs.
Cette explication peut à la rigueur convenir à l'immédiat après-guerre, au moment où le manque de main-d'œuvre est réel du fait de la guerre elle-même. Mais plus profondément, c'est entre 1955 et 1965 que le recours à l'immigration est le plus massif et le plus significatif: + 50 % par rapport à la période précédente.
Cette politique d'immigration massive, sciemment recherchée par le patronat et les gouvernements d'alors, correspond bien aux nécessités pour la bourgeoisie de modifier en profondeur son appareil de production afin d'assurer une augmentation de son taux de profit.
La France de 1955 est une France qui s'équipe, qui passe d'une production où dominaient les produits agricoles et de consommation traditionnelle à une prépondérance des industries d'équipement: constructions de barrages, d'usines, de routes, de logements (avec les immenses chantiers que cela entraîne), concentration industrielle de la sidérurgie, etc. Ces continuels déplacements de chantiers (sites de Dunkerque, puis Fos-sur-Mer, par exemple) exigent · une main-d'œuvre mobile.
Parallèlement, cette réorientation nécessite un élargissement et un accroissement des capacités productives, à la fois parce qu'il s'agit de marchés de plus grande taille exigeant une production massive, et, en même temps, parce que la concurrence y est sévère dans les échanges, avec la CEE en particulier, qui se développent dans la même période.
C'est dans ce contexte que la structuration sociale va être bouleversée. La modernisation de l'appareil industriel remet en cause la structuration de la classe ouvrière et l'aspect jusqu'alors dominant de l'ouvrier professionnel, possédant un fort degré d'organisation, un rapport de forces conséquent face au patron, une relative autonomie face aux cadences et dont le travail est basé sur l'exécution complète du produit. Au contraire, le patronat doit à tout prix baisser les coûts de main-d'œuvre pour augmenter son taux de profit. Il doit de surcroît pouvoir utiliser une main-d'œuvre souple et mobile, totalement déqualifiée, et acceptant une durée allongée du travail, un salaire plus bas, des garanties sociales moindres, le travail de nuit, le travail en équipes, le travail à la chaîne, l'absence de perspectives de promotion sociale, l'absence de droits syndicaux et politiques, les travaux les plus pénibles, les plus dangereux, les plus répétitifs et monotones.
Tel est le cas de l'industrie automobile en 1952-1954 : c'est l'époque de la modernisation des chaînes, le travail y devient plus contraignant, moins qualifié, plus parcellaire. Près des trois quarts des effectifs sont des OS et des 0Q employés à des tâches répétitives et monotones.
Avec leur formation, leurs traditions, leurs exigences, les travailleurs français ne répondent pas à cette nécessité. Le coût social pour imposer une telle restructuration sociale serait inassumable. C'est ce qui explique le recours massif à l'immigration : le travailleur immigré a le profil recherché. Fondamentalement, l'appel à la main-d'œuvre étrangère a un « avantage » supplémentaire pour la bourgeoisie : il s'agit d'une force de travail dont les frais de reproduction ne sont pas à sa charge ; en effet, les immigrés arrivent à l'âge adulte et repartent avant la retraite.
Les allocations familiales ne leur sont pas versées si les familles sont restées au pays d'origine (ce qui est généralement le cas) , le bénéfice servant à financer l'aide sociale (formation, logement). Déraciné. sans fa-
Les jeunes immigrés à la recherche d'une identité
2,2 millions de jeunes de moins de 25 ans d'origine étrangère vivent en France. La plupart d'entre eux y sont nés. Essentiellement des Maghrébins et des Portugais, ils sont communément désignés sous le vocable de << deuxième 11 génération, terme en réalité incorrect. En effet, s'ils ne se reconnaissent pas dans la société de leurs parents, ces jeunes ne s'identifient pas non plus à la société française dont ils subissent les agressions quotidiennes sous toutes les formes.
Dès l'école, on leur fait sentir la « différence 11. Combien de parents d'ailleurs ne retirent-ils pas leurs enfants d 'écoles où le pourcentage de jeunes immigrés est trop élevé ? Combien de professeurs ont-ils expliqué le retard scolaire par le manque de moyens et l'origine sociale et natio - nale de leurs élèves ?
Adolescents, ils sont toujours les premiers accusés du
<<désordre 11 des grandes cités HLM de banlieue, les premiers soupçonnés, les premiers contràlés, les premières victimes des partisans de l'autodéfense ou des policiers à la gachette facile.
A seize ans, lorsqu 'ils ont terminé leur scolarité, ils sont déjà des immigrés pour l'administration fran çaise avec les conséquences discriminatoires contenues dans la loi française : pas question d'accéder aux postes de la fonction publique par exemple. Sauf si .. . ils choisissent d'étre Français à leur majorité. Car tel est bien le dilemme qui s'offre à eux dès l'approche de leur majorité.
ces jeunes sont, en effet, victimes d 'un imbroglio juridique international: d'un càté, la Constitution française précise que tout enfant né sur le territoire français, de parents mille et venu pour un court séjour, le travailleur immigré accepte n'importe quel logement et les juteux bénéfices réalisés de cette manière par les marchands de sommeil sont un aspect de plus des « avantages » qu'offre la main-d'œuvre immigrée.
Baisse moyenne des salaires, accroissement de la productivité par les nouvelles normes de production, le nouveau procès du travail, main-d'œuvre sous-qualifiée, mobile, « provisoire », sans droits, telles sont les conséquences fructueuses pour le taux de profit de la bourgeoisie et la reconstruction de son appareil industriel par le recours massif à la main-d'œuvre immigrée.
Les économies réalisées sont considérables. D'ailleurs, ce n'est pas sans un certain cynisme que les dirigeants de l'époque le reconnaissaient. Pompidou affirmait en 1963 : « L'immigration est un moyen d 'assurer une certaine détente sur le marché de 1 'emploi et de résister à la pression sociale. » En 1970, l'Usine nouvelle écrivait ce paragraphe particulièrement révélateur : « La présence de cette immigration dorine à notre économie plus de souplesse, s'agissant de gens très mobiles , acceptant de changer d'entreprise, de région et, le cas échéant, de devenir des chômeurs. L'immigration est encore plus fructueuse dans la mesure où elle permet d'économiser une partie des frais d'éducation et de mieux équilibrer les charges de la nation : jeunes, les immigrés apportent plus de cotisations qu'ils ne reçoivent de prestations . »
On peut estimer d'ailleurs que chaque fois que le patronat français faisait appel à un immigré plutôt qu'à un Français pour effectuer un travail, il économisait 30 000 francs, en 1980. Ce qui signifie que l'arrivée d'un million de travailleurs tout faits a représennés également sur le territoire français, a automatiquement la nationalité française . Or, les jeunes Algériens nés en France après /963 entrent dans cette catégorie, puisque leurs parents sont ·nés en Algérie à une époque où celle-ci faisait partie du territoire français. Niant le caractère colonial de l'occupation du sol algérien avant 1963, 1 'Etat français s 'approprie donc ces jeunes.
Mais, d 'un autre càté l'Etat algérien, qui réfute ce principe constitutionnel hérité d'un passé qu 'il rejette, revendique les jeunes immigrés comme Algériens.
Cette querelle illustre bien l'écartèlement dans lequel se trouvent ces jeunes qui n'ont jamais connu leur pays d'origine mais se sentent exclus du pays où ils sont nés. /lieur faut choisir entre un pays, une culture qu'ils ignorent, une langue qu'ils n'ont jamais parlée et une société qui les considère comme des étrangers.
Pour les garçons , le choix est d'autant plus rapide qu'il est lié au service militaire. Ceux qui choisissent la nationalité algérienne ne seront jamais sùrs de pouvoir revenir en France . S'ils reviennent; ce sera en tant qu'immigrés, en situation d'infra-droit.
Le cas des jeunes immigrés de la «deuxième génération 11 illustre avec force et parfois de manière dramatique le déracinement et 1 'angoisse face à l'avenir de toute une génération dont la situation est le produit de la froide /agique du système capitaliste, mécanique infernale.
Ces deux dernières années ont vu la prise de conscience de cette génération à la recherche de son identité, sa révolte , son refus du racisme et des discriminations , sa volonté farouche de remettre en cause une situation insupportable où les jeunes immigrés sont accusés des pires maux comme le chàmage et l'insécurité, alors qu'ils en sont les premières victimes. té trois cents milliards d'économies (3).
Sous des raisons idéologiques diverses généralement invoquées par la bourgeoisie (comme la« nature » non sédentaire des immigrés), celle-ci cherche à masquer une de ses stratégies en matière de main-d'œuvre qui est justement de disposer d'une armée industrielle mobile, soumise à une juridiction spéciale où domine encore aujourd'hui la situation de « non-droit ». Cette stratégie permet d'accentuer de manière considérable la division de la classe ouvrière.
Une stratégie de division
de la classe ouvrière
Cette stratégie se fonde sur le plan social et économique d'abord: l'existence permanente d'une masse de travailleurs disponible qu'on peut augmenter ou réduire à volonté sans conséquence sociale, permet de développer une politique de stabilisation et de promotion dans l'entreprise pour les travailleurs nationaux en les poussant ainsi à rejeter les immigrés comme n'appartenant pas à leur classe. Cette stratégie de division a donc des racines profondes dans la « réparti• tion » stricte des tâches entre immigrés OS et travailleurs français pouvant de ce fait bénéficier d'une promotion et d'une protection sociale supérieure. Les domaines réservés comme la fonction publique où les immigrés sont interdits d'emploi par la législation de 19 3 2, toujours en vigueur, se surajoutent à cette partition sociale qui brise le sentiment d'appartenir à la même classe . Les luttes des OS immigrés dans les années soixante-dix, d'une part, en 1982-1983, d'au-
objectif d'obliger les dirigeants d'entreprise réticents à 1 professions aux étrangers : la fonction publique, la accélérer la modernisation du procès de production. 1 médecine, la magistrature. Ce cadre répressif est pour
-Mais, pour la bourgeoisie, le problème n'est pas si 1 l'essentiel toujours en vigueur.
mants peuvent être un facteur déterminant, elle a aus- ' brièvement exposées, résument à elles seules tout le si intérêt à baisser le plus possible le prix de la force 1 débat sur l'immigration dans le mouvement ouvrier ce point de vue, à tenter si possible la substitution 1 séquences concrètes selon la situation politique et écotre part, sont une remise en cause fondamentale de cette division du travail imposée par la bourgeoisie. Quand les immigrés commencent de fait à remettre en cause ce système, une partie des avantages que leur utilisation représente s'écroule.
Au-delà, c'est l'inégalité des droits et surtout l'absence de droits politiques qui constituent des atouts précieux pour la bourgeoisie, auxquels il est impossible qu'elle renonce. De cette manière, et parce qu'il s'agit des immigrés, elle peut se permettre de priver du droit de sanction politique une partie de la classe ouvrière sans que l'autre partie ressente son affaiblissement en tant que classe. De la même manière, l'acceptation des juridictions spéciales, de la répression, des contrôles policiers, etc., crée une base de division et d'affaiblissement de la classe ouvrière sans trop de risques de réaction sociale. • Crise économique et immigration : La crise économique impose à tous les gouvernements des pays capitalistes de rechercher les solutions les plus rentables pour la restructuration de leur appareil productif. De ce point ·de vue, et compte tenu du rôle qu'a joué J'utilisation de l'immigration dans le développement du travail déqualifié durant la période d'expansion, la politique d'immigration en période de crise économique est un élément décisif des possibilités de restructuration.
Plusieurs possibilités restent ouvertes pour la bourgeoisie de ce point de vue. Brièvement résumées, elles tournent autour des axes suivants : -Une politiqu~ d'accroissement de la productivité par la substitution de capital au travail, ce qui signifie par exemple le , remplacement progressif des travailleurs déqualifiés par des investissements mettant en œuvre des technologies qui pérmettraient d'économiser le travail. Ce sont les fameux « robots >> pour remplacer les OS sur .les chaînes de la construction automobile. Le fait qùe les OS sont immigrés rend plus facile cette substitution sur le plan social.
Une politique délibérée de la bourgeoisie visant à réduire J'immigration pourrait d'ailleurs avoir comme simple. S'il est vrai que des équipements plus perfoR-
1 de travail Oe salaire). La bourgeoisie a donc intérêt, de
1 progressive des immigrés par des travailleurs nationaux, tels que les femmes ou les jeunes, que l'augmentation du chômage met en position plus difficile pour refuser les conditions de précarité et de déqualification qui caractérisent les emplois actuellement occupés par les immigrés.
D'une manière ou d'une autre, il y a bien une politique de réduction de l'immigration. Mais, loin de « profiter aux nationaux », comme on voudrait le faire croire, elle n'est qu'un des moyens qu'a la bourgeoisie pour imposer à toute la classe ouvrière sa solution à la crise économique, que ce soit par l'augmentation du chômage ou par la baisse massive des salaires, ou par une combinaison des deux. Il n'y a pas d'autre issue pour la restauration de son taux de profit. Deux traditions et deux politiques dans le mouvement ouvrier •
L'attitude à l'égard de l'immigration constitue depuis des décennies une ligne de partage au sein du mouvement ouvrier français, entre les tendances révolutionnaires internationalistes et les tendances réformistes de collaboration de classes :
(( Aux manœuvres de la bourgeoisie, la classe ouvrière doit opposer le libre jeu des courants migratoires, 1 'embauchage libre, la suppression des contrats draconiens assujettissant la main-d'œuvre étrangère au patronat, les mêmes droits et secours de chômage aux ouvriers étrangers afin de sauvegarder les droits de travail à tout le prolétariat ... Liberté complète des frontières, suppression de toutes les mesures de contrôle de l'immigration, retrait de toutes les expulsions. n
Cette déclaration du VIe Congrès confédéral de la CGTU date de novembre 1931, c'est-à-dire d'une période de crise économique profonde où le chômage monte en flèche. Comme aujourd'hui, une campagne contre les « immigrés responsables du chômage et l'« insécurité» se développe à l'initiative de la droite et de l'extrême-droite, campagne qui rencontre un écho non négligeable dans la classe ouvrière, en particulier parmi les chômeurs. La CGTU lutte farouchement contre la division en cours dans les rangs ouvriers entre Français et immigrés ; elle lutte à contrecourant, probablement à l'encontre d'une partie de sa base elle-même. La CGT réformiste, par contre, accuse le patronat d'avoir créé cette situation par le recours massif à l'immigration de la période précédente et en appelle au contrôle le plus strict des entrées. Des mesures répressives allant dans ce sens sont prises en 19 3 2 (décrets Laval) qui aboutissent au départ de 450 000 étrangers. C'est aussi à cette époque que sont décidées les mesures interdisant l'accès de certaines
Ces deux positions de la CGTU et de la CGT, jusqu'à aujourd'hui. Elles ont évolué dans leurs con-
plus rationnelle et moins anarchique, les grandes or- 1 ou par la régulation naturelle des besoins du patroganisations ouvrières se proposent tout simplement de ' nat). La bourgeoisie maintient en permanence en vimieux gérer le capital que le patronat lui-même. : gueur des lois répressives faisant de l'immigré un tra-
D'ailleurs les dirigeants politiques de la bourgeoisie 1 vailleur « à part ». Dans les périodes de récession et ont eux-mêmes adopté cette orientation, préconisée 1 de crise économique, ces lois sont remises au goût du depuis des années par le mouvement ouvrier, lorsque 1 jour et appliquées avec la dernière des énergies. Mais la crise économique a révélé sa profondeur : avec l'ar- 1 elles existent de manière permanente et pèsent tourêt de l'immigration prononcé en 19 7 4 par Gisèard, le , jours comme une menace contre les immigrés.
nomique du pays, mais elles se situent toujours dans le cadre de l'alternative suivante : contrôle de l'immigration ou libre circulation des travailleurs.
En France, toutes les grandes organisations ouvrières, politiques et syndicales, ont adopté la seconde position depuis la réunification syndicale de 1935, qui vit l'abandon de la position internationaliste de la CGTU. L'arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 n'a fait que confirmer cette position commune au PC et au PS, qui s'est traduite par le type de politique mise en œuvre depuis le 1 0 mai.
La position traditionnelle des grandes organisations ouvrières réformistes consiste à combattre le recours à l'immigration sauvage que, selon elles, le patronat pratique pour opérer une pression permanente sur les salaires des ouvriers français, ainsi que sur l'emploi, en maintenant de ce fait un volant de chômage. Elle y opposent le contingentement et la réglementation des flux migratoires en fonction des besoins de l'économie nationale (4).
Il s'agirait donc de s'opposer au libre choix des patrons, qui utiliseraient l'immigration pour augmenter leurs taux de profit et contre les intérêts de l'économie nationale, aboutissant ainsi à cette situation dramatique en période de crise économique où les immigrés seraient «trop nombreux» sans qu'on puisse humainement les renvoyer. ..
Ce raisonnement a deux caractéristiques très dangereuses: -Il part du critère de l'intérêt national et des besoins de l'économie nationale qu'il oppose aux intérêts « privés » des patrons, ce qui nie totalement le mécanisme même du système capitaliste, où l'intérêt national est tout simplement celui de la classe qui détient le pouvoir, celle des patrons et des capitalistes. En réclamant une « meilleure politique de l'immigration », contrôle est devenu le plus strict possible et le nombre ' d'immigrés est resté stable depuis lors. Comme on le sait, cela n'a nullement empêché le chômage d'être multiplié par 5,3 durant le même laps de temps. -Ce raisonnement accrédite l'idée fausse que l'immigration massive et incontrôlée pratiquée par le patronat aurait été un facteur non négligeable de la montée du chômage, mais aussi des phénomènes de rejet de la population immigrée par les Français. Ces entrées sauvages auraient conduit à dépasser le fameux « seuil de tolérance » qu'un véritable contrôle de l'immigration aurait pu maîtriser.
Non au contrôle
de l'immigration
La bourgeoisie a maintes fois fait la démonstration des conséquences du contrôle de l'immigration. D'une manière ou d'une autre, elle contrôle toujours l'immigration (que ce soit par le biais central de l'Etat
Le Fonds d'action social· un pillage organisé.
Le FAS est tristement célèbre parmi les travailleurs immigrés. Il est généralement moins connu des travailleurs français.
Financé à 94 % par les travailleurs immigrés eux- mêmes, sur la part d'allocations familiales qui ne leur est pas versée quand leur famille est restée au pays, le FAS sert en principe à développer l'action sociale et culturelle en faveur des travailleurs immigrés. Bien qu'il s'agisse de fonds 11 détournés » des poches des travailleurs immigrés, ceux-ci n'ont aucun contrôle sur l'utilisation qui en est faite. Autant dire que les choix vont toujours dans le même sens.
Pour donner quelques exemples : le FAS finance les associations d'aide aux travailleurs immigrés selon des critères qui sont tout à fait personnels au patronat. La FAST/, qui est sans aucun doute l'une des organisations de solidarité qui mérite le plus son appellation, s'est vu refuser toute subvention à l'époque des lois Bonnet-Stoléru. Il semblerait que son action politique ait été jugée 11 néfaste »par le
FAS. Dans le même temps, des millions issus de ces mêmes fonds étaient généreusement alloués à la campagne télévisée du secrétariat d 'Etat aux Immigrés de juin 1980, celle qui servait à masquer la mise en place de lois racistes.
Il faut donc savoir que le fameux 11 un milliard et demi de francs 11 que Giscard prétendait avoir dépensé pour la formation, le logement et l'aide sociale aux immigrés, provenait en fait du FAS et donc ... des immigrés eux-mêmes.
Si le calcul portait sur ce qui doit légitimement revenir aux immigrés (indépendamment de la question du FAS), la somme globale aurait atteint deux milliards (sur la base du
1 % sur les salaires pour la formaiton , le logement, etc.).
Lois, décrets, mesures conjoncturelles ou réglementation permanente, le contrôle de l'immigration s'accompagne d'un cortège de mesures répressives inévitables. Le « contrôle strict » préconisé par les réformistes n'y échappe pas. Ces mesures tournent toujours autour des questions suivantes : donner une «statut spécial » à l'immigré avec un système de cartes donnant droit au séjour et/ ou au travail pour une période de temps déterminée (en France, un, trois, dix ans selon les cas), parfois dans une région déterminée, toujours dans un emploi déterminé (tout cela selon les besoins ... de l'économie nationale), des droits définis et limités (aucun droit politique en particulier), une juridiction spéciale pour régler le problème « spécial » de ceux qui enfreignent la loi sur le droit au séjour et au travail. Avec expulsions, refoulements, contrôle aux frontières, contrôle permanent de police, chasse au faciès, plus lourdes condamnations en cas d'infraction, expulsion pouvant automatiquement accompagner la peine juridique, etc.
Ces conséquences-là, les réformistes ont refusé de les prendre en compte avant le 10 mai. Ils ont parlé
spécial à l'encontre d'une partie de la classe ?uvnere 1 acceptent la logique du profit capitaliste. C'est exacpour affaiblir celle-ci dans son ensemble. Et s1 ce sys- 1 tement la même chose que d'accepter la baisse du satème se renforce en période de crise économique, c'est 1 laire pour que « l'économie française marche d'abord et avant tout parce que, dans cette. conjo~ctu- 1 re la bourgeoisie a particulièrement besom de JOuer , mouvement ouvrier doit rompre avec ce type de logisu'r la division des stattus et l'inégalité des droits. ~ que car il s'agit toujours d'un fonctionnement éconode «statut démocratique de l'immigré>>, de «l'égalité des droits », du droit de vote aux municipales, de la démocratisation de l'ONI (Office national de l'immigration) et du FAS (Fonds d'action sociale), etc. Ils ont participé aux luttes contre les lois répressives Bonnet-Stoléru. Force est de constater, au lendemain du l 0 mai, que toute politique de contrôle de l'immigration est à la racine même des lois type Bonnet-Stoléru. La preuve: la politique du gouvernement depuis le l 0 mai. Le PC et le PS sont bien contraints de gérer tout l'arsenal répressif, conséquence de la politique de contrôle de l'immigration. La défense de cette position ne fait que renforcer le pouvoir de l'Etat et, derrière, celui des patrons et de la bourgeoisie. Le prétendu contrôle strict s'opposant à l'anarchie capitaliste n'est qu'un leurre pour masquer une politique tout au service du profit.
En réalité, l'une des justifications du contrôle de l'immigration, c'est justement la possibilité de mettre en place, par ce biais, des lois répressives et un st~~ut
Quant à l'arrêt de l'immigration, politique commune à toutes les bourgeoisies européennes, elle a pour cause fondamentale des raisons économiques : à l'issue de la phase d'expansion, les besoins de main-d'œuvre supplémentaire disparaissent, les avantages du recours à l'immigration s'épuisent et des facteurs contraires surgissent ; ainsi, la syndicalisation des immigrés, leur moindre mobilité les rendent moins exploitables et donc moins rentables. Ils tendent de plus en pl us à stabiliser leur présence en France, à. s'y i!lstaller sans espoir crédible de retour, tant la sttuahon dans 'te pays d'origine a empiré. Les familles arrivent, les retraités ne aportent plus, les chômeurs touchent les allocations. Le coût de la force de travail immigrée, employée ou chômeuse, devient très semblable à celui de la classe ouvrière née française. Dans ces conditions, continuer à laisser entrer les immigrés, c'est pour la bourgeoisie s'exposer à une augmen~tion des dépenses sociales dépassant largement le benéfice escomptable en terme de main-d'œuvre à bon marché.
Il faut dénoncer et combattre sans hésitation toute position de contrôle de l'immigration quelle qu'elle soit, sans se laisser abuser par les arguments ds réformistes qui dénoncent l'ouverture des frontières comme une politique patronale et affirment qu'il serait criminel de laisser entrer des immigrés à qui on ne peut pas donner de travail.
Quitte à être probablement autant à contre-courant que le fut la CGTU en 1931, et pour les mêmes raisons, nous continuerons à défendre la position de libre circulation des travailleurs, la suppression de toute réglementation, de tout statut spécial, de toute loi ou décret discriminatoire, de toute carte de séjour ou de travail impliquant un contingentement des entrées, etc.
C'est la seule position cohérente du point de vue de l'intérêt de tous les travailleurs, le l'intérêt commun des travailleurs français et immigrés. Car il n'y a pas possibilité de régler le sort des travailleurs français sur le sol français, en vase clos et sans se préoccuper de ce qui se passe à nos frontières, dont nous interdirions l'accès aux immigrés (même de la manière la plus « démocratique » possible, cela ne les empêcherait pas d'être au chômage dehors).
S'opposer au contrôle de l'immigration, c'est d'abord et fondamentalement s'opposer aux manœuvres de division de la bourgeoisie : c'est s'opposer à la réglementation et à l'inégalité des droits, c'est renforcer l'unité et la cohésion de la classe ouvrière en affirmant de la manière la plus efficace possible, son existence multinationale sur le territoire français, sa volonté de se battre en tant que classe avec toutes ses composantes, et déjouer les ruses du patronat pour l'affaiblir.
C'est là un des facteurs les plus déstabilisants pour le pouvoir des patrons, la remise en cause d'un des piliers de sa politique et de son système de domination.
En acceptant la notion de « contrôle » ou d'arrêt de l'immigration en période de crise, les travailleurs mieux », ou d'accepter que les femmes soient renvoyées au foyer au nom des mêmes arguments. ~ mique au service de ceux qui possèdent la capital et dont l'objectif reste d'exploiter le mieux possible la force de travail, française et immigrée, pour réaliser le maximum de plus-value.
A l'inverse, si une fraction significative de la classe ouvrière non immigrée défendait la revendication de « libre circulation des travailleurs », une brèche considérable serait ouverte dans la logique réformiste, et un grand pas en avant réalisé dans la bataille décisive pour l'unité de la classe ouvrière. t. Politique mise en place par Giscard visant à encourager financièrement le retour des immigrés au pays. 2. Entre 1980 et 1981, la hal!sse du nombre de chômeurs étrangers est de 35,2 % contre 23,4 % pour les Français dans la même période. 3. Alfred Sauvy reconnaît: ,, La France a acquis gratuitement le fruit de dix millions d'années de travail, soit environ la moitié d'une an née de production. » 4. C'est dans ce sens qu'à la Libération le ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, fut à l'origine de la création de l'Office national de l'immigration (ONI), organisme tripartite Etat-patronat-syndicats qui devait avoir le monopole de l'entrée des travailleurs étrangers en France.