E règne de Giscard se résume ainsi pour les travailleurs immigrés : arrêt de l'immigration, renforcement des contrôles policiers, « aide au retour », restrictions à l'immigration familiale, expulsions administratives, lois et décrets discriminatoires et répressifs, atteintes aux droits des étudiants étrangers, crimes racistes impunis, expulsions de jeunes immigrés de la deuxième génération . La liste des méfaits est longue. C'est pourquoi les travailleurs immigrés ont accueilli avec enthousiasme la défaite de Giscard. Ils étaient nombreux dans la rue le soir du 10 mai!
Les promesses de la gauche étaient les suivantes : liberté d'association (abrogation du décret de 1939); régularisation des sans-papiers ; droit de vote aux élections municipales ; carte unique valable dix ans et renouvelable automatiquement.
La réalité s'avéra rapidement moins rose. Certes, le décret de 1939 fut abrogé, les expulsions de jeunes immigrés stoppées, mais le droit de vote aux élections locales fut trés vite abandonné par crainte d'un affrontement avec la droite, ainsi que le projet de carte unique. Une loi fut votée sur le séjour et les expulsions, baptisée « Bonnet-bis » tant elle ressemble à son ancêtre: elle accorde seulement quelques garanties judiciaires au lieu de la procédure administrative. Les sans-papiers
Le gouvernement engageait dès juillet 1981 une procédure de régularisation exceptionnelle visant à « apurer les conséquences du laxisme des gouvernements précédents vis-à -vis du travail clandestin », selon les termes de François Autain, alors secrétaire d'Etat à l'Immigration. Mais on était loin des promesses de régularisation de tous les sans-papiers : des conditions draconiennes furent mises à l'entrée dans la procédure, comme l'arrivée en France avant le l er janvier 1981 et la disposition d'un contrat de travail d'au moins un an. De nombreuses catégories étaient, d'autre part, oubliées, comme les ouvriers agricoles saisonniers, les femmes de ménage, les intérimaires, les marchands ambulants .. . De ce fait, moins de 150 000 dossiers étaient déposés, sur les quelque 300 000 clandestins estimés par le gouvernement lui-même. Les administrations locales chargées d'appliquer la procédure, souvent imprégnées d'esprit raciste, ont multiplié les blocages les plus divers. On comprend que cette régularisation croupion ait été ponctuée d'une série de luttes !
Luttes contre les patrons de PME qui répondirent par des licenciements à la demande d'établissement d'un contrat de travail, tant ils s'accommodaient de l'emploi à bas prix d'une main-d'œuvre clandestine.
Organi5ation collective du dépôt des dossiers avec les associations autonomes d'immigrés, les syndicats, les associations de solidarité comme les ASTI (associations de solidarité avec les travailleurs immigrés), pour imposer un rapport de forces à l'administration.
Nombreuses démarches , négociations, délégations, rassemblements, occupations de locaux administratifs auprés des directions départementales du travail, des préfectures, de I'ONI (Office national de l'immigration), du secrétariat d'Etat à l'Immigration, pour forcer les blocages, contraindre les pouvoirs publics à prendre en compte les catégories «oubliées » ou ceux dont les dossiers n'étaient pas parfaitement clairs. Quand on est clandestin, il n'est souvent pas facile de fournir les preuves de la date d'entrée en France ou d' un travail ! Nombreux étaient les immigrés enfermés dans ce cercle infernal : pas de travail donc pas de carte de séjour ; pas de carte donc pas de travail.
Ceux-là qui étaient entrés en confiance dans la procédure étaient bientôt abandonnés par les organisations syndicales qui se consacraient aux dossiers « propres », parfaitement conformes à la lettre de la procédure. Aussi, dès le printemps 1982, plusieurs grèves de la faim éclataient dans un grand isolement politique, dernier recours pour les travailleurs saisonniers dans le Midi et les marchands ambulants à Paris.
La procédure prenait fin le 31 octobre 1982. Le gouvernement en tirait un bilan positif et annonçait que 130 000 travailleurs avaient été régularisés. La CGT se félicitait officiellement de l'opération. Restaient pourtant 20 000 refus et 150 000 clandestins qui n'étaient pas entrés dans la procédure. Il s'ensuivit une nouvelle grève de la faim déclenchée par vingt travailleurs africains à Paris, et une autre à Nice. Dans la capitale, les UD CGT et CFDT s'abstinrent de participer au comité de soutien et l'uion régionale parisienne CFDT refusa une salle de la Bourse du travail pour un meeting. Il fallut un mois de grève de la faim, un meeting et trois manifestations pour que les pouvoirs publics cèdent partiellement en acceptant le réexamen de 3 500 dossiers soumis par les associations de soutien. Il fallut encore plusieurs mois de tergiversations et de nouvelles actions, dont une occupation du secrétariat d'Etat à l'Immigration, pour que la régularisation des 3 500 soit acquise.
Au moins 160 000 travailleurs demeuraient sans papiers à l'issue de l'opération de régularisation, nombre qui ne peut que croître car l'immigration clandestine continue, malgré la fermeture des frontières et les contrôles de police. Les arrestations pour défaut de papiers et les expulsions ont repris de plus belle, comme par le passé. Plus de 40 000 expulsions! Defferre se vante d'être un meilleur refouleur d'immigrés que ses prédécesseurs place Beauvau.
Pour franchir la frontière comme touriste, il faut fournir un certificat d'hébergement rédigé par la famille d'accueil en France et signé par le maire de la localité, selon son bon vouloir.
Un sondage publié par l'Express du 28 janvier 1983 in- 1 immigrés sont victimes, le sort des libertés de la classe ougissement au grand jour des thèmes racistes et xénophobes, . la division au sein de la classe ouvrière.
Les régularisés n'ont, de plus, reçu qu'une carte provisoire d'un an. Passé ce délai, il leur faut à nouveau fournir la preuve d'un travail pour obtenir une autre carte de séjour. Les luttes de sans-papiers ne sont pas terminées. Haro sur les grévistes immigrés
Premières luttes d'ampleur attaquant la politique d'austérité (voir l'article de Critique communiste n° 17, mars 1983), les gréves des travailleurs des travailleurs immigrés de l'automobile furent la cible d'attaques à caractère raciste de la part du gouvernement.
Mauroy déclarait le 27 janvier dernier au journal NordEclair : << Les immigrés sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu de choses à voir avec les réalités sociales françaisses ». Se voulant plus précis, Defferre dénonçait l'agitation 11 d'intégristes chiites » (ii témoignait là de son ignorance crasse ou d'une mauvaise foi calculée, les musulmans du Maghreb étant sunnites et non chiites, comme ceux d'Iran). Alors en visite au Maroc, Mitterrand couvrait tout : 11 Si le Premier ministre prend sur lui d'affirmer cela. il le fait en connaissance de cause 11, déclarait-il. Enfin, une opération de police eut lieu dans la villa occupée par Ben Bella, dirigeant historique de la révolution algérienne, dans la banlieue parisienne et en son absence. Les médias diffusèrent allégrement la nouvelle selon laquelle on avait trouvé là les preuves de la manipulation des grèves par les musulmans intégristes !
Apres de nombreuses protestations dans les syndicats et dans la presse, le gouvernement a quelque peu modulé ses premières déclarations. Il n'en reste pas moins que le poison du racisme, jusque-là apanage de l'extrême droite et de la droite, a été ouvertement diffusé par le gouvernement de gauche. Les lamentations du PS et du PC, au lendemain des municipales, sur les inquiétants progrés du racisme, n'y changent rien. Ils y ont eux-mêmes contribué. 1 diquait que 62 % des immigrés souhaitaient avoir le droit de voter aux élections municipales. Des opérations de vote symboliques, des débats, mobilisèrent quelques milliers de travailleurs immigrés et français à Paris et dans quelques grandes villes de province, sans qu'une réelle campagne unitaire et de masse ait pu avoir lieu.
Les élections municipales ont été marquées par le sury compris au sein de la classe ouvrière française. L'urgence d'une campagne antiraciste apparaît aujourd'hui comme un enjeu politique décisif. C'est l'unité de la classe ouvrière qui est en cause et, au-delà des injustices dont les travailleurs vrière française elle-même. Il est grand temps de reconstruire un front unitaire contre le racisme, pour l'égalité des droits entre les travailleurs français et immigrés. Il faut construire partout des comités unitaires regroupant les associations autonomes d'immigrés, les associations de solidarité, les organisations ouvrières politiques et syndicales. C'est une tâche urgente que de battre le racisme pour battre
Larbi