G
ISCARD d'Estaing a dû faire face, dès 1974, à une crise sérieuse de l'appareil militaire, révélée par la contestation du contingent et le « malaise » de l'encadrement. Cette crise était à la fois le produit des contrecoups de Mai 68 et d'une désorientation plus spécifique de « l'outil de défense » de la bourgeoisie. Ce n'est pas le moindre des succès de la droite que d'avoir obtenu un consensus politique autour des forces nucléaires avec le ralliement du PC et du PS à la bombe en 1977. Le perfectionnement du dispositif de guerre civile par le biais de la réorganisation des forces entreprise en 1976 est incontestable. Le développement des productions et ventes de matériels militaires, corrolaire d'une politique d'intervention impérialiste à l'extérieur, a marqué le septennat écoulé. ll en résulta une situation nouvelle d'intégration et de confiance entre la haute hiérarchie militajre et le pouvoir politique, telle que n'en avait pas connu la ye République depuis le putsch d'Alger. Cette préparation de. l'armée tant du point de vue de sa direction que de ses moyens à son rôle contre-révolutionnaire ne fut possible qu'au prix de l'acceptation par les directions ouvrières d'une politique budgétaire unique en Europe sur fond de crise économique.
L'élection d'un président socialiste, la victoire d'une large majorité de députés du PS et du PCF créent des conditions plus favorables pour le développement des luttes contre le militarisme de la bourgeoisie. La situation nouvelle, chargée de potentialités révolutionnaires, donne désormais aux luttes contre le pilier essentiel de l'Etat bourgeois qu'est son armée une dimension beaucoup plus centrale que les années passées. C'est la raison qui a conduit le bureau politique de la LCR à prendre position sur l'ensemble des problèmes d'orientation militaire qui se posent au gouvernement. L'article que nous publions reprend les conclusions principales de la discussion.
Nos camarades des Jeunesses communistes révolutionnaires sont à l'initiative, avec d'autres organisations de jeunes, de la campagne pour la réduction de la durée du service militaire à six mois comme promis par F. Mitterrand avant le 10 mai.
L'existence du mouvement des soldats rappelle au mouvement ouvrier l'urgence d'une bataille unitaire pour que les soldats bénéficient des mêmes droits que les civils. La lutte pour les droits démocratiques à l'armée est une tâche prioritaire face aux pressions de la hiérarchie militaire.
Enfin, les mobilisations contre le surarmement l'impérialiste qui déferlent sur toute l'Europe capitaliste mettent aussi cette question à l'ordre du jour en France, la seconde puissance de l'alliance contre-révolutionnaire de l'Atlantique nord.
Le budget de la «Défense » n'a pas eu à souffrir des rigueurs de l'austérité imposée aux travailleurs par Barre et Giscard. Il a crû régulièrement pour atteindre plus de 17 % du budget de l'Etat. En augmentation constante d'années en années (+ 17,9 en 1981), il représente environ 3,82 % du PIBm en 1981. Cette hypertrophie des crédits de guerre ne s'est pas heurtée à une vive opposition du mouvement ouvrier parce que les directions ouvrières majoritaires ont refusé toute lutte globale contre cette politique, se contentant de critiquer verbalement l'un ou l'autre aspect de ce cours budgétaire.
L'impérialisme US a pu se féliciter de cette situation exceptionnelle qui prévalait à Paris tandis que la quasi-totalité des autres capitales de l'Europe capitaliste refusaient de tenir leurs engagements de 1977 et 1979 d'augmenter d'au moins 3 % par an leur budget militaire. Pour la France, l'augmentation en francs constants fut de 6,7% en 1981.
La priorité à l'équipement des forces et, parmi ces dernières, aux forces nucléaires, apparaît comme la constante de cet effort budgétaire, conforme au rang tenu par le pays dans le secteur des productions et des ventes de matériels militaires.
La bombe
En dotant la France d'une puissance de feu nucléaire, de Gaulle s'était donné les moyens militaires d'une activité diplomatique relativement autonome. Dans le même temps, les investissements lourds nécessaires à la bombe (recherche, unités de production ... ) devaient permetke par leurs retombées d'assurer une participation significative de la France au boom international du secteur des armements conventionnels. C'est sur cette base que les théories militaires de la « sanctuarisation » du territoire par la dissuasion nucléaire virent le jour. Plusieurs facteurs ont peu à peu rendu caduque la « crédibilité » apparente de ces doctrines : le gigantisme des arsenaux constitués par les USA et l'URSS oblitère l'hypothèse d'emploi de l'arsenal anti-cité français. La percée technologique dans le domaine de la pénétration, de la précision au but et du « mirvage » (l) des têtes, qui conditionne l'adoption de stratégies anti-forces, réduit à
néant la crédibilité des composantes sol-sol et air-sol de l'arsenal français. La nouvelle relance depuis 19781979 de la course aux armements par Washington accentue encore cette perte de crédit et les difficiles problèmes de réorientation qu'elle pose à l'impérialisme français. En outre, la modernisation de l'arsenal nucléaire fut limitée par le rattrapage, dans l'équipement en moyens conventionnels, des retards pris dans la foulée de la décolonisation. Giscard a cependant porté la capacité totale de destruction de l'arsenal nucléaire de 30 mégatonnes en 1975 à 77 mégatonnes en 1981 , soit l'équivalent de 3850 fois Hiroshima.
La modernisation de l'arsenal existant était pourtant moins dangereuse que les nouveaux programmes mis à l'étude, portant sur les armes à moyennes portées : la bombe à neutrons ou encore le lanceur mobile SX qui devrait se déplacer sur les routes à partir de 1990. La banalisation de l'atome militaire et son éventuel emploi (bombe « N »), une militarisation systématique du territoire, pour permettre par exemple la circulation du SX « sans risque », se profilaient en effet derrière ces programmes. Il s'ensuivit une « coopération » plus poussée avec les états-majors de l'OTAN et un infléchissement sérieux des conceptions officielles de la discussion, dans le sens d'une solidarité accrue des bourgeoisies européennes dans le cadre atlantique.
Au rôle traditionnel de maintien de l'ordre dévolu aux interventions extérieures est venu s'ajouter un puissant stimulant avec « le service après vente» des matériels français en Afrique, au Proche et Moyen-Orient et dans une moindre mesure en Amérique latine. L'impérialisme français, profitant du désengagement de « l'aide » américaine d'un certain nombre de pays pour mieux se concentrer sur l'Egypte et Israël, a pu se tailler une part prépondérante des marchés délaissés par l'impérialisme US, au Moyen-Orient en particulier.
Les forces d'intervention extérieure ont été réorganisées autour des unités aéroportées de la Ile division parachutiste et de la 9e division d'infanterie de marine, désormais dotées des moyens lourds, tandis que la marine et l'armée de l'air assuraient la logistique de ce redéploiement des forces dans la région du Golfe, en 1) .. Mlrvage,: guidage Indépendant des têtes Méditerranée et en Afrique. Les multiples d'une même ogive nucléaire. moyens aériens à long rayon d'action
1 2 font cependant défaut à l'armée française. Il s'ensuit une situation contraignante pour l'impérialisme français qui doit assurer une présence permanente, massive et fort onéreuse dans les régions chaudes, ou accepter une certaine dépendance par rapport aux moyens US pour certaines opérations.
Les unités d'intervention extérieure et l'état-major permanent de crise constitué dans le Sud-Ouest représentent un danger pour les peuples en lutte contre l'impérialisme, mais aussi pour les travailleurs français. Ces unités ne sont pas assimilables au reste de l'armée. Leur recrutement, leur entraînement, leur conditionnement idéologique et leurs moyens opérationnels en font un fer de lance potentiel pour les forces de la contre-révolution. Professionnalisation et répression
La bourgeoisie française et tout spécialement son personnel giscardien ont tiré de Mai 68 la conclusion que, pour assumer le « maintien de l'ordre>>, l'armée devait être réorganisée. Ce souci inspire la refonte du dispositif dans le cadre de la loi de programmation militaire 1977-1982. Désormais, le commandement militaire et le pouvoir civil se structurent autour d'.organigrammes comparables assurant une correspondance à tous les niveaux de décision entre les deux hiérarchies. Centralement c'est le Secrétariat général de la défense nationale (SGDN) qui coiffe l'ensemble, sous l'autorité directe du Premier ministre. Les forces combattantes sont redéployées sur l'ensemble du territoire pour former, avec les 38 000 brigades départementales de gendarmerie, une véritable toile d'araignée. Les conceptions traditionnelles depuis 1959 de la « défense opérationnelle du territoire » (DOT), basées sur la maîtrise de tous les points névralgiques (réseau routier, centrales EDF, centraux téléphoniques, etc.), ont été, parce que trop statiques, reconsidérées : au profit d'une politique d'intervention rapide de première urgence complétée par les réserves devenues sélectives et régionales, pour le maintien de l'ordre. Une telle orientation suppose une exploitation précise et très centalisée du renseignement, que collationne la gendarmerie dans la perspective d'un traitement par les
«comités du renseignement». L'ensemble du dispositif a contribué au perfectionnement de l'outil de guerre civile de la bourgeoisie, allant de pair avec l'homogénisation de la haute hiérarchie militaire autour du personnel politique giscardien.
Face à la contestation du contingent, la bourgeoisie opta pour une professionnalisation lente des armées qui n'exclut pas le maintien d'un volant de conscription, mais ôte structurellement au contingent le rôle de pivot central de la crise interne de l'institution. Les engagés représentent ·aujourd'hui près de 55 % des effectifs. Les unités dures . d'intervention anti-ouvrières ont été professionnalisées en priorité. Cependant, cette politique se heurte à l'étroitesse des marges budgétaires, non pas dans l'absolu mais relativement à la priorité à l'équipement des forces sur le plan des investissements financiers. En outre, la professionalisation, en période de crise économique et sociale, a produit une tendance à la dislocation des corps des officiers et sous-officiers faute d'un ciment idéologique de caste suffisamment fort. Bourges et Giscard ont en vain tenté d'y répondre par une offensive pour remodeler idéologiquement l'ensemble à l'occasion des aventures coloniales.
L'autre volet de la politique giscardienne à la contestation des soldats consista en une politique de répression permanente, pour l'essen"tiel sélective, après l'échec de l'opération Cour de sûreté en 1975. Celle-ci visait surtout à indiquer aux organisations traditionnelles du mouvement ouvrier les limites à ne pas dépasser dans l'aide à la centralisation des luttes dans les casernes. Grâce à l'acceptation tacite des directions ouvrières, Giscard a réussi à maintenir ainsi l'activité revendicative des soldats dans des limites compatibles avec le fonctionnement de l'institution en temps de paix. Rupture ou continuité, il faut choisir
L'armée bourgeoise est un obsta.cle majeur sur la voie du socialisme. La bourgeoisie en garde le contrôle exclusif et le détiendra aussi longtemps que cet appareil de guerre civile n'aura pas été démantelé. Selon le mot de Galley, elle représente « le dernier rempart )) de la bourgeoisie face aux luttes des travailleurs. Les réformistes essaient de faire croire que l'armée n'est qu'un simple outil technique. Hernu déclare (( il faut que faire son temps (de service NDLR) ce soit vraiment vouloir défendre la France et le socialisme >>comme si, par la grâce de la victoire électorale, l'armée giscardienne s'était muée en outil de défense du socialisme. Pour le PCF (( le concept de défense nationale (. . .) est bien celui d'un parti qui veut prendre ses responsabilités dans le gouvernement de la France. (...) Il a bien un caractère révolutionnaire >>. Par-delà des discours, une question essentielle demeure posée en forme d'alternative. Il faut choisir entre céder aux pressions de l'état-major giscardien resté en place, ou rompre avec ce dernier.
Les choix du gouvernement en matière budgétaire sont inquiétants. Cette année encore, le budget des armées proposé au Parlement dépasse celui de l'Education nationale. En augmentation de 17,63 % par rapport aux crédits de guerre giscardiens en 1981, il fait la part belle à l'équipement ( + 18,2 %). Les forces nucléaires engloutissent 30 % des 128 milliards destinés à la défense. Parmi les quelque 1600 emplois créés par le ministère en 1982, 900 seront réservés à la gendarmerie et 400 autres aux marins de la force nucléaire océanique. Le coût des mesures nouvelles en faveur des appelès sera à peine supérieur aux crédits « spéciaux )) affectés au SDECE. C'est une réduction massive des crédits de guerre qui s'impose si l'on veut faire face aux dépenses sociales de premières nécessités, en matière de santé et d'éducation notamment. Désarmement nucléaire: pourquoi?
Aucun argument sur la complexité des « problèmes de défense )) ne saurait justifier que les travailleurs soient désaisis des choix d'orientation militaire, car ce ne sont pas des choix techniques. La décision de construire un septième sous-marin nucléaire, la poursuite des recherches sur la bombe à neutrons représentent une saignée dans le budget du pays pour plusieurs années qui signifie en contrepartie l'austérité dans le domaine
Le budget militaire 1982 par rapport à 1981 122.8 milliards IF = + 17.63 % Crédits d'équipement =
+ 18.20 % Crédits de fonctionnement = + 17.20 % Dans les dépenses d'équipement. .. Armée de terre = + 17.4 % Armée de l'air = + 18.3 % Marine = + 24.4 % Gendarmerie = + 13.5 % Forces nucléaires = + 18.2 % Au total, les forces nucléaires accaparent 30 % de l'ensemble du budget. Désarmement nucléaire = 35 mil- · liards d'économisés en 1982. Les créations d'emplois du ministère des Armèes en 1982 900 gendarmes 400 marins pour les équipages de sous-marins nucléaires 200 ouvriers 122 aides-soignantes. Ce que vaudra un appelé par mois au 1•r janvier 1982 selon son grade Un 2• classe = 345 F
(1 F de plus par jour) Un !'• classe = 378F Un caporal = 420 F Un sergent = 576 F Un aspirant = 858 F Coût total : 161 millions de francs. C'est moins que ce qui est consacré aux services secrets du SDECE: 242 millions.
cher, à rayer le pays de la carte. · ration d 'avance sur l'URSS(.. .) parler le suggèrent certains experts bour- assume l'essentiel de l'héritage du geois. Elle représente donc un danger régime précédent. La France est liée
La continuité proclamée par
Pierre Mauroy
« Je tiens à rappeler solennellement notre attachement à tous les efforts que notre pays a accomplis pour se doter des moyens de son indépendance, et en particulier des moyens militaires. Cet effort sera poursuivi afin que notre politique de défense, qui est fondée sur une capacité nationale de dissuasion, demeure la garantie ultime de notre souveraineté. En particulier, la
France ne prendra aucun retard dans la course technologique qui est engagée à ce niveau. »
Discours du 9 juillet devant l'Assemblée nationale « Au-delà du fait que notre force de dissuasion nucléaire ne peut être la seule garantie de notre défense et qu'il importe que nos trois armées traditionnelles disposent d'effectifs suffiSants, bien instruits et bien équipés, le service national est l'une des expressions de la solidarité nationale. (...)Un service militaire plus dense et à caractère réellement opérationnel permettrait de poser de manière dynamique le problème de la défense du territoire par le recours à une mobilisation vraiment populaire. (...) La politique de la France n'est en rien neutraliste. Nous devons en tirer les conséquences, notamment lorsque nous examinons la défense de nos frontières et de leurs approches.
L'agression contre la France ne commence pas lorsqu 'un ennemi pénètre sur le territoire national.
(...) La stratégie française demeure celle de la dissuasion du faible au fort, c'est-à-dire une stratégie qui ne peut être qu'anti-cités. (...) Il y a au moins un point sur lequel la permanence s'impose : les impératifs de la défense. »
Discours du 14 septembre devant l'Institut des hautes études de défense nationale 2) Crulse : missile de croisière, sorte de petit avion sans pilote navlauant i très basse altitude arlce i un système de auldaae qui permet d'éviter les obstacles naturels. 3) Pershlna : missile euro-stratéalque i moyenne portée.
des dépenses sociales publiques. L'économie réalisée par la décision d'un désarmement nucléaire unilatéral permettrait de ne pas faire payer aux travailleurs les frais d'une politique militaire inefficace, ruineuse, voire suicidaire.
C'est au nom d'une «dissuasion nucléaire indépendante» qu'Hernu et Mitterrand entendent poursuivre la politique de leurs prédécesseurs. Héritée du gaullisme, la théorie de la « sanctuarisation »du territoire par la possession d'un arsenal nucléaire est un leurre parce qu'elle se révèle totalement inadaptée aux menaces théo riquement possibles. La fiction d'une dissuasion « tous azimuts » chère au PCF est d'ailleurs démentie par l'appartenance du pays à l'Alliance de l' Alantique nord. En supposant que la « menace » provienne de l'une des deux principales puissances nucléaires, l'initiative de l'emploi de l'arsenal nucléaire équivaudrait, par la riposte qu'il ne manquerait par de déclenL'idée selon laquelle la « dissuasion du faible au fort » jouerait par la menace de « dégats irréparables » que causerait à l'agresseur l'usage du feu nucléaire tricolore est donc absurde. En supposant que « la menace » vienne d'un pays tiers, l'usage du feu nucléaire dans une logique inévitable de « montée aux extrêmes » (utilisation de l'arsenal stratégique) se révélerait alors complètement disproportionné. Comment imaginer, en outre, que ni les USA ni l'URSS n'interviendraient dans ce cas ? Enfin, le recours au chantage nucléaire anti-cité, contre les populations civiles pour la défense du socialisme, va à l'encontre du but recherché : la mobilisation des masses à l'échelle internationale en défense des développements de la révolution.
En vérité, la possession d'un arsenal nucléaire par la France n'est en aucune manière l'instrument d'une politique indépendante ; elle accentue au contraire la dépendance de Paris par rapport à l'Alliance contre-révolutionnaire et la lutte pour le désarmement nucléaire de l'impérialisme par l'arrêt unilatéral de la fabrication d'armes nucléaires, dans la perspective de la destruction des stocks. De plus, l'arme neutronique, parce qu'elle permet une maîtrise relative du feu nucléaire dans le temps et dans l'espace, autorise d'autres « scénarios », en particulier une utilisation « anti-subversion » dans les «possessions d'outre-mer», comme mortel pour les travailleurs et doit être définitivement abandonnée.
Sans participer à l'organisation militaire intégrée, la France joue un rôle de premier plan dans 1 'Alliance. La distinction est d'ailleurs à ce point formelle aujourd'hui que Washington s'en accommode parfaitement. La présence dans l'Alliance a des conséquences sur le choix des productions d'armements calibrés sur les normes de l'OTAN ; la ~ise en œuvre des moyens,. de défense, nucléaires notamment, est directement dépendante en aval et en amont d'une collaboration étroite avec l'OTAN. Les impératifs américains pèsent ainsi de tout leur poids sur la politique extérieure du gouvernement. Les positions des socialistes naguère dans l'opposition sont révisées à cette fin. Charles Hernu expliquait, en novembre 1980, dans un petit livre intilulé Nous ... les grands: «Pour l'ensemble des systèmes d'armes , les Etats -Unis ont pratiquement une généd 'un déséquilibre en faveur de l'URSS n 'est pas sérieux. » Le gouvernement a dû pourtant signer le communiqué final de la conférence d'Ottawa qui faisait grand cas de la prétendue supériorité militaire de l'Union soviétique.
De la même manière, les décisions de l'OTAN d'implanter d'ici 1983 les Cruise (2) et les Pershing (3) en Europe sont approuvées par Paris, contre l'avis de plusieurs partis socialistes et l'opinion de nombreux pays cdncernés par ces implantations de nouvelles têtes nucléaires américaines. Claude Cheysson met comme un point d'orgue à l'allignement du gouvernement sur les positions de l'impérialisme US en souhaitant, contre la volonté du Parti socialiste ouvrier espagnol et du Parti communiste espagnol, l'intégration de leur pays dans l'OTAN. «L'Alliance atlantique, pour nous, c'est la défense des valeurs fondamentales, j'allais dire de valeurs chrétiennes, de valeurs de civilisation, contre le totalitarisme », a-t-il déclaré. Ces orientations correspondent à ce que sont les marges étroites du gouvernement en ce qui concerne l'Europe, dès lors qu'il entend se placer dans le cadre de 1 'Alliance atlantique. La seule alternative, c'est la sortie immédiate du pays de ce bloc contre-révolutionnaire dirigé de Washington.
Au chapitre de la « coopération » militaire, le gouvernement Mauroy
tions, de la politique d'exportation de ·chant à rien ». Charles Hernu loue à par des accords de défense ou de coopération techniques et militaires avec de très nombreux pays africains (Bénin, Burundi, Cameroun, Congo, Côte-d'Ivoire, Djibouti, Gabon, Haute-Volta, Madagascar, Maroc, Mauritanie, Niger, Centrafrique, Sénégal, Tchad, Togo, Tunisie, Zaïre ... ). Ces accords, dont bon nombre comportent des clauses secrètes, sont la sanction d'une politique impérialiste particulièrement active. Près de 25 000 hommes sont toujours stationnés en Afrique. Le contenu des accords secrets n'a pas été divulgué. Cheysson, Hernu et Cot se relaient pour justifier la poursuite de la politique antérieure au mépris des droits démocratiques des peuples africains maintenus sous surveillance de l'armée française. L'aide internationaliste aux peuples en lutte pour leur émancipation nationale et sociale passe par le retrait de toutes les troupes françaises d'Afrique, par la dénonciation des accords passès hier par Giscard avec quelques chefaillons servant de faire-valoir à sa politique impérialiste. N ationalisâtion et reconversion des industries d'armement
Les exportations françaises d'armement sont devenues un des facteurs dominants de la politique extérieure du pays. Au rythme actuel de progression des ventes (la barre des 20 milliards de francs est franchie), entre 15 et 20 % du volume des exportations mondiales de matériel militaire proviendront des industries françaises dans les prochaines années. Dans l'opposition, le PS et le PCF promettaient de « moraliser » cette politique de marchand de canons pour retrouver la maîtrise d'une politique extérieure qui ne soit plus déterminée par les intérêts des industriels de l'armement. C. Hernu explique à juste titre qu'« il n'est pas possible de livrer, par exemple, des engins de cornbat de rue au Chili. Il n 'est pas possible de livrer des armes à l'Afrique du Sud >>. Mais il précise que, pour lui, il s'agit là «d'exceptions ». Or, la poursuite, même avec quelques excepmatériel militaire, est dangereuse. Elle conduit à une impasse sur le plan économique ; le redéploiement des industries . d'armement US au Proche-Orient et Moyen-Orient aura à court terme des conséquences sur les créneaux exploités par la France, comme le montre le récent contrat de 8 milliards de dollars conclu entre Washington et Riad. L'Arabie Saoudite, qui fait l'objet d'une attention toute particulière de la part du gouvernement, n'est pas seulement le principal fournisseur de pétrole de la France, c'est aussi un de ses principaux clients en matière d'armement.
L'hypertrophie des productions militaires par rapport au reste du potentiel du pays est génératrice de déséquilibres aux conséquences économiques et sociales désastreuses. 40 % des crédits de la recherche publique sont accaparés à des fins militaires pour un secteur industriel qui n'emploie qu'environ 300 000 travailleurs. L'argument de la défense de l'emploi pour justifier la priorité accordée au secteur industriel des armements n'est pas sérieux. Enfin, si, dans une certaine mesure, les exportations d'armements permettent de financer indirectement, par l'abaissement des coûts de production, l'équipement de l'armée française, elles poussent tout autant à une inflation des dépenses budgétaires en terme d'autorisation de programmes et dépenses d'équipement. La nationalisation sans indemnité ni rachat des industries concourant aux productions d'armement doit s'accompagner d'un plan de reconversion qui vise à réduire considérablement la part de ce secteur dans le potentiel économique du pays. Il n'y a pas d'autre alternative à la politique de marchand de canons suivie par Giscard.
Le gouvernement est confronté aux pressions d'une haute hiérarchie militaire qui n'entend pas perdre ses prérogatives et s'oppose au changement par tous les moyens. Les généraux giscardiens occupent en effet tous les postes importants dans les états-majors. Leur chef, le général Lacaze, est un symbole de cette caste qu'il faut mettre au pas ; il a passé sa carrière dans les bataillons de choc, puis au SDECE comme directeur du renseignement, avant de commander la Ile division parachutiste. Il n'est évidemment pas disposé à accompagner le changement. Le gouvernement se laisse dicter leurs volontès par de pareils hommes, en leur cédant sur l'essentiel, c'est-a-dire, comme le constate Bigeard, en « ne toutout propos « le loyalisme des cadres » et réserve ses coups aux comitès de soldats. Les têtes ne tomberont donc pas, y compris au sommet de la hiérarchie, compromise jusqu'au cou
La continuité en chiffres
Budget ProgresslonPart du PIBm
(%)
+ 14.2
+ 16.8
+ 15.8
+ 14.0
+ 14.9
+ 17.9
+ 17.6 propagande militariste des plus écu- jour, en toute indépendance par rap-
* Prévisions
(milliards/F) 1976 50.000 1977 58.412 1978 67.654 1979 77.111 1980 88.602 1981 104.443 1982 122.855 1983 dans la politique anti-ouvrière de Giscard. Les travailleurs et les soldats du rang attendent une tout autre politique. Le gouvernement refuse de même la dissolution de certains corps spéciaux de mercenaires, comme la Légion étrangère. Hernu a même élevé la gendarmerie au rang d'une quatrième armée, nommant les premiers généraux de l'histoire de cette arme qui n'a pas d'autre fonction que le maintien de l'ordre bourgeois. L'alternative à cette politique de reculade devant les injonctions des généraux consisterait à faire appel aux travailleurs pour imposer un droit de regard des organisations ouvrières sur ce qui se passe dans les enceintes militaires. Droits démocratiques pour les soldats Le sort quotidien de quelque 300 000 soldats du contingent reste toujours fait d'une solde dérisoire, engloutie dans les voyages pour rentrer en permission, avec au bout du tunnel le chômage. La promesse de réduction du service a suscité l'enthousiasme, parce qu'elle signifiait la possibilité de n'effectuer que « la moitié de la peine». L'abandon par le gouvernement des engagements pris produit les premières différenciations de masse dans la jeunesse, jusque dans le PS et le MJS. Dès lors que ces aspirations trouveront les moyens de s'exprimer à une échelle de masse, le gouvernement leur opposera des mesures partielles concernant, comme dit Hernu, « non la durée mais le contenu du service ». L'annonce de vingt mesures en faveur des appelés à l'occasion de la présentation du projet de budget militaire pour 1982 participe de cette orientation. Le ministère semble s'orienter vers la mise en place d'un « volontariat » massif, 5 % du contingent, soit 15 000 jeunes par an, à qui l'on ferait miroiter une hypothétique priorité d'embauche au sortir de l'armée, (%) pour leur faire signer un contrat d'en3.39 gagement au-delà de la durée légale. 3.55
Cette mesure serait dangereuse parce 3.63 3.62 qu'elle diviserait le contingent. Elle 3.67 signifierait une remilitarisation d'une 3.85 partie de la jeunesse à la faveur d'une 3.89 3.94 (*)
lées allant de l'appel à une «symbiose entre l'école et l'armée » jusqu'aux déclarations sur le prétendu désir de nombreux appelés de« servir en Afrique» <sur le thème «engagez-vous, vous verrez du pays »). Le maintien du service à 12 mois n'est en rien une solution au chômage des jeunes, pas plus que l'abaissement de l'âge moyen à l'incorporation, ou la création de filières de formation aux armées. La solution, comme pour les autres travailleurs, c'est les 35 heures.
Durant sept ans, de 197 4 à 1981, les luttes des soldats ont été confrontées à la répression sans qu'aucune des revendications essentielles ne soit satisfaite.
Au centre de cette activité revendicative, il y a la question des droits démocratiques. Le droit, en particulier, de s'organiser en toute indépendance par rapport à la hiérarchie militaire pour lutter, pour défendre les revendications. Les soldats doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens. Les travailleurs se sont dotés de syndicats, les soldats doivent pouvoir organiser librement le leur.
Le Parti socialiste et le Parti communiste s'étaient engagés à abolir les restrictions aux libertés dans les casernes.
La hiérarchie militaire continue à bafouer les droits les plus élémentaires des soldats. Le très réactionnaire RDGA (règlement de discipline générale des armées) est toujours en vigueur. Hernu déclare à la télévision « qu'il s'emploiera à dissoudre les comités dè soldats ». Le maintien des comités traduit avant tout l'aspiration des soldats au changement, une aspiration très profonde parmi la troupe, même si la répression a empêché une expression plus massive de cette volonté de changement dans les casernes. Toutes les revendications immédiates unifiant le contingent, comme la gratuité des transports, l'augmentation de la solde, correspondent à des besoins objectifs des soldats. La lutte pour la satisfaction de ces revendications pose, immédiatement, dès le départ, le problème des moyens pour gagner, celui de l'organisation indépendante de la hiérarchie, en liaison avec le mouvement ouvrier, notamment syndical. Le mot d'ordre « syndicat de soldats » peut alors concrétiser l'aspiration des soldats à s'organiser. C'est dans la mesure où l'initiative de populariser ce mot d'ordre viendra des organisations de masse ouvrières qu'un tel syndicat verra le port à la hiérarchie militaire.