(XXVIIe Congrès de la section française de la Ive Internationale)
peur une issue socialiste à la crise
-
Le congrès national de la Ligue commu-
PS et du PC au gouvernement, dans le soutien niste révolutionnaire se tiendra en janvier des confédérations syndicales à cette politique,
1984. Tous les militants de notre organisation et qui cherchent une autre issue.
sont appelés à débattre de la situation de la
Les révolutionnaires n'ont rien à cacher de classe ouvrière après plus de deux ans de leurs idées, de leurs débats. Les principaux gouvernement de la gauche, des tâches d'une éléments de la discussion préparatoire au VIe organisation révolutionnaire aujourd'hui, des
Congrès seront publiés dans les organes de la moyens de construire la LCR.
LCR, Rouge et Critique communiste.
Ces questions intéressent, bien au-delà de la
Le projet de thèses politiques adopté par la
LCR, des milliers de militantes et de militants majorité du comité central sert de base à la qui ne se reconnaissent pas dans la politique du discussion.
Sommaire
1- La situation internationale :
sous le signe de la crise
1-1. La crise aiguë du capitalisme
1-2. L'ébranlement des bureaucraties staliniennes au pouvoir
1-3. La solution capitaliste à la crise
1-4. La contre-offensive impérialiste
1-5. Les points marqués par le capital
1-6. La réaction des travailleurs et les affrontements de classes
1-7. L'Europe capitaliste depuis le début de la crise
1-8. Une situation porteuse de tournants brusques
II- La gauche au gouvernement :
la faillite d'une politique de collaboration de classes
11-1. Le 10 mai : une défaite grave pour la bourgeoisie
11-2. Une situation d'instabilité profonde
11-3. La politique d'austérité du gouvernement
11-4. La tactique d'usure de fa bourgeoisie
11-5. La crise de direction de la droite
11-6. Une nouvelle phase de luttes de classes
11-7. Les obstacles actuels à une mobilisation d'ensemble
11-8. Le potentiel de combat de la classe ouvrière
III- La crise de direction du mouvement ouvrier
III -1 . Une distanciation croissante entre les masses et les directions
III-2. Un phénomène accentué depuis le 1 0 mai
III-3 . La crise d'identité et d'orientation des partis réformistes
III-3.1. PS : les contradictions d' un parti de gouvernement
III-3.2. PCF : une politique dans l'impasse
111-4. Les maturations dans le mouvement syndical
III-5. La recherche grandissante d'une solution de rechange
IV- L'intervention de la LCR dans la situation politique et sociale
IV -1 . Les lignes de force d'une politique révolutionnaire
IV-1.1. La LCR œuvre à la mobilisation unitaire des travailleurs
IV-1.2. A l'adresse du PS et du PCF, la LCR soutient la nécessité de gouverner contre les capitalistes
IV-1.3. La LCR défend une politique alternative à celle des réformistes
IV-2. Deux questions brûlantes: deux réponses impératives
IV-2.1. La constitution d'un large front uni antiraciste
IV-2.2. Le développement d'un mouvement de masse contre la militarisation impérialiste
IV-3. Plus que jamais, l'actualité du mouvement autonome des femmes
IV-4. La LCR et le mouvement syndical
IV -4.1. L'aggravation de la crise des syndicats
IV-4.2. Le combat pour un syndicalisme unitaire de masse et de classe
IV-4.3. Un levier pour l'auto-organisation des travailleurs
IV -4.4. La cristallisation des oppositions syndicales
IV-4.5. La LCR et le développement des oppositions
V- Le renforcement de la LCR et la construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs
V -1 . Les effets contradictoires de la crise de direction du mouvement ouvrier
V-2. Les éléments clés pour la construction de la LCR
V-2.1. Une organisation révolutionnaire indépendante
V-2.2. Une organisation tournée vers l'initiative politique et l'action de masse
V-2.3. Une organisation implantée dans les secteurs clés de la classe ouvrière
V -2.4. Une organisation qui contribue au développement des JCR dans la jeunesse
V-3 . Le combat de la LCR pour un parti révolutionnaire des travailleurs
V -3.1. Face à l'échec du PS et du PCF : la nécessité d'un parti à gauche de la gauche
V -3.2. Les piliers stratégiques du programme révolutionnaire ; les fondements d'une démarche de regroupement
V -4. Les initiatives de la LCR pour avancer vers un parti révolutionnaire des travailleurs
V -4.1 . Mener le débat politique, programmatique et stratégique
V-4.2. Nouer un dialogue permanent avec les militants du PS et du PCF
V -4.3. Prendre part à la discussion politique parmi les militants des oppositions syndicales
V -4.4. Renforcer la collaboration et la discussion avec Lutte ouvrière ; les proposer activement au PCI.
La situation internationale sous le signe de la crise début des années 1970, a conduit à · depuis le milieu des années
1 •
1-1. La crise aiguë du capitalisme
La fin de la longue période d'expansion de l'après-guerre, au une aggravation qualitative de la crise structurelle du capitalisme. Dans le même temps, malgré les victoires en Indochine et en Amérique centrale, la crise de direction prolétarienne à l'échelle mondiale empêche le mouvement de masse de contester le pouvoir et l'Etat du capital dans les métropoles impérialistes et de remporter des victoires bouleversant l'ordre contre-révolutionnaire international.
L'ampleur de la récession économique internationale de 197 41975, le caractère de la reprise qui a succédé -hésitante, inégale et inflationniste- puis la récession de 1980-1982 illustrent la nouvelle phase dans laquelle est entrée l'économie capitaliste : une phase de croissance très ralentie, de récessions plus fortes et de reprises plus courtes et plus faibles qu'au cours des trois décennies précédentes.
La baisse du taux moyen de profit, la tendance à la surproduction de marchandises et à la suraccumulation du capital sont les causes premières de cette phase de dépression économique.
L'expression aggravée de ces contradictions inhérentes au système s'est combinée avec plusieurs autres facteurs : -une crise sociale approfondie, de longue durée, affectant tous les rapports sociaux bourgeois et la plupart des institutions de la bourgeoisie, qui s'est manifestée avec force dès la fin des années 1960; - le développement d'un mouvement antiguerre de masse, d'une ampleur sans précédent, contestant la militarisation impérialiste ;
-une crise du système de domination impérialiste, dont la défaite américaine en Indochine en 197 5 fut 1 'expression la plus nette ; - une accentuation des crises des directions bourgeoises - surtout 1970- dans la plupart des grands pays capitalistes. Crises tendant à se convertir, chaque fois plus, en facteurs de déstabilisation de l'ordre capitaliste à l'échelle internationale; -une force organique supérieure de la classe ouvrière,' produit de la longue période d'expansion de l'après-guerre ; -des avancées importantes, quoique localisées (Amérique centrale en premier lieu) du mouvement de libération nationale et sociale dans les pays semi-coloniaux ou dépendants.
C'est cette combinaison qui, aujourd'hui, marque l'ampleur et le caractère de la crise du capitalisme dans son ensemble, et qui se conjugue avec la crise la plus grave qu'ait connue le système de domination bureaucratique. 1-2. L'ébranlement du système de domination bureaucratique
La montée révolutionnaire d'août 1980 en Pologne, la constitution d'un syndicat indépendant de dix millions de travailleurs et le développement d'un puissant mouvement pour l'autogestion ont révélé l'immense potentiel et l'aspiration du prolétariat polonais à réorganiser la société sur des bases objectivement socialistes. L'ampleur et la durée du mouvement clandestin de résistance au coup de force du 13 décembre 1981 · témoignent de la profondeur de ce processus et de l'acuité de la crise à laquelle se trouve confrontée la bureaucratie stalinienne : une crise
ancrée dans les contradictions du système bureaucratique lui-même et partiellement stimulée par la crise économique du capitalisme.
Quoique de manière inégale, le mécontentement des masses s'enfle dans les Etats ouvriers bureaucratisés, en particulier face aux difficultés croissantes d'approvisionnement. L'existence d'un mouvement pacifiste indépendant en RDA et l'apparition de ses premiers noyaux en URSS, en Hongrie et en Tchécoslovaquie reflètent non seulement une volonté de militer activement pour la paix mais sont porteurs d'une dynamique antibureaucratique, dès lors qu'ils revendiquent le droit de s'organiser de manière indépendante. 1-3. La solution capitaliste à la crise
Toute crise de surproduction constitue toujours une agression massive du capital contre le travail salarié. Redresser le taux de profit, relancer l'accumulation, alors que s'accentue la concurrence entre capitalistes, exige une offensive d'ensemble contre les travailleurs des métropoles impérialistes et contre les peuples et les masses exploitées des pays semi-coloniaux et dominés du tiers monde.
Dans la situation présente, la politique de la bourgeoisie engendre un chômage massif par la concentration accélérée du capital, par la rationalisation capitaliste des appareils productifs au travers de l'élimination de branches entières des économies nationales au profit d'autres plus rentables, par la généralisation et l'intensification des plans d'austérité . Par la constitution d'une réelle armée industrielle de réserve, une telle politique vise à faire accepter aux travailleurs les baisses de leur salaire réel, l'accélération des cadences, les pertes d'acquis en matière de conditions de travail et de sécurité sociale, la réduction des protections érigées lors de la phase de prospérité contre la pauvreté et les injustices les plus flagrantes. Elle tend à restructurer la classe ouvrière elle-même, par la multiplication des statuts, la division en catégories et la systématisation du travail précaire.
La réorganisation de la production capitaliste internationale et du marché mondial amplifie les transferts de valeur des économies
------ - semi-coloniales et dépendantes vers les métropoles impérialistes. L'endettement colossal de ces économies comme la chute des cours des matières premières signifien t un pillage accru du tiers monde, la condamnation de centaines de millions d'êtres humains à la misère, à la maladie, à la faim.
L'accélération de la militarisation impérialiste, l'accroissement des budgets militaires tandis que les budgets sociaux connaissent des coupes claires, s'inscrivent dans une telle offensive d'ensemble. Ses principaux objectifs sont les suivants : -fournir un « marché de substitution » amplifié permettant d'accroître le taux de profit sans élever le niveau de vie des masses ; -faire planer la menace d'une conflagration nucléaire sur les travailleurs et les peuples afin de les contraindre à s'aligner sur leurs classes dirigeantes ; - constituer de puissantes forces de frappe mobiles dirigées avant tout contre les révolutions et les luttes de libération nationale et sociale en cours et les explosions potentielles dans les pays dominés.
De plus, cette politique vise aussi à exercer des pressions économiques et politiques accrues sur la bureaucratie du Kremlin.
La « solution capitaliste » de la crise doit prendre la forme d'une détérioration considérable de la situation des travailleurs des pays impérialistes et, à une autre échelle, de la ~ondition des masses populaires des pays dominés. Elle implique des attaques d'une telle ampleur contre les travailleurs et les peuples, qu'elle suppose nécessairement de leur infliger des défaites majeures. Jusqu'à présent, l'impérialisme n'a pu y parvenir. 1-4. La contre-offensive impérialiste
La détérioration structurelle des rapports de force à l'échelle internationale pour le capital ne signifie pas incapacité de ce dernier à réagir.
La relative paralysie politique de 1 'impérialisme américain au lendemain de sa défaite en Indochine, sa quasi-passivité devant la chute du chah en Iran, celle de Somoza au Nicaragua ou face à l'intervention soviétique en Afghanistan ne furent que conjoncturelles. Dès 1979, la contre-offensive s'est précisée pour s'accentuer à partir de l'installation de l'administration Reagan. Son but n'est autre que de préparer, à moyen et à long terme, les conditions pour imposer cette « solution capitaliste » à la crise.
Le développement de cette contre-offensive relayée par les principales bourgeoisies impérialistes est facilité par l'orientation de la bureaucratie. Plongée dans la crise de son systeme de domination , déterminée par son conservatisme contre-révolutionnaire, celle-ci cherche surtout à négocier avec l'impérialisme les termes d'un nouvel équilibre international.
Les directions réformistes du mouvement ouvrier, notamment dans les pays capitalistes développés, ont désorienté les travailleurs par leur politique systématique de division des rangs ouvriers et de collaboration de classes, en multipliant accords et pactes sociaux avec la bourgeoisie, en faisant leurs, progressivement, les principaux objectifs économiques et sociaux du grand capital.
Cette situation, produit des attaques capitalistes et de la politique réformiste, accroît le désarroi des travailleurs face à la profondeur et à la durée de la crise, réalité à laquelle ils n'étaient pas préparés. De plus, le discrédit qui frappe le « socialisme réellement existant » aux yeux du prolétariat, notamment dans les pays développés, obscurcit les issues à la crise impérialiste. 1-5. Les points marqués par le capital
Il en résulte une situation où, dans aucun pays capitaliste avancé, la classe ouvrière n'a pu imposer ses propres solutions à la crise. C'est pourquoi la bourgeoisie a pu, elle, marquer des points encore limités qui se sont traduits par des défaites et des reculs partiels dans plusieurs Etats impérialistes. Généralement acculés à la défensive malgré de nombreuses luttes et leur refus de l'austérité, les travailleurs subissent les effets de la montée du chômage. Certains secteurs ont même essuyé des défaites dans des branches significatives (comme la sidérurgie) ou dans des entreprises clés (British Ley land en Grande-Bretagne, Fiat en Italie, par exemple).
La bourgeoisie a imposé des réductions draconiennes de la consommation des masses dans la plu-
part des pays semi-coloniaux et dominés, à partir des diktats du Fonds monétaire international. Elle a obtenu, sur un autre plan, des victoires d'importance régionale : rétablissement de la dictature en Turquie, consolidation de la dictature thaï et surtout défaite infligée aux masses palestiniennes du Liban, bien que la situation d'ensemble au Moyen-Orient soit loin d'être stabilisée à son avantage. Elle bénéficie également du blocage du processus anti-impérialiste en Iran. 1-6. La réaction des travailleurs et les affrontements de classes
Mais, dans la perspective d'imposer leur solution à la crise, les classes dominantes n'ont, jusqu'à présent, pas été capables d'infliger une défaite décisive au prolétariat et au mouvement ouvrier d'un quelconque pays impérialiste. Même en Grande-Bretagne, les coups brutaux portés à la classe ouvrière et la succession de défaites partielles qui les ont suivis n'ont pas acculé les travailleurs à une position de défensive le dos au mur, qui interdirait la possibilité d'une contre-offensive d'ampleur avant une patiente et moléculaire recomposition des forces ouvrières.
Les gains accumulés dans la période précédant la récession, la force du mouvement ouvrier, ses acquis de lutte, le niveau de ses aspirations expliquent cette situation ainsi que le caractère prolongé de la crise économique qui doit réduire toutes ces conquêtes.
Pas plus le capital n'a pu écraser ou refouler de manière radicale les mouvements de masse -là où ils sont mobilisés et en lutte- dans les pays semi-coloniaux et dépendants. L'escalade militaire, les efforts de toutes sortes mis en œuvre pour endiguer et briser la montée révolutionnaire en Amérique centrale et dans les Caraibes se sont jusqu'à présent soldés par des échecs.
Le développement de la révolution permanente en Amérique centrale, marqué par une nette orientation socialiste, et la remontée du mouvement de masse dans le cône sud de l'Amérique latine font aujourd'hui de ce continent un enjeu immédiat pour l'impérialisme amencain. Ce dernier n'hésite pas à y intervenir militairement en conduisant une véritable guerre.
Ainsi, le capital s'est, pour l'instant, révélé incapable d'imposer de nouveaux rapports inter-impérialistes sur la base d'une nouvelle division internationale du travail. Les échéances majeures inscrites dans l'approfondissement de la crise et susceptibles de modifier profondément, dans un sens ou dans l'autre, les rapports de forces entre les classes fondamentales de la société n'ont, à l'évidence, pas encore eu lieu. Des affrontements de classes majeurs apparaissent plus que jamais inévitables au moment où les développements de la crise se traduisent par une accentuation des contradictions interimpérialistes, par un approfondissement du marasme monétaire international faisant planer le risque d'un effondrement du système bancaire et de crédit. 1-7. L'Europe capitaliste depuis le début de la crise
En Europe occidentale, la crise, l'approfondissement des contradictions du capitalisme et les facteurs d'instabilité institutionnelle qui en découlent dans nombre de pays n'ont pas eu pour corollaire un renforcement des positions de la classe ouvrière. A partir de 1975-1976, du fait de la dépression économique, mais aussi de la victoire du coup de force du 25 novembre 197 5 bloquant le processus révolutionnaire au Portugal, des conditions de la transition de la dictature franquiste au regime monarcho-parlementaire en Espagne, le mouvement ouvrier européen a été progressivement contraint à la défensive. Les résultats électoraux de 197 6 en Italie, l'endiguement de la plus puissante vague de luttes existant alors en Europe par le pacte de la Moncloa en Espagne, le retour au pouvoir des conservateurs en Grande-Bretagne ont conjugué leurs effets politiques avec ceux de la crise économique.
En Europe capitaliste, le milieu des années 70 marque ainsi un tournant. Celui-ci s'inscrit cependant dans le cadre de la longue période ouverte à la fin des années 60 et n'en remet pas fondamentalement en cause les caractéristiques essentielles : le potentiel de combat de la classe ouvrière et le rapport de forces entre cette dernière et la bourgeoisie, tel qu'il a été modelé
Il . La gauche au gouvernement :
la faillite d'une politique de collaboration de classe toral, sa volonté de résister face à - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - par la phase d'expansion économique précédant Mai 68 et la vague de luttes qui l'a suivi.
C'est dans ce contexte que se sont amplifiées les attaques contre les conditions de vie et de travail des masses (pouvoir d'achat, systèmes de protection sociale, etc.) alors que le chômage se développait rapidement. 1-8. Une situation porteuse de tournants brusques
La trahison des directions réformistes, l'incapacité du mouvement ouvrier à mettre en échec les plans patronaux ont ainsi ouvert sur tout le continent une situation où la généralisation et la centralisation des luttes, pour se produire, devaient surmonter des obstacles bien plus considérables qu'auparavant. Cependant, malgré les difficultés, la classe ouvrière de la plupart des pays européens n'a pas subi de défaites durables. Même canalisée sur le plan élecl'austérité, de ne pas payer les frais de la crise, reste un facteur primordial pour l'avenir.
Cela lui a permis de mettre en échec ou de limiter les principales attaques patronales, notamment sur le plan de la protection sociale et des salaires indexés, éléments importants dans le rapport des forces entre les classes.
Les victoi[es électorales de la gauche en France, en Grèce ou en Espagne ont été, à des degrés divers, l'expression de la crise de la domination bourgeoise et des aspirations populaires au changement politique et social. La capacité de résistance du prolétariat et la crise des directions bourgeoises et impérialistes sont les raisons essentielles pour lesquelles la bourgeoisie n'a pu, depuis quinze ans, obtenir de victoires décisives modifiant radicalement les rapports de force sociaux de la période, révélés par Mai 68, en dépit des nouvelles conditions résultant de l'explosion de la crise et du tournant politique qui l'a accompagnée.
C'est ce qui donne à la situation des pays européens un caractère mouvant, où aucune des classes fondamentales ne parvient à prendre un avantage décisif. Il en résulte des fluctuations sociales et électorales de très importants contingents de couches et de classes intermédiaires qui se tournent alternativement (et brusquement)
vers la gauche ou vers la droite.
Une telle situation met à l'ordre du jour des tournants brusques, qui pourront prendre racine dans des questions sociales, politiques ou idéologiques (et, plus sûrement, dans une combinaison de ces domaines) et se matérialiser à propos d'événements particuliers.
L'offensive du capital n'a nulle part abouti à une stabilisation économique, sociale, politique en sa faveur. C'est pourquoi, l'aggravation des difficultés du sysII -1. Le 10 mai, une défaite grave de la bourgeoisie
La victoire de mai et juin 1981 a constitué une défaite grave pour la bourgeoisie. En élisant François Mitterrand à la présidence, puis en envoyant à l'Assemblée une majorité absolue de députés du PS et du PCF, la masse des travailleurs a exprimé sa volonté profonde d'en finir avec l'austérité, le chômage et le personnel politique qui les symbolisait.
En ce sens, l'échec de la droite, loin d'être l'expression d'une simple alternance électorale, témoigne de l'incapacité de la classe dominante à résoudre durablement la crise de sa domination politique depuis quinze ans, en raison des rapports de classes existant dans la société française. En surgissant avec une force inégalée sur la scène politique en 1968, la classe ouvrière avait créé les conditions d'une polarisation des forces dans le pays. Mai 1981 témoigne à son tour, dans un contexte différent, d'une immense aspiration au changement parmi les travailleurs et, partant, de l'impossibilité pour les possédants de restaurer un consensus avec certaines fractions de la population laborieuse comme de tème, la crise de direction bourgeoise, le potentiel combatif de la classe ouvrière démontré lors de nombreuses échéances, les premiers indices d'une recomposition du mouvement ouvrier -surtout au sein du mouvement syndical -font que de brusques tournants de la situation restent possibles et même probables dans toute une série de pays, avec de nouvelles relances et avancées du mouvement de masse ainsi que du mouvement gréviste. donner une nouvelle base de masse à leur régime. 11-2. Une situation d'instabilité profonde
Le caractère même de la victoire électorale fonde l'instabilité profonde de la situation ouverte par le 10 mai 1981. Aucune fraction significative de la bourgeoisie n'a en effet fait le choix d'une solution politique reposant sur l'accession au pouvoir des organisations ouvrières majoritaires. Une telle solution lui apparaît comme un facteur d'affaiblissement au moment où l'aggravation de la crise capitaliste rend nécessaire, de son point de vue, l'intensification des attaques contre les travailleurs.
Si les partis ouvriers constituent l'axe de ce gouvernement de collaboration de classes, ce dernier ne résulte pas d'une simple alternance électorale, mais bien d'une victoire politique des travailleurs qui chassa la droite et donna une large majorité au PS et au PCF. Formé en période de crise économique et sociale, ce gouvernement cherche à dévier les aspirations des masses vers une acceptation de la crise capitaliste pour leur en faire supporter les conséquences.
En dépit de sa politique de gestion des intérêts du capital, le nouveau gouvernement, compte-tenu de ses liens avec le mouvement ouvrier, est confronté aux revendications des couches populaires qui l'ont porté au pouvoir. Ce qui ouvre de nouvelles et importantes possibilités pour les combats de classe.
Quelle que soit la volonté du PS et du PCF de se plier aux lois de la ye République et de se couler dans ses institutions, d'adapter leur diplomatie et leurs orientations militaires aux besoins du camp impérialiste, la défaite des formations politiques bourgeoises introduit un déséquilibre certain pour l'application des plans de la bourgeoisie, par la rupture de continuité qu'elle opère. Aussi, malgré les gages donnés par les dirigeants réformistes aux capitalistes, ces derniers entendent avant tout imposer leurs propres solutions à la crise économique et, pour ce faire, préparer le retour de leurs représentants directs aux postes de commande politique. 11-3. La politique d'austérité du gouvernement
La politique du gouvernement fait le lit de cette instabilité. Depuis le blocage des salaires en juin 1982 et les mesures d'austérité de mars 1983, le pouvoir s'est engagé dans une action ouvertement déflationniste, liée aux orientations actuelles des autres gouvernements bourgeois d'Europe, des Etats-Unis et du Japon. Une telle politique, en épousant les contraintes de la crise du système capitaliste, vise à un nouveau partage entre profits et salaires. Les attaques contre le pouvoir d'achat, l'indexation des salaires, les garanties d'emploi, la protection sociale, se doublent de subventions et d'avantages directement ou indirectement consentis aux possédants. Comme l'atteste l'exemple de la plupart des pays impérialistes, ce type de dispositions ne peut avoir pour conséquence qu'une détérioration importante des conditions de vie et de travail de la population laborieuse ainsi qu'une aggravation du chômage. Cependant la politique gouvernementale n'est pas parvenue à un tel résultat. Elle se heurte au contraire à des contradictions croissantes.
La politique gouvernementale s'attaque de manière plus vive à certaines catégories de travailleurs. Les incitations se multiplient à un retour au foyer d'une partie des femmes, ainsi qu'à une aggravation des conditions d'utilisation de la main-d'œuvre féminine: encouragement massif au temps partiel, au travail temporaire, aménagement des horaires; toutes mesures qui accentuent la précarité de l'emploi féminin. Cette politique se double de mesures d'austérité concernant les budgets sociaux qui se traduisent par une réduction des crédits affectés aux équipements collectifs.
Utilisant leurs liens avec le mouvement ouvrier, le PS et le PCF s'efforcent d'obtenir -sinon le consentement des travailleurs à la poursuite de cette politique -du moins leur passivité, en leur faisant croire qu'il n'existe pas d'autre issue dans une période de récession. Les directions syndicales œuvrent de leur côté à paralyser toute réaction ouvrière en enrobant leur soutien au plans gouvernementaux dans l'idéologie des « nouvelles solidarités » ou du « produire français ». Devant le développement d'une orientation de plus en plus contradictoire avec les aspirations du l 0 mai, la déception progresse parmi les travailleurs, engendrant le désarroi mais accentuant aussi les différenciations politiques au sein du mouvement ouvrier. 11-4. La tactique d'usure de la bourgeoisie
Ce sont les forces bourgeoises qui profitent de cette situation et l'utilisent dans une tactique d'usure visant à créer les conditions de leur retour au pouvoir. Cette tactique consiste à accroître l'isolement des gouvernants vis-à-vis de leur base électorale en les poussant toujours plus à droite et à organiser conjointement la mobilisation de certaines catégories sociales, à exploiter politiquement le mécontentement de divers couches petites-bourgeoises.
En utilisant habilement l'orientation des partis réformistes, la droite et les capitalistes ont obtenu de notables succès. En premier lieu, ils ont regroupé leur base. Les petits patrons ont été mobilisés par le CNPF qui s'est attribué le rôle de « parti de l'entreprise ». Les concessions répétées du gouvernement devant cette
-------pression ont redonné confiance aux secteurs réactionnaires. Elles leur ont permis de susciter ou d'exploiter à leur profit les mouvements de fractions de la petite bourgeoisie, inquiètes devant le développement de la crise économique et parfois victimes, du moins pour une partie d'entre elles, de l'austérité. Les victoires remportées dans ce cadre ont provoqué une polarisation accrue à droite. Contrastant avec l'absence de riposte du mouvement ouvrier, les mobilisations corporatistes réactionnaires ont rejailli sur les formations politiques de la bourgeoisie qui ont vu se restaurer
• partiellement leur crédibilité élec-
torale.
Les points marqués par les forces bourgeoises n'ont pas été sans effets sur certaines couches populaires, en particulier celles qui sont les plus exposées aux retombées de la dépression économique et qui sont faiblement organisées par le mouvement ouvrier. Certaines fractions -très minoritaires- de l'opinion populaire peuvent être séduites par la démagogie de la droite et de l'extrême droite. Ce qui explique l'écho des thèmes racistes et « sécuritaires » dans les grands centres urbains. 11-5. La crise de direction politique de la droite
Pourtant, au stade actuel, les succès obtenus par la droite sont avant tout le produit de la politique des directions réformistes du mouvement ouvrier, et non la manifestation d'un retournement massif de certaines fractions populaires. Les progrès électoraux du RPR et de l'UDF demeurent relatifs et sont principalement le revers de l'abstention ouvrière. Du côté des travailleurs, cette forme de désaveu de la politique gouvernementale s'acccompagne d'un refus parallèle de voir les partis bourgeois revenir au pouvoir, comme l'a clairement montré le second tour des élections municipales de 1983.
C'est dans ce cadre que se perpétue la crise de direction politique de la classe dominante, dont l'une des manifestations essentielles est la poursuite des rivalités entre les formations politiques réactionnaires et en leur sein.
A travers les échéances éleetqrales et l'occupation de la rue, la droite cherche à construire le meilleur rapport de forces possible pour harceler les dirigeants réformistes, les contraindre à de nouvelles concessions et préparer leur défaite. Mais, dans la situation actuelle, s'engager dans la voie d'une déstabilisation visant à hâter les échéances « légales » et aboutissant, par exemple, à des élections anticipées risquerait de susciter une riposte massive de la classe ouvrière débouchant sur une crise politique et sociale de grande ampleur.
La politique de la droite exprime donc cette contradiction : refus de tout compromis avec la majorité PS-PC, campagne de dénonciation du gouvernement, initiatives et exploitation des mobilisations de certaines couches petites-bourgeoises, sans pour autant fixer un objectif politique immédiat à cette agitation grandissante.
En dépit des points marqués, les forces bourgeoises n'ont pas encore eu la possibilité de restructurer leur dispositif organisationnel, de renouveler leur personnel politique, de se doter d'un projet crédible. Dès lors, elles ne sont pas en position de regagner durablement, sinon une partie des travailleurs, du moins les couches moyennes urbaines dont le basculement à gauche fut un élément de la victoire de Mitterrand. Enfin, la faiblesse des partis de droite dans une Assemblée dominée par une large majorité de députés du PS et du PCF limite leurs marges de manœuvres ' parlementaires. La combinaison de tous ces facteurs pousse ainsi l'ensemble des partis bourgeois à agir hors du cadre parlementaire pour reconquenr une base sociale et redonner une crédibilité à leurs appareils politiques. II -6. Une nouvelle phase de luttes de classes
La nouvelle phase de luttes de classes ouverte par le l 0 mai reste marquée par un trait fondamental : la contradiction entre l'espoir des larges masses de voir cesser les attaques patronales et la politique pro-capitaliste conduite par les partis réformistes au pouvoir.
Jusqu'à présent la classe ouvrière est restée prisonnière de
--- - cette contradiction. Tout d'abord parce que les plans d'austérité successifs, imposés avec la complicité des directions syndicales, ont suscité le désarroi parmi les travailleurs, dans un contexte où n'apparaît pas, à une échelle de masse, d'alternative crédible aux solutions bourgeoises et où les seuls candidats à la relève gouvernementale se trouvent à droite. Mais, en outre, la politique gouvernementale elle-rpême présente des aspects contradictoires - qui découlent de la nature de ce gouvernement où dominent les partis ouvriers - . Ainsi les mesures sociales du début du septennat (cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans, relèvement du SMIC et des allocations familiales, semaine de 39 heures, etc.) ont atténué pour certaines parties de la classe ouvrière, le choc des plans d'austérité.
Il est résulté de l'ensemble de ces facteurs un faible niveau de mobilisation des travailleurs.
Les capacités de lutte tendent lentement à se recomposer - du fait notamment des succès obtenus à la suite de certaines mobilisations - tout en traduisant des différenciations internes importantes : luttes massives des OS et des immigrés de l'automobile dans un relatif isolement, luttes de masse en défense des acquis et contre les fermetures d'entreprises (à l'occasion des 39 heures, à Carmaux, etc.) ; limites de la riposte dans la Fonction publique et de la mobilisation dans la sidérurgie ; succès partiel de la mobilisation pour le droit à l'avortement.
D'ores et déjà, ces luttes ont marqué la situation politique et induit, au moins localement, des différenciations au sein du mouvement ouvrier.
Une distanciation croissante existe entre les masses et les appareils dominants. Mais il ne s'affirme pas encore d'alternative de masse portant la perspective de 1 'unification des combats contre les capitalistes. Les différenciations internes à la classe ouvrière ne s'expriment pas sous la forme de courants de masse structurés, même si les maturations politiques s'approfondissent, notamment au sein des organisations syndicales. La défiance ouvrière envers les partis gouvernementaux et leurs relais syndicaux s'est jusqu'à présent principalement exprimée sous une forme passive, par l'abstention lors de diverses consultations électora-
les et par la chute des effectifs des confédérations ouvrières. II- 7. Les obstacles actuels à une mobilisation d'ensemble
L'attentisme, le faible nombre actuel de luttes sociales impliquant des secteurs décisifs de la production, renvoient au caractère même de la victoire des partis réformistes : une victoire électorale qui ne fut pas précédée d'un développement de l'activité autonome des travailleurs. Ce qui reflétait une situation contradictoire, marquée d'une part par la force des aspirations populaires qui mit fin au règne de la droite, mais d'autre part par des conditions de lutte plus difficiles pour la classe ouvrière à cause de la crise économique et de la politique des directions ouvrières face à celle-ci.
La victoire politique du l 0 mai survint ainsi après une sene d'échecs partiels face aux attaques du patronat (même si ce dernier, en regard des impératifs de la crise, n'a pas pu réaliser tous les objectifs des plans Barre, notamment en matière d'atteinte à la protection sociale ou de perte du pouvoir d'achat). Cette victoire eut lieu dans un contexte de désorientation du mouvement ouvrier et de division exacerbée après l'éclatement de l'Union de la gauche qui, depuis 1972, s'était efforcée de canaliser le mécontentement sur le seul terrain électoral en freinant les mobilisations sociales.
De plus, si la victoire du l 0 mai constitue un point d'appui pour les luttes des travailleurs, la politique gouvernementale d'austérité dresse -de nouveaux obstacles à la riposte de la classe ouvrière.
Cela a joué comme une entrave à l'engagement des luttes et surtout à la crédibilité de leur généralisation ; comme un facteur de leur fragmentation et un frein au lancement de la nécessaire contre-offensive ouvrière, au mouvement d'ensemble des travailleurs contre les attaques capitalistes et face aux mesures d'austérité gouvernementales. Aussi, bien que la nécessité d'une intervention massive de la classe ouvrière se fasse objectivement sentir et que celle-ci gagne en crédibilité,' ces éléments se répercutent sur la conscience politique des travailleurs qui n'aperçoivent pas, dans ces circonstances, la possibilité et l'efficacité d'une perspective d'ensemble impliquant la coordination de leurs luttes et leur présence directe, en tant que classe, sur la scène politique. II -8. Le potentiel de combat de la classe ouvrière
A se prolonger, cette situation risque de donner à la bourgeoisie les moyens d'infliger aux travailleurs une série de défaites sociales et politiques, créant les conditions pour une dégradation véritable du rapport des forces .
Tout montre cependant que rien n'est joué et que les affrontements décisifs restent à venir. L'opposition entre l'aspiration massivement exprimée le l 0 mai et la politique appliquée par les réformistes au gouvernement demeure donc la contradiction majeure de la phase actuelle. Les limites politiques de l'offensive bourgeoise, le potentiel de résistance de la classe ouvrière, les facteurs de différenciation de radicalisation en son sein peuvent se combiner pour ouvrir une nouvelle relance de l'activité des masse.
Cela définit clairement la tâche centrale de la LCR : œuvrer à ce que, au travers des luttes et des maturations en cours, se préparent des affrontements de grande ampleur, s'accélèrent les recompositions au sein du mouvement ouvrier et s'affirme une alternative crédible aux yeux des exploités. Alternative qui mette à l'ordre du jour l'entrée en scène, cette fois à partir du terrain des luttes, de secteurs décisifs du prolétariat, et leur confrontation avec l'ordre bourgeois.
Les élections municipales de mars 1983, suivies par l'application des plans d'austérité, ont ouvert la voie à de nouveaux développements de la situation politique. Les exigences des capitalistes, les mesures gouvernementales se heurtent aux aspirations des masses, parmi lesquelles se répand le sentiment que l'orientation du PS et du PCF conduit à l'échec.
Ce qui ouvre des conditions plus favorables à la concrétisation d'une orientation de lutte de classe: - parce que les dispositions déjà mises en œuvre s'avèrent insuffisantes en regard des nécessités de
Ill . La crise de direction du mouvement ouvrier mistes et sociaux-démocrates : tes- a accentué son déclin.
l'accumulation du capital, le gouvernement et la majorité parlementaire seront amenés à appliquer toujours plus ouvertement une ligne servant la classe dominante; -parce que le patronat s'en trouvera encouragé pour redoubler ses attaques contre l'emploi, les conditions de travail et le pouvoir d'achat; -parce que la droite, forte de ses succès et des capitulations des directions ouvrières, développera sa tactique de harcèlement ; -parce que les directions syndicales, face à un pouvoir restant sourd à l'avertissement populaire exprimé lors des diverses consultations électorales, seront soumises à des pressions accentuées de leur base; 111-1. Une distanciation croissante entre les masses et les directions ouvrières majoritaires
La crise qui frappe les organisations majoritaires du mouvement ouvrier est l'un des traits marquants de la situation politique en France. Elle est exacerbée par l'arrivée au gouvernement du PS et du PCF, par la politique d'austérité qu'ils y mettent en œuvre avec le soutien des directions syndicales. Cette crise est la combinaison de trois facteurs.
Tout d'abord, l'approfondissement de la crise du capitalisme a révélé l'impasse des projets réforceux-ci misaient sur la poursuite de la période d'expansion et le maintien du statu quo entre les classes en assurant une amélioration du pouvoir d'achat des travailleurs et de la protection sociale et en réalisant quelques
-parce que les partis majoritaires verront leurs rangs se différencier devant la capitulation de leurs directions.
Dans ces conditions, l'enjeu politique et social de la prochaine période prend tout son relief: la bourgeoisie, dont le PS et le PCF gèrent les affaires au gouvernement, va intensifier son offensive pour faire payer aux travailleurs les frais de sa crise ; la classe ouvrière, malgré les coups déjà infligés par cette crise, malgré l'action politique des directions réformistes, dispose des forces nécessaires pour faire échec à cette offensive, imposer ses revendications et ses propres solutions. C'est pour lever tous les obstacles sur cette voie que la LCR doit intervenir. réformes de structures. La chute du taux moyen de profit des capitalistes rend désormais caduque une telle perspective.
En second lieu, la crise historique du stalinisme ouverte à la fin des années cinquante, marquée dernièrement par le surgissement d'un puissant mouvement de masse antibureaucratique en Pologne et par l'intervention soviétique en Afghanistan, déconsidère la référence du PCF au « socialisme réel ». Le balancement du PCF entre la ligne sectaire de division menée au nom de la lutte contre la social-démocratie et la ligne actuelle de collaboration ouverte avec cette dernière - qui favorisent, l'une comme l'autre, la parcellisation et le dévoiement des lut-
Enfin, sur les quinze dernières années et à travers une accumulation d'échéances politiques et sociales, toute une génération de militants et de travailleurs combatifs a fait l'expérience pratique de la volonté des appareils bureaucratiques de s'opposer aux luttes de la classe ouvrière; de l'impasse dans laquelle conduit leur orientation.
II en résulte une accentuation des rapports de défiance entre les masses et les directions majoritaires, une désillusion et un scepticisme croissants de larges secteurs ouvriers envers les solutions qu'elles préconisent. III- 2. Un phénomène accentué depuis le 10 mai
Loin de l'atténuer, le 1 0 mai a renforcé ce phénomène. Car le PS et le PCF ont été conduits à la victoire en s'appuyant sur la volonté des travailleurs de mettre un terme aux attaques du patronat et de la droite. Leur incapacité, face à la dépression économique, à proposer une issue conforme à cette aspiration, leur engagement de plus en plus ouvert dans l'application d'une politique dictée par les intérêts du grand capital, ont accentué la crise de toutes les directions réformistes.
Dans un premier temps, celles-ci ont pu profiter de l'attente généralisée de réformes améliorant les conditions de vie et de travail. Les mesures d'austérité du printemps 1982 ont entraîné un premier changement de l'état d'esprit des masses en balayant les discours antérieurs sur la «durée » et en mettant à nu la réalité de l'orientation gouvernementale. Le PS et le PCF, les directions syndicales l'ont payé d'un recul à l'occasion de toutes les consultations partielles, aux élections professionnelles ou prud'homales comme aux municipales de mars 1983. L'approfondissement des attaques directes contre la population laborieuse avec la troisième dévaluation et ses mesures d'accompagnement s'est traduit par une aggravation de la méfiance des travailleurs envers les appareils réformistes par un discrédit accru de ces derniers. Traçant aux yeux de nombreux militants la perspective de l'échec du gouvernement, cette nouvelle situation aiguise tous les débats internes au mouvement ouvrier sur le bilan des orientations suivies jusqu'alors et sur les choix à effectuer.
Cette crise de direction a comme premier effet pratique un effritement des principales orga-
· réactivation des luttes de courants base. Si cette tendance constitue ·confinés aux sphères dirigeantes, nisations ouvrières. Loin de capitaliser les espoirs nés du 1 0 mai, le PS n'a connu qu'une faible augmentation de ses effectifs. Le PCF ne cesse de perdre des adhérents. Quant aux grandes confédérations, elles ont vu se poursuivre la désyndicalisation déjà en cours bien avant le printemps 1981, et ce dans un contexte de baisse générale de l'activité militante.
A ce stade, pourtant, de tels éléments ne remettent nullement en cause l'influence des directions réformistes au sein de la classe ouvrière. En l'absence de solution de rechange, la classe ouvrière continue de les soutenir, particulièrement sur le plan électoral, comme des instruments dans sa lutte contre la bourgeoisie.Elle continue de se tourner vers ces partis pour exiger la satisfaction des revendications et aspirations pour lesquelles ils les ont élus.
De même, la chute des effectifs des syndicats ne doit pas dissimuler que ces derniers restent les seuls cadres permanents de front unique existant aujourd'hui et que, dans les luttes comme lors des élections professionnelles, les travailleurs continuent à s'y référer.
Enfin, même sans établir de comparaison mécanique avec des situations passées et sans faire de pronostics sur les rapports futurs entre l'auto-organisation des travailleurs et les grandes organisations ouvrières, une forte poussée de mobilisation se traduira vraisemblablement par le renforcement d'organisations ouvrières traditionnelles, accompagné d'une intensification de leurs différenciations internes. 111-3. La crise d'identité et d'orientation des partis réformistes
Plus de deux ans après leur victoire, la participation au gouvernement confronte les partis socialiste et communiste à une profonde crise d'orientation et d'identité. Cela engendre un important désarroi intérieur qui a comme première conséquence une désertion de leurs organismes de un facteur de blocage à l'éclatement des contradictions internes, elle conduit également de nombreux militants à se poser le problème des issues à la situation actuelle. 111-3.1. PS : les contradictions d'un parti de gouvernement
Le PS a le plus massivement subi les effets du recul des partis réformistes sur le terrain des urnes. Cela démontre l'extrême fragilité des assises électorales conquises depuis le congrès d'Epinay en 1971. Principal parti parlementaire, disposant d'une majorité absolue de ministres, il doit aux yeux des masses assumer la responsabilité principale de la politique suivie par le gouvernement.
Dans ce cadre, le PS est soumis à une double contradiction. Désormais premier parti ouvrier du pays, il doit soutenir une attaque frontale contre ceux-là mêmes qui l'ont porté au pouvoir. Il en résulte d'importantes tensions, dont la à l'occasion du congrès de Bourg-en-Bresse comme les divisions au sein de l'appareil dirigeant ne sont que les manifestations perceptibles. D'autre part, sa situation de force dominante au sein des institutions de la ye République -dès lors qu'il entend en respecter le cadre - lui assigne le rôle de relais pur et simple du pouvoir exécutif. Ainsi se trouve posé, de façon aiguë, le problème de sa place et de sa fonction dans la société, des marges d'autonomie de son groupe parlementaire face aux initiatives de la présidence de la République, de ses rapports avec sa base populaire et les mouvements de masse.
Prisonnier de cette double contradiction, le PS est aujourd'hui incapable de résoudre la question décisive de son enracinement social. Englué dans la gestion de la crise, il ne parvient pas à s'affirmer comme une force politique indépendante. Il ne peut, en particulier, profiter de ses succès du printemps 1981 pour renforcer ses liens organiques avec la classe ouvrière par le développement de son implantation dans les entreprises et par l'amélioration de ses rapports avec certaines directions syndicales, celles de la CFDT et de la FEN notamment.
Même si les débats demeurent tout le parti est secoué par ces difficultés. Cela ne peut qu'accentuer les différenciations internes, en dépit du fait que, pour le moment,
111-3. 2. PCF:
aucun courant ne rompt avec la logique de l'adaptation à la crise. une politique dans l'impasse
Le PCF doit faire face à une aggravation de sa crise d'orientation. Les projets formulés depuis une dizaine d'années par sa direction - de 1 'union sans combat de l'époque du programme commun de la gauche au combat sans union des années 1977-1981 - ont débouché sur des impasses. Ils ont entrainé le recul électoral le plus grave de l'histoire du parti ainsi qu'un affaiblissement de ses moyens de contrôle de la classe ouvrière, bien qu'il demeure l'organisation largement majoritaire en son sein, notamment par son implantation dans les secteurs clés. Sa participation au pouvoir, dans les nouvelles conditions du rapport de forces interne au mouvement ouvrier, confronte le PCF à des difficultés considérables dans la redéfinition et la mise en œuvre d'une orientation politique globale. Il doit mener à bien cette entreprise, alors que se confirme la chute de son influence électorale et qu'il est contraint de cogérer une politique antiouvrière, sans pouvoir disposer d'un alibi équivalent à celui de la« reconstruction nationale » après la Libération.
La direction du PCF s'efforce de masquer son implication dans la politique social-démocrate du gouvernement par la mise en œuvre de ses capacités d'initiative sur le terrain de la lutte pour la paix.
Mais, plutôt que de lui permettre de surmonter les contradictions qui sont les siennes, sa politique ne fait que les accroître. Jusqu'à présent, les affrontements sur ce terrain avec la direction du PS ont pu être maîtrisés par les deux directions. Mais il est clair qu'il existe une contradiction insurmontable entre d'une part les liens du PCF avec le Kremlin et, d'autre part, la politique atlantiste du PS. Le développement de cette contradiction est potentiellement porteur de tensions entre le PS et le PCF. Rupture qui pourrait aussi provenir du développement d'une autre contradiction : celle qui oppose la nécessité pour lui de préserver son ancrage dans la classe ouvrière et ses capacités de contrôle sur elle,à son implication gouvernementale dans une politique d'austérité.
Une telle rupture, dès lors qu'elle se concrétiserait, signifierait une modification majeure de la situation politique. Sans pour autant, au demeurant, permettre au PCF de surmonter ses contradictions.
Cette tactique débouche sur des affrontements répétés avec la direction du PS et rend de jour en jour plus difficile son jeu d'équilibre. En toutes hypothèses, pas plus son maintien au gouvernement -qui ne peut impliquer qu'une solidarité totale avec l'ensemble des orientations déployées- que le départ de ses ministres, ne peuvent permettre au PCF de résoudre sa crise stratégique
Une rupture avec le PS, dans un contexte de faillite patente de la politique gouvernementale, pourrait néanmoins permettre un redressement relatif et momentané du PCF. Ce qui, en l'absence, d'un pôle politique à la gauche de la gauche, pourrait produire des effets négatifs pour la réorientation du mouvement ouvrier. III -4. Les maturations dans le mouvement syndical
C'est à l'intérieur des organisations syndicales que la crise de direction du mouvement ouvrier a pris les formes les plus aiguës. Elles sont en effet immédiatement soumises à la sanction de la pratique dans la lutte des classes, et de surcroît, les militants critiques envers les directions y rencontrent d'autres courants, en particulier l'extrême gauche. C'est donc là que se concentre inévitablement la contradiction entre la politique de collaboration de classes des appareils dominants et l'aspiration des travailleurs au changement.
Bien avant le 1 0 mai, l'absence de riposte à la hauteur des attaques de la bourgeoisie a amené nombre de militants à chercher une autre voie que celle proposée par les directions confédérales. Les initiatives des syndicalistes unitaires à l'occasion du 1er Mai 1980 et du 1er Mai 1981 , les batailles menées lors de divers congrès CFDT en furent la manifestation, tout comme l'appel de Marseille dans la CGT et la réaction de nombreux syndicats de la confédération après le coup de force de Jaruzelski en Pologne.
Depuis le 10 mai, l'impuissance des directions confédérales à endiguer la chute du nombre d'adhérents de leurs organisations respectives, leur incapacité à proposer la moindre perspective d'action crédible face à la crise capitaliste, l'impossibilité où elles se trouvent de justifier leurs capitulations en valorisant des concessions du gouvernement ou du patronat ont produit une crise de la fonction syndicale. Cette acceptation de l'austérité se manifeste encore davantage lorsqu'elle s'applique à la main d'œuvre féminine, d'autant que la pression extérieure du mouvement des femmes s'est relachée.
Il en résulte une multiplication des interrogations internes et, surtout, une cristallisation de courants d'opposition, un saut qualitatif ayant été de ce point de vue réalisé dans la CFDT.
Dans la CFDT, des critiques se sont exprimées sur la politique suivie à l'égard des femmes. Dans la CGT, l'entreprise de liquidation d'une équipe dirigeante du secteur féminin, confédérale et régionale, et du comité de rédaction d'An toinette a été menée à bien. Malgré la coupure ainsi réalisée, la direction de la CGT voit émerger en son sein une nouvelle génération féministe. Parmi les salariés de nouvelles couches se revèlent réceptives aux thèmes féministes. 111-5. La recherche grandissante d'une solution de rechange
Pour l'heure, les manifestations de défiance ne trouvent pas de traduction positive, en dehors des oppositions syndicales, dans l'émergence de courants de masse. Elles s'expriment essentiellement sous la forme d'une désorientation de la classe ouvrière par l'abstention électorale, mais aussi par des débordements partiels dans les luttes, par un large sentiment critique envers les directions majoritaires.
Cette situation puise à deux sources. Elle reflète, d'une part, le refus des travailleurs de faire les frais de la crise capitaliste. Ce qui confirme, tout à la fois, la perte d'influence des directions et l'échec de leurs tentatives pour gagner des secteurs décisifs de la population laborieuse à l'idée d'une conciliation fondamentale avec la classe dominante, conciliation qui, dans le contexte économique actuel, ne
IV . L'intervention de la LCR dans la situation politique et sociale
• peut prendre la forme que d'une remise en question des principales conquêtes sociales. D'autre part, elle est l'expression du vide stratégique devant lequel les travailleurs et les militants se trouvent placés en raison de la faillite de tous les projets réformistes, l'expérience en cours constituant, de ce point de vue, un point culminant.
En l'absence de direction de rechange crédible, la crise du mouvement ouvrier ne trouve donc pas encore d'issue à un niveau de masse. Cette tendance peut cependant se modifier rapidement si les obstacles à une mobilisation sociale d'ampleur parviennent à être levés. L'accumulation de phénomènes de différenciation dans les organiIV -1. Les lignes de force d'une politique révolutionnaire
La situation est marquée par la contradiction entre les aspirations du l 0 mai, incarnées dans l'élection d'une majorité PS-PC, et la politique d'austérité du gouvernement. Celle-ci, par son caractère anti-ouvrier, écœure profondement et désoriente les travailleurs tout en servant de tremplin à l'offensive de la bourgeoisie et des partis de droite.
Contre les attaques patronales en cours et les projets réactionnaires à plus long terme, la LCR agit pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrère. Son intervention s'ordonne autour des axes indissociables suivants : -le combat contre les attaques de la droite et du patronat, pour la défense des acquis et des intérêts des travailleurs ; - la bataille contre les mesures d'austérité du gouvernement, pour la satisfaction des revendications et aspirations de la classe ouvrière ;
sations traditionnelles - et pas seulement dans le mouvement syndical - en est le signe irréfutable. La perspective d'un échec brutalement révélée par les élections municipales, comme l'offensive multiforme de la réaction, servent de catalyseur à des mouvements, certes divers et éclatés -de la scission du PSU jusqu'au regroupement de militants se réclamant de l'expérience d'Union dans les luttes- mais qui vont tous dans le sens d'une rupture de gauche face aux appareils réformistes. Ces évolutions sont dès lors appelées à connaître de nouveaux développements à mesure que les échéances politiques et sociales se rapprocheront. -l'exigence adressée au PS et au PCF de s'appuyer sur les travailleurs pour gouverner contre les capitalistes ; -l'affirmation d'une alternative -anticapitaliste à la politique de collaboration de classes des directions réformistes. IV -1.1. La LCR œuvre à la mobilisation unitaire des travailleurs
Pour la défense des acquis, pour les revendications, pour que l'espoir de changement du 10 mai ne se termine pas par un échec, il faut l'unité dans l'action des travailleurs et de leurs organisations. Cela passe par l'application d'une politique de front unique visant à rassembler les larges masses dans l'action de classe contre la bourgeoisie.
Le déploiement d'une telle politique passe par le combat pour l'unité d'action, sans exclusive ni préalable, des travailleurs et de leurs organisations. n faut l'action unie de la classe ouvrière pour
défendre les acquis comme pour briser l'offensive réactionnaire du patronat et de la droite. Face à l'austérité, seule la mobilisation unitaire peut faire aboutir les revendications, se traduisant, pour répondre aux besoins immédiats des travailleurs, par l'application des mesures anticapitalistes urgentes.
Par son intervention, la LCR contribue à lever tous les obstacles objectifs et subjectifs qui se dressent sur la voie de l'action de masse et de classe. En même temps, contre toute la propagande sur la fatalité de la crise, qui veut détourner les travailleurs de la lutte, la LCR montre constamment le chemin de la mobilisation unitaire : -Dans les luttes dispersées, elle fait en sorte que la popularisation et la solidarité soient apportées ; elle contribue à exiger le soutien de l'ensemble des organisations ouvrières et en particulier de la majorité PS-PC ; elle agit pour la nécessaire coordination et centralisation des luttes chaque fois que cela est souhaitable et possible. -Dans les divers débats d'orientation syndicaux et devant tous les travailleurs elle met l'accent sur la
• défense des revendications unifian-
tes, rassemblant, par-delà leurs différences de situation, toutes les couches de la classe ouvrière. - Elle combat aussi pour le contrôle direct des travailleurs sur leurs luttes et pour des formes d'action . larges et démocratiques favorisant, sans exclusive ni préalable, la participation à la lutte de tous et toutes. - Elle mobilise toutes les forces possibles, par un large débat public, en faveur de l'unité d'action des organisations ouvrières, qui doit stimuler l'unité de combat de tous les travailleurs. - Elle défend une perspective globale de transformation de la société, que la classe ouvrière peut et doit faire sienne pour sortir de l'impasse où cherchent à l'enfermer les responsables capitalistes et les dirigeants réformistes qui acceptent d'obéir à la même logique.
Au travers de toute cette démarche de mobilisation, la LCR contribue à faire mûrir les conditions d'un mouvement d'ensemble de la classe ouvrière, dont elle affirme la nécessité : pour répondre à la hauteur des attaques lancées et préparées par la bourgeoisie ; pour homogénéiser et unifier, autour d'objectifs communs, les différentes catégories de la classe ouvrière ; pour la faire peser directement et en tant que classe, sur l'évolution de la situation politique.
A l'échelle nationale, le déclenchement et l'essor de grandes luttes convergeant vers un mouvement d'ensemble demeurent avant tout le produit de l'expérience propre des travailleurs, de leur combativité, ainsi que de l'orientation, en son sein, de dizaines de milliers d'hommes et femmes de confiance. Au cours du mouvement de la classe, l'activité des militants et militantes révolutionnaires dans les entreprises, les liens créés avec leurs camarades de travail, peuvent contribuer à faire mûrir de grandes avancées quand les circonstances les mettent à l'ordre du jour. Alors, l'existence d'une alternative politique liant revendications immédiates et mesures transitoires, perspectives du mouvement d'ensemble et solutions politiques globales, peut influer beaucoup sur la préparation, les rythmes et l'issue des luttes de classes. C'est pourquoi la LCR ne sépare en aucun cas ses tâches de mobilisation du mouvement de masse et la défense d'un programme politique . IV -1.2. A l'adresse du PS et du PCF, la LCR soutient la nécessité de gouverner contre les capitalistes
A l'adresse des partis majoritaires, cette politique a une signification sans équivoque : ils ont des comptes à rendre aux travailleurs, ils doivent mettre fin à toute collaboration, à tout « consensus » avec le patronat.
Dans toutes les mobilisations, toutes les luttes, tous les débats, la LCR oppose les aspirations des masses à la politique de collaboration de classe des directions réformistes.
Ainsi, au cœur de l'action et pour favoriser le combat de classe, les travailleurs doivent exiger du PS et du PC, majoritaires, qu'ils rompent avec la bourgeoisie : « on ne vous a pas élus pour ça ! », « prenez les mesures contre les attaques patronales », « cessez d'obéir aux exploiteurs, «vous devez répondre aux besoins des travailleurs ».
Dans chaque situation particulière, quelle qu'en soit la formule, il s'agit de traduire la même volonté de rompre avec les capitalistes, de réaliser le front unique des travailleurs et de leurs organisations contre l'ennemi de classe. IV -1. 3. La LCR défend une politique alternative à celle des réformistes
Dans le cours même des luttes, la tâche de la LCR est de favoriser la prise de conscience, par des couches de plus en plus larges du prolétariat, de la nécessité d'une alternative à la trahison de leurs intérêts par les directions réformistes du PS et du PC. A cela correspond une activité permanente de la LCR qui explique et dénonce l'orientation de collaboration de classes des dirigeants réformistes.
Cela se traduit aussi dans le refus de tout soutien politique au gouvernement et dans la défense, face à celui-ci, d'une politique révolutionnaire, à partir du programme d'action, du plan de mesures d'urgence, que la LCR propose à la discussion de tout le mouvement ouvrier.
En même temps, la LCR tiem compte du niveau de conscience des masses. Si aujourd'hui le refus du soutien à la politique du gouvernement est la ligne de démarcation entre partis de collaboration de classes et partis de lutte de classes, il n'en reste pas moins que, pour les larges masses, l'expérience reste encore à faire, dans le cours des luttes sociales et des événements politiques.
C'est en effet dans les affrontements avec les capitalistes que la classe ouvrière prendra conscience de la nature bourgeoise de ce gouvernement et de la nécessité de le remplacer par un gouvernement des travailleurs défendant jusqu'au bout leurs intérêts.
Dans ces conditions, les révolutionnaires n'adoptent pas et ne proposent pas une ligne de conduite qui serait, à son égard, semblable à celle qui s'impose naturellement face à un gouvernement constitué par les partis bourgeois.
En revanche, l'affirmation d'une force politique à la gauche du PS et du PC, une force œuvrant à l'unité et à l'indépendance de la classe ouvrière, devient un élément important de conviction pour des milliers de militants ouvriers conscients de la nécessité de la lutte mais hésitant à s'y engager par
racistes, en défendant tous les · nement a vite renoncé.
manque de perspective globale. C'est pourquoi la LCR s'engage sans réserve dans le dégagement d'une telle alternative. IV -2. Deux questions brûlantes : deux réponses impératives
Dans le contexte de la crise, le développement du racisme et la politique de militarisation de la bourgeoisie française et internationale deviennent d'une actualité brûlante.
La LCR leur donne donc toute leur place dans son activité, dans sa bataille pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière. IV- 2.1. La construction d'un large front unique antiraciste
Avec l'appronfondissement de la crise économique, les patrons et la réaction ont fait du racisme une arme pernicieuse pour détourner les travailleurs des véritables responsables de leurs difficultés.
En soutenant une politique gouvernementale de répression contre les immigrés, les dirigeants réformistes ont aussi montré que, dans ce domaine comme dans d'autres, ils capitulaient devant les pressions bourgeoiSes.
L'antidote à ce poison mortel pour les travailleurs doit être absolument répandu par un travail opiniâtre de contre-propagande et d'explication dirigé vers les milieux populaires.
Dans les entreprises, les syndicats, les localités, la LCR assume ses responsabilités dans ce domaine en combattant avec acharnement les préjugés et les réflexes droits démocratiques des immigrés, notamment celui de travailler et vivre en France. Ses militants prennent aussi toutes les initiatives pour rassembler sous une forme appropriée, à l'échelle de l'entreprise et de la localité, tous les travailleurs prêts à accomplir cette tâche de salubrité publique. A cette fin, ils militent dans tous les regroupements et associations (tels que le MRAP et la F ASTI) et les commissions syndicales ou cartels locaux qui poursuivent le même objectif.
Toutefois, le défi lancé par l'essor incontestable du racisme exige plus que des explications permanentes et des initiatives locales. Nationalement, il doit lui être répondu par la constitution d'un large front antiraciste. U n tel front doit rassembler l'ensemble des as. sociations, organisations, partis, militants, personnalités du mouvement ouvrier, démocratique et immigré, pour la défense des travailleurs immigrés et de leurs familles contre les campagnes et agressions racistes, pour l'obtention de tous leurs droits démocratiques. Ce front aidera ainsi de toutes ses forces les immigrés à affirmer eux-mêmes leur détermination à ne pas laisser porter atteinte à leur dignité.
Mais la lutte contre le racisme exige aussi que la LCR intervienne dans les organisations de masse autour d'axes concrets de défense des travailleurs immigrés, afin que celles-ci s'opposent aux mesures de répression du gouvernement et suscitent une mobilisation unitaire pour les mettre en échec. Ces axes sont essentiellement les suivants : -la lutte contre les expulsions, pour la régularisation de tous les « sans-papiers », contre toute messure repressive ; -la lutte pour l'obtention d'une carte unique de séjour et de travail, valable 1 0 ans, renouvelable automatiquement et non informatisée ; en effet, la réalisation d'une telle revendication -contenue dans les programmes du PS et du PCF avant le l 0 mai - permettrait de supprimer au moins une partie de l'arbitraire et de la précarité qui pèse sur leur statut ; - la lutte pour l'égalité des droits et en premier lieu pour l'obtention du droit de vote et d'éligibilité à toutes les élections politiques ; le droit de vote pour les immigrés était l'une des ll 0 propositions de Mitterrand, à laquelle le gouver-
Au-delà de ces revendications spécifiques, la LCR combat contre tout contrôle de l'immigration. Car celui-ci aboutit inévitablement à des mesures ·répressives, scandaleuses et discriminatoires qui servent de tremplin aux campagnes racistes. Le contrôle de l'immigration et les mesures qui l'accompagnent ne règlent aucunement la question du chômage et au contraire, perpétuent l'utilisation de la main d'œuvre immigrée selon les intérêts de la bourgeoisie. IV -2.2. le développement d'un mouvement de masse contre
la militarisation impérialiste
Pour des raisons économiques et politiques, les plans d'austérité de la bourgeoisie s'accompagnent dans tous les Etats impérialistes d'une entreprise de militarisation. Depuis le 1 0 mai, le gouvernement français continue lui aussi de mettre en œuvre une politique impérialiste. Par son discours de Bonn et la signature de la déclaration finale du sommet de Williamsburg, Mitterrand a clairement affirmé sa volonté de conserver à la France une place de premier plan dans le dispositif impérialiste dont le Pacte atlantique reste l'épine dorsale.
Renforcement de la force de frappe, accélération de la mise au point opérationnelle de la bombe à neutrons, confirmation de la France comme premier marchand d'armes européen et troisième au plan mondial, constitution d'une force d'intervention rapide sur le modèle de la force de déploiement américaine, envoi de troupes au Liban et au Tchad, leur maintien en Afrique : tout montre que le gouvernement Mitterrand entend renforcer le rôle de la France comme l'une des premières puissances impérialistes et militaires de la planète. A l'instar des autres Etats impérialistes, la politique de militarisation du gouvernement français alimente les menaces de guerre qui planent sur l'humanité. Sa • contrepartie, comme ailleurs, signifie plus de sacrifices pour les travailleurs, plus de misère et d'oppression pour les peuples des pays dominés, prétendus « en voie de développement ».
Pour ces deux raisons la LCR est totalement opposée à la politique impérialiste et de militarisation du gouvernement français. Dans le mouvement ouvrier, elle dénonce la direction du PS, relayée par certaines directions syndicales, qui tente de masquer la défense des intérêts de l'impérialisme français et son alignement atlantiste sur les Etats-Unis derrière la fable (contredite par de nombreux experts et organismes indépendants, même bourgeois) de la prétendue supériorité militaire soviétique. Et cela quand l'administration américaine livre une véritable guerre en Amérique centrale, quand elle s'apprête à installer ses missiles Cruise et Pershing en Europe, quand pour la première fois depuis la guerre froide certains cercles dirigeants aux USA développent ouvertement l'idée de déclencher en premier le feu nucléaire. Au moment aussi où le gouvernement français prend toute sa part aux manœuvres de stabilisation impérialiste au Moyen-Orient et continue d'être le principal gendarme impérialiste de l'Afrique, où il défend ses intérêts économiques et stratégiques.
La LCR dénonce également la politique des dirigeants du PCF qui s'efforcent d'orienter le mouvement de masse vers des objectifs concordant avec ceux de la diplomatie du Kremlin. Elle condamne leur volte-face à propos de la force de frappe française et leur tentative pour détourner le mouvement de masse naissant de ce qui doit être son objectif principal : la lutte contre l'arsenal militaire français.
La LCR combat pour le désarmement unilatéral, sans préalable ni condition,de l'impérialisme en général et de l'impérialisme français en particulier. Elle rejette le mot d'ordre « ni Pershing, ni SS 20 » qui conditionne le refus d'installation des euromissiles américains au démantèlement parallèle des SS 20 soviétiques. Elle soutient le mot d'ordre commun aux grandes mobilisations de masse, les plus grandes qu'ait connues l'Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale: «Non aux euromissiles Cruise et Pershing ! ».
Dans le même temps, elle intervient activement pour que le mouvement antiguerre français se donne un objectif prioritaire sur lequel il peut concrètement agir: la politique de militarisation en France, à commencer par la force de frappe et les crédits militaires.
Elle défend la nécessité d'une solidarité étroite avec les peuples du Nicaragua, du Salvador et d'Amérique centrale, premières victimes d'une guerre qui n'est plus une menace mais une réalité sanglante.
Dans le but de favoriser les luttes de masse des travailleurs, à l'Ouest comme à l'Est, elle souligne l'importance d'une coordination démocratique des mouvements nationaux de pays impérialistes et défend les droits démocratiques des mouvements et militants indépendants d'URSS et d'Europe de l'Est contre la répression bureaucratique.
Telle est l'orientation fondamentale de la LCR pour la construction d'un large mouvement antiguerre.
Pour être le plus vaste possible, celui-ci continuera de comprendre des courants, des opinions les plus variés. En cherchant à rassembler les meilleures conditions pour des mobilisations de plus en plus massives, la LCR y défend ses positions et celles de la Ive lhternationale sans en faire ni exclusive ni préalable.
Elle insiste en particulier sur la nécessité de lier organiquement et politiquement le mouvement antiguerre avec le mouvement ouvrier. La complémentarité de la politique d'austérité et des plans de militarisation, la liaison entre la crise capitaliste et la montée des dangers de guerre, doivent être inlassablement soulignés à l'aide de mots d'ordre tels que «Des crédits pour l'emploi et les salaires, pas pour la bombe ! », « Pas un sou pour fabriquer et donner la mort! »
La LCR met l'accent sur la nécessité de combattre tous les aspects de la politique française de militarisation, et tout spécialement les interventions néo-coloniales de l'impérialisme français au Tchad, au Liban, en Afrique ou au Moyen-Orient.
Elle exige une rupture complète et définitive des liens qui unis. sent la France à l'Alliance atlantique (et à son organisation militaire l'OTAN), alliance antiouvrière, impérialiste, militariste et contre-révolutionnaire.
Dans toutes les mobilisations, la LCR s'attache à expliquer que c'est l'impérialisme - y compris l'impérialisme français- qui est l'initiateur de la course aux armements et le principal responsable des conflits militaires de ce siècle, en Europe et dans le monde. Pour arrêter cette logique infernale de l'impérialisme et de sa politique de militarisation qui menacent l'humanité d'anéantissement nucléaire, il faut en finir avec le système qui en est porteur : le capitalisme aujourd'hui en crise ouverte.
Les premières manifestations de courants pacifistes indépendants en URSS, en Tchécoslovaquie, en Hongrie et surtout en République démocratique allemande, appellent le soutien des mouvements antiguerre en Europe capitaliste. Les pacifistes d'Europe orientale s'élèvent contre l'embrigadement militariste de la jeunesse,' le poids croissant des dépenses
• militaires et la répression de la bureaucratie qui leurs nie le droit « de travailler de manière indépendante pour la paix ». La LCR soutient ces mouvements et condamne la politique militaire de la bureaucratie stalinienne.
Elle reconnaît le droit de l'Union soviétique et de tous les Etats où la bourgeoisie a été expropriée à se prémunir contre les menaces impérialistes en se dotant d'un système de défense approprié. Mais pour être efficace, la défense des Etats ouvriers nécessite avant tout une politique internationaliste tournée vers la mobilisation des masses à l'échelle internationale. La bureaucratie est incapable d'une telle politique. Sa politique militaire comme ses initiatives diplomatiques ont pour pierre angulaire la défense du statu quo avec l'impérialisme, notamment par le biais des négociations (sous l'égide ou non de l'ONU). C'est pourquoi la LCR soutient les mouvements pacifistes indépendants à l'Est. C'est pourquoi elle se prononce aussi pour le retrait des troupes soviétiques et de celles des autres Etats du Pacte de Varsovie des territoires des autres Etats ouvriers où ces forces sont placées en situation d'armées d'occupation.
Les masses n'ont rien à attendre de l'impérialisme et de la bureaucratie stalinienne qui négocient sur le dos des peuples. Seule l'unité des travailleurs et de jeunes, à l'Est comme à l'Ouest, dans la lutte contre les menaces de guerre, permettra d'avancer avec la révolution vers une société reéllement pacifique et démocratique, une société socialiste où la paix ne sera pas un vain mot. IV -3. Plus que jamais, l'actualité du mouvement autonome des femmes
De nombreuses attaques contre leur droit à l'emploi et une campagne systématique visent à mettre les femmes dans une situation où elles accepteraient le rôle traditionnel de mère au foyer et de salariées au rabais ou à temps partiel. Les femmes seraient ainsi ramenés au rôle d'« armée de réserve du prolétariat » dans lequel la bourgeoisie, en ces temps de crise, veut les enfermer .
Loin de combattre ces exigences patronales, la politique familiale du gouvernement leur sert de relai.
Pour riposter à cette offensive contre les femmes, offensive qui s'appuie sur les préjugés sexistes au sein de la classe ouvrière elle-même et les conforte, l'engagement de la LCR est sans réserve : dans toutes les activités politiques et syndicales, ses militants et militantes combattent pour la pleine égalité des femmes et des hommes ; (elles, ils) soutiennent les revendications et les luttes qui remettent en cause l'oppression des femmes .
Dans les syndicats, pour prépa- · rer la riposte de masse indispensable, les militants et militantes de la LCR combattent plus que jamais toutes les manifestations de sexisme et toutes les formes de surexploitation des femmes au travail, surexploitation encore renforcée par la stratégie actuelle du patronat et du gouvernement. Ils proposent l'unité de toute la classe ouvrière face au patronat.
Plus que jamais, devant l'offensive bourgeoise à leur encontre, un mouvement autonome qui développe la lutte des femmes pour leur libération est nécessaire.
Les luttes contre l'oppression des femmes, que celles-ci seront toujours les premières à porter, sont en effet un levier décisif contre les divisions entre sexes entretenues par le système capitaliste et qui traversent la classe ouvrière. C'est cela qui explique le caractère souvent conflictuel du mouvement autonome des femmes avec les organisations mixtes du mouvement ouvrier, tel qu'il est aujourd'hui, alors qu'il n'y a pas d'intérêts historiquement divergents entre hommes et femmes du prolétariat. Il n'y a pas non plus, comme le prouve l'histoire du mouvement ouvrier, une prise en charge spontanée par les organisations de la classe ouvrière des luttes des femmes contre leur oppression.
La reprise en compte des luttes des femmes par le mouvement ouvrier dépend en grande partie de la capacité collective des femmes de faire peser, dans les luttes, leurs exigences. Cette capacité, cette affirmation collective de la volonté des femmes se forgeront par un mouvement autonome des femmes.
C'est pourquoi, depuis des années, la LCR s'est prononcée pour la constitution d'un mouvement large, permanent, porteur de
revendications féministes et anticapitalistes, capable de mener des luttes, de peser sur la scène politique et de faire reprendre en compte son combat par le mouvement ouvrier.
Un tel mouvement n'existe pas aujourd'hui en France. Une avancée vers sa construction passe par le regroupement des forces féministes actuellement divisées.
Un certain nombre de ces forces ont combattu depuis 1 5 ans sur l'ensemble des terrains de l'oppression des femmes ; elles ont à nouveau appelé à la mobilisation unitaire pour le droit à l'avortement. Certaines se sont regroupées à l'occasion des Etats-généraux d'avril 1982 sur le travail des femmes. Tous ces courants mènent ensemble une campagne contre le sexisme.
Aujourd'hui existent des convergences réelles et une volonté de dépasser la division pour peser sur la situation politique. C'est pourquoi la LCR soutient ce processus de recomposition des forces féministes, œuvre au renforcement des courants de lutte de classe et soutient l'objectif de constitution d'une fédération des femmes. Elle participe à toute initiative (débats, campagnes, etc.) allant dans ce sens. IV-4. La LCR et le mouvement syndical IV -4.1. L'aggravation de la crise des syndicats
La politique suivie depuis le 1 0 mai par les directions syndicales a
•
accru les phénomènes de désyndicalisation et d'abstention ouvrière dans diverses élections professionnelles. Au-delà de cet affaiblissement du mouvement syndical, la réalité est beaucoup plus complexe. On peut la résumer par trois phénomènes liés entre eux : -un développement de l'esprit critique. Cela est notable dans le comportement des travailleurs, dont les votes se déplacent massivement d'un syndicat à l'autre en fonction du comportement de ces derniers. Cela est notable aussi parmi les militants syndicaux, dont les critiques à l'égard des directions ne manquent pas ; -une politisation. De nombreux travailleurs exigent de leurs syndicats qu'ils critiquent tel ou tel aspect de la politique gouvernementale. Et l'orientation des directions syndicales elle-même politise les militants et nombre de travailleurs en leur faisant constater que l'orientation du syndicat dépend de la politique du gouvernement ; -une différenciation. A côté de phénomènes comme l'abstention aux élections prud'homales et à certaines élections professionnelles, les travailleurs répondent souvent positivement à l'appel à l'action lorsqu'il est lancé par leurs organisations syndicales unies.
L'analyse de cette situation, contradictoire, éclaire l'orientation fondamentale de la LCR vis-à-vis du mouvement syndical. Les membres de la LCR militent au sein des confédérations ouvrières, en priorité la CGT compte tenu de sa place spécifique dans le mouvement ouvrier français.
Parce qu'ils veulent la meilleure défense des intérêts des travailleurs, les militants de la LCR agissent dans leurs organiations syndicales avec le souci de les construire, d'en faire des organisations véritablement démocratiques, au service des luttes de masse et de classe.
Dans ce combat, ils se trouvent aux côtés de tous ceux et celles qui défendent une orientation de lutte de classe dans les syndicats, avec toutes les forces partageant cet objectif ; ils contribuent au regroupement d'un courant pour donner aux syndicats une ligne de défense intransigeante des intérêts de la classe ouvrière. Une telle tendance de masse au sein du mouvement syndical serait un élément stratégique de la recomposition du mouvement ouvrier pour l'affirmation d'une nouvelle direction . IV -4.2. Le combat pour un syndicalisme unitaire, de masse et de classe
Avec de très nombreux syndicalistes et travailleurs, les militants de la LCR s'opposent à l'acceptation des impératifs capitalistes de la criœ économique, à l'abandon et à la révision en baisse des revendications, à l'étouffement de la vie syndicale qui accompagne l'orientation des directions. Ils défendent une perspective alternative, reposant sur l'unité, l'indépendance et la démocratie syndicales: • Un syndicalisme de classe indépendant de l'Etat et du gouvernement, qui place au-dessus de tout la défense des intérêts des travailleurs, sans aucune distinction de sexe ou de nationalité ; qui rejette la subordination des dirigeants nationaux actuels à la politique de collaboration de classes du PS et du PC au gouvernement ; qui s'engage sans réticence dans le combat contre le racisme et la militarisation en France et qui défende les revendications aujourd'hui élémentaires face au chômage et à l'austérité : la semaine de trente-cinq heures sans perte de salaire, l'indexation des salaires, la garantie du pouvoir d'achat par un système d'échelle mobile, le droit à l'emploi des femmes à plein temps et sans dise rimination. • Un syndicalisme de masse démocratique, qui préserve à la fois l'unité nécessaire à l'action des organisations syndicales et le plus large débat d'idées parmi les syndiqués, les travailleurs et leurs structures syndicales souveraines, conformément aux principes de fonctionnement démocratique et fédéraliste des syndicats. • Un syndicalisme unitaire pour la lutte : dans le respect des opinions émises par les syndiqués, un syndicalisme qui propose et pratique l'unité d'action systématique entre les confédérations dans la perspective d'une centrale unitaire et démocratique. Celle-ci permettrait à tous les travailleurs de se rassembler, de se défendre ensemble, de voir garantie la diversité de leurs courants d'idées et d'opinions. IV-4.3. Un levier pour l'auto-organisation des travailleurs
La raison d'être du mouvement syndical est d'organiser le combat collectif des travailleurs pour la défense de leurs conditions d'existence et pour les préparer ainsi à l'exercice de leur propre pouvoir.
C'est pourquoi le syndicat n'est pas un but en soi mais un outil pour favoriser l'activité de la classe ouvrière et contribuer à son auto-organisation dans la lutte. Dans ce cadre, les militants syndicaux de la LCR, avec tous ceux et celles qui luttent pour une orientation de lutte de classe, font de la démocratie et de l'unité d'action syndicale des leviers décisifs pour la démocratie ouvrière et l'unité ouvrière.
Ils militent donc activement pour la constitution d'intersyn-
• dicales ou de fronts syndicaux communs, responsables devant les assemblées de syndiqués et du personnel des entreprises. Au-delà de ces formes élémentaires de démocratie ouvrière, ils luttent aussi pour la création d'organes de mobilisation unitaires qui élargissent la mobilisation, pour la constitution de comités de grève représentatifs de tous les travailleurs en lutte, ces derniers ayant les moyens de contrôler directement leurs délégués.
A chaque étape de la lutte, ils s'efforcent ainsi de faire les propositions qui permettent et l'élargissement de l'audience du syndicat, et l'organisation démocratique de masse des travailleurs, ceux-ci prenant en mains leurs propres affaires. IV -4.4. La cristallisation des oppositions syndicales
Depuis 1981, les oppositions syndicales se sont élargies et cristailisées à ·leur rythme respectif, dans la CGT et la CFDT. Elles ont connu une regain dans la FEN et un début de manifestation dans FO. Ainsi le processus à l'œuvre depuis une quinzaine d'années a-t-il progressé, en réponse à la trahison des espoirs suscités par les partis réformistes, en réponse au rôle de courroie de transmission de la politique gouvernementale dans lequel se complaisent les directions réformistes.
L'apparition, en juin 1982, d'une opposition à la ligne de la direction Maire dans la CFDT marque à cet égard un tournant. Regroupement de syndicats dont les liens ont été tissés dans les batailles contre le « recentrage » depuis 1977-78, cette opposition s'étend face au cours de plus en plus nettement social-démocrate de la direction confédérale.
Dans la CGT, divers militants et courants se heurtent aux options confédérales : ceux qui voulaient 1 'unité pour chasser Giscard, ceux qui étaient aux côtés de Solidarnosc, les adhérents et les équipes syndicales qui refusent maintenant de payer le prix du soutien de Krasucki au gouvernement, comme ils refusent de rogner ou d'abandonner leurs revendications au nom d'une ligne tournée vers la meilleure gestion des entreprises capitalistes. Ceux-là ne sont pas prêts à taire leurs exigences pour de prétendus intérêts économiques
« nationaux » planant au-dessus des classes.
Dans la FEN, l'orientation progouvernementale du bloc de fait entre l'aile social-démocrate et celle du PCF ouvre un espace plus grand pour l'activité de l'opposition animée par la tendance Ecole émancipée.
Tous ces éléments prometteurs · pour la construction d'une tendance syndicale de lutte de classe buttent cependant sur certains obstacles importants : le niveau extrêmement différencié et encore limité de la mobilisation ouvrière, l'inégalité de développement exis- . tant au sein même des oppositions.
Dans cette conjoncture, les bureaucraties confédérales peuvent être tentées de recourir à la répression sélective pour isoler, voire pour diviser ces oppositions avant que leur plate-forme ne se précise et ne se présente comme portée par des luttes importantes de la classe ouvrière. Seules de telles échéances, en effet, peuvent donner leurs contours aux oppositions syndicales et leur fournir les moyens de se transformer en tendance syndicale de masse pour la lutte de classe. En effet, la conformation d'une tendance syndicale de masse ne peut être le pur et simple prolongement de la réalité des oppositions d'aujourd'hui. IV-4.5. La LCR et le développement des oppositions syndicales
La LCR est convaincue que ces oppositions syndicales sont susceptibles de donner corps à de véritables courants de masse et qu'elles peuvent jouer un rôle décisif dans la bataille pour le front unique ouvrier. Les militants de la LCR agissent pour que ces oppositions soient le fer de lance d'un syndicalisme unitaire, indépendant et démocratique défendant avec intransigeance les intérêts des travailleurs. Dans les syndicats, les membres de la LCR prennent toute leur part dans le développement de ces courants. Ils font des propositions d'action de masse qui correspondent aux besoins des travailleurs contre l'austérité capitaliste, contre le chômage, contre les discriminations sexistes, contre la campagne raciste, contre l'effort de guerre.
Ces propositions, ils les défendent en respectant le cadre de fonctionnement que se fixent ces
v. Le renforcement de la LCR et la construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - d e la jeunesse représentent désor-
La crise de direction du révolutionnaire a des effets désamouvement ouvrier a des effets grégateurs. Il favorise la confusion contradictoires. Le degré de con- politique et entrave le développetrôle des appareils stalinien et ment d'une conscience de classe social-démocrate s'affaiblit. Cela révolutionnaire. Et cela dans un favorise déjà, spécialement dans contexte où la perspective même les syndicats, l'émergence de du socialisme est obscurcie par le
Comparée aux années 1934-38 social-démocratie à la société bourou 1 945-4 7, cette perte de contrôle geoise, tandis qu'au plan des idées des directions réformistes peut être l'offensive réactionnaire contre le à l'origine, en cas de montée des marxisme bat son plein.
tuées au sein des grandes orga- aujourd'hui l'écart qui existe entre nisations traditionnelles que lors le bas niveau de mobilisation courants, leurs rythmes de débat et d'initiative. Pas plus que les syndicats, les oppositions ne peuvent être regies par le centralisme démocratique. Elles regroupent des courants d'opinion politique et syndicale différents. Le débat en leur sein est utile et nécessaire. Il doit se dérouler dans des conditions qui préservent la collaboration loyale entre ces divers courants, dès lors qu'ils se battent au sein du syndicat sur des positions de lutte de classe. Toute perspective qui aboutirait à détourner les oppositions de leur lutte pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière, qui chercherait à en faire un substitut d'organisation politique, ne pourrait conduire qu'à leur minorisation et à leur isolement. C'est pourquoi les militants et les militantes de la LCR s'opposent à toute tentative de faire de ces courants des courroies de transmission pour les positions V -1. Les effets contradictoires de la crise de direction du mouvement ouvrier courants critiques. luttes ouvrières, de différenciations, voire de ruptures plus accendes périodes antérieures.
de tel ou tel groupement politique.
Pour sa part, la LCR, en tant qu'organisation révolutionnaire, défend ses propositions en toute indépendance, en fonction de son projet fondamental : arracher les travailleurs au contrôle et à l'influence de leurs directions social-démocrate et stalinienne. Pour définir ces propositions, la LCR prend en compte les discussions qui traversent les syndicats et, en particulier, leurs courants d'opposition. Elle considère donc comme complémentaires l'engagement sans réserve de ses militantes et militants dans le travail syndical, dans l'affirmation des oppositions syndicales, et la défense par ces mêmes militantes et militants des propositions de front unique, des positions politiques qu'ils jugent adaptées à la progression du mouvement des travailleurs.
Mais cette crise de direction touche le mouvement ouvrier sans qu'une alternative révolutionnaire crédible n'existe en son sein. Le décalage entre l'ampleur de la crise de direction et le retard dans la construction d'un parti ouvrier discrédit grandissant du stalinisme, par l'intégration complète de la
A ce décalage objectif s'ajoute sociale et le rythme plus rapide de la maturation politique, surtout dans les syndicats. V- 2. Les éléments clés pour la construction de la LCR
Les données présentes de la recomposition du mouvement ouvrier confirment l'option fondamentale des militants de la IVe Internationale en France : construire une organisation révolutionnaire indépendante, tournée vers l'initiative politique et l'action de masse, implantée dans les secteurs décisifs de la classe ouvrière. V-2.1. Une organisation révolutionnaire indépendante
Les travailleurs qui, dans les luttes, font l'expérience pratique de l'orientation des dirigeants réformistes, les militants socialistes et communistes qui s'interrogent sur la politique de leurs directions ou commencent à s'en détacher, les syndicalistes qui n'acceptent pas de voir leur organisation transformée en courroie de transmission pour l'austérité gouvernementale, les militants inorganisés qui se posent pourtant le problème d'une alternative à gauche, les jeunes qui, malgré leur peu d'expérience politique, s'affirment souvent comme les plus décidés à la lutte, toutes ces couches de la classe ouvrière et mais des milliers d'hommes et de femmes. Ils peuvent et doivent être gagnés au combat pour la construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs.
Le premier pas indispensable sur cette voie est de leur offrir dès maintenant, au travers de la propagande, de l'agitation, des initiatives de la LCR, un point de repère pour le dégagement de cette alternative. La contestation du réformisme de l'intérieur des partis socialiste et communiste ne peut remplir cette fonction essentielle pour toutes ces couches du prolétariat. Tel est le but du travail accompli ensemble par la LCR et les JCR. V-2.2. Une organisation tournée vers l'initiative politique et l'action de masse
La dynamique et l'issue du processus de recomposition en cours dans le mouvement ouvrier
• dépendent étroitement de l'intervention en son sein des révolutionnaires. C'est pourquoi la LCR défend un programme d'action anticapitaliste, impulse des campagnes nationales, contribue partout à forger l'unité ouvrière contre l'offensive des patrons et des partis de droite comme elle aide à organiser la riposte aux mesures d'austérité gouvernementales.
La LCR illustre ses propositions et ses perspectives d'action pour le mouvement ouvrier par des initiatives et des campagnes qui matérialisent, selon la situation, les éléments essentiels d'une alternative politique et organisationnelle : la voie de la lutte anticapitaliste pour une réponse ouvrière et socialiste à la crise, comme elle le fit lors de la conférence ouvrière nationale de novembre 1982; la voie du combat anti-impérialiste qui l'amena à impulser la manifestation unitaire du 5 juin 1982 lors de la venue de Reagan à Paris ; la voie de la riposte aux manœuvres réactionnaires de la droite contre lesquelles elle manifesta le 18 mai 1983 ; la voie de la mobilisation et de l'unité d'action des travailleurs comme la LCR le fit dans toutes les luttes ouvrières et en soutenant l'appel lancé, en octobre 1982, par mille travailleurs de Rouen.
Dans ce cadre, la LCR accorde la priorité à l'intervention politique dans les entreprises où, notamment par des feuilles et des tracts réguliers, elle construit des noyaux communistes qui assument ouvertement sa politique auprès de tous les travailleurs.
C'est ainsi que les militants et militantes révolutionnaires peuvent être reconnus par leurs camarades de travail non seulement comme les défenseurs intransigeants, dans les entreprises et les syndicats, des intérêts quotidiens des travailleurs et des animateurs de leurs luttes, mais aussi comme ceux et celles qui offrent dans la classe ouvrière les explications et réponses politiques qui aident à surmonter les obstacles actuels à la mobilisation et renforcent la confiance des travailleurs dans leurs propres capacités. V-2.3. Une organisation implantée dans les secteurs décisifs de la classe ouvrière
Par sa politique de prolétarisation, la LCR se fixe comme objectif de constituer un outil décisif pour la jonction entre l'avantgarde révolutionnaire et les courants de radicalisation qui commencent à s'esquisser dans la classe ouvrière. Tout dans la situation présente confirme l'importance de cet effort qui a déjà porté des fruits en dotant la LCR d'une intervention nouvelle dans plusieurs usines capitales pour l'essor des luttes ouvrières.
La prolétarisation ne peut en aucun cas représenter un substitut à l'activité politique ou un raccourci pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire ; elle constitue cependant une tâche organisationnelle prioritaire pour le développement de la LCR. A ce titre, elle englobe un ensemble de mesures destinées à favoriser à la fois la transformation de la LCR en une organisation répondant mieux aux besoins des travailleurs qu'elle veut organiser dans ses rangs et sa présence dans les entreprises importantes de la métallurgie, de la chimie, de l'énergie, des transports et des communications.
C'est pourquoi la LCR affirme la nécessité d'une telle orientation fondée sur ces éléments clefs : un renforcement de la centralisation politique de son intervention dans les entreprises et la mise en place de directions adaptées à cet objectif ; une formation politique organisée à tous les niveaux et plus particulièrement en direction des militants ouvriers de base et des directions ; un effort de recrutement et de féminisation, inséparable d'une transformation de l'organisation et de son apparition politique accrue dans les entreprises ; enfin, un accent important mis sur l'embauche d'un nombre significatif de militants et de dirigeants de la LCR dans les grandes entreprises des principales régions industrielles du pays. V -2.4. Une organisation qui contribue au développement des JCR dans la jeunesse
La construction d'une organisation de jeunes révolutionnaires représente l'instrument privilégié pour le recrutement, la formation et l'apprentissage des jeunes au combat pour la révolution socialiste. C'est pourquoi la LCR collabore avec les JCR, qui lui sont programmatiquement liés par une
prévoir quels seront les contours ·définir un « programme révolumême solidarité avec la IVe Internationale, à la réalisation de leur objectif commun : la construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs et de son organisation de jeunesse.
Sur la base de l'expérience déjà accumulée pendant plusieurs années, la LCR s'efforcera ainsi d'attacher encore plus d'importance à la mise en pratique de cette collaboration dans les domaines qui concernent aussi bien les travailleurs que la jeunesse, qu'elle soit scolarisée, au chômage, ou dans les entreprises.
Tout en respectant l'autonomie des JCR, la LCR travaille avec elle au lancement de campagnes politiques et d'initiatives dans le mouvement de masse contre le chômage et l'austérité, le racisme et la militarisation. Ses militants aident ceux des JCR à construire une organisation implantée dans la jeunesse des banlieues, des foyers et des entreprises. V -3. Le combat de la LCR pour un parti révolutionnaire 4es travailleurs V -3.1. Face à l'échec du PS et du PC, la nécessité d'un parti à la gauche de la gauche
Partout des travailleurs combatifs, des militants socialistes, communistes ou plus ou moins liés à l'extrême gauche, des syndicalistes, des jeunes discutent de l'impasse de la politique gouvernementale et des risques de son échec. Cette donnée, qui est devenue patente depuis les municipales de mars 1983 et l'annonce consécutive du plan d'austérité, témoigne de la maturation politique lente mais progressive au sein de la classe ouvrière et parmi tous ceux qui aspirent à une transformation radicale de la société.
C'est ainsi que l'idée d'une alternative politique au PS et au
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PCF touche des cercles de plus en plus larges. L'idée d'un parti à la gauche de la gauche fait son chemin.
La LCR s'exprime sans hésitation comme l'organisation qui combat pour la construction d'un nouveau parti révolutionnaire des travailleurs. Mais ce processus n'en est encore qu'à ses débuts. S'il doit retenir toute l'attention des révolutionnaires, ceux-ci doivent aussi en cerner nettement les faiblesses et les limites actuelles : l'absence de mobilisation sociale de masse et de différenciations ouvertes dans les grands partis ouvriers. Rien ne permet encore de de telles différenciations lorsqu'elles se produiront, ou si elles se situeront dans la continuité des éléments de recomposition perceptibles aujourd'hui.
C'est pourquoi, à l'ouverture de cette situation nouvelle, la LCR ne peut privilégier aucun de ces éléments. Pourtant, elle doit dès maintenant intervenir dans ces phénomènes de recomposition et préparer leurs développements ultérieurs.
La nouvelle direction révolutionnaire dont le prolétariat a besoin ne naîtra pas d'une simple accumulation de militants, d'un grossissement de la LCR au fil des luttes et des débats politiques. Le parti révolutionnaire des travailleurs sera nécessairement le produit combiné de la construction de la IVe Internationale, de son intervention et de la fusion avec d'autres forces et courants issus du mouvement ouvrier.
Ce stade n'est pas encore atteint, en raison même des entraves à la mobilisation des masses et des limites présentes des processus de différenciation politique. Mais il s'agit, pour la LCR, de s'inscrire et de peser positivement dès aujourd'hui dans tous les débats et toutes les manifestations qui montrent que cette situation peut devenir d'une actualité brûlante, sans préjuger du type de réponse qui devra alors lui être donnée. V.-3.2. les piliers stratégiques du programme révolutionnaire et les fondements d'une démarche du regroupement
Le test d'une convergence politique entre la LCR et les partis, regroupements ou organisations qui v:eulent se situer «à la gauche de la gauche» réside dans une attitude commune, vérifiée et constatée, face aux développements de la révolution mondiale et dans les luttes de classes en France.
La LCR leur propose inlassablement 1 'unité, même partielle, pour impulser, ensemble, l'action du mouvement des masse et imposer le front unique aux organisations majoritaires de la classe ouvrière.
A travers un tel processus, la LCR cherche à dégager et à vérifier une compréhension commune des grands événements et des tâches de la lutte de classes. En revanche, elle ne cherche pas à tionnaire commun mtmmum », mais à clarifier politiquement et pratiquement les conditions qui rendraient possible et viable une organisation révolutionnaire commune.
les axes stratégiques que popularise la LCR et autour desquels devrait se faire un tel regroupement sont à son avis les suivants : -Contre toute tentative de réforme de l'Etat bourgeois, affirmer la nécessité de le détruire et d'instaurer le pouvoir des travailleurs, une dictature du prolétariat qui soit en même temps la démocratie la plus large pour les travailleurs. Contre toute tentative de construire le « socialisme dans un seul pays », ou de séparer une étape démocratique d'une étape socialiste de la révolution dans les pays dominés, affirmer le caractère international et permanent de la révolution. -Contre toute volonté de renvoyer dos à dos l'impérialisme et les Etats où le capital a été exproprié, affirmer la nécessité de défendre les conquêtes sociales dans ces derniers face à toute agression impérialiste ou menace de restauration capitaliste ; affirmer en même temps la nécessité du renversement révolutionnaire de la bureaucratie partout où elle a usurpé le pouvoir. -Contre les politiques social-démocrate et stalinienne de division et de collaboration de classes, affirmer la nécessité de la lutte pour l'unité et l'indépendance de la classe ouvrière, d'une orientation de front unique, d'un système de revendications immédiates, démocratiques et transitoires jetant un pont entre le niveau de conscience des masses et l'objectif de la conquê.te du pouvoir politique. - Affirmer la nécessité de construire un parti révolutionnaire d'avant-garde démocratiquement centralisé, et d'une internationale révolutionnaire agissant dans la continuité des acquis des premières années de l'Internationale communiste, de l'Opposition de gauche et de la IVe Internationale.
Ce programme ne répond pas à tous les problèmes de stratégie révolutionnaire. Il sera enrichi de toutes les grandes expenences nouvelles de la lutte de classes.
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Mais il constitue le point de départ indispensable pour quiconque veut lutter pour le socialisme en se plaçant sur le terrain des intérêts historiques et internationaux du prolétariat.
En ce sens, il ne comporte rien de superflu, qui introduirait des barrières artificielles et sectaires par rapport à tous ceux qui, en · dehors des rangs de la LCR, peuvent lutter sincèrement pour le renversement du capitalisme.
C'est dans le même mouvement que la LCR souhaite tester les rapprochements possibles dans l'action et organiser les nécessaires confrontations programmatiques, afin de débattre loyalement et ouvertement, et d'avancer, si possible, vers des convergences plus profondes.
Ce n'est, en effet, qu'au terme d'un tel processus que pourraient être définies les bases politiques d'un éventuel regroupement organisationnel, ainsi que les éventuelles divergences explicitement maintenues, sur lesquelles la discussion devrait se poursuivre à la lumière des nouvelles expériences communes, dans le cadre d'un même parti régi par le centralisme démocratique.
Les éléments de mûrissement d'une avant-garde existent, mais restent à l"heure actuelle limités, dispersés et inégaux. Ils ne s'amplifieront et leurs lignes de force n'apparaîtront clairement qu'à l'épreuve d'événements d'envergure.
Dès à présent, cependant, la LCR prend les initiatives permettant de progresser dans l'unité d'action et de poser la perspective · d'un parti révolutionnaire des travailleurs, sans chercher aucun raccourci ni substitut, par rapport aux expériences réelles du mouvement de masse et de son avant-garde. V -4. Les initiatives de la LCR pour avancer vers un parti révolutionnaire des travailleurs V -4. 1. Mener le débat politique, programmatique et stratégique
Parallèlement aux propositions d'action commune qu'elle adresse à tous les militants, groupes, organisations ou courants ouvriers, la LCR s'efforce d'impulser la discussion avec eux tant sur les questions politiques immédiates que sur les fondements programmatiques et stratégiques qui sous-tendent leur rêponse. A cet effet, elle organisera des conférences et forums largement ouverts, et principalement à tous ceux qui se situent à la gauche des directions réformistes, dans le but de donner un maximum d'écho à ce débat crucial et aux propositions qu'elle y fait. Cette tâche ne se limite évidemment pas à des débats publics entre organisations ou groupes constitués à l'échelle nationale. Elle concerne tous les militants de la LCR dans leurs relations avec les divers groupements locaux qui manifestent partout la recherche grandissante de solutions politiques de rechange. V -4. 2. Nouer un dialogue permanent avec les militants du PS et du PCF
Le PS et le PCF ne cessent de perdre des militants désorientés ou critiques à l'égard de leur action gouvernementale. Ces militants, ainsi que tous les autres qui restent dans leur parti malgré des désaccords de plus en plus prononcés, jouent un rôle souvent important dans les syndicats. Mais ce seul terrain ne peut suffire à satisfaire leurs exigences politiques. Pour eux la LCR doit devenir un point de référence dans leur réflexion, au travers de la discussion avec ses militants sur les lieux de travail et grâce à un matériel spécifiquement adressé aux préoccupations des militants socialistes et communistes.
A tous ces militants et groupements issus du PS et du PCF, la LCR propose, dans un contexte certes modifié, de tisser des relations permanentes de débat et d'action s'inspirant de celles qui ont existé avant 1981 dans le cadre du mouvement « pour l'union dans les luttes ». V -4. 3. Prendre part à la discussion politique parmi les militants des oppositions syndicales
De par son expérience propre dans la confrontation avec les directions confédérales, l'opposition syndicale se pose des problèmes stratégiques dont la solution déborde nécessairement le strict terrain syndical. Au cours de ce débat important, où les militants
des organisations qui se réclament . débat public avec cette organisade la LCR interviennent dans le cadre de leur responsabilité de constructeurs de cette opposition, de nombreux militants ou courants politiques formuleront, sous des formes diverses, la question d'un projet politique et organisationnel d'ensemble face à celui des directions réformistes.
La LCR, en tant qu'organisation indépendante, répond à cette question vitale par la pratique de ses militants et par l'explicitation de ses positions politiques afin de gagner ces syndicalistes à la construction du parti révolutionnaire, tout en continuant à collaborer loyalement à l'œuvre commune de formation d'une tendance de lutte de classe dans les syndicats. V -4.4. Renforcer la collaboration et la discussion avec « Lutte ouvrière ». Les proposer activement au PCI
En France, l'essentiel des militants révolutionnaires orgamses sont aujourd'hui regroupés dans du trotskysme : la LCR, Lü et le PCI. La LCR tient donc compte dans ses discussions avec Lü et le PCI de cette référence générale commune. Mais, tirant le bilan des
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rapports qu'elle a eu avec le PCI où les références idéologiques furent privilégiées dans le débat par rapport aux désaccords sur les tâches politiques, la LCR souligne que les premières sont insuffisantes pour guider une politique de rapprochement et de fusion. La véritable possibilité d'un rapprochement ne réside pas dans une référence générale commune à un mouvement trotskyste. Le véritable test d'une convergence se trouve dans une attitude commune, dûment constatée et vérifiée face au dévelopement de la révolution mondiale et dans les luttes des classes en France. C'est pour cela que les désaccords politiques, les divergences sur les choix et les méthodes d'intervention rendent impossible, à l'heure actuelle, toute fusion de la LCR avec Lü et a fortiori le PCI. Le sectarisme du PCI, comme son opportunisme accentué à l'égard de la social-démocratie (et de FO) tendent à limiter l'action et la discussion communes. Néanmoins, la LCR ne se résigne pas à cette situation et continue de proposer au PCI l'unité dans l'action à chaque fois que possible, tout en poursuivant un tion.
Les rapports de la LCR avec « Lutte ouvrière » sont aujourd'hui d'une toute autre espèce. Cest une collaboration fraternelle et loyale qui a présidé au travail commun. Dans cet état d'esprit, les deux organisations ont participé ensemble aux manifestations anti-impérialistes du 5 juin 1982, à la campagne municipale et à la fête commune de 1983. Elles publient un supplément mensuel commun à leurs hebdomadaires dans lequel elles confrontent leurs positions.
Cet effort devra être poursuivi, surtout en ce qui concerne l'intervention pratique et commune dans les entreprises. Mais le principal obstacle sur cette voie demeure l'incompréhension manifestée par Lü de la nécessité d'une tactique de front unique et les désaccords sur le travail des révolutionnaires dans les syndicats pour y construire une tendance de lutte de classe. C'est donc d'abord sur ces points, cruciaux pour une politique révolutionnaire dans le mouvement ouvrier, que le débat et l'activité commune doivent progresser.
Ainsi, tout en y contribuant par son activité propre, la LCR recherchera toutes les possibilités d'œuvrer en commun dans la perspective de construction d'un parti révolutionnaire des travailleurs, au sein duquel se retrouveront un jour les militants de la LCR et ceux de Lü.