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LETTRE DE LA LCR AU PCI

Le PCI quitte le SNI pour FO

Critique communiste, n° 23, novembre 1983 · p. 23-24 · 2 159 mots

Yes militants du P.C.I. ont quitté · le S.N.I.-P.E.G.C. (F.E.N), pour rejoindre la C.G.T.-F.O. en plusieurs départements. Nul ne doute de l'extension nationale de cette initiative. Nous nous adressons à vous avec toute la gravité qu'appelle votre décision. Il s'agit d'une scission syndicale Le passage organisé du S.N.I. à F.O. porte un nom : celui de scission syndicale, fût-elle limitée numériquement par la réalité de vos propres forces . N'appelez-vous pas tous les instituteurs et syndiqués du S.N.I. à quitter ce syndicat pour rejoindre F.O. là où des sections ont été constituées ? · Pour des militants trotskystes, l'organisation d'une scission syndicale, même en réponse à une initiative d'individus (dont l'autonomie est relative), n'est pas une tradition ! Notre tradition puise dans le combat contre la scission de la C.G.T. en 1947-1948. Notre tradition, c'est celle de la motion Bonissel-V ali ère préservant le syndicalisme enseignant de la scission confédérale entre C.G.T. et F.O. Vous avez, jusqu'à récemment, soutenu qu'il fallait tout faire pour préserver le cadre unitaire de la F.E.N. Vous avez été plus loin, attribuant à la direction U.I.D. une place particulière dans l'échelle des bureaucraties. Vous avez expliqué que le S.G.E.N.-C.F.D.T., se construisant à côté et contre la F .E.N. était à ce titre un « syndicat de division ». Vous avez affirmé que les pressions scissionnistes dans la F.E.N. ne pouvaient venir que des staliniens. Aujourd'hui vous construisez F.O. contre le S.N.I. Vous construisez de toutes pièces un syndicat qui n'a aucune réalité chez les instituteurs. Vous construisez un syndicat de division. Ce n'est pas un mince changement d'orientation. Votre passage à F.O. tire un trait sur toute une période d'activité de votre courant. Et sans un mot d'explication politique de votre parti : à cette date, Informations Ouvrières n'a encore rien dit ! Si la situation dans le S.N .I. est aussi décantée, aussi claire que vous le prétendez, comment se fait-il q_ue votre parti n'ait aucun mot de commentaire public à fournir ?

« Le S.N .1. n'est plus le S.N .1. » ? ... La lecture du bulletin « défense du syndicalisme enseignant » ( que vos militants soutiennent et diffusent), laisse entendre que le S.N.I. ne serait plus le S.N.I.. . Autrement dit, ce n'est pas le P .C.I. qui a changé de tactique syndicale c'est le S.N.I. qui a changé de nature. Mais pour devenir quoi ? Un syndicat clérical ? Un syndicat vertical ? Un syndicat de la bourgeoisie ? Quand, comment s'est opérée la mutation ? Où est le test ? On chercherait en vain une réponse sérieuse à ces questions dont dépend pourtant toute votre démarche. Reprenons donc. La trahison des revendications ? Assurément, le S.N.I., comme la F .E.N. et tous ses syndicats nationaux, est plus préoccupé de protéger le gouvernement que de défendre les revendications. Cela n'est-il pas le propre d'une direction syndicale social-démocrate dont les « amis » sont au gouvernement ? C'est l'inverse qui serait étonnant et pourrait nous interroger sur la vraie nature de U.I.D.!. .. Quelle différence qualitative y a-t-il entre la politique de la direction du S.N.I. ou de la F.E.N., et celle des autres syndicats hors et dans la F.E.N. ? Lequel a défendu, en paroles et en actes, le pouvoir d'achat ? Lequel mobilise contre les licenciements ? Si U.I.D. dans le S.N.I. n'est plus U.I.D., que dire de la direction U.I.D. de la F.E.N. qui a en charge, par exemple, les négociations salariales ? Et alors, si la F.E.N. n'est plus la F.E.N. doit-on s'attendre à votre départ de toute l.a F .E .N. ? Sinon, pourquoi ? La capitulation laïque ? Assurément, le S.N.I.comme syndicat des instituteurs et noyau de la F.E.N. est au coeur de cette capitulation. Mais, entre la mobilisation directement tournée contre la politique anti-laïque du gouvernement d'une part, et l'orientation pratiquée par U.I.D., quel espace y a-t-il ? Qu'attendiez-vous d'autre de la direction I. U .D., pour affirmer qu'elle n'aurait pas capitulé ? Et que dire, sur cette question du S.N.E.T.A.A. (dirigé par U.I.D.) dont per-

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même où les conditions sont les plus . tion Bergeron ! Est-ce le prix de l'accord ?

sonne n'a entendu dire qu'il s'élevait contre la capitulation laïque de la F.E.N. ? Qu'a-t-il fait dans son secteur, celui de la formation professionnelle, pour amplifier le combat contre les écoles patronales, les Centres de Formation d'Apprentis ? Le S.N.E.T.A.A. est-il toujours le S.N.E.T.A.A.? Que dire enfin du S.N.E.S. (dont vous opposez maintenant l'exemple à celui du S.N.I. !), qui organisait une initiative le 8 mai, en concurrence au rassemblement laïc du Bourget du 9 mai 1982, pour lequel il n'a pas levé le petit doigt ? Ce ne sont pas les seules incohérences de vos explications sur la métamorphose du S.N.I. • On est d'abord tenté de croire que ce n'est pas la première fois que vous décrétez un changement de nature du S.N.I. : n'est-ce pas avec de tels arguments qu'en 1966 (déjà ... ) vous aviez imposé dans l'Ecole Emancipée la démission de ses 2 élus au Bureau National du S.N.I. ? • A-contrario, pour justifier vos passages à F.O., vous ne vous embarrassez pas toujours de considérants sur la nature des syndicats que vous quittez ... Plusieurs de vos militants de la C.G.T. sont passés à F.O., individuellement, sans que vous n'ayez jamais dit que la« la C.G.T. n'est plus la C.G.T. ».La différence avec le S.N.I., c'est que votre départ ne peut y être aussi discret que dans la C.G.T. Aussi les arguments sur la nature du S.N.I. ressemblent-ils fort à des arguments de circonstance destinés à justifier un tournant d'orientation de grande ampleur. • Dans une période politique comme la nôtre, et quand un syndicat comme le S.N.I. « change de nature »,on est en droit de s'attendre à des réactions d'une autre ampleur que celles existant aujourd'hui ! Or, votre scission est ultra-minoritaire, portée par aucune poussée. Elle est incompréhensible à la très grande masse : et ce test devrait vous suffire à abandonner votre projet. Le choix du moment C'est au moment où s'exprime une montée de l'opposition des syndiqués à la politique de la direction U.I.D. du S.N.I. que vous quittez ce syndicat ! Qui convaincrez-vous que votre scission ne relève pas d'une désertion politique au moment où de meilleures perspectives s'ouvrent ? Il y a eu près de 170Jo de votants contre le rapport d'activité de la direction en juin dernier : 9% de plus que le score additionné de l'Ecole Emancipée et du F.U.O. Et ceci, en dépit du faible taux de participation et en dépit de la consigne de vote U.A. d'abstention. Le rassemblement des « non » ne trace pas une orientation alternative pour le S.N.I. Mais il condamne très clairement les trahisons revendicatives et laïques. C'est déjà beaucoup. C'est une situation inédite dans toute l'histoire du S.N.I. C'est un excellent point de départ... pas vers F.O., mais pour renforer le syndicalisme de lutte de classes dans le S.N.I.et la F.E.N. Pensez-vous un seul instant que le passage à F.O. soit une perspective pour les syndicalistes qui ont dit non à la direction ? Croyez-vous une seconde que vous allez pouvoir contourner l'obstacle de la direction U.I.D. du S.N.I., trouver un raccourci et réaliser, par F.O. interposé, ce que vous renoncez à faire dans le S.N.I. au moment favorables ? Un pronostic Un autre argument, pas écrit certes mais entendu, repose sur un pronostic politique : le P.C. quittera le gouvernement, il s'agirait alors de prendre les devants, d'être les« premiers »à F.O. pour y accueillir les transfuges de U.I.D. en position de force ! Il est déjà bien hasardeux de bâtir une politique sur un pronostic. Ce n'est pourtant pas l'essentiel. L'essentiel, ce sont les principes. Si menace de scission il y a, alors nos principes sont de la combattre de toutes nos forces, et pas de l'anticiper, c'est-à-dire d'y ouvrir la voie ! Que direz-vous demain si votre pronostic se réalise et que la fraction du P .C.F. organise, elle aussi, mais à une autre échelle, une scission de la F.E.N. ? Vous approuverez? Vous conaamnerez : au nom du bel exemple que vous avez donné ? Ou encore, vous « prendrez acte », en toute extériorité ? ... Vous ne pouvez pas l'ignorer : votre acte scissionniste enlève toute crédibilité à toute déclaration de votre part pour l'unité syndicale. Plus encore : il met largement en cause la sincérité de votre parole, quand vous faîtes aujourd'hui ce que vous reprochiez aux autres hier. Refaire à F .0. ce qui a échoué dans la F .E.N. ? Reste le choix de F.O. Ayant tiré un trait sur le S.N .1., vous auriez pu justifier votre passage à F.O. par une raison pratique : c'est le seul syndicat qui vous ouvre ses portes. Mais, non ! Vous faites de F.O. une valorisation opportuniste. Vous donnez à F.O. aujourd'hui la même particularité positive qu'à la F.E.N. hier ... Que F.O mette à profit sa position dans le mouvement ouvrier, pour occuper une place laissée vacante par la C.G.T. et la C.F.D.T., c'est l'évidence. - de même que la C.F.D.T. a « exploité» la conjoncture post-68 pour se renforcer. - Mais est-ce de la part de la direction confédérale l' expression d'une tactique ou de quelque chose de plus, et de quoi ? - Agit-elle avec les méthodes de la bureaucratie réformiste ou avec celles de la lutte de classes ? - Travaille-t-elle en toute indépendance à l'égard des manœuvres des partis bourgeois dont le soutien bruyant pour les élections à la sécurité sociale ne semble pas heurter son attachement à « l'indépendance syndicale? ... » Encore pourriez-vous dire : nous passons un accord avec le bureau confédéral (c'était l'expression consacrée au congrès confédéral de Bordeaux), sur un point, mais sur tout « le reste » nous gardons nos positions, notre indépendance. Il faudrait déjà justifier : un accord sur quoi ? Pour faire barrage à quoi ? -Mais, il y a tout le« reste »,c'est-à-dire l'essentie! : la défense d'une pratique et d'une orientation de lutte de classe pour le syndicat. Or, pas un seul mot de critique à la direcPas une bataille d'orientation syndicale à même de construire un courant. La déclaration de syndicalistes F.O. (ce n'est qu'un aspect parmi beaucoup d'autres) avant mai 1981, exigeant du Bureau confédéral qu'il rompe avec son prétendu « apolitisme » et prenne clairement position contre les candidats de la bourgeoisie, s'est fait sans vous, et même contre vos positions. Nous vous le disons, sans souci de polémique, avec un très profonde conviction : la racine de votre départ du S.N.I. réside dans l'échec de l'orientation que vous y avez développée ... et que, par une sorte de fuite en avant, vous vous apprêtez à rééditer dans F .O. L'appareil U.I.D. depuis le 10 mai a fait le ménage, avec les mêmes méthodes bureaucratiques qu'il utilise pour négocier tel ou tel appui. Les tolérances nées de l'époque où l'O.C.I. avait choisi d'appuyer la majorité fédérale contre la montée de Unité et Action ont sauté. Et l'espoir qu'une partie- au moins -de l'appareil U.I.D. pourrait aller« plus loin » que son propre « programme » a sauté en même temps. Quel est le gain de la tactique que vous avez menée pendant des années en direction de U.I.D. ? C'est pourtant la même tactique que vous allez conduire dans la fédération F.O. de l'enseignement. Combien de temps? Le temps que Bergeron, ayant usé du travail des militants du P.C.I., décide de s'en passer. Quand ? En cas, par exemple, de retour de la droite, où Bergeron retournerait « moudre son grain » à Matignon. Ou bien en cas d'aiguisement des contradictions, d'explosions sociales. Dans les deux cas, il faudra bien choisir entre le rejet des « assemblées irresponsables », la priorité à l'anticommunisme d'un côté et la mobilisation ouvrière de l'autre. C'est donc dans les deux hypothèses les plus probables d'évolution de la situation politique que l'accord dans F .O. devra se rompre. La seule incertitude pèse sur la date. Mais il y a fort à craindre qu'alors Bergeron n'hésitera pas une seconde à s'appuyer sur la droite du syndicat (y compris, par exemple, la fraction du R.P .R), contre le courant où s'inscrit leP .C.I. Et tout le travail d'éducation qui n'aura pas été fait pendant des années, au nom de l'accord, fera cruellement défaut au P.C.I... et à la confédération F.O. en tant que syndicat ouvrier. Que restera-t-il à faire au P.C.I. ? A protester de son mnocence, a témoigner qu'il n'a jamais introduit de « consignes de l'extérieur » ? Les bureaucrates auront beau jeu de dénoncer l'applatissement du P.C.I. comme une manoeuvre de« noyautage ». Le P .C.I. sera d'autant plus « suspect » qu'il ne se sera pas battu sur une orientation lutte de classes.

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