et enseigne~nents d'une grève
A grève des centres de tri qui a eu lieu en septembre-octobre est la plus importante qu'ait connue les PIT depuis 1974. Par son caractère national et sa durée (quatre à cinq semaines selon les centres), elle est une des luttes les plus marquantes (avec la lutte sur les trente-neuf heures, la grève dans l'automobile .. . ) qui ait eu lieu depuis le 10 mai 198 1.
Le nombre significatif de militants et militantes de la LCR dans les centres de tri et la place qu'ils ont occupée parmi les militants combatifs qui ont dirigé la lutte permet aujourd'hui de pouvoir faire une analyse détaillée du mouvement, un bilan de l'impact parmi le personnel des interventions et des propositions concrètes que nous avons pu faire pendant la grève. Ce dossier est composé de larges extraits du bilan qui a été tiré par les camarades investis dans la lutte. Le détonateur
L'augmentation du trafic postal (près de 3 % par an) ne permet pas à la Poste de continuer à écouler le courrier dans des conditions normales. Une des solutions aurait évidemment été une augmentation des effectifs équivalente à celle du trafic. Austérité oblige, aucune augmentation des effectifs n'est autorisée aux budgets 1983 et 1984 !
Des avancées technologiques allaient donner aux PIT les moyens d'essayer de résoudre le problème. L'indexation du courrier Oes petites barres oranges que vous pouvez voir au bas de vos lettres) en est l'élément essentiel. Les lettres sont indexées dès le bureau de départ, ce qui permet à toutes les étapes du tri Oes divers aiguillages) d'être automatisées. Seul le facteur remettant la main à la pâte au moment de la distribution.
Pour rentabiliser les machines, il faut cependant transférer une partie du trafic de nuit en jour. Il faut savoir que la très grosse majorité du courrier étant postée le soir, le seul moyen d'opérer ce transfert est de rompre avec le J + l (délai qui permet à une lettre postée la veille d'arriver le matin chez vous) en augmentant sensiblement le courrier à « petite vitesse ». Pour ce faire, après avoir imposé aux administrations l'envoi du courrier en vitesse lente, le mmistère a augmenté l'écart tarifaire entre la petite et
-------~--------------la grande vitesse (de vingt à quarante centimes). Les conséquences sont les suivantes : • Pour les usagers, si l'on laisse tomber le courrier « personnel » (qui représente aujourd'hui moins de 30 % du total), cela représente une dégradation réelle du service public. Les relevés de banque, etc., arriveront en retard. Le courrier interentreprises, vital pour le capitalisme, restera bien entendu en vitesse rapide. • Mais c'est surtout pour le personnel que les conséquences sont importantes. En effet, le passage d'une fraction importante du trafic de nuit en jour et l'utilisation intensive des machines allaient permettre aux PIT de diminuer massivement le travail de nuit et du week-end, travail dont les postiers ont obtenu, suite aux grèves de 1968 et 1974, qu'il soit indemnisé substantiellement (en indemnités et surtout en temps libre, les repos compensateurs, cumulables sur l'année, qui permettent à des postiers de retourner souvent voir feur famille). C'est l'attaque contre ces acquis, très vivement ressentie, qui a été le détonateur de la grève.
Les centres de tri sont l'un des secteurs les plus combatifs des PIT, qui n'est pourtant pas la plus « molle» des branches. De plus, c'est l'un des secteurs les plus «concentrés» des PIT, où les centres de mille agents et plus ne sont pas rares. Si l'on y ajoute que l'extrême gauche, et plus largement les militants combatifs, y sont particulièrement présents, on comprend que la tâche du ministère n'allait pas être facile.
Plus conjoncturellement, les centres de tri sortaient d'une série de grèves dures durant tout le printemps 1983. Une cinquantaine de centres de tri avaient connu des mouvements de grève, les uns après les autres, sans aucune information ni proposition de centralisation de la part des fédérations syndicales. Ces luttes, sur les problèmes d'effectifs, s'étaient terminées avec des résultats différenciés. Certains centres sont entrés « usés » dans la grève du troisième trimestre, ce qui est une des raisons des différenciations que nous noterons. Par contre, cette série de grèves avait permis une maturation importante chez les travailleurs, et surtout dans les équipes syndicales. Cette maturation portait sur l'idée qu'il n'était plus possible de se battre centre par centre et donc qu'une lutte globale contre le plan Daucet était nécessaire. En même temps, beaucoup d'illusions
avaient été perdues sur la politique du ministère et sur la réponse qu'apporteraient les fédérations syndicales (en particulier la CFDT). Forces et faiblesses du mouvement
Il nous semble important d'essayer de comprendre les spécificités du mouvement des centres de tri car,
Chronologie de la grève :
-Le 14 septembre, la grève demarre au PLM (plus gros centre de tri de France, 2 500 travailleurs, d 'où était partie la grève de 1974 ... ).
-Le 15 et le 16, la grève démarre dans les autres centres de tri de Paris.
-Le 16 après -midi, manifestation des travailleurs du PLM, soutenue timidement par la CFDT qui négocie en même temps avec la DSA (Direction des centres de tri à Paris).
-Le 16 au soir (ce ne ·sera vraiment connu que le lundi, c'est-à-dire le 19) la DSA cède sur une série de points non négligéables. La grève sur Paris, par le blocage du courrier qu'elle aurait entrainée, et surtout par son impact symbolique sur la France entière, était un trop gros morceau pour 1 'administration qui tenta ainsi. avec quelque réussite, de désamorcer le conflit.
-Le /9 et le 20, la grève démarre à Créteil et dans une série de villes de province (Marseille et Nice en particulier).
- Le 20 au matin, la grève s'arrête au PLM. Sur
Paris, la plupart des centres rentreront autour de la même date, Montparnasse et en partie Brune (par grève d'une demi vacacion seulement) étant les excepti ons les plus notables.
-Le 20 se réunit à Créteil la coordination des sections CFDT des centres de tri.
- Le 22, la coordination appelle à la grève reconductible dans tous les centres représentés à Créteil.
-Le 22 et le 23, mais surtout à partir du lundi 26, la grève s'étend à toute la Franèe, le mouvement en est à son point le plus fort.
-Du 26 septembre au le octobre, semaine d'action
CGT-PTT, avec « temps fort »pour les tris le mardi
27. Les travailleurs ne verrons pas la différence entre le temps fort et le temps faible 1
-Le 28, le ministère convoque les fédérations, le sans généraliser à outrance, il présente des caractéristiques que nous avons déjà vues lors d'autres grèves ces deux dernières années (aux PTT au moins, et probablement ailleurs). Sa connaissance peut donc être utile pour des conflits à venir.
Cette grève a été, pour les centres de tri, la plus importante que nous ayons connue depuis 1974. Que ce soit par le caractère national, par le nombre de centres touchés simultanément, ou par la durée du conflit. Elle a duré plus d'un mois, certains centres ayant fait jusqu'à trois semaines de grève.
Quelques repères pour les lecteurs et lectrices non postiers : Un centre de tri fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par brigade (environ cinq brigades). La grève est votée par brigade. La réforme du droit de grève dans la fonction publique autorise, depuis 1982, les grèves d'une heure ou d'une demivacation, ce qui n'était pas le cas auparavant (il y avait grève de vingt-quatres heure ou rien). Tout cela explique que si tous les centres ont été touchés par le mouvement, celui-ci pouvait être d'un niveau très différencié. Quand nous parlons d'une grève de trois semaines pour certains centres, il s'agit de trois semaines de grève reconductible.
En plus de la durée et de l'ampleur de la grève, il est important d'insister sur la volonté de combat des travailleurs qui s'est exprimée de multiples façons, mouvement est à son apogée, la presse commence à s'emparer réellement de l'affaire. - Le 28, toujours les AG de grévistes, à l'initiative de militants combat~{s, se rendent en man if (quelques centaines ) au ministère, qu 'ils envahissent ... - Le 28 encore, le ministère ne lache presque rien, et les f édérations non seulement n'appellent à rien du tout, mais refusent même de rendre compte devant les grévistes . E:tles s'éclipsent par les sous -sols pour ne pas les rencontrer. Des responsables syndicaux de centres en grève appellent alors à une coordination des centres en grève pour le 29 au matin. - Le 29, la coordination des centres de tri se réunit. Rien de décisif n'en sortira. Elle se reverra le lundi 3 octobre, sans plus de résultats. - A partir du 29 septembre, mais surtout du lundi 3 octobre, la grève change de nature. Les grévistes sentent qu 'ils n 'obtiendront rien << d'en haut ». Ils se battent localement pour obtenir le plus possible des directions régionales et départementales.
La direction adopte une attitude différenciée, elle cède dans les centres névralgiques les plus touchés, comme Marseille, puis Lille, Rennes, etc. En même temps elle durcit son attitude à deux points de vue : elle envoie les flics à Nice puis Montpellier. Elle met en place sous la pression de plus en plus forte du patronat (CNPF et SNPMI) des centres de tri para/leles.
La situation dans les centres dépend alors de 1 'attitude de la direction. La reprise s'amorce dans une série de centres, alors que la grève se durcit dans d 'autres (en particulier contre les centres de tri paraile/es ou contre les menaces du patronat local). - A partir du 10 octobre, la grève va decroïtre /entement avec les mêmes caractéristiques. Les éléments nouveaux seront les haussements de ton de Gattaz, et 1 'impression de désarroi total de Mexandeau !
Les fédérations syndicales et le conflit l'insolence et l'ingéniosité ouvrière ayant là un large: champ d'application. • Dans plusieurs endroits, en plus de la grève de vingt-quatre heures reconductible, a été votée et appliquée l'occupation des locaux (Nice, Créteil, Marseille, Lille, etc.). • Quand il n'y avait pas d'occupation, une forme plus limitée de «blocage» était adoptée : fermeture des grilles (les travailleurs interdisant aux camions d'entrer, et surtout de sortir). • Devant les menaces d'intervention du patronat local (chambres de commerce ou SNPMI) contre les grévistes, l'occupation était défendue, dans certains cas, par un piquet de grève, prêt à toute éventualité ... • Dès les premiers coups de gueule des chambres de commerce, l'administration avait mis en place systématiquement des centres de tri parallèles, pour la première fois, avec du personnel « jaune » des PTI (ce que la droite faisait plus discrètement). Face à cela, les grévistes sont intervenus à plusieurs reprises :
FO : faiblement implantée dans les centres de tri: A condamné le plan Daucet et a même dès le départ appelé à
June grève nationale des centres. Par contre, l'absence d'une plateforme revendicative et de proposition$ concrètes pendant la lutte, a rendu cet appel très a mbigu aux yeux du personnel. Cela d'autant plus que son attitude de collaboration ouverte avec le ministère du temps de Giscard l'a discréditée pour longtemps parmi les militants combatifs des PIT CGT : majoritaire dans les centres de tri. A eu une position d'apparence contradictoire typique de la politique confédérale. D'un côté, une condamnation ferme du plan Daucet au nom de la défense du service public. D'un autre, la minimisation des revendications et l'opposition ferme à toute généralisation et extension du conflit, au nom de la solidarité avec le gouvernement de gauche. Cette politique l'a amenée à dénoncer publiquement tout durcissement du conflit (grève reconductible, piquet de grève, manifestation au m inistère). Elle a été perçue comme la fédération qui voulait le plus casser la grève.
constitution de « détachements » des piquets de grève placés en permanence devant ces centres parallèles (Bobigny); mise en grève des bureaux de poste situés dans la même localité (Créteil); détournement des camions, ramenés. au centre où ils alimentaient le « trésor de guerre » Oes sacs bloqués par les grévistes).
Nous ne prenons là que les exemples les plus significatifs. Il faudrait y ajouter les moyens que chaque centre avait trouvés pour organiser, faire durer ou développer la grève ...
Mais en même temps qu'existait cette réelle combativité, certaines limites du mouvement apparaissaient, concernant sa généralisation et sa centralisation, limites que nous devons essayer de comprendre. Cette grève peut être caractérisée comme défensive. Non parce qu'elle serait le résultat d'une défense des travailleurs devant une attaque de l'administration : l'essentiel des grèves que connaît le mouveme6t ouvrier sont le résultat d'attaques et revêtent donc, à l'origine, un caractère défensif. Si nous employons le terme de grève défensive, c'est qu'elle est restée sur le terrain de la défense des acquis.
1. Sur la question des revendications, question clé pour poser le problème de l'extension, la grève est essentiellement restée sur des revendications liées aux centres de tri. Les deux revendications permettant de faire le lien avec d'autres secteurs de la Poste (trente-cinq heures, avec la question des effectifs, prime de sujétion posant le problème du pouvoir d'achat) étaient bien acceptées par les grévistes, mais ils ne s'en emparaient pas. D'autant que les autres secteurs de la Poste ne partaient pas sur des revendications similaires. C'est là une différence essentielle avec la grève de 1 97 4 : le blocage des fédérations, les problèmes posés par la crise, l'abSence d'alternati~e tangible à la politique gouvernementale ont rendu difficile l'émergence de mots d'ordre permettant de cenCFDT : a accepté sur le fond le plan Daucet au nom de la nécessité de la modernisation de la Poste et de la solidarité. Elle s'appuyait sur les conditions de travail pénibles des petits bureaux de poste -ce qui est vrai -pour en faire sa priorité sans chercher à mobiliser, et condamnait la grève des centres de tri comme « archaïque » et « corporatiste ». Sous la pression du mouvement, elle a infléchi sa position : elle a reconnu qu'il avait des problèmes dans les centres de tri et a prôné des négociations décentralisées en prétextant que le plan était bon mais que les directions locales faisaient de la provocation. Cela permettait de dédouaner le ministère et d'enterrer le mouvement. Elle n'a jamais mis en avant ses propres revendications adoptées en congrès sur la diminution du temps de travail et les créations d'emploi, à tel point que c'est la coordination des vingt sections CFDT qui, dans son appel à la grève, a repris intégralement la plateforme revendicative fédérale pour les centres de tri !
A noter que pour la première fo-is dans une lutte importante aux PIT, aucun tract d'aucune fédération n'a été distribué sur le conflit !
MEXANDEA1J DOIT CEDER AUX
En-têtes de quelques tracts de la LCR avant et pendant le conflit.
traliser et d'étendre la grève à l'ensemble de l'entreprise.
2. Là où ce fut le plus significatif, c'est sur la question des réponses centrales, en particulier dans la rue. Dans la région parisienne par exemple, le décalage est énorme entre le nombre de grévistes (près de dix mille en tout) et la participation aux deux seules manifestations qu'a connues le mouvement (autour de trois cents à chacune). Les grévistes avaient bien conscience, dans la première partie du mouvement et au moins jusqu'au 28 septembre, que tout se jouait au ministère et que l'on ne pouvait pas gagner localement contre le plan Daucet. Par contre, alors qu'ils avaient, malgré les fédérations, engagé une grève extrêmement massive (à plus de 80 % dans la plupart des cas), ils n'étaient pas prêts à descendre massivement dans la rue sans ces mêmes fédérations et contre leurs consignes. Pour l'essentiel, les deux manifestations parisiennes furent prises en charge par un petit nombre de sections syndicales.
Cependant, malgré ces limites, la force et la durée du mouvement ont été appuyées et stimulées par la coordination de vingt sections CFDT des centres en lutte qui s'est réunie le 20 septembre. Cette coordination a été un outil très important pour la lutte :
- Par le poids des centres de tri représentés, tous les gros centres de Paris et banlieue, et la plupart des centres importants de province (Lyon, Lille, Marseille, etc.).
-Par sa représentativité syndicale: les représentants étaient mandatés, la réunion s'est tenue « sur le temps de travail » avec des détachements syndicaux de sections, de même que les voyages qui étaient pris en charge par les sections.
-Par l'élargissement politique qu'elle a marqué, des courants anarchistes à des camarades travaillant avec la Gauche alternative, plus de nombreux syndicalistes favorables à la lutte.
Mais ce qu'il y a de plus important dans la tenue de cette réunion, c'est qu'elle a appelé à l'action. Ce n'est pas seulement important « en soi », même si cela a facilité l'extension de la grève et surtout permis aux centres de tri de se coordonner téléphoniquement pendant toute la grève, mais parce que cela a permis à toutes les sections présentes de faire état publiquement de l'existence de la coordination. Cela a assis ainsi l'opposition interne à la CFDT chez les grévistes, et a surtout permis d'indiquer, en filigrane, la possibilité d'une alternative syndicale aux fédérations et ce pas seulement chez les militants syndicaux, mais à un niveau de masse. Comment interpeller les fédérations syndicales ?
Vieux problème! D'autant plus compliqué dans une situation -et c'est le cas dans les centres de tri - où nous sommes partie prenante des directions des sections syndicales, et où nous sommes perçus par les travailleurs comme, aussi, des dirigeants du milieu. Comment avons-nous posé ce problème tout au long de la grève ?
1 . Avant la grève (grosso modo le deuxième trimestre), quand le plan a commencé à être connu nous avons appelé, dans nos tracts, dans les motion~ syndicales que nous avons soutenues, les fédérations à engager la lutte contre le plan Daucet, à prendre leurs responsabilités. Ce qui était évidemment juste et indi.spensable : les syndiqués. et la masse des travailleurs, pensant qu'il fallait agir, attendaient que les syndicats fassent leur boulot ! Nous avons cependant précisé à l'époque, qu'en cas de refus des fédérations de coordonner les sections des centres de tri pour préparer une lutte nationale, il fallait que les sections en accord sur la nécessité d'une coordination se préparent à prendre toutes leurs responsabilités. Le nombre d'appels de sections CFDT (Melun, Angers, Caen, Toulouse ... ), dépassant largement le cadre des sections oppositionnelles de longue date à la fédération, montrait que Je besoin de centralisation était largement ressenti. Tout cela a conditionné la possibilité de la tenue de la coordination et a préparé les équipes militantes au mouvement qui allait venir.
2. Durant la partie ascendante de la grève (du démarrage de la grève au PLM jusqu'à la réunion des fédérations au ministère le 28 septembre), nous avons maintenu l'appel aux fédérations, mais en le relativisant largement comme axe d'intervention. Il était en effet nécessaire de « taper sur un autre clou », celui de la grève, de l'extension du mouvement. D'abord, parce que c'était possible -la preuve, cela s'est fait ! - mais surtout, parce que le pire de tout à l'époque eut été des appels incantatoires ne posant pas le vrai problème de l'heure : la grève, réalisable et réalisée malgré l'absence d' un appel à J'action et les tentatives de cassage des grèves par les fédérations.
Cela était encore accentué par la position de nombreux camarades : être responsables syndicaux leur interdisait toute attitude qui aurait pu être comprise comme temporisatrice par les travailleurs.
3. A partir du 28 septembre s'effectt·~ un tournant de la grève. Nous étions à un point culminant du mouvement national. Les fédérations étaient, sur la base de la réalité de la grève, reçues au ministère qui ne lachait rien de significatif.
Pour la plupart des grévistes, le fait que les fédérations soient reçues par le ministre changeait la situation. Le ministre comme les fédérations reconhaïssaient que le mouvement était national et que la situation ne pouvait se débloquer qu'au ministère, et cela sous la pression de la grève.
Le ministre ne cédant rien, il restait deux solutions. Ou bien les fédérations faisaient un minimum de mobilisation pour obtenir un déblocage (ce qui semblait « naturel », vu qu'en allant au ministère, elles semblaient prendre leurs responsabilités), ou bien, elles ne faisaient rien, et alors, pour la masse des travailleurs, il y avait trahison.
Il était juste alors de pointer les responsabilités, de ne plus se contenter d'une « gestion » de la grève, mais d'indiquer ce qui permettrait à celle-ci de faire un saut qualitatif, saut vécu par les travailleurs comme indispensable pour gagner sur les revendications. C'est pourquoi nous avons avancé comme axe central la nécessité que les fédérations engagent l'action de toute la Poste contre le plan Daucet (action que les prémices du mouvement aux Chèques, et le mécontentement à la Poste rendait crédible), en appelant dès maintenant à la grève générale des centres de tri Oes deux temps, poste et tri, étaient indiqués pour éviter une dérobade des fédérations sur le thème : la poste n'est pas prête, donc on ne fait rien ! ).
Cependant, en plus de l'appel aux fédérations, nous avons indiqué l'autre solution au problème de direction de la grève : l'auto-organisation, la coordination région parisienne des centres de tri en grève. Cela était important pour offrir une démarche aux travailleurs qui ont vite vu que les fédérations ne faisaient rien.
4. Dernier temps, la fin de la grève. Une série de villes étaient rentrées sur une satisfaction partielle des revendications, des centres en banlieue parisienne et dans d'autres villes de province continuaient le grève, mais sur' un terrain différent: celui de l'obtention dans ces centres des acquis obtenus ailleurs. Nous avons eu alors deux démarches : contre le plan Daucet, il faut une mobilisation de toute la Poste, tous secteurs confondus. Mais la tâche minimale que devraient prendre en charge les fédérations c'est aussi la lutte pour l'extension des acquis partiels. Cela correspondait pour nous à une nécessité vitale que la grève ne s'épuise pas dans la moitié des centres de tri sans obtenir quoi que ce soit. Le début d'une coordination des centres de tri en grève
C'est là un problème décisif. Pour des raisons d'ordre général tout d'abord. La réalisation de formes d'auto-organiation étant indispensables pour unifier la classe ouvrière pendant la lutte grâce à la démocratie ouvrière.
Mais la réalité de la lutte accentue encore l'importance du problème. Le lâchage des fédérations rendait indispensable objectivement des structures d'auto-organisation nécessaires même aux tâches les plus évidentes pour la grève : les manifestations centrales par exemple.
La question ne se posait pas en terme de « débordement » d'initiatives appelées par les directions du mouvement ouvrier. Il n'y avait rien à déborder, ces
directions ne prenant aucune initiative ! Et, sans vouloir tirer de plans sur la comète, il est assez probable que cela se reproduira, non seulement aux PTT, mais aussi dans d'autres secteurs, vu l'attitude des confédérations face à un gouvernement « de gauche».
Rappelons d'abord notre démarche générale : des comités de grève élus démocratiquement -la condition indispensable étant que la présentation de ces comités ne soit pas un prétexte pour tel ou tel de diviser, s'il en a les moyens. Nous devons proposer d'élire un comité de grève, même si un syndicat s'y oppose, quand la grosse majorité des grévistes en ressent la nécessité.
A partir du 28 septembre, date de la manifestation au ministère, au moment même où les fédérations étaient reçues (manifestation appelée par des AG de' grévistes se coordonnant téléphoniquement : un tout petit début d'auto-organisation), nous avons mis l'accent, publiquement, sur la nécessité de faire un pas de plus : la coordination des centres en grève.
Nous craignions, certes, et cela s'est réalisé, que le mouvement ait atteint son apogée, et que les grévistes se retournent vers des revendications locales. Mais il était juste de montrer la voie d'une direction possible de la grève : la coordination des centres de tri en grève.
Sa réalité fut celle du mouvement : quelques délégués élus en AG, et pas mal de militants de sections syndicales (surtout CFDT), plus des militants isolés cherchant une solution.
Une des difficultés que nous avons rencontrée fut notre isolement, y compris au sein de l'extrême gauche. Le PCI avait déjà abandonné toute présence active dans la grève. LO y était, mais faisant l'analyse que l'absence de comités de grève élus ne permettait pas d'aller plus loin, elle s'est abstenue sur toutes les propositions que nous faisions pour développer le mouvement : bulletin quotidien sur la grève, nouvelle manifestation pour centraliser le mouvement, unifier la grève, etc.
Si la coordination n'a pas eu de résultats concrets, si ce n'est, et c'est important, l'aspect « exemplaire » qui pourra être utilisé pour tirer le bilan avec les militants les plus avancés, ce n'est pas parce qu'elle n'avait pas eu la forme « pure » d'un comité central de grève mais parce que la grève était à un tournant et allait vers une « descente )> lente (quinze jours, malgré tout), les grévistes se battant alors localement. Si le mouvement avait été ascendant, l'outil que représentait la coordination des centres en grève aurait été indispensable, quelles que soient les limites de sa « forme ».
Il est bien évident que ce que nous avons expliqué sur les caractéristiques du mouvement a eu des conséquences importantes : une très grande difficulté à mettre en place des structures d'auto-organisation, la difficulté par exemple de tenir des AG de tous les grévistes sur un même centre hypothéquait lourdement la possibilité de mettre en place de réels comités de grève. A fortiori au niveau national ou même en région parisienne. Il faut aussi rappeler que nous n'avons pas eu affaire à un raz de marée qu'il aurait suffi ensuite de structurer ; la simple bataille pour qu'il y ait grève dans les brigades mobilisait l'essentiel de l'énergie des militants les plus avancés qui auraient pu être les moteurs de structures d'auto-organisation. Il est bien évidemment difficile, quand vous ne savez même pas si les grévistes vont continuer la grève le lendemain, de faire élire un comité de grève ! C'est la « mésaventure » qui est arrivé à LO à Montparnasse : les camarades ont fait « élire » un comité de grève dans une brigade qui décidait au même moment de reprendre le travail!
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette grève.
En premier lieu, une combativité importante existe toujours aux PTT. La lutte des centres de tri, pendant plus de quatre semaines et malgré les obstacles rencontrés, le démontre amplement.
II existe des moyens d'agir, malgré la trahison des fédérations syndicales et la politique patronale d'un gouvernement soutenu par le PS et le PC. Ces moyens ont été testés dans la lutte des centres de tri. Ce sont, d'une part, l'appel aux fédérations syndicales pour qu'elles s'engagent à soutenir la lutte, d'autre part, les pas réalisés concrètement dans la voie de l'auto-organisation des grévistes. La combinaison des deux permet de limiter les effets de la division et d'avancer vers la création d'un cadre unitaire et démocratique de mobilisation et de centralisation de la lutte.
Les conditions ont été créées d'un élargissement et d'un approfondissement de l'opposition syndicale aux fédérations qui se font , auprès des travailleurs, les relais de la politique gouvernementale. Cette dernière expérience a été vécue de façon particulièrement aigue par les travailleurs des tris. Ils ont fait face à la politique gouvernementale telle qu'elle s'appliquait dans leur secteur, et ont rencontré sur leur route les appareils fédéraux. De nombreux travailleurs des tris sont conscients qu'il faut chercher autre chose que le PC et le PS, et cela crée une situation plus favorable à la diffusion des idées révolutionnaires.
Enfin, cette lutte confirme une fois de plus que l'influence des révolutionnaires se gagne dans l'activité quotidienne, dans les syndicats, dans les luttes, par leur capacité à devenir les porte-parole parmi les plus actifs et les plus déterminés de leurs camarades. Il leur reste maintenant à agir pour démontrer qu'une autre politique du mouvement ouvrier est possible -anticapitaliste et non de collaboration de classeset à faire des propositions en ce sens.
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