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Construire une véritable alternative

· Critique communiste, n° 24, décembre 1983 · p. 24-26 · 1 565 mots

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OUS appelions hier, pour chasser Giscard, à l'unité du PS et du PC. Aujourd'hui, à cause de la politique de la majorité issue de mai-juin 1981, des millions de travailleurs craignent l'échec et voient contredits, pour l'essentiel, leurs espoirs. A quelques milliers, que pouvons faire ?

Le projet de thèses donne une boussole pour répondre pratiquement à cette question parce qu'à l'inverse des analyses du congrès précédent, il ne s'agit plus de pronostiquer abstraitement de grands affrontements sociaux et de les invoquer de façon incantatoire : nous nous efforçons de dire comment parvenir à « lever les obstacles objectifs et subjectifs que se dressent sur la voie de l'action de masse et de classe ». La contradiction fondamentale

Nous qui avions dit, avec raison, « unité pour battre Giscard », combien de fois n'avons-nous pas été pris à partie : « Le PS et le PC, relayés par les directions syndicales ne sont-ils pas unis pour justifier et cogérer les mesures d'austérité? »

Telle est la contradiction fondamentale de la politique de collaboration de classes : ce sont les organisations majoritaires de la classe ouvrière, qui, elles-mêmes, contredisent les aspirations du printemps 1981.

Il serait illusoire de parier, comme le font J. Carvel et P. Quentin que 11 la situation objective va pousser la classe ouvrière à faire un pas en avant » (Critique communiste n° 23 p. 29). Ou de se contenter de la méthode Coué, comme le font 1. Arnaud et G. Filoche : 11 la situation est favorable aux travailleurs ». (Idem, p. 32).

En fait , la situation comporte deux issues possibles. Si l'attentisme continuait à prévaloir parmi les travailleurs et si les possédants parvenaient à leur infliger une série de défaites partielles importantes, les conditions risqueraient d'être créées pour une inversion du rapport des forces entre le~ classes. Tout montre cependant que rien, au stade actuel, n'est encore joué. Car le potentiel de combat de la classe ouvrière demeure grand. La bourgeoisie ne peut donc pas parvenir à imposer ses solutions, -qui impliquent une dégradation considérable des conditions de vie et de travail des masses - sans que se produisent d'importants affrontements.

Pour préparer efficacement ces affrontements, il faut avoir une claire conscience du lien étroit qui existe entre les luttes revendicatives et les débats politiques au sein du mouvement ouvrier. - Toute une génération ouvrière, portée par trente ans d'expansion capitaliste, marquée par la crise économique et quelques défaites partielles, n'a pas renoncé à ses exigences et à son aspiration au changement. -En même temps, le discrédit des directions des partis majoritaires dans la classe ouvrière et des confédérations syndicales s'ajoute au bilan monstrueux des pays de l'Est pour donner à de nombreux militants et aux larges masses l'impression que la voie du socialisme est bouchée. -Il n'existe, quinze ans après Mai 68, que de petites organisations révolutionnaires qui ne peuvent, par elles-mêmes, fournir une alternative crédible aux directions majoritaires du mouvement ouvrier.

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Nous ne sommes pas seuls

Dans ce contexte, il est décisif de comprendre que les dizaines de milliers de militants qui refusent la politique de collaboration de classes sont également à la recherche de perspectives à lui opposer.

Cela détermine notre volonté de rectifier notre pratique courante passée, par trop rétrécie à un soutien « économiste » aux revendications, et justifie l'accent que nous mettons sur la défense d'un programme politique. Comme l'indique le projet de thèses du CC : (( L'existence d 'une alternative politique liant revendications immédiates et mesures transitoires, perspective du mouvement d'ensemble et solutions politiques globales peut influer beaucoup sur la préparation. les rythmes et l'issue des luttes de classes )) (IV.-1.1).

Cela détermine également notre volonté d'affirmer une alternative de masse aux directions réformistes. Ce qui comporte deux tâches indissociables.

D'une part, nous agissons pour la construction de larges courants d'opposition, capables de donner une orientation « lutte de classe » au mouvement syndical et d'impulser la mobilisation unitaire contre les attaques du patronat et l'austérité gouvernementale.

D'autre part, nous développons notre bataille pour la construction d'un nouveau parti ouvrier, d'une force capable de faire revivre l'espoir du socialisme. Cette perspective s'adresse à tous les militants (syndicalistes, ex-membres du PS et du PCF, anciens d'organisations révolutionnaires, etc) et à toutes les organisations susceptibles de partager avec nous cet objectif. Nous devons vérifier, par l'action commune dans toutes les grandes échéances politiques et sociales ainsi que par le débat politique et programmatique, les possibilités de construction d'un tel parti. Un instrument pour construire l'alternative

A l'évidence, de telles perspectives impliquent pour une organisation comme la nôtre, de savoir dépasser les difficultés et les défauts propres à sa situation de petite organisation et de savoir s'appuyer sur ses références programmatiques et stratégiques, pour adopter une attitude offensive et audacieuse.

Trotsky avait déjà eu à se confronter à un tel phénomène en 1934.

Sans la fétichiser, il vaut la peine de citer la réponse qu'il y apportait:

(( Pendant les événements révolutionnaires, les masses ne cherchent pas l'adresse de telle ou telle secte, mais passent par-dessus. Pour grandir plus vite pendant la période de flux, pendant la période préparatoire, il faut savoir où on trouvera des points de contact dans la conscience de larges cercles de travailleurs. Il faut établir des relations adéquates avec les organisations de masse. /1 faut y trouver le point de départ juste, correspondant aux conditions concrètes de l'avantgarde prolétarienne dans la personne des divers groupes. er. pour cela, il faut non seulement ne pas se prendre pour un palliatif en guise du nouveau parti, mais seulement pour l'instrument de sa création. en d'autres termes, tout en préservant intégralement une intransigeance de principe, il faut se libérer radicalement des résidus sectaires qui nous restent comme héritage de la période purement propagandiste )) (octobre 1934, tome 4 des Oeuvres p. 229).

Voilà une simple leçon de bon sens révolutionnaire. Et il est regrettable qu'elle ne soit pas partagée par tous dans nos rangs à l'instar d'l. Arnaud et G. Filoche dans Critique communiste n° 23.

Point n'est besoin de s'attarder longuement sur une position qui relève du dogmatisme stérile et impuissant: «Nous sommes les seuls à détenir la vérité ; les appareils bureaucratiques trahissent ; en nous adressant aux masses, celles-ci découvriront la justesse de notre programme et rejoindront notre drapeau. » Le seul défaut de cette orientation, c'est qu'elle escamote l'essentiel, à savoir ces dizaines de milliers de travailleurs, de militants que nous côtoyons dans les luttes ou dans les syndicats et qui cherchent les moyens d'empêcher que la politique des partis au gouvernement ne débouche sur un échec pour toute la classe ouvrière.

Poser vraiment ce problème c'e:-t admettre que la construction d'une alternative crédible pour les masses ne sera pas le produit d'un simple grossissement naturel de la LCR. Elle verra le jour au travers d'un vaste processus de recomposition du mouvement ouvrier, processus qui sera favorisé par le développement des affrontements de classes et par les débats qui seront impulsés en son sein.

Dans ce processus, le rôle de notre organisation est irremplaçable. L'issue dépend pour beaucoup de

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notre capacité à agir avec de larges secteurs pour assurer le succès des luttes, à être l'élément moteur de la recomposition. Poser inlassablement le problème d'un «parti à gauche de la gauche » est donc inséparable du renforcement de la LCR pour en faire un outil toujours plus efficace au service d'un projet clairement défini.

Cela différencie notablement le document de la majorité du CC des camarades Berger, Lequenne et Nivert qui écrivent dans Critique communiste n° 23 : 11 La LCR peut seulement prétendre être une composante (d'une nouvelle organisation) ». Poser le problème de cette façon, c'est tout embrouiller. Surtout lorsque les camarades ajoutent que r( dès aujourd'hui, l'ensemble de l'activité de la LCR doit être orientée par ceffe perspective )). Une telle vision revient à faire d'une éventualité à moyen terme, une possibilité immédiate et, dès lors, elle relativise considérablement les responsabilités propres de notre organisation.

Parlons sérieusement comme le veulent justement les camarades. Il existe certes d'importantes forces objectivement disponibles à la construction d'un nouveau parti de classe dans le pays. Mais ce constat ne saurait cependant cacher que celles-ci sont extrêmement hétérogènes, que leur expérience est éclatée et, surtout, qu'elles n'échappent pas à la désorientation générale du mouvement ouvrier. Il nous faut donc tout à la fois faire en leur direction des propositions d'action correspondant aux besoins des travailleurs afin de contribuer au regroupement d'une alternative de masse et favoriser la darification su r les questions-clés auxquelles les révolutionnaires doivent faire face. C'est pour aider à cette clarification que nous soumettons au débat les axes stratégiques de notre programme. Non comme un tout à prendre ou à laisser, car nous savons que ce n'est qu'au terme d'un processus de confrontation politique et de pratique commune que pourraient être définies les bases politiques d'un éventuel regroupement organisationnel. C'est d'ailleurs ce que disent les thèses. Il s'agit de dissiper les malentendus et de cerner les divergences éventuelles. Toute autre interprétation de la démarche proposée relève du faux-procès.

Pour l'heure, il nous faut précisément faire jouer à la LCR son rôle d' r( instrument pour la création d'un nouveau parti )), comme disait Léon Trotsky. Et cela exige de proposer à de nombreux militants et militantes de venir la rejoindre dans ce combat.

Jean- Pierre Beauvais Charles Michaloux Christian Picquet Pierre Rème

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