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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Battre la droite et l'austérité : une même politique

· Critique communiste, n° 24, décembre 1983 · p. 26-28 · 1 569 mots

L

Of:S capacités de tuffe tendent lentement à se recomposer (...) La défiance ouvrière (. .. ) s'est jusqu 'à présent exprimée sous une .forme passive (. . .) l'affentisme, le .faible nombre actuel de luffes sociales (. . .) )) Etc. Ces éléments descriptifs tirés du projet de thèses politiques conviennent-ils pour rendre compte du caractère des luttes depuis la rentrée? Certainement pas.

Aux PTT, dans les centres de tri, il y aurait eu, selon certains, un échec provoquant écœurement, bref un échec sérieux. Pourtant nos camarades postiers interrogés dans Rouge n° 1087 déclarent : (( Le but du plan annoncé comme tel, c'est l"'optimisation du temps de travail". Facile à comprendre. cela veut dire travailler autant ou plus avec moins d'effectifs. De ce point de vue, c'est en partie l'échec du plan Daucet. Les revend icafions arrachées dans une série de centres, comme la tuffe décidée pendant deux mois ont mis des .freins à l'aggravation de nos conditions de travail. Malgré tout, il est réel que le plan qui devait s'appliquer au 1er octobre est bien entré en vigueur. ))

Une combativité qui ne s'est pas démentie au cours de ces deux mois, malgré la trahison de la grève par les directions fédérales ; ces deux éléments ont donné au mouvement des centres de tri sa démarche chaotique, grèves, reprises, nouveaux débrayages en particulier dans d'autres centres qui n'avaient pas été touchés par le mouvement, continuation de la grève sous d'autres formes , tout cela témoigne qu 'il n'y avait pas écœurement ou résignation mais volonté de se battre. Ce qui a manqué pour que ce rapport de forces se traduise concrètement par une victoire, c'est que cette combativité ne pouvait s'exprimer que centre par centre, alors qu'un appel unitaire des fédérations aurait permis de surmonter les niveaux différenciés de combativité. Ce mot d'ordre, il n'était pas question que les appareils syndicaux le donnent de leur propre chef: « Mexandeau doit céder aux postiers, pas aux patrons », « unité des fédérations ».

Ces mots d'ordre avancés dès avant la grève, désignant clairement où se trouvait le nœud du problème, pouvaient permettre d'avancer dans cette voie. Mais si les appareils ont pu trahir, ils ne l'ont pas fait sans dommage : les postiers parisiens ont pu se rendre compte de la trahison des dirigeants sortant par les sous-sols du ministère.

On peut tirer les mêmes conclusions de ce qui se passe dans la région rouennaise, notamment à la Chapelle-Darblay. Les travailleurs ont occupé l'usine pendant deux mois, ont remis en marche la production, ont réussi à repousser les commandos CGC soutenus par les formations de droite et par la présence active d'éléments d'extrême droite. Ils ont en cette circonstance été soutenus par deux mille travailleurs des entreprises de la région. Ce sont là des signes qui ne trompent pas, comme, pour en rester à la région de Rouen, la grève des cheminots de Sotteville. Mais, encore une fois, c'est la question des directions syndicales qui s'est révélée

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l'obstacle. Le plan Parenco est soutenu par le gouvernement.. . cependant que les gros bras de la CGC tentent de le faire passer sur le terrain. Sans pouvoir à cette étape du conflit prévoir l'issue, il est à peu près certain que le plan Parenco, au moins dans une première étape, ne pourra passer tel quel.

Les leçons qu'on peut aujourd'hui tirer de ces conflits sont multiples. Premièrement, il n'y a pas de résignation, ni moins encore d'apathie ouvrière. L'action de nos camarades des Pap'Chap' contre les licenciements, pour l'unité syndicale, et leur combat pour la nationalisation sous contrôle ouvrier de la Chapelle-Darblay ont rencontré un écho favorable que le rapport de forces n'a pas permis de concrétiser. Mais c'est la question du gouvernement comme celle de l'unité syndicale qui ont été déterminantes. La comparaison est instructive avec la lutte victorieuse de Carmaux où la réalisation au plan local du front unique avait permis de remporter la victoire.

Ainsi, la démonstration vient d'être faite que la question de l'unité ouvrière, du combat pour créer le rapport de forces qui permettra d'imposer cette unité, est aujourd'hui la question déterminante. Dès qu'une attaque remet en cause gravement ses acquis, la classe ouvrière se pose le problème de la riposte. Dès lors, elle se trouve confrontée à deux obstacles : la politique du gouvernement qui fait ce qu'exigent les intérêts des patrons, et la politique des directions syndicales qui se font le relais de la politique gouvernementale et qui maintiennent la division pour empêcher la mobilisation.

Aux PIT, à la SNCF, à la RATP, à l'EDF, dans la fonction publique, parmi les mineurs, les sidérurgistes, à la Chapelle-Darblay, les travailleurs sont prêts à défendre leur feuille de paie et leur emploi. Alors, qu'attendent donc les directions confédérales? Qu'attendent donc le PS et le PCF ? Les partis et les syndicats ont les moyens d'organiser la lutte, de confirmer le rapport de forces issu de mai-juin 1981.

Pour que les choses soient parfaitement claires, prenons un exemple de défaite non pas revendicative, mais électorale. A Aulnay-sous-Bois, la LCR n'a pas mené la campagne qu'il fallait mener. Il était faux de dire dans la profession de foi avec Lü : « Il y a cinquante ans, une partie des travailleurs allemands avaient fait la même erreur tragique en laissant venir au pouvoir Hitler qui se servait du racisme. »Etait-ce la faute des travailleurs allemands, ou bien celle des directions social-démocrate et stalinienne si Hitler l'a emporté ?

Al . La LCR a cédé à Lü, qui propose d'exiger le départ des ministres communistes en écrivant dans la profession de foi : 11 Les travailleurs n'auraient rien à perdre à ce que les ministres communistes sortent du · gouvernement volontairement pnur prendre la tête des luttes . » Le bon chemin, ce n'est pas que le PCF quitte le gouvernement et inaugure une nouvelle politique catastrophique de division en rejetant sur le PS la responsabilité des échecs électoraux successifs.

Nous devions dire : « Pourquoi les ministres communistes soutiennent-ils la rigueur ? Nous n'avons pas voté pour ça. Ensemble, exigeons qu'ils rompent avec les capitalistes, qu'ils cessent de faire des cadeaux aux patrons, c'est le seul moyen de faire barrage à la droite. »

Les travailleurs attendent que PS et PC, ensemble, répondent à leurs attentes, usent de la majorité législative dont ils disposent et gouvernent contre les capitalistes. Le bon chemin, comme à Carmaux, c'est que les travailleurs luttent, imposent l'unité PS-PC, l'unité CGT-CFDT-POFEN, et infligent défaite sur défaite au patronat et à la droite.

2. La LCR s'est alignée sur Lü en ne donnant, avant le premier tour, aucune consigne de désistement pour le deuxième tour, ni dans la profession de foi ni dans l'affiche électorale.

Notre liste devait clairement choisir son camp : il fallait dire dès avant le premier tour que nous étions pour le désistement pour la liste PSPC-PSU. Aucune ambiguïté. Nous appelons au désistement pour battre la droite, pas pour soutenir la politique du gouvernement qui fait son jeu ; c'est le sens du vote pour notre liste : pour combattre efficacement la droite, il faut gouverner contre elle.

3. Cela implique un refus clair de toutes les mesures de rigueur, de tous les plans d'austérité du gouvernement : nous défendons avec intransigeance les acquis des travailleurs.

4. La LCR a eu tort de passer accord avec Lü alors que celle-ci, tête de liste, affichait son intention de négocier, si elle avait plus de 5 % des voix, sa participation à la liste PS-PC de soutien au gouvernement. Pas question, pour des trotskystes, de

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mettre le petit doigt dans le soutien à la politique du gouvernement.

Par ailleurs, LO renvoie dos à dos PS-PC et UDF-RPR et, en même temps, propose de participer aux listes d'Union de la gauche : ce mélange des genres ne constitue pas une ligne politique, et la LCR ne devrait pas tomber dans ces erreurs.

5. Il faut nous lier à la masse des travailleurs influencés par le PS et le PC, et exiger avec eux, dans les luttes comme dans les élections, que les dirigeants de ces partis arrêtent leurs compromis avec la droite. C'est cela la bonne politique et non pas de prétendre être une «force à la gauche de la gauche )) qui « critique le gouvernement et n 'accepte pas de se taire x (sic !).

Il n'est pas fatal que l'échec d'Aulnay-sous-Bois soit annonciateur du retour de la droite en 1986 ou avant. Les aspirations du 10 mai ne sont pas mortes. Avec tous ceux qui ont porté le PS et le PC au pouvoir, nous pouvons gagner. On peut encore éviter de « louper le coche » comme en 1936, comme en 1945.

La droite peut et doit être battue en 1986. Les thèses majoritaires du CC de la LCR sonnent l'heure de la retraite avant la bataille. Elles orientent vers un « regroupement » avec LO alors que nos politiques sont incompatibles. C'est pourquoi tous les militants de la LCR qui votent contre les thèses se regroupent. Les tendances exprimées dans le n° 23 de Critique communiste sous la plume de Quentin-Carvel et d'Isabelle ArnaudGérard Filoche ont fusionné autour de deux questions clés. Ces thèses minoritaires ne seront pas publiées ici, mais elles seront soumises au vote des militants et des congressistes.

Jacques Carvel, Gérard Filoche, Bertrand Aurore (tendance unifiée)

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