Le PS de la Collllllune à nos jours socialistes, ce sont les mêmes processus · Les aléas peu glorieux des batailles
Un livre de Jacques Kergoat
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OTRE courant politique a prêté beaucoup plus d'attention à l'histoire passée ou présente du PCF qu'à celle du Parti socialiste. Le livre de notre camarade Jacques Kergoat, le Parti socialiste de la Commune à nos jours (1 ), remet en cause, avec bonheur, cette tradition.
D'ailleurs, comme il l'explique dans la présentation de son ouvrage, force est de constater l'absence d'étude marxiste un peu systématique sur ce parti, quand celles sur le PCF ne manquent pas. La première explication vient de loin :« Les courants de gauche dans le mouvement ouvrier -luxembourgistes, trotskystes, maoïstes, consei/listes de toute sorte- ont tous en commun le choix de 19 20, se sont tous retrouvés initialement du côté de la JJJ• Internationale. >>
Pourtant, si l'on reprend cette même histoire du point de vue du dégagement de courants critiques vis-à-vis de la direction de la SFIO et du PCF stalinisé, les choses s'inversent en quelque sorte. En 1936, c'est du sein de la SFIO que naissent des courants s'orientant à gauche qui amènent les trotskystes à pratiquer « l'entrisme». A la Libération, avec par exemple la rupture au sein des Jeunesses qui se reproduisent.
En 1968, de nombreux groupes « gauchistes » sont issus du PCF, plus précisément de la crise qu'a connu l'Union des étudiants communistes. C'est là un phénomène nouveau. Mais qui ne doit pas faire oublier que la crise de la SFIO durant la guerre d'Algérie a produit de multiples courants, qui cotôyaient, dans le PSU de l'époque, de nombreux militants révolutionnaires.
Un des intérêts du livre de J. Kergoat, c'est la volonté de l'auteur d'expliquer que l'histoire du Parti socialiste prend ses racines profondes dans l'histoire du mouvement ouvrier français. De montrer que toutes les dérives et les trahisons n'ont pu arracher des racines qui permettent seules de comprendre comment, plusieurs fois, la SFIO a été enterrée pour toujours renaître.
Le dernier exemple en date est celui de la naissance du « nouveau » Parti socialiste dirigé par François Mitterrand.
En ces premières années de la décennie soixante-dix, nous avons eu du mal à comprendre (nous n'avons pas été les seuls ! ) qu'il s'agissait toujours d'un parti ouvrier réformiste. Nous avons eu du mal à voir comment la grève générale de 1968, la formidable contestation du PCF qui s'ensuivit, ne se traduisaient pas automatiquement par le seul renforcement des organisations révolutionnaires, mais aussi par un renouveau de la social-démocratie.
J. Kergoat étudie, d'un point de vue sociologique et politique, la nature du PS et prouve le peu de crédibilité des thèses faisant de ce parti une organisation bourgeoise comme les autres. Au travers de cette étude concrète, il précise même l'analyse marxiste révolutionnaire du phénomène social-démocrate.
C'est là aussi une façon de nous armer pour le futur. Car, actuellement, le Parti socialiste semble totalement prisonnier de son enfermement dans les institutions de la v• République et de son soutien inconditionnel à la politique du gouvernement. Hormis une grogne importante à la base, ne s'exprime pas dans ses rangs de courant critique remettant réellement en cause la politique actuelle. menées par le CERES sont là pour le prouver.
A l'opposé, le PCF est traversé de contradictions et, comme il continue toujours à avoir une implantation ouvrière décisive, il serait à nouveau tentant de centrer quasi-exclusivement nos préoccupations sur sa crise. Ce serait une erreur.
Non pas qu'il faille croire que l'histoire va se répéter mécaniquement et qu'à nouveau, comme en 1936 et en 1945, le PS va être le creuset privilégié d'émergence de courants de gauche. D'abord parce que par rapport à cette ,période, les rapports entre la classe ouvrière et ses partis traditionnels ont profondément changés. L'existence de courants révolutionnaires extérieurs à ces organisations et connaissant un implantation significative est une donnée de la période et non un simple soubresaut de Mai 68.
Ensuite, parce que la situation des partis staliniens a profondément changé. Leur crise durable renvoie à des phénomènes nationaux et internationaux. L'exemple du processus d'éclatement du PC espagnol est là pour prouver toute l'importance des différenciations que ces partis pourront connaître.
Reste qu'il faut se méfier des eaux qui semblent dormir. Comment s'imaginer que le PS, devenu le premier parti ouvrier français, sur le plan électoral, puisse traverser sans problème la période qui vient? Comment ne pas voir que les processus profonds de recomposition qui touchent le mouvement ouvrier français, s'ils perçent dans un premier temps dans les syndicats, produiront aussi leurs effets au sein du PS?
« La direction actuelle du Parti socialiste, écrit J. Kergoat, ne bénéficie pas de toute évidence de l'immense confiance que le parti avait en Jaurès, ni même de celle, pourtant moindre, dont bénéficiait la direction Paul Faure-Léon Blum.
11 La croissance de la défiance, la prise de conscience de la "trahison " des dirigeants, cela peut amener la multiplication des départs individuels, l'éparpillement de dizaines de milliers de militants, le relâchement des liens avec les masses. Mais cela ne suffit pas pour ébranler la charpente même du parti. Car, pour ceux qui la contituent, ce qui est décisif ce n 'est pas tant le degré de défiance à l'égard de la direction, ni même le septicisme quant à la fiabilité du parti : c'est la possibilité, s'ils en sortent, d'en reconstruire un autre qui soit, lui, un instrument efficace. >>
Le livre de J. Kergoat est une voie d'accés à l'étude de l'histoire du mouvement ouvrier français, permettant de mieux comprendre comment elle pèse toujours sur nous, et sur les conditions de construction d'un parti révolutionnaire en France. Car la construction d'un tel parti ne pourra se faire indépendamment de la conformation historique du mouvement ouvrier français.
Antoine Artous 1. " Le Parti socialiste, de la Commune à · nos jours"· Editions le Sycomore, 400 pages, 129 francs. En vente au prix de .i 122,55 francs à la librairie la Brèche.