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André Glucksmann, chevalier de l'Occident

· Critique communiste, n° 27, mars 1984 · p. 30-34 · 3 998 mots

André Glucksmann, chevalier de l'Occident vous êtes impardonnable d'avoir écrit ces sornelles.

1. André Glucksmann : ,, la Force du vertige"· Grasset, 1983.

2. ,, 1968, stratégie et révolution en

France.,, Christian Bourgois, 1968.

3. ,, Nos pluralistes "• Fayard, .1983.

4. ,, Le Figaro-Magazine., du

04-02-

1984.

S. Op. cité p 317.

6. Varlam Chalamov: ,, Kolyma ''• trois volumes aux Editions Maspero.

7. Cornélius Castoriadis: ,, Devant la

Guerre ,, (T 1 : les réalités ) Livre de poche, 1981.

8. Op. cité p 121.

9. Op. cité p 318.

L

ES nouveaux philosophes ont, vers le milieu des années soixante-dix, systématisé l'usage du prêt-à-porter philosophique ; dans une phase de désintégration de l'intelligentsia radicale, ils surent se faire maîtres de la désillusion, ordonnateurs des pompes funèbres de ce qui restait de Mai 1968, ils surent se faire les héros et les héraults d'un travail du deuil sur la révolution, le socialisme, le marxisme, bref l'utopie -banal comme un lendemain de cuite. A défaut d'autre chose, leur talent scénographique fut certain : ils comprirent bien, « on » comprit bien, combien il serait avantageux que leur muse s'élévât, en apparence, au moins, au-dessus de la mêlée ; qu'elle administrât les leçons de l'Histoire dans le langage majestueux de la philosophie et aussi, corrolaire, que ce nouveau philosophe apparût avant tout comme un esprit libre, désengagé, une conscience émancipée des partis pris idéologiques et que rien ne rive à aucun camp ni aucun clan . Las, les petits maîtres avaient le souffle un peu court, leurs ficelles philosophiques et autres étaient un peu grosses, le grand incendie qu'ils se flattaient d'avoir allumé se fit feu de paille. Avant même l'accession de la gauche au gouvernement, ils étaient, tout simplement, passés de mode.

Mais voici que refait surface, avec un livre sur la Bombe, le totalitarisme, le pacifisme (l ), l'un des plus notoires, des plus roués d'entre eux : André Glucksmann. Ses galons d'ancien gauchiste, soixante-huitard émérite, auteur d'un petit livre intelligent sur les évènements de Mai 1968 (2) le mettent évidemment en excellente posture pour endosser le rôle de l'exorciste de l'idéologie, de l'utopie renaissante sous les oripeaux du pacifisme, pour adopter, face à ces nouveaux radicaux écervelés, irres-

J'ai parcouru votre dernier livre. Si, après cela, vous n 'entrez pas à l'Académie, André Gide, les Caves du Vatican. Alain BROSSA T ponsables, que seraient les pacifistes (ouest-allemands pour l'essentiel), le courageux langage du « réalisme ». De la même façon que Soljenitsyne, son maître, se sent investi d'une autorité absolue pour administrer, au nom du Goulag, la Vérité de l'Histoire (3), de la même façon, Glucksmann a le profil pour dire, ès qualités : moi, le radicalisme et ses folies, sous toutes leurs espèces, je sais ce que c'est. Ce n'est pas, par les temps qui courent, un mince atout. L'habit du dissident

L'habit de couleur dans lequel Glucksmann se préfère depuis qu'il a découvert le Goulag via Soljenitsyne, c'est celui du dissident. Je ne suis de nulle part, inclassable, celui qui prend à revers les idéologies, les discours partisans, les dogmatismes de tous poils, répète inlassablement et en substance Glucksmann depuis qu'il a lâché le Petit Livre rouge pour empoigner l'Archipel du goulag. En l'occurrence, concernant la Force du vertige, cela donne :« Mon livre divise la gauche. (4) » Où encore : «Cerner en l'URSS l'empire du mal reviendrait à se situer de facto dans l'empire du bien, pas une ligne de cet ouvrage ne motive une telle adulation (5) », en clair, ce n'est pas parce que je consacre 320 pages à démontrer la nécessité de s'armer face à Andropov que je penche en quoi que ce soit du côté de Reagan ... Voire.

Lorsque les nouveaux philosophes entrèrent en lice, nous ne fûmes pas les seuls à nous étonner de ce que leur dessein de fonder une vision antitotalitaire de l'Histoire et du monde n'aille chercher ses références négatives que du côté de Pol Pot, de la

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Kolyma et des boat people. Encore une fois, l'artifice était un peu lourd, et dessinait en clair un retour dans les eaux d'un libéralisme façon Raymond Aron qui s'accordait assez mal avec les proclamations d'indépendance et les vélléités novatrices de ses promoteurs. Idem, quand Glucksmann fait monter la philosophie en première ligne pour fonder en raison la nécessité de doter l'Allemagne fédérale de l'arme atomique et celle de doter l'Europe occidentale d'un «rideau antimissiles » face aux prétentions hégémoniques d'Andropov, il n'est pas nécessaire d'avoir l'esprit particulièrement mal tourné pour se demander ce qui, la magie du style mise à part, distingue cette profession de foi de l'esprit libre de celles de Chirac et de Bush. Entendons-nous donc une fois pour toutes sur le sens du mot dissident : au sens de l'affinité idéologique avec Soljenitsyne ou Boukowski qui partagent avec Reagan la conviction que le système soviétique incarne l'Empire du mal, Glucksmann est bien une sorte de « dissident ». Au sens où il réalise, concernant les rapports Est-Ouest, la défense de l'Europe (et la civilisation) occidentale, l'appréciation des mouvements pacifistes, l'analyse du totalitarisme, une sorte de mise en scène philosophique d'idées qui font leur (large) lit entre le Figaro-Magazine et le Nouvel Observateur, il est autant un dissident que le sont MM. Jean d'Ormesson et Jean Daniel. Ce n'est pas une des moindres habiletés de ce courant que d'adopter le ton de l'écorché vif, du prophète maudit, du visionnaire décrié pour énoncer des propositions telles qu'il en éclot tous les jours sur les pelouses de la pensée libérale.

C'est qu'en effet, au fond, le crédo de Glucksmann tient en quelques idées- forces dont on appréciera l'originalité : -Le goulag, c'est le goulag, tel qu'en lui-même la terreur l'éternise. Soljenitsyne et Chalamov (6) en ont, une fois pour toutes, dit l'essence. Un charnier est un charnier, la Kolyma, les hôpitaux où l'on psychiatrise les dissidents, c'est Auschwitz, l'appréhension de l'horreur, du phénomène totalitaire ne s'accomodent pas des calculs d'épicier et donc Andropov (on dirait aujourd'hui Tchernenko), fût-ce en puissance, en intention, égale Hitler. L'empire soviétique constitue « la plus stable, la plus moderne des tyrannies » à laquelle nulle autre ne se compare. Pour tout Européen épris de valeurs démocratiques, attaché à une civilisation qui plonge ses racines du côté des batailles de Salamine et des Thermopyles (sic), cet empire menaçant est 1 'ennemi.

-Autant cet empire est figé, immuable, sibérien dans ses structures totalitaires, autant son dynamisme s'exprime tout naturellement sur le terrain de l'expansion : d'abord il y eut, après le pacte germano-soviétique, la Pologne orientale, puis, après Yalta, l'Est européen, puis Cuba, puis l'Angola, l'Afghanistan .. . Et si on laisse le champ libre aux SS 20, bientôt l'Europe occidentale. Comme pour Castoriadis (7) , l'idée que la conquête de l'Europe occidentale, la réalisation de l'hégémonie politique et militaire mondiale s'inscrivent dans la logique éternelle de la politique extérieure soviétique constitue une évidence absolue qu 'il serait indécent de s'arrêter à démontrer. Nous n'avons donc guère le choix qu'entre la « certitude du goulag » et « les risques de la vitrification nucléaire » (qu'implique la décision de s'armer face au totalitarisme). En d'autres termes: «Je préfère risquer succomber avec un enfant que j'aime dans un échange de Pershing et de SS 20 que de l'imaginer entraîné vers quelque Sibérie planétaire. (8) »

Donc, l'Occident, le « petit cap » ouest-eu ropéen surtout, « pris en otage » par les fusées soviétiques doit s'armer, se doter des moyens de riposter en état de légitime défense. Donc les pacifistes (occidentaux, ceux de l'Est , apparemment, Glucksmann n'en a jamais entendu parler) qui rêvent de transformer les épées en socs de charrue et les loups (rouges) en agneaux sont des irresponsables, des rejetons attardés et légèrement mongoliens du radicalisme désuet des années soixante. Leçon d'éthique à la clé : il est, en certaines circonstances, des valeurs plus élevées que la vie, il faut savoir parfois regarder la mort en face pour préserver sa dignité, sa liberté, bref tout ce qui fait la chair et le sang de notre « petit cap culturellement non négligeable ». Conclusion de Glucksmann : « Avons-nous le droit de prendre en otage femmes, enfants, et les enfants des enfants sur l'entière planète? Pouvons nous menacer les populations civiles, dont nous, d'apocalypse ? U ne civilisation demeure-t-elle civilisation lorsqu'elle risque sciemment son extinction pour survivre ? Telle est la plus philosophique, la plus sérieuse, la plus commune question que la banale actualité pose . La réponse, n'en déplaise aux consciences trop tranquilles , est oui (9) . »

A vrai dire, des constructions politico-philosophiques (idéologiques, en breO comme celle que Glucksmann propose dans la Force du vertige appellent moins un travail de réfutation qu'un effort pour les situer dans le champ mouvant de la conjoncture idéologique et politique. Glucksmann ne démontre pas, il assène, interpelle, invective, multiplie jugements a priori, paralogismes et professions de foi. n ne convainc donc que les convaincus et, l'air du temps s'y prêtant à merveille, cela fait légion et débouche sur le succès du livre : le « dissident » s'y entend à brosser dans le sens du poil, en toute indépendance et en tout bien tout honneur philosophique, s'entend, bien sûr.

Au beau , milieu

du marecage

Donc, nous repérons chez le dernier Glucksmann les divers ingrédients d'une pensée libérale qui relève la tête, reprend du muscle et du tonus pour faire valoir ses titres à « défendre la civilisation », occidentale, bien sûr, en temps de crise et de tension des rapports internationaux. On n'épuiserait sûrement pas la question et on se fourvoierait en partie en tirant le bilan hâtif : le nouveau philosophe qui tire à boulets rouges contre le PCF et les pacifistes dans le Figaro-Magazine, qui applaudit des deux mains quand les Pershing relèvent la garde en RF A est tombé à droite, définitivement passé « dans l'autre camp », etc. Parce que ses phillipiques antitotalitaires, Glucksmann les place avec autant de bonheur et aussi peu d'incongruité« à gauche» aussi , dans les colonnes du Nouvel Observateur, par exemple. Parce qu'en matière de croisade antitotalitaire, de défense armée de l'Occident, il peut multiplier les compagnonnages, de gauche comme de droite et spéculer sur l'existence de consensus sur le fond sinon dans la forme qui transcendent de belle manière les empoignades parlementaires sur l'école privée, la « liberté » de la presse et le passé du Président de la République. C'est cela sa force, son habileté, à l'e x -camarade Glucksmann : planter sa tente de dissident au beau milieu du marécage vraiment majoritaire parmi la classe politique et intellectuelle : celui de la démocratie armée qui fait front au totalitarisme de l'Est.

Héritier de la pensée libérale, Glucksmann l'est lorsqu'il campe le décor de notre civilisation démocrati-

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10. Claude Lefort, ,, l'Invention démocratique ,., Livre de poche, 1981.

Il. Voir le livre de Fernando Claudin,

,, Marx, Engels, et la révolution de

1848 ,., Maspero 1980.

12. Op. cité p 94.

13. Op. cité p 51.

14. Ecrivain soviétique dissident, Zinoniev décrit l'URSS comme une société sans avenir qui s'enfonce vers l'abîme. Le régime politique correspond selon lui à la réalité d'une société atomisée, à la réalité de l'homo soviéticus.

15. Décembre 1983.

16. Op. cité, pp 150, 155-156.

que menacée par l'Est. Pas de doute, pour lui comme pour Lefort (1 0), nos valeurs de liberté, sûreté, droit à une existence privée sont universelles, ce sont elles qui ont résisté à l'épreuve du temps, elles sont tout ce qui nous reste quand toutes les utopies, toutes les idéologies millénaristes ont fait faillite. Pas question donc pour nous autres, heureux habitants de cette oasis, de « laisser Andropov décider seul si Paris sera Auschwitz ». Soit dit en passant, cette rigoureuse opposition culturelle Occident civiliséOrient barbare replace notre philosophe revenu du marxisme dans l'orbite d'un marxisme peu recommandable, celui du texte où, dans les années 1848- 1850, Marx et Engels vouent aux gémonies les Slaves barbares et autres peuples sans histoire (II). Au passage aussi, elles l'entraînent à des formules à l'emporte-pièce, un tantinet méprisantes, sur la passivité et le décervelage des sujets de l'empire totalitaire qui indigneraient son maître Soljenitsine et rappelleraient plutôt le délire zinovievien sur l'empire des rats : « L'Homo soviéticus fleurit sans pourquoi, il n'a pas de temps à perdre, la paix tient à un souille, il retient le sien ( 12). »

Pendant cc temps et par contraste, « L'Europe occidentale ne s'est jamais goutée aussi délicieusement bourgeoise qu'en cette fin de xxe siècle, au sens où l'on qualifiait bourgeois des droits, une aisance, une cuisine et le confort bien avant qu'artistes ou révolutionnaires propulsent l'adjectif en mal suprême et condensent sur le propriétaire d'antan des haines au demeurant contradictoires ( 13). » Toutes ces questions d'affinité ou de répulsion idéologiques mises à part, c'est sans doute sa vtston platement zinovievienne ( 14) des sociétés de l'Est qui constitue l'aspect le plus intellectuellement indigent de la leçon d'antitotalitarisme que nous inflige Giucksmann. Dans un article intitulé « Camarade Big Brother » que publie le Magazine littéraire ( 15) fleurissent sous sa plume les formules du type : « Orwell a sous-estimé le stade final de l'abrutissement communiste qui fait l'économie d'un ministère de la vérité en noyant la vérité dans la vodka et l'inculture.. . Le citoyen soviétisé a désappris l'opposition ; s'il ne se demande pas avec angoisse comment combler l'écart, c'est qu'il n'opère plus la distinction. n ne cherche guère à passer de la foi en la liberté au culte de l'esclavage, car son esclavage tient précisément à ce qu'il est dépossédé de foi , de culte, de souci de justice. Il habite zinovievement un désert sans mirages... L'ignorance fait la force car ce que la société russe a désappris en se soviétisant est précisément l'usage indicatif du verbe être. »

Défenseur

de l'Occident

Du coup, lorsque Giucksmann se trouve confronté à des événements ou des attitudes qui n'entrent pas précisément dans le cadre de ces déductions sous-orwelliennes, à la situation polonaise du début des années 1980, par exemple, il délire sans rivage : « A l'origine, les militants polonais ne se refusaient peut-être pas napoléoniens; neuf mois après le coup de force militaire prosoviétique certains cultivaient encore l'espérance d'une grève générale. G.Sorel au début du siècle a fort explicitement rattaché ce mythe et cette idée stratégique au modèle des guerres du Premier Empire. La perspective d'une grève générale fut rapidement délaissée... Le Polonais s'avance sur un fil, il doit éviter de verser dans 1 'extrême héroïsme de la grandeur (« ni mort ») autant que dans l'infinie petitesse (« ni rouge »). Or, pour ne point s'enfoncer, fasciné, jusqu'au coma, dans l'un ou l'autre vertige il ne peut avancer qu'en contrepesant l'un par l'autre, c'est à dire en redoublant le sien... Le funambule, balancier en main, tient le juste milieu entre deux chutes, il jauge le temps, son élan, sa distance ; à l'instant d'avancer, son infaillibilité passe les calculs, la moindre hésitation peut être funeste, il doit oser se confier au vertige. (Caillois) ( 16) ».

S'il est une chose qui ressort clairement de ce feu d'artifice rhétorique, c'est la suivante : toute attitude « extrême » (visant à renverser les rapports existants, une révolution, pour parler trivialement) eût été funeste au mouvement polonais. V oyez les beautés de la pensée libérale :tant qu'il s'agit de clamer que Y alta c'est le traité de Versailles (Glucksmann), d'exhorter l'Occident à s'armer, riposter, se défendre, tout va ; mais dès qu'à l'Est surgit un mouvement de masse qui menace d'aller aux « extrèmes », plus rien ne va. Ce n'est pas par en bas que doit se défaire le « goulag ». Ça fait désordre, retour d'utopie et pour tout dire, Mai 68. Rien de neuf sous le soleil,

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c'est ce qu' écrivait noir sur blanc dès des libertés mérite d'être protégée

W

N août 1980 Monsieur Margueritte, nucléairement (17) ».Thème libéral correspondant du Figaro en Pologne.

par excellence, mais passé au moule

Sous quelque forme que ce soit, ande la crise et de la nouvelle guerre tilibérale ou antitotalitaire, la froide : ce dont il s'agit, ce n'est plus révolution est à proscrire fortant de la construire, cette Europe, mellement. Par contre, Glucksmann autour de grandes idées et de bons

)> tD ne trouve pas de mots assez durs échanges économiques, mais de la

0 pour censurer ceux qui, après le 1 3 z défendre, dans ses valeurs, ses z décembre, se refusaient à emboîter le traditions, ses villages fleuris et sa m pas à Reagan et Marie-France

Culture.

Inépuisable, increvable

~

Garaud préconisant des représailles m haridelle nommée Défense de l'Océconomiques contre le gouvernement cident.

-f polonais.

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En deçà

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Glucksmann s'indigne de ce que

0 l'Humanité le traite de « reaganien ».

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Il est vrai que nulle part, dans son livre, il ne se fait explicitement

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:::j le socialisme, puisqu'aussi bien l'un et

::t> z sabilité dans les regains de tension enl'autre sont synonymes de Kolyma.

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Mais ce qui est peut-être plus

.,. .,. ., ... 0

~à d'autres et s'en démarquer. C'est là, stupéfiant encore que les raccourcis

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<D::z:l~ sérieusement au-dessus de nos têtes

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!!!~QI· ::r n non pas même aux antagonismes de c.-: 0 dropov (Tchernenko) d'envoyer « les classes, aux conflits qui peuvent

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jeunes Parisiens et les vieux Berlinois traverser ce corps social, mais à l'idée

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Cil accomplir leur service militaire à la

::;· i' même que gouvernants et gouvernés frontière chinoise ». La Grenade, puissent, d'aventure, incarner des

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ID "Q connais pas.

s;:n intérêts, des aspirations divergents,

Glucksmann qui se réfère à la que le mouvement « d'en bas »

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0 puisse, pour de bonnes raisons, se

~ telligentsia française (pour dire qu'il heurter aux desseins de « ceux d'en n'existe aucun rapport de filiation en- haut ». Libéral, défenseur de la tre icelle et les billevesées pacifistes démocratie occidentale, le voici donc d'aujourd'hui) a en horreur les dans la réflexion sur nos sociétés, dogmes figés des anciens combien en deçà de Rousseau et de battants, des «jeunes quadragénaires

Tocqueville. Des millions de citoyens qui rêvent à leurs vingt ans » et d'un pays dont Glucksmann salue le s'imaginent encore qu'il pourrait bien retour dans le giron de la démocratie, exister comme une relation entre nos la RF A, s'insurgent et se mobilisent privilèges d'hommes libres du petit contre la décision de leurs gouvercap envié où nous coulons des jours nants et des dirigeants américains de paix et les incendies et autres d'implanter des fusées Pershing sur le calamités qui ravagent les pays territoire de ce pays. Les sondages dépendants. Idées vulgaires, vieilles d'opinion indiquent qu'une majorité

« conserves », dit Glucksmann. Pour des citoyens de ce pays est hostile à lui, comme pour Castoriadis, le tiers cette implantation. Ne sont-ils pas monde n'est objet de sollicitude que concernés au premier chef par cette pour autant qu'Andropov et ses décision ? S'il est un terrain sur séides s'efforcent d'y ratisser le lequel la démocratie qui, pour terrain. C'est dans les trous béants du

Glucksmann, mérite d'être défendue discours antitotalitaire autant que contre vents et marées, devrait exerdans ses outrances et ses jugements à cer ses droits et faire valoir ses titres, l'emporte-pièce sur « l'autre côté » n'est-ce pas celui-ci ? Or quand la que se lit sa misère.

majorité de droite du Bundestag, le

Au reste,

Glucksmann se gouvernement CDU-FDP décide de prémunit contre l'accusation de passer outre à la plus formidable

« reaganisme » en s'affirmant plutôt mobilisation populaire qu'ait jamais européen qu'atlantiste. Il se définit connue la RF A, Glucksmann apcomme partisan d'un « gaullisme plaudit bruyamment et en rajoute en d'échelle continentale car l'Europe proposant d'offrir à Helmut Kohl

17. <<Le Figaro-Magazine ''·

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aujourd'hui, Franz Josef Strauss, peut être, demain, une panoplie nucléaire. Il semblerait donc que, dans l'ordre des priorités, la défense de l'Occident l'emporte, haut la main, sur celle de la démocratie.

Lorsqu'il s'agit de stigmatiser l'irresponsabilité et la cécité des pacifistes d'outre-Rhin, Glucksmann n'hésite pas à brandir le spectre de tous les vieux démons de l'Allemagne, de toutes les utopies « totalitaires » qui, du marxisme au nazisme, 1 'auraient tant de fois conduite à sa perte. Le pacifisme, clamet-il, est la dernière 1 grande idéologie qu'aient inventée les Allemands pour nous conduire, une nouvelle fois, sur les sentes erratiques de l'histoire. Avec un mépris sans mesure, il renvoie à leur passé coupable ces jeunes Allemands d'après 1945, «voyageurs sans bagages, nés d'un passé inconnu et de. parents transparents » qui, dans leur obstination à se préférer « plutôt rouges que morts », ne voient pas qu'ils fraient le chemin à un« nouvel Auschwitz », sous l'égide d'Andropov, cette fois. Entraîné par le feu de la polémique, Glucksmann n'hésite à convoquer ni les morts, ni les enfants : « Sous couleur de ceremonie du souvenir, faut-il déposer les armes outre-Rhin et dois-je, en mémoire de ma famille, proie de l'archipel nazi, accepter que mon enfant s ub isse 1 'archipel soviétique ? ( 18) ».

Mais lorsqu'il s'agit de revendiquer la bombe pour Kohl, c'est une tout autre Allemagne que redécouvre Glucksmann : « Si les Allemands vivent en démocratie depuis quarante ans ils ont autant de titres que qui~onque à choisir librement la façon dont ils entendent se défendre. Chaque peuple est responsable de sa propre survie (19) ». Paradoxale ?Yl_ll~ nastique intellectuelle : la maJonte des Allemands de l'Ouest, en toute démocratie, ne veulent pas d'armes nucléaires sur leur territoire. Mais Glucksmann, lui, en toute démocratie, pense qu'il serait néanmoins bon, que Kohl ait sa force de . frappe. Donc .. .le discours des strateges en chambre de la Défense de l'Occident a des raisons que le bon sens ignore.

Mais sans doute l'aspect le plus pernicieux du discours de la ~uerre que nous tient Glucksmann est-Il son acharnement inlassable à banaliser la perspective de la guerre atomique. Rien ne sert de crier à l'apocalypse, dit-il en substance, l'horreur absolue de la guerre, nous la connaissons 18." Op. cité p. 138 "· depuis 1914. La guerre nucléaire 19." Le Figaro-Magazine"· n'est que la poursuite de l'horreur par d'autres moyens. Ne craignons donc pas de nous armer et de menacer l'autre de nos foudres nucléaires. C'est à ce prix que notre petit cap arrachera ses meilleures chances de survie. Ne nous voilons pas la face, la seule façon de « tenir en respect un système concentrationnaire », c'est de pointer nos fusées. Foin des angoisses millénaristes des pasteurs et des junkies ouest-allemands : plûtot la belle mort que le goulag. .. S'il est un discours irresponsable, c'est bien celui-là, qui nous condamne à la Bombe et prévoit son usage comme un moindre mal. Les faucons du Pentagone ne disent pas autre chose. Mais Glucksmann qui ne craint pas d'affirmer avec une belle audace que « dès l'origine, régime totalitaire et Bombe sont liés » va plus loin encore : les généraux américains, eux, au moins, ne laissent pas entendre que ce sont les Russes qui ont vitrifié Hiroshima et Nagasaki.

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