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DEBAT

L'Alternative se construira dans les luttes

· Critique communiste, n° 29, mai 1984 · p. 32-34 · 2 630 mots

Contribution de l'UTCL

L'Alternative se construira dans les luttes

D posent

EUX questions brûlantes se aujourd' hui : que faut-il faire tout de suite, pour faire reculer les catastrophes sociales programmées par le gouvernement? Quelles perspectives nouvelles faut-il avancer, pour que le mouvement ouvrier se dégage du marasme, de la crise dans laquelle il s'enlise depuis des années ?

Car ce sont bien deux crises et non une seule qui secouent la société. la crise du capitalisme... et la crise de l'anticapitalisme. S'il existe une volonté de se battre parmi les travailleurs, il y a aussi beaucoup de désillusions et de désarroi. Pire, le plus terrible des venins infecte le tissu social : le racisme.

Cette crise du mouvement ouvrier n'est pas sans remède. Les raisons d'espérer existent, nombreuses. Mais les bons remèdes, nous ne les préparerons pas avec les vieilles recettes, les idées toutes faites, les conformismes idéologiques d'autres époques.

L'enjeu est grand. Les travailleurs représentent dans les pays industrialisés une force sans précédent. Cette force, galvanisée par des espoirs nouveaux, peut faire vraiment reculer le chômage et l'austérité, en imposant des transformations sociales en rupture avec la logique, avec les valeurs, avec le système capitaliste.

La politique capitaliste du gouvernement PS-PC

La gauche électorale a fondé son ascension sur une duperie. Elle rassemblait d'une part les revendications des mouvements populaires, et promettait d'autre part qu'au gouvernement, elle gérerait le capitalisme ... contre les capitalistes.

Nous avons toujours dénoncé cette illusion, qui a plongé le mouvement social dans l'attentisme et dans l'inaction, aidée par les effets dévastateurs de la division syndicale. Ce qui ne veut pas dire que nous ne nous sommes pas réjouis et associés à la défaite de la droite en 1 981 .

Que se passe-t-i/ maintenant ? Après une première année d'hésitations mais aussi de mesures sociales limitées, les choses se sont accélérées. Le gouvernement mène une politique conforme, non à sa promesses, mais à sa fonction de gouvernement de l'Etat capitaliste, de la France capitaliste, intégrée à l'Europe capitaliste.

Le gouvernement choisit les impératifs du profit contre les intéréts des tra vailleurs.

Ce n'est pas surprenant. L'Etat n'est pas une simple institution, une superstruc- « ture» essentiellement « politique», mais bien le corps central du capitalisme. En se développant, l'Etat moderne est devenu un groupe puissant, le premier employeur du pays. Par nature et quels que soient les déclarations d'intention, la politique d'un gouvernement est toujours capitaliste. Mais cela, le PS et le PC ne l'avaient pas dit. Entre promesse et réalité, l'écart est fantastique.

Jacobin, autoritaire, le gouvernement l'est à chaque décision contre les travailleurs, prises sans les informer, sans les consulter. En revanche, quel sens du dialogue avec les catégories sociales aisées ! L'école pivée a plus de chance que les emplois ouvriers.

Aujourd' hui, sans fausse pudeur, Mitterrand affirme une politique à la Reagan. Il annonce la couleur si clairement que même l'opposition de droite en a reconnu la « sagesse ». Ainsi, après la poursuite d'une politique militariste, pro-nucléaire, impérialiste même, liée soit à l'atlantisme de l'Etat français soit à la défense de ses intérêts propres (Afrique, Moyen-Orient, DOM-TOM ... ), après une campagne et des mesures aggravant et confortant le

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racisme, après la « rigueur » ... est venu le temps de l'austérité. Sous le couvert de la « nécessaire modernisation », le gouvernement veut couper court à la contestation sociale, conforter sa crédibilité vers les milieux d'affaires. Il ne peur érre question de soutenir cerre politique gouvernementale capiralisre.

Le PCF y participe. Il est coincé entre deux logiques dangereuses pour lui : la poursuite de la participation gouvernementale et la rupture. De toute façon , son seul critère est de défendre ses intérêts propres d'appareil bureaucratique.

Bref, pour nous communistes libertaires, le crédit « social » du gouvernement, son vernis « socialiste », ce sont les impostures grâce auxquelles il compte faire avaler aux travailleurs ce que Giscard n'avait pas pu. Ce qui ne signifie pas la moindre faiblesse en direction des politicards de la droite. La seule réponse, c'est la lutte des travailleurs.

/ . Barrons-nous pour l'unification des lurres en cours, avec un mor clef : solidarité ouvrière ! -solidarité interprofessionnelle, pour que chaque« bassin de l'emploi» devienne un « bassin des luttes » ! -solidarité générale, renouant avec les grandes actions nationales, nécessaires aujourd'hui pour faire reculer le gouvernement.

Bâtir une alternative à la politique capitaliste du gouvernement, ça passe d'abord par cela. Les travailleurs représentent une force immense. On peut enrayer la logique infernale.

2. De grands secteurs sonr en lurre, mais il y a derrière nous des années de démobilisation, er bien des travailleurs ne sonr pas encore prérs pour l'action. Il faut reconnaître cette réalité, pour la transformer. C'est une nouvelle pratique de masse qui est nécessaire. Elle permettra de recomposer un tissu social offensif, complément indispensable et meilleur soutien aux grandes luttes du moment. La parole aux travailleurs ! Battons-nous autour de problèmes vécus, même sur des revendications apparemment limitées, et gagnons.

3. Mais il faut voir plus loin . Les luttes de résistances peuvent faire reculer les échéances. C'est trés important. Mais pour des victoires décisives contre le chômage er l'ausrériré, il fa ur aux travailleurs des objecrifs de transformation sociale. Face à une société qui bouge, les luttes doivent se transformer

On ne lutte pas contre la crise comme on luttait avant la crise. En trente années de croissance et de productivisme, le mouvement ouvrier a pris des habitudes : revendiquer pour mieux protéger le gateau, mais sans s'attaquer aux logiques du capitalisme.

Nous affirmons que la crise oblige à repenser la lulle, non pas pour minimiser les revendications, mais au contraire pour hisser qualitativement les objectifs. Il faut s'en prendre aux logiques mêmes du système, se battre et imposer des transformations sociales.

Certains affirment que la crise éranr bien réelle, ses effets sonr inéluctables. Il n'y a plus qu'à s'incliner, et négocier pour sauver les meubles. C'est ce que dit Edmond Maire, c'est ce que pense Krasucki, c'est la raiso•.1 d'être de Bergeron. Et bien oui, la crisr~ est bien réelle , elle a une dimension internationale incontestable ...

Mais ce qui esr au cœur de la crise, c 'esr la lurre de classe. Nous assistons d'abord à la crise du mode d'exploitation des travailleurs sur lequel reposaient les trente années de croissance : le « fordisme ». Oui, la marge des profits est menacée. Pour la préserver, les capitalistes s'attaquent aux travailleurs. Les enjeux de la crise sonr clairs, ce sonr des enjeux de classe:

/. Faire baisser les coùrs salariaux er sociaux, pour maintenir les profits capitalistes. Tout s'enchaîne: baisse des emplois, remise en cause des systèmes d'indexation des salaires sur les prix, réduction de la couverture sociale.

2. Casser la force du prolétariat, le morceler pour préserver le pouvoir capitaliste. Cette force, après trente années d'expansion, est devenue immense dans la société, même si elle n'a pas pleinement conscience d'elle-même. 70 % de la population active est composée de travailleurs salariés sans pouvoir réel : ouvriers, employés, techniciens, enseignants. En 1968, le mouvement des travailleurs a été tel que la bourgeoisie, confrontée aux prémisses de la crise, a dû attendre huit ans pour imposer un premier plan o uvert d'austérité. La réponse capitaliste, c'est une véritable transformation du tissu social, un morcellement, le partage entre chômeurs et travailleurs, la multiplication des statuts. Les technologies nouvelles offrent aux capitalistes des armes précieuses pour accélérer ces mutations. Enfin, n'oublions pas les profits sans précédents que font certains secteurs en pointe. Il n'y a pas crise pour tout le monde.

Car l'austérité er le chômage ne doivent pas masquer ce fair majeur : la société esr en rrain de changer, sans les travailleurs, er contre eux. Parce que la lutte de classe est au cœur de la crise, il n'y a pas de lois « scientifiques » fixant le taux de chômage, d'austérité, ou d'inhumanité. Une seule loi : le rapport de forces.

Pour que le rapport de forces bascule, les luttes défensives ne suffiront pas. Dans cette société en mutation, les travailleurs pour gagner vraiment, doivent être porteurs de projets de transformations sociales opposés à la logique capitaliste. Des projets capables de mobiliser les énergies ouvrières, et qui, imposés par la lutte, seraient comme autant de coins enfoncés dans un système que l'on veut faire éclater.

Une stratégie de contre-pouvoir

/. Il faur déplacer les enjeux de pouvoir. Les travailleurs n'attendent plus «d'en haut», du gouvernement, aucun changement positif. Le gouvernement aujourd'hui n'est pas compris comme le «représentant des travailleurs», mais pour ce qu'il est, un pouvoir, qu'il faut faire céder par l'action, comme le patronat. Cette prise de conscience appelle une perspective politique.

La délégation du pouvoir dans le cadre des institutions bourgeoises est bien une impasse. Déplacer l'enjeu du pouvoir, c'est faire avancer l'idée que ce sera à partir de la base que les travailleurs construiront leur pouvoir. L'alternative politique aux pouvoirs en place, à l'Etat, au gouvernement, au patronat, c'est pour I'UTCL la perspective d'un contre-pouvoir des travailleurs, construit peu à peu dans les luttes.

2. Multiplier les lieux de contre-pouvoir. Les conseils d'usine italiens restent un exemple concret et toujours actuel. Le contre-pouvoir dans l'entreprise, c'est : -L'auto-organisation, unitaire, autonome, et permanente des travailleurs face à la hiérarchie, aux patrons , aux technocrates. -L'élaboration de projets ouvriers par les travailleurs eux-mêmes, adoptés démocratiquement. La base ouvrière oppose aux décisions des dirigeants d'entreprise ses exigences, ses conceptions, ce qu'elle veut voir transformé dans les conditions de travail, dans ce qu'on produit, dans l'organisation et le temps de travail...

3. Développer les axes revendicatifs qui unifient les travailleurs (salariés er chômeurs): Le droit au travail pour tous ; la réduction du temps de travail, générale à tous les secteurs, à 35 heures, et au-delà, la lutte contre les inégalités sociales et les inégalités de revenus ; l'égalité des salaires hommes-femmes ; des systèmes combinés d'augmentation uniforme des salaires et d'indexation sur les prix ; le contrôle des travailleurs sur les technologies nouvelles, bataille décisive pour l'avenir ; le contrôle sur l'implantation des nouvelles industries, les choix technologiques et la recherche, la transformation du travail, des conditions matérielles, mais aussi contre l'autoritarisme et la logique de la hiérarchie ; contre tous les racismes , pour l'égalité des droits, pour une société pluri-culturelle où chacun puisse vivre sa différence. Vers la rupture autogestionnaire avec le capitalisme

Une stratégie de contre-pouvoir donne aux travailleurs le rôle d'acteurs et de décideurs dans le changement. Elle est opposée à la logique électorale de la démocratie bourgeoise, fondée sur la délégation de pouvoir aux candidats et

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ABONNEMENT A DOMICILE

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Réglement à l'ordre de PEC aux partis. Elle est aussi radicalement opposée à la stratégie d'Edmond Maire, entre autres raisons parce qu'elle a l'action comme moyen et la rupture avec le capitalisme comme but.

Une telle stratégie éclaire la pratique quotidienne, en jetant les bases d'un long processus de transformations permanentes, vers la rupture révolutionnaire et une société nouvelle, autogérée et fédéraliste. L'autogestion n'est pas pour les libertaires un concept ornemental, mais l'idée-force, la clé de voûte du socialisme. Un socialisme libertaire: un monde à gagner.

Noire conceplion du conlenu de /'a!lernalive es! !rés éloignée de celle de la LCR. Nous ne traçons pas le programme d'un « gouvernement des travailleurs » imaginaire dirigeant l'Etat français . Pour nous, le pouvoir des travailleurs se construira depuis la base par l'auto-organisation des travailleurs, dans nos luttes. L'alternative à promouvoir n'est donc pas pour l'UTCL un parti « nouveau » mais s'inscrivant dans la politique traditionnelle pour y faire concurrence au PC et au PS sur leur terrain. Ce terrain est une impasse : le mouvement ouvrier y est embourbé depuis des décennies. L'alternative, c'est d'en sortir. Cette divergence n'est pas isolée. C'est en fait tout un rapport à la politique, aux travailleurs, qui est en jeu. Ainsi ne partageons-nous en rien la vision d'un monde divisé en deux camps, l'un « impérialiste » et l'autre où « le capital aurait été expropriée » -et qu'il faudrait donc défendre même s'il est «dégénéré». Une telle conception est révélatrice de certaines conceptions de la révolution, du socialisme et de sa nature. Elle résonne comme une injure pour les travailleurs qui se battent à l'Est contre ceux qui les oppriment el qui les exp/ni/eni, contre des régimes qui n'ont de socialiste que le nom, et que nous nommons, nous, capitalistes bureaucratiques d'Etat.

Se battre pour un projet de société tV~o~~~ f~~~~~q~~ ~~~~niste

2- SIX MOIS D'EXPERIENCE

DE L'HEBDO «ROUGE» 6mois = 24numéros

3- CONNAITRE LE MENSUEL

CRITlQUECOMMUNISTE 1 an = 11 numéros réellement autogestionnaire, et articuler ce combat avec une pratique de masse et de classe : c'est pour cela que nous construisons une Union des travailleurs communistes libertaires. Nous le faisons sans sectarisme : l'unité avec d'autres camarades, d'autres groupes, d'autres courants que le nôtre, c'est pour nous indispensable. L'unité pour l'alternative

Une fusion organisationnelle des courants de l'extrême gauche n'est pas une perspective crédible. Des points communs existent heureusement, mais aussi trop de divergences entre les différents courants : trotskystes, marxistes-léninistes, libertaires, et tout un courant en recherche, partiellement regroupé dans la Fédération pour une gauche alternative.

Ce qui est à l'ordre du jour, c'est la recherche de pratiques communes pour unir les forces et permettre le débat.

Reste que pour être enfin à la hauteur et préparer l'alternative, l'extrême gauche a encore, - nous avons encore- de gros efforts à fournir pour comprendre la situation contemporaine : être à l'écoute des mouvements profonds de la société, réaliser que les mentalités changent autour de nous, que les travailleurs ne réagissent pas comme un seul homme, saiSir pourquoi la jeunesse rejette globalement la politique ...

Les schémas dominants de l'extrême gauche, dirigistes, centralisateurs, ne répondent pas aux aspirations profondes et contemporaines à l'autonomie exprimées par les luttes des femmes , mais aussi présentes dans tous les mouvements sociaux.

La recherche d'une allernalive passe donc par un grand effort de réflexion el d'imagination . Cela passe aussi par la pratique.

450 F ' 160 F 1 F 1 h · · 150 F HO F 2 rue Richard Tél : 859 00 80

L'alternative se construira dans les luttes

Pour nous, la colonne vertébrale d'une future alternative se trouve parmi les travailleurs et les syndicalistes qui veulent se battre aujourd'hui. Rassembler par milliers, dans l'unité, toutes celles et tous ceux qui s'opposent dans les syndicats aux lignes des directions confédérales actuelles, et chercher ensemble les termes d'une alternative aux politiques de ces directions, c'est un enjeu déterminant pour les luttes en cours et à venir.

Il est nécessaire que ces oppositions s'affirment. C'est à partir de pratiques et de débats démocratiques in/ernes aux organisations syndicales, associant le plus grand nombre d'adhérents et de militants, que les idées et les pratiques pourront progresser.

Bannissons les pratiques manipulatoires et fractionnelles, qui dépossèdent les équipes syndicales de la maîtrise démocratique du débat et qui portent en germe les dangers de la marginalisation, de l'autoproclamation de micro-confédérations-bis.

Ensemble, nous sommes une force qui peut peser contre le fonctionnement bureaucratique dans le syndicalisme, pour l'indépendance syndicale face au gouvernement et à toutes les organisations politiques, pour l'unité des travailleurs, et pour l'action.

En Belgique, en Italie, en Grande-Bretagne, de grandes luttes se sont ouvertes contre l'austérité et le chômage. Pesons ensemble pour l'Europe des luttes, contre l'Europe capitaliste !

Le 14 avril 1984 Uni on des travailleurs communistes lillertaires. UTCL.

Contacts: Editions << L ». BP. 333, 75525 Paris cedex 11 ·· ~ , Lsnoir 93108 Montreuil

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