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Aujourd'hui, Stéphane Just dénonce, ' Oes mouvements nationalistes petit-
Premiers
A lettre ouverte du bureau du Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale aux organisations et militants du Comité international que nous publions ci-après est consacrée à l'éclatement de ce regroupement constitué en 1980 par l'OCI française et le PST argentin, après une scission fomentée par ces organisations dans les rangs de la IVe Internationale et notamment de sa section française , la LCR. A première vue, une évolution aussi rapide du Comité international, en moins d'un an, peut surprendre .
« Communication aux camarades du comité exécutif Le PST argentin a décidé d'ouvrir un bureau en France 1 afin d'organiser la diffusion de ses positions et de son combat (. . .) Le comité exécutif considère cette communication comme un acte scissionnistes.» (30.10.1981). En décembre 1980, Pierre Lambert parlait «d'un bond en avant comme il n y en a jamais eu dans 1 'histoire de la IV•. » dans le Bulletin international de discussion, 11 une volonté criminelle de scission )). Ces phrases pourraient prêter à sourire, mais il est plus instructif de se pencher sur la façon dont les processus historiques se jouent de ceux qui pensent qu'une unification dépend de la volonté de dirigeants d'exécuter de grands « bonds en avant » par-dessus les principes pour construire l'Internationale, parti mondial de la révolution.
Car l'unification du courant animé par l'OCI et son appendice entriste dans la LCR Oa TL T) avec le PST argentin fut une unification sans principe. Sur la révolution nicaraguayenne, le tlénominateur commun était une attitude de méfiance envers la révolution, n'incluant aucune tâche pratique, si ce n'est la « défense des trotskystes emprisonnés ». Les thèses programmatiques élaborées pour « la conférence mondiale » étaient des rappels historico-politiques de généralités et non des analyses concrètes communes de la dynamique mondiale de la révolution.
Même sur la révolution sandiniste, la position similaire partait d'approches différentes. Fidèle à son attitude sectaire traditionnelle de condamnation des mouvements révolutionnaires dès lors qu'ils ne sont pas dirigés par des trotskystes - attitude qui l'avait amenée à découvrir 19 ans après une révolution sociale à Cuba- I'OCI faisait allègrement l'amalgame, FSLN = courant nationaliste petit-bourgeois, donc contre-révolutionnaire, donc à condamner.
Pbur Moreno, l'attitude envers le FSLN n'était pas dictée par sa nature bourgeois ne lui ont jamais fait peur) mais par l'expulsion de la brigade Simon Bolivar après ses agissements au Nicaragua. La faillite des « reconstructeurs »
Ainsi nulle discussion n'eut lieu au sein du Comité international sur le Nicaragua, ni sur le Salvador, ni sur l'Iran, ni sur la situation en Europe. Dans ces conditions, la dissolution des tendances et fractions ne recouvrait pas un accord politique mais un refus d'organiser la discussion, un rejet des bases du centralisme démocratique. Une telle discussion aurait nécessité non seulement la vérifica-
tian des analyses programmatiques, mais aussi une mise en œuvre, pratique, commune du travail de masse.
Elle supposait en plus que l'OCI ouvre en son sein la libre discussion sur les bases du centralisme démocratique. Mais dans l'OCI le droit de tendance et de fraction existent à condition de ne jamais s'en servir.
Cette situation entraînait dans le Comité international un mode de fonctionnement « au consensus », pour les sections les plus importantes tout au moins. Ce type de fonctionnement était bien adapté à un mode d'analyse commun s'en tenant aux généralités. Mais plus il touchait aux tâches concrètes, plus il était gros de divergences que les structures du Comité international transformaient inévitablement en sources de conflits.
Le seul accord concret concernait l'appréciation négative de la IVe Internationale comme source du péché révisionniste dans les rangs de la Ive, comme seul facteur d'homogénéisation du Comité international. Encore, pour arriver à cet accord, Moreno avait-il dû renier sa participation à la réunification de la IVe Internationale en 1963, tandis que l'OCI renonçait à une découverte toute récente, selon laquelle la IVe Internationale et le CORQI formaient deux branches du trotskysme.
L'apparition de divergences au sein du Comité international a concerné d'abord l'Amérique centrale et s'est poursuivie sur la Pologne puis sur la tactique de front unique anti-impérialiste, pour culminer dans les divergences sur la situation française . Sur toutes les questions concrètes que la lutte de classes mondiale a posées à l'avant-garde, il y a eu division sur les caractérisations comme sur les tâches. Ainsi se faisait la démonstration que le mode de fusion sans principe contenait en lui-même un facteur de scission sans plus de principe. La preuve était faite que la fusion ne peut procéder de simples accords de directions.
La LCR est consciente que la dispersion en plusieurs courants des forces se réclamant du trotskysme est un obstacle sérieux à la construction de partis révolutionnaires de masse. Mais en même temps, le dernier avatar des (( reconstructeurs de la Ive Internationale » montre que l'on ne peut avancer indépendamment des obstacles réels sur la voie de l'unification. Celle-ci suppose, au contraire, que la situation soit clarifiée sur plusieurs points. La question du centralisme démocratique est bien entend.u la première. Là-dessus, l'OCI et la LCR ont des pratiques pour le moins différentes. Lambert déclarait en 1979 (interview à Rouge n° 868): 11 Nos statuts reconnaissent le droit de tendance et le droit de fraction. Mais le droit de tendance ne conduit pas obligatoirement à la création de tendan ces (. .. ) La dernière fois (qu'il y a eu une tendance à 1 'OC!) c'était la tendance Bleiptreu-Lequenne en 1953. » L'existence ou non de tendances n'est pas une simple question de circonstance ou de technique de fonctionnement. Comme l'expliquait Trotsky : 11 A travers les formes d'organisation, la politique se manifeste ; à travers la politique, se dévoile le programme ; et dans le programme, notre théorie trouve son expression . )) Les difficultés actuelles du Comité international illustrent en négatif l'actualité de cette affirmation.
Depuis le mois de mai, sur la question du front populaire en France, il y avait des divergences entre Lambert et Moreno. Où et quand les militants de l'OCI ont-ils pu s'en informer ? Où et quand ont-ils eu la possibilité de donner leurs positions dans le débat ? C'est seulement quand la rupture est consommée que les militants de base sont invités à connaître les péripéties de la bataille. Par rapport à la pratique de la rve Internationale, à sa liberté de discussion, les mœurs du Comité international apparaissent comme étrangers à la tradition du mouvement trotskyste. Le hangar et le socialisme
La seconde question en jeu dans tout examen sérieux d'un processus de rapprochement avec l'OCI est le rapport entre théorie et pratique. Rappelons cette anecdote connue sur la réunion d'une cellule de Kolkoz en URSS. A l'ordre du jour sont inscrits deux points : 1 - constructio!l d'un hangar ; 2- construction du socialisme.
Au début de la réunion, le secrétaire de cellule déclare qu'étant donné le manque de briques pour construire le hangar, il faut passer directement à la construction du socialisme.
Une fusion avec l'OCI, basée sur les convergences idéologiques et faisant abstraction du fossé qui existe sur le terrain des tâches pratiques, serait semblable à la construction du socialisme sans les briques pour construire le hangar.
Les divergences avec l'OCI, aujourd'hui, sont beaucoup plus manifestes sur le terrain des organisations de masse, syndicats, mouvement des femmes, organisations de jeunesse. Elles se manifestent dans l'attitude quotidienne face aux bureaucraties politiques et syndicales réformistes. C'est la position sur les revendications et dans les syndicats, c'est l'attitude pratique commune face au gouvernement qui détermineront d'abord un travail commun permettant, à une autre étape, de généraliser éventuellement la pratique commune. Le moins que l'on puisse dire, aujourd'hui, c'est que les conditions de passage d'une étape à l'autre sont loin d'être réunies. Cependant, la LCR fera tout pour développer un travail commun, seul susceptible de faire accomplir des pas en avant dans la voie d'un rapprochement véritable et non de façade.
Jacques Carvel