La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DEBAT

Pour une opposition ouvrière au gouvernement !

· Critique communiste, n° 30, juin 1984 · p. 31-34 · 4 106 mots

Contribution de la LOR

POUR UNE

OPPOSITION

OUVRJERE

AU GOUVER

- - - - - - -- -------

Il est très positif que la LCR cherche à faire de son rassemblement au Bourget les 26 et 27 Mai un moment privilégié de débat entre organisations qui dénoncent la politique d'austérité et de chômage du gouvernement. Si c'est la marque d'une volonté d'ancrer ce débat dans la recherche d'une unité politique et d'action contre cette politique gouvernementale, contre ceux qu'elle sert : les capitalistes, elle trouvera notre contribution pleine et sans réserve.

Car le problème principal des débats qui se sont noués ou qui se nouent, à l'occasion d'une campagne ponctuelle (comme la campagne électorale des dernières municipales), d'un rassemblement ou d'une fête, est leur discontinuité. Le débat n'a pas alors pour but d'assurer la confrontation d'analyses et de positions différentes, dans leurs développements, non seulement pour enrichir le mouvement dans son ensemble et l'argumentation de chacun, mais pour déboucher sur l'unité dans chaque action contre le capital - en entendant par action aussi bien une lutte économique qu'une mobilisation politique, partielles ou générales. Nous ne voulons pas nier l'intérêt (ponctuel !) de débats ponctuels, mais qu'on ne nous parle pas alors de la recherche d'une unité politique et d'action plus générale contre la politique gouvernementale et le capital financier européen ! Cette unité là doit procéder d'une volonté politique commune. Aucune organisation n'est aujourd'hui en mesure de la réaliser seule, en son sein ou autour d'elle, sans chercher à réaliser une alliance politique.

Nous n'adopterons donc pas la même méthode que les contributions publiées dans le précédent noméro de Critique Communiste. D'une part parce qu'elles nous apparaissent davantage comme des explications parallèles de politiques différentes que comme un débat, en particulier avec la LCR qui en est l'initiatrice; d'autre part parce qu'elles ne débouchent sur aucune proposition d'activité commune, et semblent même dégager un certain pessimisme sur cette question.

Nous ne pensons pas que cela présente un intérêt d'asséner aux lecteurs notre analyse, plus ou moins exhaustive, des ravages de la politique pro-bourgeoise et impérialiste du gouvernement dans les conditions d'existence des travailleurs, ainsi que pour leur conscience, leur organisation et leur unité de classe (en particulier entre français et immigrés). Les travailleurs et les militants que ce débat intéresse auront déjà lu plus d'une fois des descriptions semblables; ils pourront d'autre part avoir notre appréciation particulière sur chaque question dans notre hebdomadaire «La Vérité» (1). Notre avis est qu'il faut engager le débat, plutôt que de parler dans des pièces différentes. La confrontation ne peut qu'être positive, surtout si elle s'organise sur un terme plus long qu'un évènement ponctuel. Evidemment, et à juste titre, les travailleurs (et nombre de militants !) sont rebutés par la polémique stérile qui s'exacerbe sur des détails pour déboucher sur des affrontements verbaux aparemment démesurés. Mais c'est la caractéristique de débats ponctuels, sans lendemains ni perspective d'activité commune ! Nous voulons au contraire engager le débat sur le fond et commencer par insister sur les possibilités d'une véritable alliance politique. Travailler ensemble à former une opposition ouvnere au gouvernement.

Surprenant est le nombre d'organisations qui affirment vouloir opérer un regroupement «à la gauche de la gauche» ! Bien que la formulation nous paraisse quelque peu «gauchiste» , en tout cas confuse (peut-on parler de «gauche» à propos de la politique pro-bourgeoise du gouvernement ? S'agit-il d'un regroupement parallèle, plus «à gauche», ou opposé au gouvernement ?), nous pensons que l'idée générale est bonne. Oui, alors que la seule opposition officielle semble être de droite, réactionnaire et anti-ouvrière, il faut affirmer un pôle d'opposition à gauche, une opposition anti-capitaliste, une opposition ouvrière au gouvernement ! Cette formulation, nous semble-t-il, a le mérite de délimiter le regroupement en question à la fois de l'opposition de droite bourgeoise et du gouvernement. Cela dit, l'important n'est pas la formulation elle-même, mais

Nous reproduisons ci-contre la dernière contribution qui nous soit parvenue, après celles du PCML et de la Gauche . autogestionnaire publiées dans notre n° 28, et celles de Lutte ouvrière et de l'UTCL, dans notre n° 29.

( 1) La Vérité, BP 205·15524 Paris Cédex 11

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l'objectif; car il répond à une nécessité urgente de la lutte des classes.

Il ne faut pas être grand clerc pour distinguer à travers les luttes de l' Automobile, la multiplication des conflits grévistes, la montée du mécontentement dans la fonction publique, et surtout la mobilisation générale dans la sidérurgie, une tendance à une reprise plus générale des luttes. Le principal handicap de cette reprise est que ces luttes sont peu sûres d'elles et qu'elles peuvent être démoralisées avant de s'affermir, du fait à la fois de l'absence de perspective politique et d'une force ouvrière organisée à leur service, indépendante du gouvernement. En réalité, le poids des espoirs meurtris et des illusions déçues par le gouvernement formé par le PS et le PCF pèse encore lourd dans la balance. D'autant plus que les ministres et leur cour d'économistes, de journalistes, de dirigeants du PS et de dirigeants syndicaux, ne sont pas neutres en la matière; ils ont engagé un matraquage idéologique de tous les instants pour imposer cette idée il n'y a pas d'alternative à gauche, il n'y a pas d'autre politique économique, ni d'autre politique tout court.

Il est alors de la responsabilité des organisations politiques ouvrières qui affirment une autre voie, celle de la rupture avec le capitalisme, de nouer une alliance politique pour répondre à ce défi, pour contrebalancer cette énorme intoxication idéologique et montrer aux travailleurs qu'une alternative ouvrière et socialiste commence à s' affirmer. Il ne s'agit ni de créer artificiellement une organisation commune, ni de taire chacune de nos expressions politiques indépendantes, ni encore de cesser les activités et interventions propres à chacune de nos organisations. Mais «simplement» d'affirmer publiquement une alliance ouvrière sur une plate-forme de rupture avec le capitalisme, à travers une succession d'actes politiques, de mobilisations et de prises de positions en tant qu'Opposition ouvrière, à travers la concentration de nos forces et leur unité dans chaque action importante de façon à affirmer la réalité d'un tel regroupement. L'Union de la gauche n'est-elle pas une alliance (évidemment à notre avis contre-révolutionnaire, solution de rechange bourgeoise pour renouveller la yc République), dans laquelle chaque parti garde son identité propre ? L'Opposition de droite n'en est-elle pas une autre ? Leurs alliances respectives ne leur ont-elles pas permis de rassembler beaucoup plus largement que ne pouvait le faire chacun des partis qui les composent ? Plus largement même que l'addition ponctuelle de leurs forces et influences ? Ces alliances n'ont-elles pas été ou ne sont-elles pas y compris la base sur laquelle chacun de ces partis a pu se renforcer et élargir son influence propre ? Enfin, serions-nous les seuls à être incapables de nouer une telle alliance, aveuglés par des attitudes sectaires, finalement résignés à n'être rien, tout en affirmant des objectifs apparemment démesurés?

Il ne s'agit pas ici de prétendre que l'Opposition ouvrière pourrait être, dès sa formation, une alternative de masse, en particulier au niveau du pouvoir. Il s'agit d'enclencher un processus. Il faudra d'abord l'affirmer publiquement, non seulement par un accord politique préalable entre différentes organisations ouvrières, mais, sur cette base, par une large campagne commune, cherchant à entraîner dans cette dynamique d'autres forces , à former des comités de travailleurs dans les entreprises, des comités de jeunes et de chômeurs pour cet objectif, préparant ainsi par exemple une Conférence nationale pour une opposition ouvrière au gouvernement, qui consacrerait la formation d'un tel regroupement. Et il ne s'agit là que d'une première étape .. .

Il convient de mesurer sérieusement notre responsabilité dans la reprise des luttes qui cherche à s'amorcer, d'autant plus que nos organisations commencent à y jouer un rôle de moins en moins négligeable, surtout parce qu' elles sont les seules à vouloir les impulser au lieu de les étrangler au nom de la solidarité gouvernementale. Cette reprise des luttes s'affirme essentiellement comme une tentative des travailleurs de se défendre face à l'offensive capitaliste et gouvernementale contre l'emploi, les salaires et les acquis. Pour cela, les travailleurs ressentent le besoin impérieux de l'unité de leurs rangs, et ceci d'autant plus qu'ils ont du mal à surmonter le traumatisme des espoirs déçus par le gouvernement et les partis qui le composent. Dans cette situation, notre division apparaît comme un élément négatif supplémentaire, qui n' aide pas à cette reprise des luttes, à la nécessaire conscience de ses possibilités et de sa force potentielle. Nous devons écarter cet aspect négatif; nous devons au contraire leur présenter un front unique pour appuyer leurs efforts actuels !

En réalité, notre proposition est simple. Dans la pratique, elle se heurte et se heurtera à des habitudes et des attitudes sectaires, malheureusement profondément ancrées. Mais les travailleurs et les militants peuvent bousculer ces habitudes et imposer comme critère essentiel les nécessités de la mobilisation ouvrière elle-même !

Car enfin, allons-nous continuer à affirmer parallèlement la nécessité d'un regroupement «à la gauche de la gauche», d'opposition ouvrière, etc., sans jamais chercher à Je réaliser concrêtement ? Allons-nous cesser cette hypocrisie qui consiste à parler d'un tel regroupement «large» tout en pensant (et en agissant) comme s'il ne pouvait se réaliser que sur nos seules positions respectives ? Quelle organisation peut croire sérieusement qu' elle pourra attirer toutes les autres sur ses positions pour opérer un tel regroupement ? Ou encore qu'elle pourra, à court ou à moyen terme, le réaliser seule ? Une évidence doit s'imposer : il faut une alliance politique pour cela ! Chacune de nos organisations peut être persuadée d'avoir raison, mais il faut un Front unique pour regrouper plus largement. Organisons Je ! Gardons dans ce cadre notre propre indépendance organisationnelle, d'intervention et de propagande, mais battons-nous ensemble sur une plate-forme de rupture avec le capitalisme et pour un certain nombre d'objectifs communs ! Nul doute qu'un tel front unique attirera progressivement beaucoup de travailleurs rebutés par notre division actuelle; nul doute qu'il favorisera la reprise des luttes, la mobilisation ouvrière et de la jeunesse; nul doute qu'il contribuera à renforcer plus rapidement et plus massivement chacune de nos organisations et sur cette base à dépasser un certain nombre de divergences formelles et d'habitudes sectaires.

Ceci ne veut pas dire qu'il n'existe que des divergences formelles; au contraire, et nous allons Je voir, il existe des divergences qui nous paraissent fondamentales, y compris sur la question en débat (Je «plan d'urgence» de la LCR). Mais c'est pour cela que nous ne proposons pas pour l'instant une organisation commune mais un Front unique ! Les divergences sont sérieuses, mais nous ne nous déterminons pas par rapport à des intérêts étriqués mais par rapport aux intérêts généraux des travailleurs, aux nécessités actuelles de leur mobilisation. Et la question à laquelle nous devons répondre aujourd'hui est la suivante. Allons-nous tout mettre en œuvre pour aider à la reprise de l'initiative ouvrière dans la lutte des classes ? I.e plan d'urgence de la LCR.

L'idée de publier un plan de mesures anticapitalistes et de le mettre en discussion dans le mouvement ouvrier est loin d'être criticable. Au contraire, alors qu'une foule d'économistes pro-gouvernementaux, laquais petits-bourgeois du grand capital, nous assènent à toute heure leurs certitudes sur le caractère indispensable, incontournable, des mesures édictées par Je gouvernement, il est bon de démontrer qu'il existe une autre voie que de faire payer la crise capitaliste aux travailleurs, une voie qui dépend entièrement de la mobilisation de ces derniers. Nous avions d'ailleurs eu la même démarche en publiant un «plan de mesures ouvrières d'urgence» (2) à l'occasion du 1 Mai 1983 alors que venait d'être rendu public Je plan d'austérité du gouvernement. La question est: à quoi peut et doit servir un tel plan? A notre avis à démontrer aux travailleurs qu'il n'y a aucune fatalité de la crise car leur mobilisation peut bouleverser bien des certitudes, à populariser les moyens par lesquels cette mobilisation peut imposer leur volonté, et les mesures ouvrières de rupture avec le capitalisme et de transformation socialiste, qui sont évidemment aux antipodes de toute la politique bourgeoise impérialiste du gouvernement. Le plan doit donc être assez précis sur les mesures fondamentales pour briser la résistance du capital financier et donner aux travailleurs Je contrôle véritable de toute l'économie du pays (ainsi que sur les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre un tel objectif), et au contraire assez peu précis sur des questions de détails qui peuvent être réglées de différentes façons

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(2 ) disponible à l'adresse ci-dessus.

( 3) Les grandes lignes d'une plate-forme de rupture avec le capitalisme aujourd'hui.

par la mobilisation, surtout si elle atteint un tel niveau. Or précisement le plan de la LCR est assez précis sur des questions de détail, qu'il est inutile d'énumérer ici, et muet sur des questions fondamentales comme l'expropriation de toutes les grandes entreprises capitalistes et l'abolition de la Vème République, ainsi que sur les moyens par lesquels les travailleurs peuvent s'assurer le contrôle de toute la vie économique. De ce point de vue, le plan n'assure pas une véritable rupture avec le capitalisme; il reste au niveau d'une plate-forme démocratique anti-monopoliste à peine supérieure à celle de Marchais lors des élections présidentielles de 1981. Evidemment, avec son plan d'urgence, la LCR cherche sincèrement à aider la mobilisation ouvrière contre la domination capitaliste, alors que pour Marchais, sa plate-forme présidentielle comme son contre-plan acier aujourd'hui ne sont que moyens démagogiques pour préserver la place de son parti dans le mouvement ouvrier et entraîner ce dernier vers une nouvelle capitulation devant le gouvernement et le capital financier européen. Cela dit, le plan de la LCR oscille constamment entre l'affirmation d'un ensemble de mesures pour la rupture avec le capitalisme et le souci de paraitre réalisable dès aujourd'hui, si le gouvernement en avait la volonté. La définition de la mobilisation ouvrière pour l'imposer (voir p.22 du plan) est elle même essentiellement démocratique (ne laisser aucun répit au PS et au PC) et syndicale. A coup sûr, si elle restait à ce niveau, elle n ' arriverait pas même à impose1 le dixième des mesures du plan, lui-même insuffisant pour rompre avec la capitalisme ! Par contre, si elle arrivait à se hisser au nivau de contrôle sur l'économie et de conscience politique qu'exige la réalisation des tâches énumérées par le plan, alors pourquoi l'arrêter en si bon chemin, pourquoi ne pas lui désigner les remparts ultimes de la domination capitaliste : la propriété privée des moyens de production et l'Etat )Jourgeois ?

En réalité, avec évidemment des traditions et des références programmatiques plus radicales et ouvrières, la LCR a tendance à être happée par le travers affirmé par les camarades de la «Gauche autogestionnaire» dans leur contribution : définir un plan «réaliste», en rapport avec l'état actuel de la mobilisation populaire. Or comme tout ce qui procède d'une conception idéaliste de la lutte des classes et du développement des sociétés, un tel plan est tout simplement irréaliste et inconséquent. Même la réalisation de la série de mesures énumérées par la «Gauche autogestionnaire» exigerait une brutale transformation de la politique gouvernementale. Comment l'imposer autrement que par une puissante mobilisation ouvrière; et dans ce cas encore une fois, pourquoi la restreindre à des mesures aussi limitées ? Mais comme les camarades en question ne voient pas les possibilités d'une telle mobilisation, ils s'installent dans une perspective d'évolution progressive, démocratique, d'apprentissage du contrôle sur la vie de l'entreprise par les travailleurs, et de luttes syndicales. Mais dans ce cas quelle est la perspective, qui réalisera leur plan ? Ils ne répondent pas à cette question. Comme toujours, la démarche soi-disant «réaliste» mène tout simplement en pratique à l'adaptation au gouvernement.

La réalité heureusement a peu de chose à voir avec cette conception de développement linéaire démocratique de la situation. La mobilisation et la conscience ouvrières, organiquement liées, procèdent par bonds. Quand la première progresse, la seconde, toujours en retard, évolue dans le même sens et d ' autant plus rapidement que l'intervention des révolutionnaires le permet. Par contre quand la mobilisation recule profondément, la conscience régresse d'autant plus (que resterait-il dans ce cas des longs efforts pour faire faire aux travailleurs l' apprentissage du contrôle à travers l'utilisation des Comités d'Entreprise, comme le prône la «Gauche autogestionnaire» ?).

Notre démarche part de cette réalité, et de cette certitude : comme le montrent les mobilisations dans les usines et les bassins industriels menacés, les travailleurs seront amenés à réagir de plus en plus brutalement et globalement à l'offensive du capital financier et du gouvernement. Le pays tout entier s'achemine vers une série de crises et d'affrontements qui peuvent provoquer de brusques changements dans la situation. Dans ce cadre, il n'est pas essentiel de préciser en détail dans un plan de rupture avec le capitalisme, des objectifs «gagnables» si le gouvernement le veut bien, même si c'est la mobilisation qui les impose; les travailleurs, leurs organisations de lutte (syndicats et comités) et parmi eux les révolutionnaires s'en chargeront. Par contre, il est indispensable de désigner des objectifs réalisables par la mobilisation si elle s'en donne les moyens, et qui impliquent une rupture avec le gouvernement, comme condition pour que la mobilisation s'oriente vers une rupture avec le capitalisme ,

Cette démarche, que certains qualifieront de trop «radicale», est à notre avis la seule qui définit non seulement les objectifs de cette rupture mais également ses moyens (mobilisation ouvrière, grève générale, comités et contrôle ouvrier ... ) et surtout qui ne prétend pas rompre avec le capitalisme à partir d'une démarche démocratique et en contournant le gouvernement. Elle nous semble également la seule réaliste parce qu'elle part précisemment de la réalité et des lignes de force de son développement , non de son idéalisation démocratique telle que la distille la bourgeoisie et les sommets du mouvement ouvrier. Opposition ouvrière ou Front populaire

Personne ne doit s'y tromper; cette discussion n'est p_as académique, elle risque au contraire de prendre une grande importance pratique en relation avec les tensions qu'introduisent les premières batailles ouvrières (sidérurgie) et les diffi-

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1 cuités grandissantes du PC à se maintenir

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1 offrir alors à la mobilisation une alternati-

1 ve de direction. C'est en tout cas dans cette

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1 les militants et les travailleurs aux enjeux

1 des affrontements qui s'annoncent.

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1 préparation, et sans pouvoir ici développer

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1 ment comme un rassemblement contre

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Jaruzelski n'est-elle pas son isolement non seulement de la classe ouvrière des autres pays d'Europe de l'Est mais également d'Europe occidentale ? Les efforts pour rompre cet isolement et chercher à unifier le processus révolutionnaire dans toute l'Europe ne se sont-ils pas heurtés en particulier à la faiblesse de la mobilisation ouvrière en Europe capitaliste et à ses fortes illusions démocratiques ? La reprise de la montée ouvrière dans toute l'Europe de l'Ouest (mobilisation des métallurgistes ouest-allemands, des conseils d'usines italiens, des sidérurgistes français et espagnols, etc.) ne permet-elle pas à nouveau d'aborder cette tâche et de faciliter une seconde vague de la révolution polonaise d'aider plus généralement à consolider 1~ reprise de l' initiative des travailleurs de la jeunesse et des intellectuels des autre~ pays d'Europe de l'Est (sensible en Hongrie, en Yougoslavie et en Tchécoslovaquie) contre les régimes de la bureaucratie stalinienne ? Sans doute la LCR veut-elle affirmer son rassemblement comme un rassemblement de lutte face à la farce des élections européennes, et mettre en évidence que les plans d'austérité et de chômage en France sont dictés par le capital financier européen. Mais n'est-ce pas aussi ce dernier qui dicte, à travers le FMI, les conditions économiques et sociales de la normalisation stalinienne en Pologne ? N'y a-t-il pas collusion et coordination étroite entre la bureaucratie du Kremlin et ses bureaucraties satellites avec les bourgeoisies européennes - souvent représentées par leurs valets sociaux-démocrates - pour étrangler les processus révolutionnaires en Europe ? N'y a-t-il pas à l'opposé communauté d'intérêts politiques, économiques et sociaux entre tous les ouvriers d'Europe ? C'est ce que les révolutionnaires internationalistes expriment en opposant au Marché commun capitaliste et aux dictatures staliniennes de l'Est la perspective des Etats-Unis Socialistes d'Europe, réalisant l'unité de la révolution sociale à l'Ouest et de la révolution politique à l'Est. Mettre de côté le second aspect peut sans doute faciliter la réalisation de l'unité avec certaines fractions de l'appareil stalinien en France, mais nécessairement avec les objectifs d'un «Front populaire», c'est-à-dire à l'opposé de la recherche de l'unité révolutionnaire européenne et y compris de ~ette même unité en France. Qui peut crmre en effet que les très nombreux travailleurs profondément écœurés par le stalinisme entrerons à nouveau dans la lutte sous sa direction ? Qui ne voit que la principale force des illusions ouvrières dans les «démocraties» occidentales repose sur les caricatures staliniennes du socialisme en URSS et en Europe de l'Est ? Au contraire, la lutte pour former une opposition ouvrière en France, intimement liée à celle pour aider à la formation de telles oppositions à l'Est, est le meilleur gage de la réalisation de cette unité révolutionnaire nationale et européenne. Nous aurons, nous l'espérons, l'occasion d'en débattre plus en détails si s'organise la lutte commune.

Engageons ensemble le regroupement d'une Opposition ouvrière au gouvernement ! Nous ne cesserons de répéter cette exigence simple pour préparer l'avenir. LCR, LO, PCI, LOR et d'autres, chacune de nos organisations est une expression particulière de cette opposition. Regroupons-nous donc ! Préparons ensemble une CONFERENCE NATIONALE POUR UNE. OPPOSITION OUVRIERE, qui devrait entre autres discuter et adopter une plate-forme de rupture avec le capitalisme. Soumettons ce débat lui-même au jugement des travailleurs tout en leur présentant un Front unique pour impulser leurs luttes. N'est-ce pas la démarche nécessaire si l'on veut se déterminer avant tout en fonction des intérêts des travailleurs et de leur mobilisation ?

Daniel ASSOULINE pour la Ligue Ouvrière Révolutionnaire

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