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EDITORIAL

La tâche la plus urgente

Critique communiste, n° 33, septembre 1984 · p. 3-4 · 748 mots

La 1âche la plus urgente

écrispation, modernisation et unité nationale sont les mots fétiches du gouvernement en cette rentrée. Les derniers jours du moiS d'août ont vu s'accélérer de façon spectaculaire le projet politique de Mitterrand : dégager un consensus politique au centre, recomposer une majorité incluant à terme une partie de l'actuelle opposition de droite.

L'enterrement des positions laïques traditionnelles, confié à Chevènement sous la haute autorité présidentielle, symbolise ô combien ce cours nouveau : l'heure n'est plus aux capitulations honteuses inscrites dans la loi Savary et dont les évèques et la droite ne se satisfaisaient pas, mais à l'abandon de tout ce qui provoque tollé et prétexte à mobilisation pour l'opposition.

Décrispation à l'égard de la droite signifie en même temps licenciements pour les travailleurs jugés en surnombre par les patrons, coups de bâton, comme à Citroën, pour ceux qui s'y opposent, et nouveaux rabotages du pouvoir d'achat.

Il y a bien sûr une grande distance entre les objectifs politiques de Mitterrand, et leur réalisation concrète. L'article qui suit montre combien les obstacles à la recomposition politique souhaitée par l'Elysée seront difficiles à franchir, s'ils le sont un jour. L'opération politique n'en est pas moins clairement lisible, et déjà elle partage les composantes de la droite entre partisans d'une opposition «civilisée» ... et les autres.

Il est non moins évident que le mouvement ouvrier sera la première victime de cette politique. L'expérience avait appris aux travailleurs qu'ils n'avaient guère à attendre du gouvernement Mauroy. Ils sentent aujourd'hui qu'ils ont peut-être tout à redouter du gouvernement Fabius. Pour nous, il ne fait aucun doute que, désormais, c'est une lutte sans réserve et sans merci qui doit être engagée contre ce gouvernement et sa politique.

Dans un tel moment, lourd de désarroi et de démoralisation parmi les salariés, la question décisive est celle de l'alternative politique. Nombre de travailleurs, de militants socialistes et communistes, de syndicalistes, assistent avec effroi ou amertume à la trahison des espoirs investis dans l'union de la gauche et la victoire du 10 mai. Les forces ne manquent pas qui seraient prêtes à s'engager dans la bataille, si une perspective d'ensemble, une voie concrète et tangible apparaissait. Aussi est-ce à créer les conditions d'une alternative politique que va travailler la LCR dans les semaines et les mois à venir.

Créer les conditions d'une alternative politique, cela signifie regrouper, rassembler, faire agir ensemble toutes les forces décidées à s'opposer à la politique anti-ouvrière du gouvernement et qui cherchent les voies et les moyens d'une orientation réellement socialiste, anticapitaliste. Que ces forces soient réduites aujourd'hui en termes politiques, qu'elles soient éparses, certes. Mais leur rassemblement dans la discussion et l'action communes au plan local et au plan national, signifierait qu'un élément serait en train de changer : un processus de regroupement des forces à gauche de la gauche permettrait à un grand nombre de militants du mouvement ouvrier de se situer en fonction d'une autre référence politique, et par conséquent d'agir avec plus d'audace et d'efficacité. Il

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s'agit là d'un travail à long terme, mais qui doit être entrepris sans délai. Il s'agit d'un travail quotidien, dans les entreprises, les villes, comme au plan national.

Réunir les conditions d'une alternative politique : cette orientation ne peut être isolée des tâches immédiates de la rentrée. Mieux, c'est à travers elles que le combat pour construire l'alternative politique pourra prendre corps. Ces tâches immédiates de rentrée découlent de l'offensive anti-ouvrière lancée contre les travailleurs sur trois fronts principaux, l'emploi, les salaires et le racisme: lutte contre les licenciements, pour les trente-cinq heures pour tous sans réduction de salaires; refus de la désindexation des salaires et d'un budget d'austérité qui sacrifie les équipements collectifs ; affirmation d'un front unitaire antiraciste, face aux campagnes xénophobes et aux agissements du Front national.

Enfm, c'est une priorité et un devoir internationaliste absolu, la LCR contribuera à ce que s'étende et grandisse le mouvement en défense de la révolution nicaraguayenne contre les menaces d'agression impérialiste. La défense de la révolution nicaraguayenne dépassera pour la LCR le cadre de l'envoi de militants dans les brigades estivales pour devenir une activité permanente de l'ensemble de ses militants.

Ainsi, malgré d'indiscutables éléments négatifs dans la situation politique de rentrée, au-delà de la démoralisation dans les rangs des travailleurs, provoquée par trois ans de collaboration de classes pratiquée au gouvernement par le PS et le PCF, demeure l'espace d'une intervention de masse, active et multiforme, pour les révolutionnaires.

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