Le guide du propagandiste du Front
Chaque militant du FSLN effectue des dizaines de visites dans les maisons de ses voisins de quartier, pour leur expliquer le programme du Front. Ce petit guide les instruit sur les arguments à employer pour répondre aux mensonges contre-révolutionnaires et dissiper les doutes.
Le premier extrait définit la signification générale du Plan de lutte et explique au propagandiste l'attitude correcte à avoir dans les discussions. Il insiste sur l'importance d'une démarche ouverte, ferme mais capable d'autocritique et sensible aux questions du peuple.
Sur chaque problème, la brochure présente les axes de la propagande impérialiste (véhiculée par La Prensa et par la hiérarchie de l'Eglise) et les réponses des révolutionnaires. Nous avons traduit l'introduction de cette section et le chapitre sur l'agression US. Les autres chapitres traitent du service militaire, du ravitaillement, de la religion, et du processus électoral lui-même.
Le dernier extrait donne quelques suggestions concrètes sur la façon de mener l'explication pendant les visites, en soulignant le signification de la campagne électorale pour le FSLN : une excellente occasion pour développer la conscience politique et l'auto-organisation des masses populaires.
1 . Pour être sûr que les masses connaissent et assimilent le Plan de lutte du FSLN, le moyen le plus important et efficace est le travail de propagande directe de chaque militant révolutionnaire. Le Plan de lutte en vingt-trois points du FSLN ne peut en aucun cas être simplement donné dans une maison ou sur un lieu de travail. Ce document stratégique est l'explication de « pourquoi le FSLN lutte avec le peuple)). Le devoir de chaque militant est d'expliquer sous une forme simple, en motivant celui auquel on donne le Plan de lutte afin qu'il le lise et l'assimile, qu'il comprenne sa signification et le soutienne consciemment.
2. Le Plan de lutte du FSLN possède l'énorme force de la réalité. Très différent des partis électoraux traditionnels, le FSLN ne fait pas de promesses démagogiques. Il explique au peuple les conquêtes réalisées, les difficultés que nous affrontons et le chemin de lutte que nous devons suivre pour la construction du nouveau Nicaragua. Notre Plan n'est pas un plan de lutte électorale, c'est un plan de lutte révolutionnaire, un plan de lutte permanente.
Le contenu du Plan n'est donc pas étranger au peuple, qui connaît ce dont il jouit, la liberté et la sécurité conquises, les progrès dans la santé, l'éducation, les améliorations concrètes dans son quartier ou sa communauté, etc. Ce plan lui permet aussi de s'informer des problèmes non encore résolus.
Ce que nous voulons, c'est développer à partir des acquis concrets et particuliers, valorisés par notre interlocuteur, une compréhension plus profonde et intégrale de ce que la révolution a fait jusqu'à maintenant et de ce que nous devons continuer à faire pour la défendre et avancer. Il s'agit d'approfondir la conscience du peuple qui est majoritairement aux côtés de la révolution, et surtout d'éclairer et persuader de la justesse de notre cause les secteurs non convaincus, trompés ou manipulés.
3. Il est très important d'être réceptifs à l'opinion de ceux que nous visitons. Le militant doit avoir une "1ttitude autocritique et critique face aux erreurs et fautes que nous avons commises pendant ces cinq années. et devant nos limites. Il s'agit d'assumer les erreurs et de montrer que le Plan de lutte est un plan du FSLN avec le peuple, c'est-à-dire une proposition de ce que le peuple lui-même doit faire, mobilisé par le FSLN, pour dépasser ces erreurs et continuer à avancer. Les axes de la lutte idéologique Introduction. L'affrontement de fond : l'impérialisme contre la révolution nicaraguayenne
1. Dans la propagande révolutionnaire destinée à éclairer et convaincre les secteurs trompés par le travail politique réactionnaire, il faut toujours avoir à l'esprit l'affrontement de fond entre la nation nicaraguayenne et l'impérialisme. Derrière la propagande réactionnaire et les arguments contre la révolution, que beaucoup de secteurs répètent sans être proprement contre-révolutionnaires, il y a une base, une racine que la majorité de ceux qui « répètent )) ces arguments ne comprennent même pas. Il s'agit de la volonté impérialiste de détruire le pouvoir du peuple, de s'emparer de nouveau du Nicaragua, de supprimer l'indépendance et la liberté conquises il y a cinq ans.
2. Comme il ne peut avouer cette intention, il invente des prétextes pour la dissimuler. Les Yankees ne peuvent pas dire qu'ils veulent nous détruire, puisque nous alphabétisons, faisons la réforme agraire, extirpons la poliomyélite. Pour faire tout ce que la révolution a fait, il a été nécessaire de lutter contre la domination yankee (qui nous opprimait à travers la dictature) ; il a été nécessaire de conquérir l'indépendance nationale le 19 juillet 1979. Notre triomphe et les réalisations de ces cinq années représentent une alternative, un exemple pour les autres peuples d'Amérique centrale et d'Amérique latine dans son ensemble, et cela est intolérable pour l'impérialisme. Et surtout parce que notre révolution a un contenu national populaire et anti-impérialiste
qui associe différentes formes de production, différents secteurs et classes sociales, en accord avec la réalité historique de notre pays et de notre peuple. L'administration nord-américaine ne tolère pas notre existence, et se propose de détruire le pouvoir populaire pour dominer de nouveau le Nicaragua. C'est pourquoi elle ne peut le dire ouvertement sans être désavouée par le monde entier. C'est pourquoi les dirigeants impérialistes cherchent des prétextes, des axes d'attaque politique et idéologique pour camoufler leurs propres intentions. Ces prétextes sont repris par ceux qui représentent leurs intérêts à l'intérieur du pays : le COSEP, les partis de droite, la haute hiérarchie de l'Eglise qui s'expriment à travers la Prensa, principal journal pro-américain au Nicaragua.
3. L'objectif de la propagande contre-révolutionnaire : démobiliser le peuple.
(...) Les objectifs de l'attaque impérialiste à travers les arguments de ses porte-parole au Nicaragua sont de nous démobiliser, de nous faire baisser les armes, de nous diviser. En somme, nous affaiblir pour ensuite nous renverser par une intervention militaire directe. Voilà l'intention de ceux qui dirigent le travail politico-idéologique de la contre-révolution. Pour étendre leur influence populaire, ils comptent sur: 1) Le retard qu'ils ont eux-mêmes imposé à notre peuple en lui refusant l'éducation. 2) Les souffrances provoquées par leur armée de mercenaires et les sacrifices que doit consentir notre peuple pour défendre la patrie. 3) Les problèmes économiques engendrés par l'agression et ses effets sur le peuple, principalement pour l'approvisionnement en produits de base ; les erreurs que nous avons commises qu'ils cherchent à utiliser en généralisant des déficiences individuelles en déficiences politiques de la révolution. Nous devons éclairer et sauver de la confusion les secteurs où pénètre cette influence en reconnaissant l'existence des problèmes, en présentant le Plan de lutte comme la voie pour les résoudre avec la participation de tous et en dévoilant les véritables objectifs de la droite, porte-parole des intérêts impérialistes.
4. Nos arguments les plus puissants : les acquis de la révolution.
Notre but n'est pas seulement d'éclairer et de faire prendre conscience de la réalité que vit notre patrie, mais aussi de faire naître dans le peuple un état d'esprit qui le prédispose à participer avec passion aux tâches de la révolution et surtout à sa défense. Nos arguments les plus forts sont . les acquis de la révolution et notre profonde conviction de· la justesse de nos positions, que nous devons transmettre à tous moments dans le dialogue avec le peuple, chaque jour, dans toutes nos conversations.
Voici quelques illustrations des messages diffusés par l'adversaire et les éléments de base pour la contreargumentation. Il faut à ce propos observer trois recommandations générales : 1) Connaissance préalable de la problématique concrète du lieu de la visite (surtout pour les problèmes d'approvisionnement ou de SMP). 2) Démonter l'argumentation ennemie en faisant appel au sens commun de notre interlocuteur. 3) Nous voulons le tourner vers la révolution, contre ses ennemis. Notre attitude ne doit pas être défensive.
La guerre
Argument impérialiste : « Les sandinistes sont responsables de la guerre dont souffre le Nicaragua. » Intention du message : détourner le peuple de la défense militaire, justifier l'agression impérialiste.
Autres formes sous lesquelles ce message est exprimé:
a. La paix n'est possible qu'en s'arrangeant avec les Yankees. Il faut chercher la réconciliation, un dialogue national incluant la contra.
Mb. Si le FSLN n'avait pas abandonné le projet initial et s'il ne s'était pas allié avec les Russes et les Cubains, il n'y aurait pas la guerre ici.
Gc. Au Nicaragua, il y a une guerre civile entre Nicaraguayens, entre ceux qui luttent pour la liberté et ceux qui veulent nous imposer le communisme.
Pd. Le FSLN dit qu'il veut la paix mais il ne fait que s'armer chaque jour de plus en plus. La réalité
La. C'est l'impérialisme qui nous empêche de nous développer en paix. La plate-forme de gouvernement de Reagan contenait déjà le projet de nous détruire. Le gouvernement nord-américain a réarmé les gardes somozistes pour nous agresser et préparer une intervention directe afin de recouvrer son contrôle sur notre pays. Reagan nous a déclaré la guerre. Reagan nous fait la guerre en défiant publiquement les lois internationales. L'impérialisme a été condamné internationalement à cause de cela.
Pour conquérir la paix, nous avons dû lutter contre la guerre que la dictature impérialiste faisait au peuple chaque jour, chaque fois que celui-ci essayait de défendre ses intérêts, de s'organiser ou simplement de dénoncer l'exploitation, les abus, les humiliations dont nous souffrions.
Nous avons conquis la paix quand nous avons renversé la dictature criminelle et corrompue, quand nous avons conquis la souveraineté nationale, afin de commencer la construction du nouveau Nicaragua au profit de la grande majorité.
Conclusion: c'est seulement en chassant de notre terre l'envahisseur impérialiste que nous pourrons conserver la souveraineté conquise et assurer la paix.
Mb. Le Nicaragua vit une guerre d'agression impérialiste.
Les Yankees eux-mêmes le reconnaissent quand ils discutent publiquement, à leur Congrès, de la quantité d'argent qu'ils donneront à leurs mercenaires pour attaquer le Nicaragua. Cela est connu du monde entier. L'agression est dirigée contre le peuple nicaraguayen tout entier. Des sandinistes ne sont pas les seuls à mourir. Des producteurs, techniciens, paysans, femmes et enfants ont été assassinés : des Nicaraguayens de tous les secteurs et de tous les âges.
Si au Nicaragua se livrait une guerre civile, le peuple qui a les armes aurait déjà pu les utiliser contre les autorités révolutionnaires.
Pour armer le peuple, on ne lui demande pas quelle est son idéologie ou son appartenance politique. N'importe qui peut être milicien. Tous les Nicaraguayens en âge de le faire sont appelés au service militaire, sans qu'intervienne leur appartenance
politique ou l'idéologie qu'ils professent. C'est parce qu'elle ne craint pas le peuple que la révolution forme sans distinction à la défense, pour préserver la souveraineté menacée par l'agression.
Les impérialistes disent qu'ils nous envahissent parce que « nous nous alignons sur l'URSS et Cuba ». Mais les Yankees nous ont déjà attaqués et envahis au milieu du siècle passé, avec William Walker. Ils nous ont envahis en 1912. A cette époque, l'Union soviétique n'existait pas et Cuba était encore très loin du triomphe révolutionnaire de 1959.
Conclusion : en cas d'invasion directe, de bombardements, d'attaques de villes, il n'y aura pas de différence entre celui qui est membre du FSLN et celui qui ne l'est pas. Personne ne doit se soustraire au devoir patriotique de défense de la nation : la paix sera seulement possible avec le retrait de l'agresseur.
Gc. Le FSLN est l'unique alternative pour obtenir une paix digne au Nicaragua.
Nous avons présenté des initiatives de paix dans tous les forums internationaux pour éviter au peuple la douleur et les pertes de la guerre.
Seul le FSLN peut dialoguer avec les Yankees pour exiger l'arrêt de l'agression sans négocier la patrie souveraine.
Les partis de droite sont les héritiers de Moncouda, Diaz et Emiliano Chamorro. Quand ils parlent de paix, ils visent à désarmer la révolution pour que les Yankees nous détruisent.
C'est bien beau d'offrir la paix, mais c'est de la démagogie de la faire quand cela ne s'accompagne pas de la décision de défendre la souveraineté. Cela aussi c'est livrer la révolution aux Yankees.
Conclusion : la paix ne s'obtiendra pas avec un arrangement vende patria mais en luttant pour vaincre l'agression en exigeant le respect de notre souvraineté.
Pd. La réconciliation avec les assassins du peuple est impossible.
La réconciliation est impossible avec ceux qui nous assassinent et nous détruisent pour un salaire yankee. Le FSLN a toujours été pour l'unité de tous ceux qui sont pour la patrie, mais les mercenaires de l'impérialisme n'ont pas leur place dans l'unité nationale.
Aucun Nicaraguayen ne peut l'oublier : les chefs de la contra sont ces mêmes gardes nationaux qui semaient la terreur et la mort.
Le FSLN a donné la possibilité de réintégrer la révolution à ceux qui ont été trompés par la contrerévolution. Ceux qui ont bénéficié de cette amnistie ont même pu s'inscrire sur les listes pour voter.
Conclusion : la « réconciliation » que certains demandent n'est qu'un prétexte pour justifier le retour de la garde impérialiste.
Be. Le peuple nicaraguayen a le droit de s'armer face à l'agresseur le plus puissant de la terre.
Nous devons affronter l'agresseur le plus puissant et belliciste de la terre.
Sous le somozisme, l'armée était l'instrument pour faire la guerre au peuple désarmé. Aujourd'hui, le peuple entier doit s'armer pour défendre la souveraineté et le pouvoir des travailleurs devant l'attaque de la plus grande puissance mondiale.
Nous nous armons pour nous défendre contre l'agression étrangère, pas pour agresser d'autres pays.
Afin qu'aucun doute ne subsiste, nous mettons les Yankees en demeure d'arrêter l'installation de bases militaires en Amérique centrale, nous proposons un retrait simultané de tous les conseillers militaires dans la région. Mais les Yankees refusent car ils ont la volonté de nous détruire.
Conclusion : l'impérialisme craint notre peuple en armes, car il sait que sur lui repose la garantie de notre victoire. Les autres peuples centra-américains ne craignent pas le Nicaragua, au contraire de leurs gouvernements qui, comme l'était Somoza, sont des marionnettes au service de l'impérialisme.
Les peuples frères savent que le Nicaragua s'arme pour se défendre contre l'impérialisme et non pour les attaquer. Comment faire la propagande maison par maison. Quelques conseils
La campagne électorale nous donne la possibilité d'élever le niveau de conscience de notre peuple ; de transformer la sympathie qu'il porte au sandinisme en de solides convictions et principes autour de la révolution ; d'amener sur nos positions les secteurs indifférents ou trompés.
Nous devons nous efforcer de neutraliser les réactionnaires en opposant la justesse de nos principes et de nos actions à leurs propositions erronées. Nous présenterons le Plan de lutte, continuité du programme historique du FSLN, avec ses acquis, ses problèmes et ses perspectives d'approfondissement.
La forme principale que nous emploierons pour réaliser cette explication du Plan de lutte est la propagande directe, la visite maison par maison, en utilisant toute notre conviction pour convaincre par notre argumentation.
De l'explication correcte que nous donnons de ce Plan de lutte doit résulter un vote pour le FSLN et, résultat du plus haut niveau de conscience obtenu à ce jour, l'engagement de participer activement à toutes les tâches de la révolution. A partir de là, nous cherchons à entraîner le peuple vers des formes supérieures de mobilisation et d'organisation. Obtenir cela, c'est le défi que nous lançons dans les mois de campagne électorale.
Le porte-à-porte
Les visites seront réalisées à peu près tous les quinze jours à partir de la première semaine de septembre. Pour remplir notre objectif, nous devons réaliser au minimum trois visites correspondant à trois phases.
Présentation : dans la première phase, rompre la glace entre le militant du FSLN et les habitants de la maison ; mettre l'accent sur l'étude du Plan de lutte à partir de sa présentation.
La première visite est très importante car c'est grâce à elle que s'établira la communication entre le militant et les personnes visitées. Dès le premier instant nous devons faire bonne impression, en saluant aimablement et avec respect ; en nous présentant et en donnant notre nom et notre prénom ; en disant que nous venons représenter le FSLN et discuter avec eux pour présenter le Plan de lutte. Il est important de consacrer quelques instants à établir une première communication avec la famille.
A notre arnvee, nous devons identifier rapidement le chef de famille, et c'est lui que sera notre interlocuteur privilégié car il exerce la plus grande influence. A aucun moment bien sûr nous ne négligerons les autres adultes présents.
Il faut montrer que notre visite prolonge le contact que le FSLN a toujours maintenu avec le peuple, car la décision de nos chefs d'être avec le peuple dans les moments difficiles pour l'éclairer, l'orienter, le convaincre est ce qui a permis à un petit groupe d'hommes de devenir une force populaire qui renversa la dictature et construit aujourd'hui le nouveau Nicaragua.
Nous devons développer toute notre capacité à écouter les gens avec attention. Nous devons les laisser nous parler en toute confiance et exprimer leurs problèmes afin de connaître leurs préoccupations. Nous ne devons pas imposer un sujet de conversation. Nous devons être conscients qu'il ne nous est pas possible de donner des réponses immédiates et à court terme aux inquiétudes personnelles émises par chacun.
En donnant le Plan de lutte, nous devons inviter à bien l'étudier en prévenant que nous reviendrons pour en discuter. C'est de notre attitude lors de cette visite que dépendront les suivantes. Soyons attentionnés et attentifs. Notre capacité à écouter, le respect et la simplicité sont essentiels. Il ne s'agit pas de se mettre en position de force face aux gens.
Nous devons chercher par cette première visite à éveiller l'intérêt pour le Plan de lutte, pour sa connaissance approfondie. Il faut faire très attention à ne pas ennuyer les gens avec des exposés trop longs, qui seraient déplacés.
Après la visite, nous devons noter les principaux problèmes et inquiétudes des gens de la maison pour rechercher des réponses et les apporter la prochaine fois. Comme on suppose que dans la plupart des cas les militants habitent dans le secteur, il faut profiter de l'opportunité pour établir les liens que nous, les sandinistes, devrons avoir avec les habitants du quartier où nous vivons.