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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

A propos de la publication des « notes » de Kanapa sur les rapports Kremlin-PCF : les âmes mortes

· Critique communiste, n° 36, décembre 1984 · p. 12-16 · 3 827 mots

1. " Le Mouvement communiste internatioaal hier et aujourd'hui"· Conférence à l'école centrale du PCF, publiée dans " France nouvelle "• n° 1674 et 1675, 5 et 12 décembre 1917.

2. In "le Monde" du 10 novembre.

3. Cf. " PCF : première interview de "Fabien" "• in « Libération,, du 16 novembre 1984.

4. L'expression serait, selon Francis Cohen, de Kanapa : " Nous pensons une cbose et souvènt nous estimons qu'il faut ea dire une autre ... ,, Cité par P. R.obrieux, " Histoire intérieure du Parti communiste ''• tome 4.

S. " Un XXV• Congrès pour confirmer et approfondir notre politique "• rapport de GeQrges M)lrchais au comité ceatral des 17-18 et 19 septembre 1984.

A propos de la pubHcation des ccnotes)) de Kanapa sur les rapports Kremlin-PCF

Les âm.es :mortes

«Aujourd'hui, on essaie d'utiliser des communistes morts contre les communistes vivants. » Roland Leroy (l'Humanité du 10 novembre 1984) Francis SITEL

L'éditeur Olivier Orban a publié un livre intitulé Kremlin-PCF, conversations secrètes. Il s'agirait des notes prises par Jean Kanapa lors de la crise qui, en août 1968, a conduit à l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Documents confidentiels rédigés pour Waldeck Rochet, alors secrétaire général du PCF, analysant les événements et proposant les réponses à avancer face aux arguments des Soviétiques. Conversations entre Waldeck Rochet et

Brejnev, d'une part, avec Dubcek d'autre part. Notes prises lors du comité central d'Ivry-sur-Seine les 20 et 21 octobre 1968, marqué par la démission de Jeannette Thorez-Vermeersh.

Le bureau politique du PCF n'a pas nié l'authenticité des documents. Il s'est par contre élevé violemment contre ce qu'il a qualifié « d'entreprise de déstabilisation du parti et de sa direction. »

A la veille d'un xxve Congrès du PCF, étroitement verrouillé par la direction, ce sont de grandes questions qui se trouvent ainsi soulevées. Avec beaucoup plus de force et de talent que n'en ont fait preuve jusqu'à présent les « rénovateurs ».

Entre autres questions, celle des rapports entre le PCF et le

Kremlin.

EAN KANAPA a écrit : cours de ces entretiens par Kanapa « C'est la même considération lui-même! qui nous fait estimer naturel Ainsi, la publication de ces notes et sain le débat public des questions inflige un démenti à leur auteur du mouvement communiste mondial. puisque, seize ans après les Ce débat est un fait. Un fait nouveau, événements dont il est question, alors en tout cas par son ampleur, et un que la totalité des principaux fait positif. Nous ne pensons en effet protagonistes a quitté la scène pour pas qu'if soit dommageable pour les s'abîmer dans l'oubli et la mort, communistes et que l'adversaire ait l'exhumation de telles notes est motif à s'en réjouir. Car, les choses dénoncée par le bureau politique du étant ce qu'elfes sont, un tel débat ne PCF comme une « entreprise de peùt ijue contribuer à l'enri- déstabilisation du parti et de sa direcchissement de nos idées, à aban- tion ». donner des vues et des pratiques Ce qui veut dire que cette dépassées, à rendre plus efficace publication est « dommageable » notre lutte pour le socialisme et pour pour le parti et que c'est « l'adla paix (1). » versaire» qui s'en réjouit!

A l'inverse de ce pronostic, Pourtant, sur le fond, ces dossiers l'ouverture de quelques dossiers con- n'apportent rien qu'on ne sache déjà. cernant les relations entre la direction Philippe Robrieux a justement fait du PCF et le Kremlin au cours de remarquer qu'ils laissent dans l'oml'été 1968 prend figure de scandale, bre bien des aspects de la crise qui voire de complot. Et ce, justement, s'est nouée au sein de la direction du parce qu'il s'agit de notes prises au PCF et dans les relations avec les

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Le complot des ombres la revient vrai, pour ébranler le savant écha- · ticulier dans le domaine des libertés

Soviétiques à l'occasion de l'intervention en Tchécoslovaquie (2).

L'essentiel n'est pas dans le contenu même des documents, mais concerne les conditions dans lesquelles ils sont publiés.

Le mystérieux « Fabien», pseudonyme pris par celui ou ceux qui sont à l'origine du livre, se plaît à entretenir l'idée qu'il est présent au cœur même de l'appareil ... place du Colonel-Fabien (3)!

Symboliquement, tout est là. La force de ces « révélations» ne vaut que parce qu'elles semblent sourdre de l'appareil et de la direction. Les mêmes textes, sous la plume de spécialistes extérieurs au PCF, auraient eu un impact sans aucune mesure.

Et, dans ce climat de complot, l'ombre de Kanapa se détache comme le héros d'un ultime et obscur combat. Le personnage semble taillé sur mesures : prototype de ces « hommes doubles » (4), qui pensent d'une sorte et parlent d'une autre, il a laissé l'image de l'intellectuel stalinien, alors qu'il semble avoir été un des plus farouches partisans de la prise de distances avec Moscou. ll s'est formé aux affaires du monde et du mouvement communiste international au centre même de l'appareil international : sur décision de Thorez, ~l travailla, à Prague, à partir de 19 57, au sein de la rédaction de l'organe officiel du mouvement, Problèmes de la paix et du socialisme.

Intellectuel et homme d'appareil, rétif aux apparitions publiques, après avoir été remarqué par Thorez, il a été l'éminence grise de deux secrétaires généraux successifs. Celui qui, par sa connaissance approfondie de l'appareil international, était à même de guider la réflexion et les décisions de Waldeck Rochet et de Marchais et qui, au sommet de sa puissance, a constitué le maillon assurant la continuité entre le premier, défaillant, et le second, accédant aux plus hautes responsabilités.

C'est pourquoi cette voix d'outretombe est redoutable : Kanapa, de son vivant, fut en effet au centre des lignes de forces et au fait des secrets les plus scellés.

Et l'on comprend pourquoi il suffit de rendre publiques quelques notes de lui, soigneusement choisies il est faudage idéologique construit, depuis plusieurs années, par la direction du PCF. En s'attaquant aux deux piliers principaux de celui-ci.

Le premier de ces piliers consiste à expliquer que les graves probi.~mes rencontrés aujourd'hui par le parti renvoient aux erreurs commises jusqu'au xxne Congrès. Ce qui à imputer la responsabilité de crise actuelle à Thorez et à Waldeck Rochet. Le premier portant la faute du « retard de 1956 » à élaborer une voie spécifique, nationale, de passage au socialisme. Le second étant coupable d'avoir engagé la stratégie d'union avec le Parti socialiste, sur la base du programme commun de gouvernement, qui a conduit à l'affaiblissement du PCF.

Le xxve Congrès ne devrait pas avoir d'autre fonction que de confirmer, « dans la continuité des XXIIe, XXIIIe et XXIVe Congrès», une orientation censée permettre de sortir le PCF des ornières où l'avaient engagé les prédécesseurs de Marchais.

Le second pilier consiste à laisser entendre que, par rapport à cette définition d'une voie nationale et démocratique de passage au socialisme, la question des rapports à l'URSS et aux pays de l'Est est connexe, sinon étrangère, ne nécessitant pas de débat réel.

Toute l'argumentation, qui n'est pas nouvelle, consiste à présenter le problème de l'URSS comme relevant d'un jugement à porter, en toute indépendance et objectivité, sur la réalité de cette société. Il s'agit de reconnaître e n ces pays le «socialisme réellement existant ». Un socialisme qu'il convient, contre ses ennemis, de défendre, idéologiquement, et militairement quand il est nécessaire, comme en Hongrie en 1956. Attitude fondamentalement confirmée par Marchais dans son rapport p r ép a r a to ire au xxve Congrès : «Qu'on le veuille ou non, pour f ormer leur jugement, les Français qui tournent leurs regards vers nous, qui peuvent être gagnés à notre projet de société, se référeront toujours au socialisme tel qu 'il s'édifie dans plusieurs pays. A moins, bien sûr - mais c'est une boutade - de renoncer à qualifier de "socialiste" la perspective que nous offrons, il n'existe aucune échappatoire au problème qu nous est posé (5). »

Mais ce jugement de fond ne saurait interdire de critiquer, hier, les erreurs et les crimes de Staline, et, aujourd'hui, les graves déformations que subissent ces sociétés, en pardémocratiques.

Ces critiques peuvent être plus ou moins virulentes, l'important est qu'elles ne débordent pas d'un cadre idéologique construit pour situer ces problèmes en extériorité par rapport au PCF et occulter l'essentiel: le fait que ces questions sont au cœur même de l'identité du PCF.

On traitera donc doctement des hésitations de Thorez à adhérer aux thèses khrouchtcheviennes du xxe Congrès du PCUS, en « oubliant» que le PCF s'est « bolchevisé » autour de son secrétaire général, Maurice Thorez, « fils du peuple » et « premier stalinien de France» ...

On distillera avec un art consommé les critiques de la politique du Kremlin vis-à-vis des Etats voisins et les condamnations des atteintes aux libertés dans ces pays. Mais on se gardera bien d'engager une réelle analyse et un vrai débat sur la nature sociale de ces pays, sur le rôle des partis communistes au pouvoir, sur les ruptures historiques qui, entre la révolution d'Octobre et aujourd'hui, peuvent rendre compte de la réalité actuelle.

Parce que, si ces questions étaient soulevées, elles seraient immédiatement applicables au PCF luimême ! Les simples notes de Kanapa suffisent à confirmer ce que tout le monde sait : la direction du PCF vit et pense en une étroite et complexe symbiose avec le Kremlin. Et lorsque Moscou « défend le socialisme » en faisant déferler ses chars en Tchécoslovaquie, la direction du PCF doit se frayer un tortueux chemin entre deux risques mortels: l'aligement et la rupture.

Alors, Waldeck Rochet avait « réprouvé ». Le rappeler c'est souligner que Marchais, lui, a approuvé bruyamment, de Moscou, l'intervention soviétique en Afghanistan. Et qu'il ne semble pas avoir été beaucoup troublé par les dramatiques événements de Pologne.

La thèse, aujourd'hui centrale, du « retard de 1956 », a pour fonction de verrouiller ces deux questions. Le xxe Congrès du PCUS et l'onde de choc qu'il a provoqué auraient alors empêché que s'épanouisse, au sein du PCF, une stratégie originale de passage au socialisme. Citons Roger Martelli : «Le xxe Congrès contenait des réflexions très générales, nées des exigences politiques que ressentait le PCUS face à sa propre société et face à un monde en mouvement. Ces réflexions, cet appel au renouveau, à la recherche des "voies" au socialisme deviennent tout naturellement des points de référence, d'authen-

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tiques "modèles" politiques. Mais ils ne rencontrent pas, en France, un besoin de renouvellement vécu de l'intérieur. On pourrait presque dire que ce congrès, devenu un enjeu des luttes politiques françaises, gêne par bien dés côtés un PCF qui situe ailleurs ses urgences. De ce malentendu fondamental naît un rendez-vous manqué. Les ruses de l'Histoire sont imprévisibles: en 1956, une réflexion stratégique tourne court (6). »

Ainsi, Thorez serait l'homme des rendez-vous manqués, et le « retard » relèverait d'un « malentendu » et non d'une crise du stalinisme touchant à la nature même du PCF. Il s'agit d'un « choc », dont les causes sont extérieures au PCF qui, pour des raisons accidentelles, a inhibé une élaboration stratégique qui ne redémarrera qu ' avec le xxne Congrès !

Or, la seule évocation du souvenir de Kanapa suffit à dévoiler les mensonges sur lesquels sont construites ces thèses.

Kanapa a été l'un des principaux artisans de la définition d'une « voie démocratique au socialisme », puisqu'on lui attribue généralement la rédaction du Défi démocratique, des thèses du xxne Congrès, et la responsabilité de la publication du livre L 'URSS et nous. Or, cette élaboration a été largement entamée en lien avec Waldeck Rochet, lors de l'adoption du Manifeste de Champigny (décembre 1968) et de la recherche de l'union avec le PS. Elle n'a fait que se poursuivre, jusqu'en 1977, sous le règne de Marchais. Avant que survienne la rupture avec le PS, alors que l'union constituait un des éléments-clés de la « rénovation » opérée par Waldeck Rochet et Kanapa.

Par ailleurs, toute l'activité de Kanapa a été centrée sur la question de l'URSS, des rapports avec le Kremlin, de la réalité du mouvement communiste international.

Ouvrir ces dossiers, c'est mettre à mal les thèses officielles sur la totale autonomie du PCF par rapport au « grand frère » soviétique. Et, en effet, de ce point de vue, la crise de l'été 1968 autour de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie constitue une formidable leçon de choses.

On comprend pourquoi la publication de ce livre ne peut être 6. " 1956 : le choc du xx• Congrès . perçue par la direction du PCF que ctu PCUS "• introduction de Roger Mar- comme une formidable agression. telli, Editions sociales. Car il suffit qu'une main habile en7. "Recherches internationales "• trebaille la porte pour que le grand 0° 88-89, 1976. vent de l'Histoire renverse les fragiles constructions idéologiques des hureaucrates. Les morts et les gisants

Kanapa, quel que soit son talent à prendre des notes, qui fait que celles-ci semblent restituer intégralement les entretiens dont il est question, n'était pas, bien sûr, un simple scribe. La force de l'opération Kremlin-PCF ne tient que par l'importance du rôle joué par Kanapa dans la direction du PCF au cours de ces années.

Ce qui, en effet, autorise aujourd'hui certains à l'utiliser contre les « vivants » !

Kanapa, à travers les divers écrits aujourd'hui connus qu'il a laissés et ceux dont on considère qu'il fut l'inspirateur, apparaît avoir joué un rôle décisif dans la volonté du PCF au cours de ces années de marquer ses distances par rapport à Moscou.

Le moment clé de ce tournant a bien été l'année 1968, marquée par le mouvement de mai en France et par l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, toutes deux mettant le PCF en grave porte à faux.

C'est alors que va s'engager une élaboration théorique et que vont s'accomplir des évolutions politiques au sein de plusieurs partis communistes, dont le PCF : ce qu'on a généralement appelé « l'eurocommunisme ». Notion que Kanapa, tout en critiquant le terme, ne récuse pas. Il va même jusqu'à consacrer un numéro spécial de la revue dont il est directeur, et dont Francis Cohen est rédacteur en chef, Recherches internationales, à ce thème de l'eurocommunisme (7).

Mais le texte le plus important de lui est sans doute la conférence qu'il a prononcée à l'école centrale du PCF sur: le Mouvement communiste international hier et aujourd'hui. Texte qui a été publié dans France nouvelle dans ses numéros 1673 et 1674, en décembre 1977.

Kanapa y expose une histoire du mouvement communiste international où domine une tendance fondamentale à l'autonomie croissante des différents partis qui le composent. La dissolution de l'Internationale communiste en 1943, puis celle du Kominform en 1956 sont présentées comme des jalons de cette évolution positive. Kanapa défend l'idée qu'il convient d'abandonner les « conféœnces internationales des partis communistes » qui constituent une survivance de ce passé révolu.

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« Chercher à définir une stratégie commune à ces partis à partir de l'analyse abstraite du capitalisme monopoliste d'Etat ne peut aboutir qu'à l'élaboration d 'une recette stérile, d'un niveau de généralité la rendant inutilisable n, écrit-il. Et aussi : « La grande diversité des situations et des lignes politiques des partis rend désormais impossible l'élaboration -fut-elle collective- d'une stratégie commune à tous les partis. >>

Cette vision de l'histoire du mouvement communiste international constitue une virulente mise en cause du Kremlin et du rôle de dirigeant tout puissant qu'il joue à la tête de ce mouvement. La direction du PCUS se voit, en effet, accusée de bloquer l'évolution engagée par le xxe Congrès. Un des documents publiés dans Kremlin-PCF confirme que telle était bien la pensée de Kanapa dès 1968. Dans une note confidentielle destinée à Waldeck Rochet, il analyse les évolutions du Kremlin en ce domaine.

Contre cette résurgence du stalinisme, Kanapa dénonce avec virulence les méfaits du monolithisme, «ferment de dogmatisme, de stagnation de la pensée n, et de la subordination des partis communistes, « aucun parti ne peut exercer la régence du mouvement communiste n, le PCUS ne saurait être le « mentor >> du mouvement.

Il s'agit donc, fondamentalement, de secouer la lourde tutelle du Kremlin.

Cette tentative revient à démarquer le PCF du « modèle soviétique », en montrant que le PCF n'a pas à assumer les crimes staliniens et les atteintes aux libertés en URSS et dans les pays de l'Est qui entachent gravement l'image même du socialisme : « Nous ne sommes pas d'accord avec le fait que, dans un pays socialiste, qu'il s'agisse de l'Union soviétique ou de la Tchécoslovaquie, on ne puisse tolérer l'expression d'idées opposées à la politique du parti communiste ou de l'Etat, voire du socialisme luimême.>>

Parce que, à ses yeux, une telle démarcation est la condition nécessaire pour, en France, proposer avec quelque crédibilité, une stratégie spécifique de passage au socialisme : «La persistance de pratiques que nous réprouvons, l'impossibilité de nous accorder la-dessus peuvent conduire à se demander s'il n'existe pas là une divergence sur la conception que nous avons, les uns et les autres, du socialisme. Pour nous, le socialisme c'est la démocratie "jusqu'au bout", pour nous, socialisme et liber- ne saurait être question de brutaliser tés sont indissociables. >> le « grand frère ». « Le bilan des

Il s'agit, du coup, de prévenir soixante ans qui se sont écoulés detoute ingérence des Soviétiques dans puis octobre 1917 est pour l'essentiel les affaires intérieures du PCF au positif et témoigne de la supériorité du nom.. . de « l'internationalisme pro- socialisme n, écrit Kanapa. Marchais létarien » ! « C'est en luttant pour n'oubliera pas la leçon: le « bilan l'accession dans le meilleur délai des globalement positif» restera la pierre travailleurs français à la direction des de touche de la fidélité au Kremlin. affaires de notre pays que nous rem- Mais ce que voulait Kanapa c'était plissons notre principal devoir inter- exploiter les faiblesses révélées par le nationaliste n, précise Kanapa ... PCUS, à l'occasion du xxe Congrès

Toute l'argumentation de Kanapa et des éclatements qu'il a provoqués, apparaît, avec le recul du temps, pru- pour accroître la marge de liberté du demment pesée et soigneusement cal- PCF. culée. Pour une évidente raison : La publication des « notes de Kacette urgence à affirmer son atta- napa » a une fonction, non pas hischement aux libertés, de proposer un torique, mais politique, en ce qu'elle « socialisme démocratique », est né- ravive et confirme ce qu'on savait des cessairement facteur de conflit avec évolutions de cette époque au sein du les Soviétiques. Se démarquer sans PCF. rompre : tel est le moyen de maîtriser Elle suffit à bousculer la lacet inévitable affrontement. borieuse chronologie établie par la

L'abandon de la notion de dic- direction qui voudrait qu'après le tature du prolétariat, à la veille du ~< retard de 1956 » et les difficultés, xxne Congrès, sans. débat, a valeùr sur vingt-cinq ans, à se dégager d'une de symbole: il s'agit d'un message en ;;onception erronée de l'union, le PCF direction du Kremlin, un défi codé et est aujourd'hui porteur d'une stracontrôlé. tégie élaborée à partir du

Le PCF n'étant pas le PC tchèque, xxne Congrès, mais enfin achevée et la direction sait bien qu'elle n'a rien à débarrassée des scories des anciennes craindre des chars russes. Mais elle erreurs. sait aussi que la menace une punition Mettre Kanapa en avant, c'est du type de celle infligée au parti com- d'abord faire apparaître que les élamuniste espagnol. C'est pourquoi il borations les plus audacieuses,

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--------------------~ quelles que soient leurs limites, ont été réalisées au cours des années soixante-dix, à la jointure entre le règne de Waldeck Rochet et celui de Marchais, alors que Kanapa jouait un rôle décisif dans la direction du PCF.

« Les orientations politiques fondamentales du PCF ne sauraient varier au gré de la conjoncture. Elles sont le fruit d 'une déma rche de principe dont le premier exposé systématique se retrouve dans ce que l'on appelle le Manifeste de Champigny, adopté par notre parti en 1968. Les différentes composantes de notre stratégie ont été approfondies successivement dans le programme PCF Changer de cap en 1971 [auquel le programme commun de 1972 doit beaucoup}, le Défi démocratique de Georges Marchais en 1973, notre projet de Déclaration des libertés en 1975 -pour aboutir à l'événement politique majeur que constitua le XX//e Congrès de notre parti, en février 1976. Le tout récent livre de Georges Marchais Parlons franchement est une nouvelle étape de cet approfondissement ininterrompu. Peut-être certains sont-ils tentés de se demander si ce cheminement n'aurait pas dû se produire plus tôt. Il nous arrive aussi d'y réfléchir (8). »

Toutes les prétendues « découvertes théoriques » réalisées par la direction actuelle ces dernières années sont bien dans ces textes. Y compris, déjà suggéré, le fameux « retard » !

Or, les deux vecteurs de cette « rénovation » étaient, au nom de la nécessaire « voie démocratique au socialisme», la prise de distance avec l'URSS et la recherche de l'union avec le PS.

Resituer ainsi les problèmes c'est donc faire apparaître que, loin d'innover et même approfondir l'évolution initiée avec Kanapa, la direction Marchais, à un moment donné, a freiné puis bloqué cette évolution. Au-delà des péripéties dont il est difficile de dénouer les fils, sur ces deux questions clés il y a bien eu « recul ». Et « l'eurocommunisme » a vécu!

Kanapa insistait sur le fait que « l'eurocommunisme constituait une «voie démocr a t iqu e et révolutionnaire vers le socialisme », et qu'il ne s'agissait pas d'une « variante de la social-démocratie».

On voit qu'il est possible d'opposer systématiquement les « avancées » réalisées sous la houlette de Kanapa aux « reculs » imposés sous la férule de Marchais sur ces deux questions décisives des rapports 8. « Recherches internationales "• avec l'URSS et de l'union avec le PS. n° 88-89. Quant aux véritables innovations des dernières années, la « stratégie autogestionnaire », le « socialisme pas à pas » et les « nouveaux critères de gestion», leur cohérence « révolutionnaire » laisse pour le moins à désirer ...

L'opacité de l'opération consistant à publier les notes de Kanapa concernant l'été 1968 tient précisément au fait que rien n'est dit sur ce que sont, en positif, ses objectifs. Pour ébranler la cohérence de la direction à la veille du xxve Congrès il suffit d'éclairer l'obscurité présente de quelques lumières venues du passé, d'évoquer les morts pour dénoncer les mensonges des vivants.

A croire qu'il n'est plus besoin de proposer des issues !

On ne saurait y voir meilleur symbole de la lente agonie du stalinisme. A l'heure du crépuscule, toutes les voies du possible se font impasses et les combats complots.

Inprecor

Dans son numéro du 7 janvier 1985, la revue Inprecor publiera un dossier spécial sur la crise des partis communistes en Europe.

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