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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

NOUVELLE-CALÉDONIE

Pourquoi nous sommes aux côtés des indépendantistes

· Critique communiste, n° 36, décembre 1984 · p. 5-11 · 4 688 mots

pourquoi • nous soDlDles aux côtés

Nouvelle-Calédonie: Claude GABRIEL

D

EPUIS sa prise de possession officielle par la France le 24 septembre 1854, la Nouvelle-Calédonie a été considérée comme une source de matières premières : bois de santal puis nickel. Toute autre considération était absente de la politique coloniale. Les Français vivant sur place pouvaient éventuellement s'enrichir par le négoce, mais l'essentiel des profits se réalisaient sous le contrôle des compagnies mm1eres. Le nickel calédonien représente en effet 25 % des réserves mondiales et 43,7 % des seules réserves terrestres. Tout cela explique que la colonisation soit restée particulièrement fruste et qu'une bonne partie du territoire ait été laissée en friche. Un simple fait peut illustrer cette situation. Le l 0 avril 1855, le pouvoir colonial émettait un arrêté créant les propriétés privées pour les européens et les obligeant à posséder au moins une tête de bétail par hectare... En 1984, nombre de propriétés ne respectent toujours pas ce décret.

Cette économie centrée sur le nickel a subi la concentration progressive des capitaux, la fermeture des mines les moins rentables, ce qui a poussé une partie substancielle d'un colonat toujours plus important à investir dans des secteurs non productifs, mais plus rémunérateurs à court terme : le commerce et les services. Quand, au milieu des années soixante-dix, le prix du nickel ne cesse de monter, un certain nombre d'activités agricoles sont abandonnées et remplacées par des importations que .permet alors la croissance des liquidités obtenues par le boom minier. Mais dès que le prix du nickel s'effondre, quelques années plus tard, l'économie du territoire est aussitôt déséquilibrée.

C'est dans ce contexte que se pose la question de la terre en Nouvelle-

Calédonie : non seulement les caldoches se sont appropriés la majeure partie des meilleures terres mais ils laissent très souvent en friche une grande partie de celles-ci. Beaucoup de gros propriétaires ont préféré investir dans des activités spéculatives plutôt que de mettre réellement en exploitation leurs domaines. Cette situation aggrave la dépendance du territoire qui doit importer pour couvrir une part très importante de ses besoins alimentaires.

La Nouvelle-Calédonie compte 145 368 habitants dont 61 870 Mélanésiens et assimilés (42,56 % ), 53 974 Européens et assimilés (3 7, 12 % ), 12 l 7 4 W allisiens et Futuniens, 5 570 Tahitiens, 5 319 Indonésiens, 5 249 personnes d'origines diverses et l 2 12 V anuatuants.

Les Kanaks sont donc minoritaires chez eux et cette constatation fait les choux gras de la propagande coloniale qui y trouve un excellent argument pour repousser toute revendication indépendantiste.

Or il y a eu une politique délibérée pour minoriser le peuple kanak. L'ex-Premier ministre Pierre Mesmer la décrivait très clairement dans une lettre à son secrétaire d'Etat aux TOM-DOM, Deniau, en 1972: « La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement bien que vouée à la bigarure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant du monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants. Il f aut saisir cette chance... ultime de créer un pays francophone de plus. La présence française dans ce territoire ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par des revendications nationalistes d 'autochtones éventuellement appuyés par d'autres communautés du Pacifique. A court ou moyen terme, l'immigration massive de citoyens français, métropolitains ou

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Al. " L'A venir calédonien "• n° 912, 8 juin 1984.

2. Déclaration du 20 janvier 1855 ... confirmée par l'Assemblée nationale, le 10 mars 1959.

3. «Regards sur l'actualité "• n° 96, décembre 1983. La Documentation française.

4. L'accès réel au suffrage universel pour tous les Kanaks date de 1953. Le premier bachelier kanak a obtenu son diplôme au début des années soixante.

5. Le contraste est très grand entre le niveau de vie des blancs et celui des tribus. Les villages recèlent une extrême pauvreté et s'apparentent parfois plus au village de brousse africain qu'à la bourgade de province.

6. L'Union calédonienne, notamment, s'est constituée en 1951.

ongmaires des DOM, notamment de la Réunion, devrait permettre d'éviter ce danger en maintenant ou en améliorant le rapport numérique des communautés. A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera limitée que si la masse démographique de la population non océanienne est majoritaire )) ( l).

Cette politique réactionnaire et raciste aboutit donc à une nette accélération de l'immigration au début des années soixante-dix : il y avait 36 980 Européens en 1969 et ils étaient 50 7 57 en 197 6.

A cela s'ajoute enfin le maintien du système des « terres de réserve » (2) par lequel on concentre les populations kanakes sur des territoi res rédui ts, sou ven t peu cultivables. Grâce à ce système, dont on disait qu'il visait à « protéger les tribus et leur système coutumier», les colons ont pu légaliser leurs appropriations de terres. Aujourd'hui encore, les Kanaks ne disposent que d'environ 30 % des terres, soit 200 000 ha. Les exploitants privés français disposent d'environ 460 000 ha. 2 035 propriétaires caldoches se partagent quelques 350 000 ha, soit en moyenne 1 7 3 ha pour chacun. Mais la moitié des propriétaires terriens blancs pratiquent en réalité une autre activité. On estime à plus de 155 000 ha les terres qui sont ainsi l'objet d'une exploitation secondaire pour leurs propriétaires (soit 44 % de la surface des terres possédées par les colons) et qui sont donc fort peu exploitées (3).

Tout cela donne à la Nouvelle-Calédonie un petit air d'apartheid, qui rappelle l'économie rhodésienne dans les années soixante-dix. La question de la terre

Cette société coloniale a réduit au minimum les possibilités d'ascension sociale pour des Kanaks (4). A la différence des Antilles ou de la Réunion, il n'existe pas en Nouvelle-Calédonie une importante couche autochtone de petits bourgeois cossus.

La grande majorité de la population kanake est rurale et vit dans les tribus. Nouméa et les bourgs de la côte ne regroupent que 18 000 Kanaks. C'est pourquoi la société tribale a pu conserver une grande partie de ses traditions et coutumes, les terres de réserves demeurant régies par le droit coutumier.

Cette imperméabilité partielle de la société rurale kanake a été porteuse de la première étape de radicalisation du mouvement national. L'appropriation des terres par les Blancs n'est pas seulement ressentie sous son aspect économique et juridique ; elle est perçue comme un vol qui prend la forme d'une sorte de profanation. La terre est perçue comme un espace familial, clanique ou tribal. Par conséquent, aucune législation ne peut, aux yeux des Kanaks, justifier à posteriori ce vol. Les Kanaks veulent leurs terres .

Les luttes pour la récupération des terres qui se sont développées depuis plusieurs années ont souvent pris la forme de coups de force contre les propriétaires. Elles se sont soldées régulièrement par un rapport de forces en faveur des Kanaks. Peu à peu, se sont entremêlées dans ces mobilisations locales une revendication coutumière qui exprime une volonté de retrouver la terre du clan ou de la tribu, une revendication économique présente dans la volonté de mettre en valeur ces terres sous-exploitées et enfin une revendication politique portant sur le droit à l'indépendance (5).

Ces luttes ont été inégalement engagées sur le territoire dans la mesure où la question foncière s'y posait de manière différenciée.

Dans les îles Loyauté par exemple, le colonialisme n'a pas véritablement exproprié les populations de leurs terres. Cette inégalité des luttes pour la terre constitue une première limite aux mobilisations rurales -limite que le pouvoir colonial s'est empressé d'exploiter.

Dans les zones plus mobilisées, on assiste cependant à des actions d'un très grand intérêt politique. La population qui occupe collectivement des terres doit immédiatement discuter de son usage futur. C'est là que les traditions coutumières de consultation et de débat peuvent être utilisées comme d'excellents moyens démocratiques.

La terre n'est pas à proprement parler une propriété et encore moins une marchandise. Les influences capitalistes n'ont que très partiellement modifié cette appropriation coutumière de la terre. Elles ont sans doute accentué leur pression depuis qu'il est question de redistribuer de la terre aux Kanaks. Certains chefs de clan (plusieurs clans composent la tribu) peuvent avoir en effet le désir de changer ce rapport traditionnel en s'émancipant vis-à-vis des intérêts globaux de la tribu et en délimitant la terre clanique comme .une véritable propriété privée.

Les revendications claniques

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Les organisations kanakes

• Union calédonienne (UC). La plus ancienne et la plus importante des

• Union des syndicats des travailleurs kanaks et exploités (USTKE). Syndicat né en 1982, ouvert à tous les exploités et partisans de l'indépendance kanake.

• Comité des terres de la côte ouest. Structure de lutte des tribus de la région de

Koné pour la récupération et les redistributions de terres.

• Comité Pierre Declercq. Comité démocratique exigeant le procés des assassins de Pierre Declercq, alors secrétaire général de l'UC.

• Groupe de femmes kanakes et exploitées en lutte (GFKEL). Petit regroupement de femmes essayant de souligner les revendications propres des femmes.

Organisations indépendantistes non-membres du FLNKS:

• Parti de libération kanake (PALIKA). Créé en 1976. Ne fit pas partie du

Front indépendantiste né en 1979. Etait observateur au congrès de fondation du

FLNKS et discute de son éventuelle adhésion.

• Libération kanake socialiste (LKS). Scission du P ALI KA qui adhéra au front indépendantiste. Quitta ce r~groupement en juillet 1984, refusa de rejoindre le

FLNKS et se présenta aux élections territoriales de novembre 1984 en acceptant ayant perdu de leur précision à cause des déplacements de populations et de l'absence de cadastre coutumier, il est parfois bien difficile de débattre des droits ancestraux des uns et des autres quand vient le moment de répartir les terres récupérées par les colons. Dans certains endroits, l'organisation collective tribale a pu apporter une solution au problème de la répartition et de l'usage des terres. Ceci implique un élargissement des structures du palabre qui garantit, tant faire se peut, la cohésion de la communauté. L'égalitarisme qui imprègne la coutume kanake joue un rôle progressiste dans ce type de lutte, même si la place des jeunes et des femmes est loin d'être réglée.

L'attribution coutumière de la terre réalisée, il y a parfois une autre discussion sur la manière dont ces terres seront exploitées. Il est alors possible pour la tribu d'en proposer l'exploitation à des groupements de type coopératif qui peuvent associer des clans ou même des jeunes ou des femmes pour telle culture ici, tel élevage ailleurs. Il y a donc séparation partielle entre la réattribution coutumière du terroir et sa mise en bxploitation ; ce qui peut être assimilé- à des formes élémentaires de socialisation du travail.

L'organisation des tribus autour de la revendication de la terre demeure inégale. Dans la région de Koné, des formes unitaires de regroupement de tribus ont pu voir le jour grâce à un Comité des terres de la côte ouest, fort actif dans la dernière période. La difficile bataille du mouvement indépendantiste.

Le mouvement indépendantiste est de création récente, si l'on se réfère à la revendication de l'indépendance. Mais le gros des directions actuelles du FNLKS ont une histoire politique déjà ancienne (6). Pour beaucoup l'activité politique s'est d'abord située au sein des institutions coloniales, notamment à l'Assemblée territoriale et plus récemment au Conseil de gouvernement de la colonie. Mais la société coloniale n'est pas susceptible de développer des mécanismes de production et de reproduction d'une petite bourgeoisie autochtone. On trouve certes, comme dans toutes les autres colonies, des « agents locaux » du colonialisme. Mais en Nouvelle-Calédonie ,

Organisations composant le FLNKS :

organisations du Front.

• Front uni de libération kanake (FULK).

• Union progressiste mélanésienne (UPM).

• Parti socialiste calédonien (PSC).

le « projet Lemoine ». différents blocages ont limité cette corruption.

Simultanément, le poids coutumier, maintenu jusqu'en milieu urbain, et la question des terres ont fini par radicaliser un mouvement politique kanak au point de lui faire exiger l'indépendance. Il y a donc eu, dans la dernière période, une combinaison contradictoire entre une expérience politique qui était celle des institutions françaises et une pression populaire qui passait peu à peu de l'exigence des terres à l'exigence de l'indépendance.

Tout c el a n 'est pas sans conséquences sur le mouvement actuel, les formes d'organisation et de direction des partis kanaks étant encore essentiellement le reflet de leur expérience dans les institutions. De plus, les revendications de terres, émanant de populations rurales, peu concentrées et organisées coutumièrement, n'exigeaient nullement, jusqu'à récemment, des organisations très structurées. Plutôt conçus comme des mouvements ayant des influences locales ou régionales, les partis indépendantistes firent le choix, en juillet ·1984, de sortir des institutions et de préparer le boycott actif des futures élections territoriales. Ils se sont dès lors placés dans une situation qui les oblige à revoir leurs formes d'organisation et à accroître leurs moyens militants.

Ces nouveaux choix politiques exigent en effet la construction d'organisations qui puissent répondre aux besoins d'encadrement, de formation et de militantisme de la population, à commencer par la jeunesse. Voici encore quelques semaines, sur les cinq organisations indépendantistes, deux seulement disposaient d'un petit bulletin d'information. La base ressent de plus en plus le besoin de débattre et de se préparer aux épreuves de force. Dans ce pays que le pouvoir a délibérément isolé du monde (peu de livres et une presse débile), les militants les plus radicaux attendent de leur engagement politique un moyen d'accéder à une connaissance qui leur a été refusée par le colonialisme.

Constatant que le mouvement national kanak prenait son essor à partir de la question de la terre, le gouvernement français chercha, dès 1978, à désamorcer ses revendications. C'est en effet sous Giscard que fut mise en place une réforme foncière dont l'objet était de procéder à des achats et à des redistributions afin de répondre à l'attente des tribus. Il fut donc entrepris de recenser ces revendications et de produire une sorte de cadastre clanique grâce à la création d'un Office foncier doté de crédits importants. La gauche arrivée au pouvoir confirma tous les objectifs de cette institution.

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7. RPCR, Rassemblement pour la Calédonie dans la République, formation liée au RPR et disposant d'un député à la Chambre, un certain Lafleur, qui est un des plus gros capitalistes du territoire.

8. C'est à juste titre que les indépendantistes dénonçent aujourd'hui le risque d'une " indépendance à la rhodésienne''·

De 1978 à 1982, l'administration du territoire récupéra ainsi 43 153 ha pour un coût environ de 42,5 millions de francs. A la fin de 1983, environ 35 000 ha avaient été redistribués. Le but de cette réforme foncière est fondamentalement politique : elle vise à réduire les revendications kanakes et elle a cherché au début - largement en vain- à diviser la population au moment des redistributions. Il n'a évidemment jamais été question de remettre en cause l'existence des réserves et la dynamique réelle de cette réforme est en fait d'accentuer la ségrégation. Elle tend en effet à concentrer la population caldoche dans certaines régions, notamment dans le sud, autour de Nouméa. Ainsi se dessine peu à peu un objectif stratégique de première importance : quitte à satisfaire un certain nombre de revendications sur les terres, autant le faire en poussant une partie de la population blanche à renforcer sa cohésion autour de certaines activités économiques et à faire ainsi apparaître peu à peu une Nouvelle-Calédonie blanche et « utile », opposée à des zones rurales « kanakes >> marginales (voir les cartes). Un tel objectif aboutirait, dans une période de très vives tensions, à maintenir le danger le plus loin possible de Nouméa - exactement comme le fit le pouvoir de lan Smith en Rhodésie pour la région de Salisbury. Le sacrifice de quelques Caldoches qui se cramponnent à leurs terres est de peu d'importance pour l'Etat colonial en regard d'une telle perspective.

L'Office foncier sert régulièrement d'intermédiaire pour régulariser une expropriation obtenue par la mobilisation : le pouvoir colonial espère ainsi récupérer, par le jeu institutionnel, ce qui a démarré comme une lutte indépendante des populations. Les Caldoches et les grandes exploitations peuvent vendre à l'Office à un prix très intéressant des terres qu'ils avaient tout bonnement volées, puis réinvestir une partie de ces gains dans d'autres activités plus rémunératrices.

La réforme foncière constitue donc un maillon important de la solution néo-colo niale, dans la mesure où elle cherche à transformer le panorama foncier du pays pour aboutir à un éventuel consensus et à une légitimation de la présence blan~ che. L'utilisation de certains chefs coutumiers et de certains maires kanaks dans cette politique relève de la même perspective.

L'actuel gouvernement français a fait sien cet héritage du précédent régime. Lorsque le ministre Lemoine . évoque la perspective de l'indépendance du territoire, il convient de le prendre au sérieux. Ce que prépare Lemoine est en effet une indépendance néo-coloniale. «L'avenir du peuple kanak, dit-il, est avec ceux qui veulent l'indépendance avec la France. » Voilà la bonne parole qu'apporte le ministre des colons à la population opprimée. Il ne fait plus de doute qu'une partie du RPCR (7) est d'accord avec Lemoine pour un projet d'indépendance à terme, dans lequel le pouvoir économique appartiendrait sans partage aux Blancs et le pouvoir politique serait subtilement réparti « entre les ethnies ». Le fait que les Kanaks soient minoritaires viendra justifier, en dernière instance, l'inégalité des pouvoirs réels (8) ! Comment se prépare une solution néo-coloniale

La présence de membres du Front indépendantiste au sein du Conseil de gouvernement, depuis juin 1982, pouvait être également être utilisée pour dévoyer la lutte de ce mouvement. Elle a abouti, pour l'essentiel, à la rupture du groupe Libération kanake socialiste (LKS) d'avec le reste du Front. Le principal leader de cette formation, Nidosh Naisseline, est le grand chef coutumier de l'Ile de Maré, où ne se pose pas le problème des terres. Cette situation a pu intervenir dans le virage à droite du LKS car ce groupe n'a pas été poussé par une base locale non confrontée aux · occupations de terres. C'est bien dans les îles que le LKS fait son « meilleur » score. Mais cela n'a pas empêché la majorité des Kanaks de ces îles de suivre le mot d'ordre de boycott ! Le LKS a utilisé certains facteurs de division traditionnels entre les Kanaks ; il a cherché à faire une bonne opération, notamment en voulant exploiter les sentiments particuliers des gens des îles. Son bilan est des plus médiocres et le LKS, au terme de ces élections, enregistre une authentique défaite politique. Son pacte avec Lemoine le poussera désormais à entériner une politique qui se discute entre le gouvernement français et la droite.

Quand le LKS déclare qu'il y a « une tendance qui se radicalise, telle que le Front calédonien (extrême droite, NDLR) et qui s'organise comme le FLNKS (sic) engageant un processus qui aboutit forcément à la

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Cartes reproduites à partir de "Regard sur l'actualité "• n° 96, décembre 1983. Documentation française.

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Il. ACQUISITIONS FONCIÈRES

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9 ... Les Nouvelles .. , 5 octobre 1984. 10. "Les Nouvelles "• 29 septembre 1984.

11. .. Les Nouvelles "• 28 octobre 1984.

12. En 1979, il y avait 8 154 salariés kanaks pour un total de 28 648. Les salariés dits •• européens., étalent quant à eux 12 970. Cette proportion a probablement évolué depuis dans le sens d'un accroissement du salariat kanak, mais sans changement qualitatif de la situation.

l'iolcnœ » (9). il ne fait pl us de doute que cc groupe exp ri mc désormais la politique du gouvernement français qui consiste ù renvoyer dos ù dos les " extrémistes >>.

1 .emoi ne va donc disposer avec le 1 XS. avec quelques ma ires dis..<;idents du Front qui refusent de quitter leur fonction. avec quelques transfuges et chefs coutumiers. d'un premier in~trument pour passer à une seconde étape de tractation : avec la droite cette fois.

Lemoine défend le principe d'une << société pluri-ethnique >> pour une Nouvelle-Calédonie indépendante. Il s'agit év idemment d'une vulgaire formule démagogique car le ministre se garde bien d'en dévoiler le contenu. Les gros propriéta ires capitalistes comme Bala nde ou Lafleur tiendrontils toujours le haut du pavé au nom du << pluri-ethnisme >> '? Faudra-t-il maintenir les tribus dans des réserves au nom du statu-quo entre les « ethnies >> '? Lemoine a gite le spectre des règlements de compte raciaux pour faire passer sa camelote néocoloniale et en ce sens il fait chorus avec l'extrême droite qu i. de son côté. veut accréditer l'idée que l'indépendance kanake c'est la barbarie raciste. Le Front ca lédonien (lié au Front national) écrivait récemment : << Symboliquement. le FNLKS est né le 24 septembre 1984. 131 ans après que la présence f rançaise ait commencé son œu vre bienfaisante en Nouvelle-Calédonie, ramenant la paix entre les tribus rivales et procurant aux populations mélanésiennes les avantages de la civilisation occidentale. tout en préservant leur mode de vie traditionnel » ( l 0).

Lemoine n'hésite pas à utiliser ce même mépris pou r les indépendantistes avec parfois des intonations qui pourraient rappeler les plaisanteries racistes sur les « rois nègres» . Ainsi , lo rsque Eloi Machoro, le secrétaire général de I'U ni on Calédonienne et porte-parole du FNLKS. annonce le projet de formation d'un gouvernement provisoire kanak. le ministre déclare : « Je ne peux pas empêcher monsieur Machoro de se déclarer président de la République. C'est son droit le plus strict» (Il).

Le FLNKS a pourtant répondu à ces mensonges en prenant position à son congrès pour une «République socialiste décentralisée et démocratique sans distinction de race, de sexe, de religion et d'opinion dans la limite de l'intégrité et de la souveraineté de l'Etat >>. En d'autres termes, les Caldoches pourront rester à la condition de respecter la nouvelle légalité. Mais les inégalités sociales el raciales qu'a engendrées le colonialisme devront disparaître si ce pays veut vraiment échapper au néo-colonialisme, el c'est sans doute ce que le gouvernement français craint en défendant avec autant d'empressement son slogan de « société pluri-elhnique >>. L'urgence du soutien

Le mouvement indépendantiste cherche à sortir de sa gangue électoraliste et légaliste. Le pouvoir colonial. poussé par ses propres contradictions, a favorisé ce processus. Mais la situation demeure contradictoire. Le FLNKS se réclame désormais d'une indépendance socialiste et on peut dire, sans risque d'erreur, que cette idée de socialisme a été fondamentalement portée par la tradition égalitaire de la coutume. Mais les mois à venir vont mettre à dure épreuve l'ensemble du mouvement La bataille pour l'indépendance va devenir peu à peu une bataille contre « l'indépendance >> néo-coloniale.

Les dangers du néo-colonialisme ne proviennent pas seulement des contraintes extérieures objectives. Un pays comme la Nouvelle-Calédonie qui accède à l'indépendance hérite d'un ensemble cohérent et rigide de dépendances envers l'ancienne métropole. La direction politique du nouvel Etat, même la plus radicale et la plus anti-impérialiste, devra prendre un grand nombre de précautions politiques et économiques pour résorber l'héritage colonial, réduire la dépendance et construire peu à peu un rapport de forces favorable face aux intérêts capitalistes étrangers.

Le FLNKS est dès maintenant confronté à un problème directement politique pour éviter l'impasse néocoloniale. C'est en effet dans les conditions politiques actuelles de mobilisation et d'organisation de la population que se jouent en grande partie les rapports de forces sociaux futurs avec lesquels il sera possible -ou pas- de s'opposer aux manœuvres néo-colonialistes. L'expérience de l'Afrique noire a bien montré que l'impérialisme n'avait pas besoin de fortes classes bourgeoises autochtones pour préparer des indépendances néo-coloniales. La faiblesse politique du mouvement de masse permit de dévoyer et de manipuler nombre de groupements politiques qui s'étaient organisés pour obtenir l'indépendance. Le danger néo-colonial, qui fut longuement

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acceptaient que ce syndicat se batte 1 racistes à cheval et tribus éprises de

Un dossier Rouge sur la

Nouvelle-Calédonie

18 pages débattu au congrès du FLNKS _ n'est donc pas un [;impie produit des mécanismes extérieurs de la dépendance et des agents locaux de la métropole. Un retard dans la formation d'un véritable parti d'avant-garde Kanake risquerait de libérer rapidement les forces centrifuges qui agissent au sein des organisations indépendantistes, et de disperser le potentiel militant Lemoine attend le FLNKS au tournant, car il connaît ses faiblesses et il sait qu'en son sein tout le monde ne parle pas du socialisme de la même manière.

Ce mouvement qui a été porté par la question des terres est en train de déplacer partiellement son centre de gravité. La multiplication des grèves à Nouméa et la croissance du syndicat indépendantiste USTKE forment un ensemble de facteurs nouveaux, qui placent peu à peu l'enjeu de la lutte dans le centre économique et politique du pouvoir colonial ( 12).

L'USTKE est une organisation née en 1982 après qu'un certain nombre de syndicalistes kanaks aient décidé de quitter l'USOENC, syndicat composé en majorité de travailleurs français et peu enclin à soutenir le mot d'ordre d'indépendance. En deux ans, l'USTKE a montré le bien-fondé de son proj et. Elle déclare aujourd'hui 2 000 adhérents, principalement dans la santé, les PTT, le commerce et la compagnie aérienne UT A. Elle a dirigé depuis huit mois la plupart des grèves à Nouméa et n'a obtenu que des succès. Elle a ainsi fait la preuve aux yeux des travailleurs qu'elle savait se battre et les défendre efficacement Elle a ouvert ses rangs à tous les exploités, français, wallisiens ou tahitiens, qui

Dossier ROUGE :e "'e> ~ ~:

aussi pour l'indépendance. L'USTKE a intégré le FLNKS dès la fondation de ce dernier. Dans la période agitée qui a précédé les élections territoriales, elle a mené des grèves en unité avec l'USOENC.

Une grande partie des enjeux stratégiques se jouera à Nouméa et c'est là que pourra éventuellement se confirmer le contenu social et politique d'une indépendance. Il faut éviter qu'une situation de double pouvoir se réduise à un partage entre la ville de Nouméa, française, et la brousse kanake. C'est pourquoi la plus grande attention doit être portée à la structuration du Front et du syndicat dans la région de Nouméa.

La question du pouvoir en Nouvelle-Calédonie ne sera pas, contrairement à ce que feint de penser le gouvernement français, une affaire de majorité « démocratique ». Le fait que le peuple kanak soit minoritaire dans son pays est un argument aussi formel que malhonnête. Même s'il n'y avait que 20 % de Kanaks, cette terre serait kanake à 100 %. Tel est notre point de vue.

Le mouvement indépendantiste est très isolé. Ce que craignent les partis français PS et PCF, c'est que l'indépendance kanake ne donne de mauvaises idées aux autres peuples des TOM-DOM, pour lesquels ils ont toujours défendu une perspective assimilationniste. Ces partis ont jusqu'à présent défendu les « poussières de l'empire ».

Notre t â che est donc de populariser ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie pour que le colonialisme français n'ait aucun répit La France s'était bâti là-bas un Far-West de Lilliputien. Colons lOf danses coutumières, voilà le panorama que nous donnent encore aujourd'hui la presse et la télévision. Or, le combat que mènent les organisations indépendantistes est un combat d'avant-garde, au sens où il s'agit de la première lutte de masse dans les TOM-DOM pour une indépendance immédiate.

De sa vi-::toire ou de son échec peut dépendre l'avenir des Antilles, de la Guyane, de la Réunion... Les Kanaks ont besoin d'un soutien urgent La fraternité avec laquelle ils reçoivent ceux qui les soutiennent est une marque de confiance qu'il ne faut pas déçevoir. Quelle que soit leur lutte et les moyens qu'ils se donnent, il faut être à leurs côtés, sans hésitation. Nous voulons partager avec eux le même anticolonialisme.

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