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EDITORIAL

Indépendance kanake et socialiste !

Critique communiste, n° 36, décembre 1984 · p. 3-4 · 836 mots

AGNER du temps, tel est le principal souci du gouvernement français face à l'insurrection kanake en Nouvelle-Calédonie. Gagner du temps, pour tenter de désamorcer la révolte, diviser les indépendantistes, et reconstruire les éléments d'une solution néo-coloniale mise à bas par le boycott massif des élections du 18 novembre et le soulèvement de la population. Telle apparaît la mission confiée au «socialiste» Edgar Pisani, ancien ministre du général de Gaulle.

Le peuple kanak a pourtant amplement montré qu'il avait assez attenau. Dominé par le colonialisme français depuis plus de cent trente ans, chassé de ses terres, parqué dans des réserves, humilié et exilé dans son propre pays, ce peuple n'a jamais trouvé en face de lui que le gendarme, comme le déclarait à la télévision française Jean-Marie Tjibaou, président du gouvernement provisoire kanak. Ce peuple, dont les insurrections ont été durement réprimées par l'armée au siècle dernier, avait cru aux promesses de Mitterrand et du Parti socialiste, qui s'étaient, avant 1981 , déclarés en faveur de l'indépendance de l'île.

Mais les socialistes et les communistes au gouvernement ont bâti une politique typiquement néo-coloniale, visant à créer les conditions d'une indépendance formelle à l'horizon 1989, dont la fonction essentielle est de sauvegarder les intérêts économiques. et stratégiques de l'impérialisme français. C'est cette politique que l'insurrection kanake et le FLNKS ont mise par terre, en quelques jours, enlevant l'initiative au gouvernement français et à ses représentants.

Dans ces circonstances, la droite française est montée en ligne comme elle ne l'avait pas fait depuis longtemps, aux accents du colonialisme le plus traditionnel. Au nom de cinq anciens Premiers ministres de la ye République, Michel Debré a entonné un air qui fut celui, naguère, de l'Algérie française. La droite s'est révélée une fois de plus pour ce qu'elle est : prête à rétablir l'ordre colonial à coups de mitrailleu~ et de ratissages; prête à recommencer, dans l'océan Pacifique, une nouvelle guerre d'Algérie. Elle investit sur la Nouvelle-Calédonie des nostalgies que certains croyaient naïvement révolues. Cette droite, pour des raisons historiques, est liée à l'empire colonial français et à ce qu'il en reste. Parti ultra-colonialiste, le RPR de Chirac domine dans tous les départements et territoires d'outre-mer (DOM et TOM). Debré est depuis des lustres député de la Réunion, et Raymond Barre est originaire de cette même île de l'océan Indien. Quant à Hersant, il a d'abord construit son empire de presse ... dans ces mêmes possessions françaises d'outre-mer!

Sommés par cette droite de rétablir l'ordre en Nouvelle-Calédonie, Mitterrand et Fabius ont dépêché sur place d'importants renforts de gendarmes. Mais consigne a été donnée à ces derniers, pour l'instant, de ne pas démanteler les barrages de route et d'éviter les affrontements avec les indépendantistes. Bousculé par l'insurrection kanake, le gouvernement français cherche à reprendre l'initiative sur le terrain politique, en relançant la négociation autour de projets économiques et institutionnels. C'est le contenu de la mission confiée à Edgar Pisani.

Fort de son rôle de négociateur à la troisième conférence de Lomé sur le développement, Pisani va chercher à convaincre une partie de la droite locale

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de jouer le jeu d'un processus vers l'indépendance. Mais il ne pourra y parvenir qu'en garantissant à la population blanche le maintien de ses principaux intérêts dans l'île. Il va de même faire miroiter devant le FLNKS des promesses d'aide économique, chercher à circonvenir le Front, ou à défaut, le diviser.

La voie est étroite pour le gouvernement socialiste et pour son fondé de pouvoir en Nouvelle-Calédonie: elle consiste à chercher les moyens d'une indépendance néo-coloniale, préservant les intérêts impérialistes dans l'île et dans cette région du Pacifique.

Le chemin sera difficile pour le FLNKS : pour arracher l'indépendance en empêchant la France de mettre en place une solution néo-coloniale, quand les contraintes économiques de la dépendance pèsent d'un poids considérable sur la Nouvelle-Calédonie, il n'a d'autre ressource que la mobilisation politique du peuple kanak.

C'est pourquoi la solidarité des anticolonialistes en France, la solidarité des révolutionnaires et celle du mouvement ouvrier français sont des tâches immédiates et urgentes. Il faut en premier lieu faire comprendre que le préalable, avancé par le gouvernement français, du respect des droits de toutes les communautés vivant en Nouvelle-Calédonie n'est qu'un paravent: car la communauté blanche matérialise les intérêts du colonialisme français dans l'île. La thèse du droit égal de toutes les communautés n'a qu'un but : masquer le droit ô ·combien inégal de ces communautés, puisque l'île appartient aux colons caldoches, aux grandes compag nies minières, à ceux qui vivent en Nouvelle-Calédonie pour tirer profit du commerce et de l'import-export.

Les indépendantistes exigent que seul le vote de la population kanake soit pris en compte pour une consultation sur l'indépendance, et ce n'est que justice.

Tandis que le gouvernement français n'a pas renoncé, comme naguère en Algérie, de faire surgir une « troisième force », seul le FLNKS doit être reconnu comme le représentant légitime du peuple kanak. Solidarité avec le FLNKS ! Indépendance kanake et socialiste!

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