La nouvelle droite en donne plus : elle n'est ni restaurationniste ni libérale, elle est restaurationniste et libérale. Sa cible: l'étatisme. Son objectif : introduire le jeu de la concurrence et du marché là où il pénètre peu. Typique idéologie de crise, fondée sur le refus des protections collectives et l'apologie de la loi du plus fort.
Le Club de l'horloge a donc, lui aussi, commis un livre sur l'école: l'Ecole en accusation, aux éditions Albin Michel. Ses propositions puisent aux sources d'une idéologie redoutable. Comment ne pas s'en alarmer, quand le président du Club de l'horloge, Yvon Blot, vient d'être réélu au comité central du RPR?
«En fait, l'école capitaliste et sélective n'existe pas, ou plutôt n'existe plus en France. Ce n'est pas elle qui est en crise, mais un école dont les structures ont été bouleversées conformément au dogme égalitaire. » La crise de l'école est donc le produit de la « démocratisation ». Celle-ci contredit les inégalités ·naturelles: «En fait, il est inexact de dire que l'école n'est pas performante parce qu'on ne retrouve pas dans le nombre des bacheliers une proportion d 'enfants issus de milieux populaires identique à celle observée dans la nation ; au contraire, elle peut être performante si elle développe les capacités de chacun tout en maintenant une inégalité de résultats, dès lors que les aptitudes initiales sont différentes. De même l'analyse de la crise de l'école en termes de reproduction sociale n'a de sens que si l'on considère que "l'héritage social", notamment l'influence culturelle de la famille, est en soi illégitime. >>
Que comprendre, sinon que si l'école sélectionne les meilleurs dans les mêmes couches sociales, c'est que celles-ci sont « supérieures » ? Et le mal ne vient-il pas de la volonté de contrarier cette donnée naturelle, par l'égalitarisme?
En finir avec l'égalitarisme passe par plusieurs mesures, qui peuvent être ainsi recensées :
1. Donner le libre choix de l'établissement: « qui jouera ainsi un rôle comparable à celui des prix dans une économie de marché : un indicateur de préférence et de qualité, un instrument de mesure, pour l'administration ou pour les maîtres, de leur efficacité >>.
2. Il faut aussi « remettre en cause le maintien de la fin de la scolarité obligatoire à seize ans pour tous et moduler cet âge en fonction des aptitudes et des aspirations de chacun >>.
3. Il faut «par le recours à un contrat d 'association rénové et étendu à tous, restaurer une pluralité d'établissements publics et privés. Il faut encourager la libre créaion d'écoles par toute personne physique ou morale >>.
4. Le retour aux filières est préconisé : <<dans l'enseignement secondaire et dès le premier cycle, il faut aménager des voies différenciées >>.
5. Pour les enseignants : « Pourquoi ne pas moduler une partie de la rétribution des maitres en fonction de la qualité de leurs services ? >>
6. «Le libre choix de l'école implique aussi que les établissements sélectionnent leurs élèves, c'est-à-dire qu'ils aient la possibilité d'en refuser certains(...) Il faut en particulier rétablir l'examen d'entrée en sixième. >>
7. «De par sa vocation critique et communautaire, l'enseignement primaire doit rester gratuit. Mais la restauration d'un certain coût apparent du service d 'instruction publique dans le secondaire et surtout le supérieur, responsabiliserait les acteurs du système scolaire. »
8. Grâce au chèque-éducation, «la puissance publique finance l'enfant et non plus l'école: chacun dispose d'une bourse d'enseignement dont il use librement auprès de l'établissement de son choix >>.
9. La défense de l'instruction s'exprime avec ce genre de formule qu'on entend parfois d'un · autre bord: «Il ne faut pas s'étonner si, pour Alain Savary, la cantine fait désormais partie des "séquences éducatives " au même titre que l'enseignement : pour qui cherche à modifier les comportements, le médium l'emporte toujours sur le message... On chercherait vainement d'ailleurs dans ces programmes égalitaires un quelconque intérêt pour les contenus de l'instruction proprement dite. >>
Et pour faire bonne mesure, ajoutons une dernière citation qui exprime toute la trouille et toute la haine dont ces gens-là sont capables: «Cet univers amollissant a fait des "jeunes" une génération de mollusques sans passé, sans avenir, et qui attend l'heure du réveil. >>
Maréchal, nous voilà : l'horloge du club a sonné le réveil.
N.J.