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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Réponse de la LCR à la réponse de Lutte ouvrière

· Critique communiste, n° 37, janvier 1985 · p. 22-23 · 1 381 mots

Chers camarades,

Nous enregistrons avec plaisir la réponse positive que vous avez apportée aux quatre propositions avancées par notre comité central.

Nous pensons que la systématisation des réunions communes de nos cellules permettra de faite avancer pour chacun une meilleure connaissance de nos organisations et donc de faire avancer les débats sur les divergences qui nous séparent, de même la préparation et l'organisation en commun de la tète en 1985, et la publication d'un supplément commun à nos deux organes Lutte de dasse et Critique communiste.

Nous voudrions cependant revenir sur quelques questions soulevées dans votre réponse.

La première concerne l'activité que nous menons pour l'affirmation d'une force anticapitaliste.

Nous vous disions dans notre lettre que notre projet était de « mettre nos forœs au serviœ d'initiatives stimulant l'm-ganisation ou, au moins, l'expression de courants de travailleurs déddés à refuser la politique d'austérité du gouvernement et à riposter contre l'offensive du patronat et de la droite (...) de travailleurs prêts à se regrouper et à agir ensemble (...) sur le terrain des · entreprises comme œlui des élections. »

Pour votre part, vous assimilez ce

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projet à un simple regroupement, << sous la forme d'idées, de plans, de mots d'ordre, etc. 11. Apparemment, nous ne nous sommes pas compris. Car justement comme vous le dites « ceux qui recherchent quelque chose recherchent une force à laquelle se rallier, et pas etes idées 11.

Nous sommes bien d'accord avec cela et c'est même ce souci qui motive notre démarche.

Aujourd'hui, dans les entreprises et dans le mouvement syndical, en dehors des militants de la LCR et de Lü, existent plusieurs milliers de travailleurs qui se battent souvent avec nous, qui partagent nombre de nos objectifs. Il sont le plus souvent inorganisés politiquement ou parfois dans de petits groupes politiques.

Ce courant-là existe sans nul doute, et en même temps ni vous ni nous ne sommes capables de l'organiser directement. Devons-nous simplement comme vous le proposez attendre et « faire nos preuves» pour que convaincus de nos positions ces travailleurs nous rejoignent ?

Nous sommes évidemment pour que nos organisations fassent leurs preuves le mieux et le plus vite possible. Mais faire ses preuves pour des révolutionnaires, c'est aussi à des moments précis œuvrer à rassembler sur des objectifs précis ceux qui peuvent être rassemblés.

Nous n'avons pas l'objectif de dessiner un courant d'idées, mais de regrouper des militants ouvriers qui agissent chaque jour sur leur lieu de travail et se posent aujourd'hui le problème d'une alternative face aux directions réformistes. Les propositions d'appel, de démarche vis-à-vis d'autres organisations vont dans ce sens.

Nous ne pouvons préjuger des résultats que nous obtiendrons dans cette démarche. Mais nous sommes par contre persuadés que tout pas en avant sera un point marqué justement pour augmenter la crédibilité des révolutionnaires et leur influence dans les entreprises ; point marqué aussi contre le climat de démoralisation et de découragement qui pèse sur de nombreux travailleurs qui faisaient confiance aux directions réformistes face à l'austérité.

Avancer dans ce sens, c'est aussi montrer à ces travailleurs que dans les luttes le combat résolu pour les revendications est un terrain plus sûr que l'acceptation du compromis avec un gouvernement qui organise le chômage et la baisse des salaires.

Une autre question est celle de l'activité en commun dans les entreprises. Vous nous dites : « Nous ne pensons pas que la simple réunion des signatures de nos deux organisations sur des tracts ou des affiches communes suffise à augmenter notre crédibilité commune 11(. .. ) « Il est plus conforme à la moralité révolutionnaire que la politique de nos deux organisations apparaissent différemment. 11

Nous ne pensons pas que des tracts ou des affiches communes signifient que toutes nos diverger.ces sont effacées ou que nous sommes au bord de la fusion. Une affiche ou un tract commun, cela ne veut dire qu'une chose qui est la suivante : sur un point précis nos deux organisations sont d'accord. Si l'on suivait jusqu'au bout votre logique nous ne devrions pas non plus présenter des listes ou des candidats communs, faire des professions de foi communes lors d'élections comme nous l'avons fait plus d'une fois depuis plusieurs années. Car là c'est non seulement sur un point précis que nous nous mettons d'accord, mais sur une question politique globale que nous présentons ensemble aux travailleurs. Pas plus que vous, nous ne sous-estimons les travailleurs du rang. Ils savent fort bien que si deux organisations se mettent d'accord pour une campagne électorale ou un tract commun face à une mesure d'austérité ou à une attaque patronale, cela ne veut pas dire qu'elles sont d'accord sur tout. Cela veut dire par contre qu'elles ne se comportent pas comme d'autres et que, lorsqu'elles peuvent dire ou faire une chose ensemble, elles le font.

Une autre question est celle de la solidarité internationale en particulier avec le Nicaragua. Vous pensez comme nous qu'il est «essentiel de manifester par tous les moyens possibles notre solidarité avec le Nicaragua en butte à une agression de l'impérialisme US 11. Vous pensez par contre qu'espérer impulser et animer un éventuel mouvement de masse susceptible de s'opposer à la politique de l'impérialisme est une entreprise qui nous dépasse.

Ce travail de solidarité, nous l'avons commencé depuis trois ans, et la LCR n'est étrangère ni au réseau de comités qui existe aujourd'hui dans le pays ni aux brigades qui sont allées cet été au Nicaragua. Bien sûr, nous travaillons à l'échelle de nos forces . Mais il n'est pas étranger à la progression de nos idées que des dizaines de milliers de travailleurs de ce pays sachent, grâce à la propagande des brigadistes, à l'action des comités, et à la nôtre, que loin de combattre pour la liberté, l'impérialisme US est en train de tenter d'écraser un peuple.

Cela n'est pas encore le mouvement de masse susceptible de peser face à l'impérialisme ? Certes non. Mais tout ce que nous faisons renforce la possibilité d'éclosion d'un tel mouvement et renforce les réflexes de solidarité internationale parmi les travailleurs, tout comme les tournées de meetings et les collectes que nous avons organisées au profit des mineurs britanniques. L'exemple de centaines de milliers de travailleurs luttant pied à pied contre l'austérité en Grande-Bretagne est plus efficace que beaucoup de nos tracts pour atteindre le même objectif en France.

Une dernière question, celle du racisme. La LCR a mis ses forces dans le soutien à l'initiative des jeunes de Convergence 84. Cela veut-il dire que nous partagions leurs positions. en particulier leurs déclarations sur les récupérations politiciennes ? Certes non. Mais nous savons aussi que, si beaucoup de jeunes immigrés partagent les mêmes opinions que ces initiateurs, c'est qu'ils n'ont vu face à eux depuis dix ans que des politiciens et un mouvement ouvrier français veule et sourd à leurs exigences.

Quand nous soutenons une telle initiative et contribuons à son succès. comme nous l'avons fait dans de nombreuses villes, notre but n'est pas d'en rester là mais d'impulser des structures permanentes, tant parmi les travailleurs que dans la jeunesse. Les résultats obtenus dans plusieurs entreprises nous ont permis un travail concret auprès des travailleurs pour s'opposer à la propagande raciste. Là encore il s'agit d'un travail de longue haleine, mais qui selon nous est indissociable de la construction de regroupements de militants révolutionnaires dans les entreprises.

Il s'agit là, nous en sommes conscients de choix de construction qui divergent des vôtres. Ils poursuivent néanmoins le même objectif : la progression de l'influence des révolutionnaires dans les entreprises et de leur capacité de disputer la direction des luttes aux réformistes, et au PCF en premier lieu.

C'est d'ailleurs ce type de choix et d'investissement qui nous empêche de répondre positivement à votre proposition d'organisation commune des cercles Léon Trotsky, non par principe, mais parce que contradictoire aujourd'hui avec les rythmes d'activité de nos camarades. Cela ne veut pas dire que nous refusons, si vous en êtes d'accord, l'organisation ponctuelle en commun de tels cercles.

Voilà notre opinion sur quelques questions, en étant sûr que la suite de nos relations et de nos échanges fera progresser et mûrir toutes ces discussions.

Veuillez agréer, chers camarades, nos fraternelles salutations.

Le 10 déœmbre 1984 Le bureau politique de la LCR

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