La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L'odyssée tragique des Allemands antinazis exilés en France

· Critique communiste, n° 38, février 1985 · p. 23-29 · 6 007 mots

Que les émigrés antinazis all-emands, fuyant la terreur hitlérienne après 19 3 3 aient été soumis aux pires traitements, aux humiliations, aux poursuites multiples, à la détention dans des conditions atroces dès leur arrivée dans les Etas démocratiques- et notamment en France- voilà une sinistre vérité que les historiens de la Deuxième guerre mondiale occultent généralement.

Le texte que nous publions ici a été rédigé par notre camarade Rodolphe Prager comme introduction à un recueil de dessins du militant trotskyste Franz Meyer, dessins qui témoignent du tragique destin de ces exilés. Ce recueil bilingue - en allemand et en françaissera bientôt disponible à la librairie La Brèche .sous le titre Fuir le nazisme, images d'exil (Flucht aus Deutschland. Bi/der aus dem ExiO. Mais les éditeurs allemands -Internatio nale sozialistische publikationen- n'ont pu reproduire qu'une partie de l'introduction de Rodolphe Prager, celle qui retrace la biographie de Franz Meyer. Nos lecteurs en disposeront ici dans son intégralité.

L'intérêt de ce texte n'est pas seulement historique. Au moment où ressurgissent avec force les thèmes racistes et xénophobes, où la répression des Etats « démocratiques » s'appesantit sur les travailleurs immigrés, le recueil des dessins de Franz Meyer et l'introduction de Rodolphe Prager constituent une terrible accusation contre la société capitaliste et les dangers qu'elle secrète plus que jamais pour l'humanité.

C

E récit autobiographique est fascistes, condamnés à fuir l'hitlériscelui d'un membre dirigeant me, ne furent pas accueillis sans des Internationalen Kommu- restriction, à bras ouverts, par les nisten Deutschlands (IKD), section al- gouverneme n t s des pays lemande de la IVe Internationale, des « démocratiques ». années trente. Nous avons découvert Au fil des ans, les dispositions ce recueil de dessins remarquables assez libérales de 19 3 3 pour la récepl'an dernier, avec quarante ans de tion des réfugiés en France, où retard, quand il nous est parvenu des séjournèrent la plupart d'entre eux, Etats-Unis. La famille de Franz devinrent plus restrictives. Ils étaient Meyer et ses amis, qui avaient tenté prévenus d'emblée qu'ils devaient en vain de le faire éditer, ont eu « s'abstenir de toute a ctivité l'heureuse idée de nous le faire politique », ce qui faisait planer une connaître. La qualité des dessins et la menace sur les militants décidés à relation émouvante du destin des poursuivre et à intensifier leur lutte. émigrés antifascistes allemands avant Les campagnes de haine de l'extrême et, plus particulièrement, pendant la droite se firent jour, sans tarder. Un guerre, justifiaient la publication de conseiller municipal réactionnaire de ce travail. Nous le dédions aux trots- Paris s'inquiétait : « Les exilés ne kystes allemands victimes de la bar- vont-ils pas constituer chez tzous, tout barie nazie et à ceux qui furent tués comme le foyer antifasciste honni par par les sbires de Staline. Il faut que Mussolini, un foyer antinaziste, et l'on sache que les combattants anti- susciter chez Hitler, contre la France,

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1. Claude Olievenstein, « Il n'y a pas de drogués heureux "• Laffont, Paris, 1977.

2. Presses universitaires de Grenoble, 1979.

3. François Maspero, Paris, 1979.

4. Gustav Regler,,, Briefe an meinen Soho "• Deutsche Bliitter, Heft 26, jahrrgang 1945.

5. PSR, Parti socialiste révolutionnaire (IV• Internationale). RSAP, Révolutionaire socialistische arbeiters partij. NAS, National arbeids secretriaat, centrale anarcho- syndicaliste. Henk Sneevliet (1883-1942), fusillé par les nazis.

6. KPD, Kommunistische partei Deu tseh lands.

7. Josef Weber, dit Johre, né à Gelsenkirchen le tl avril 1901, mort à Cologne le 16 juillet 1959.

une haine plus grande encore s 'il est possible ? » Le Figaro renchérissait à propos des « Allemands, israélites ou non, qui ont fondé un journal de combat pour insulter, pour menacer leurs adversaires (...) à l'abri du drapeau français ». Mieux encore, l'exorde d'un rédacteur de l'Ami du peuple, dans un style provocateur très actuel : « Le peuple ne supportera plus longtemps d'être chassé de son propre pays par les clochards internationaux couverts de vermine. La France n'est pas la poubelle de l'Europe. Eh oui ! tzous le savons bien, il y a des hommes probes et loyaux parmi les exilés qui viennent frapper à notre porte. Que notre pays soit donc à ceux-là ! (...) Mais les autres, les fourriers de la révolution mondiale, les heimatlos [apatrides] de la pègre, les enfants de troupe de la haine, attend-on que le peuple se fâche pour les fourrer au lazaret de l'humanité?»

Il ne convient certes pas de surestimer l'influence de ces courants, assez minoritaires, et de négliger les nombreuses interventions des syndicats et des partis de gauche en faveur du droit d'asile et du droit au travail des réfugiés. Mais, sous le couvert de la crise économique et de l'extension du chômage, le gouvernement aggravait sensiblement la rigueur des mesures à l'encontre des étrangers et, dépouillées de leurs excentricités xénophobes, les attaques de l'extrême droite reflétaient dans une certaine mesure les soucis de la bourgeoisie face à une émigration très politisée et fortement marquée à gauche.

Dans leur existence quotidienne, les réfugiés se heurtaient à des services de police extrêmement hostiles qui multipliaient à plaisir le mépris, les vexations et l'arbitraire. Le docteur Olievenstein dresse ce tableau très véridique : «Il fallait sans cesse assiéger les employés à la préfecture de police pour que notre permis de séjour soit prolongé de quinze jours, d'un mois ; tâcher, pour approcher les guichets, de soudoyer les intermédiaires parlant un peu mieux le français. Nous passions des journées entières en queues interminables où on essuyait les rebuffades et les propos quasi hitlériens des fonctionnaires, il est vrai complètement dépassés, et qui se laissaient aller à traiter les vieillards comme des chiens ( l ). JJ

La situation empira gravement à partir de mai 1938, avec les nouveaux décrets du gouvernement Daladier. Les réfugiés politiques fuyant le nazisme, qui avaient pénétré en France irrégulièrement, étaient passibles d'un emprisonnement d'un mois à un an. Pour déceler les étrangers clandestins ou qui ne sont pas en règle, obligation est faite à tout logeur professionnel ou bénévole de déclarer qu'il héberge un étranger. Des mesures d'assignation à résidence sont appliquées fin 19 3 8. Toutes ces mesures s'insèrent, désormais, dans un contexte de tension internationale.

Il n'est pas surprenant que l'on s'attache, à présent, à jeter un voile pudique sur ces faits. Il n'y a pas lieu de se vanter, après coup, du sort réservé aux exilés antifascistes et de leur internement pendant la guerre dans des conditions abjectes. Ni de les avoir livrés à la Gestapo et facilité leur acheminement vers les camps de la mort nazis. Aussi ne doit-on pas s'étonner qu'en dehors des livres d'Arthur Koestler, la Lie de la terre, et d'Anna Seghers, Transit, tous deux épuisés, on ait négligé de publier en langue française les nombreux écrits d'écrivains allemands relatant leur expenence. Les ouvrages sur la Deuxième Guerre mondiale ne se comptent plus, mais les historiens négligent de traiter ce sujet, apparemment, à l'exception de l'équipe travaillant sous l'égide de Gilbert Badia, à l'université Paris VII. Il a fallu la parution, en 1979, de l'ouvrage de ces chercheurs, les Barbelés de l'exil (2), et, parallèlement, du livre Vivre à Gurs, de Hanna Schramm et Barbara Vormeier (3), pour que le public français découvre avec horreur qu'il y a eu des camps de concentration français.

Ceux-ci ne relevaient pas, sans doute, du principe d'extermination des camps hitlériens, mais c'était là des camps inhumains où régnaient la violence, la faim, le froid, la maladie, et où les moins résistants mouraient. S'y ajoutait la souffrance morale de gens qui avaient cru pouvoir se fier aux Etats « démocratiques » et qui éprouvaient le sentiment d'une immense trahison, exprimée, en particulier, par l'écrivain Gustav Regler, interné au camp de Vernet: «J'avais honte pour la France qui m'avait incarcéré dans un camp de concentration avec les combattants les plus purs, mêlés aux épaves politiques et aux criminels (. .. ) N'étais-je pas parti pour Paris comme on va retrouver une grande amie ? (...) Mon émigration était devenue un exil double : j'étais exilé d'Allemagne et exilé de France (4). JJ L'exil

Franz Meyer était connu de ses camarades trotskystes dans l'émigra-

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Hitler prend le pouvoir face à la désunion des partis ouvriers.

sen et de Cologne, sous l'inculpation ·bataillons disciplinaires de la W ehrtion sous le nom de Holz. C'est de ce nom ou de l'initiale H qu'il signait les caricatures politiques que publièrent la Lutte ouvrière, du PSR belge, De Nieuwe Fakkel, de Rode October, et De A rbeid, organes du RSAP et du NAS néerlandais, animés par le vétéran communiste Henk Sneevliet (5). Il acquit ainsi une certaine notoriété dans les milieux révolutionnaires de ces pays et s'attira aussi, par la suite, comme nous le verrons, les foudres de la justice belge qui ne lui pardonna pas ses dessins « séditieux».

Né à Gelsenkirchen, au cœur de la Ruhr, le 2 mai 1906, il fit sa scolarité dans cette ville et apprit le dessin industriel, puis compléta sa formation dans un bureau d'ingénieur. Il entreprit son « tour d'Allemagne » de compagnon en 1924, et le prolongea l'année suivante en Autriche et dans les pays balkaniques. A son retour, il étudia à la Folkswangschule à Essen. Une véritable passion pour l'aquarelïe aussi bien que pour le bois et le lino gravés l'habitait. Son talent, sa technique devinrent une arme politique. C'est par la satire politique qu'il exprima son engagement, tournant en dérision et clouant au pilori l'adversaire de classe, ne ménageant pas les turpitudes des chefs réformistes ou staliniens et exaltant le combat révolutionnaire de Trotsky et de la IVe Internationale.

Attiré d'abord par le mouvement de la jeunesse, il avait adhéré ensuite au KPD (6). On trouva alors ses caricatures dans R uhrecho, organe du parti. La politique stalinienne aberrante de la fin des années vingt, qui voulut voir dans la social-démocratie, qualifiée de social-fasciste, l'ennemi principal, rencontra le refus de Franz Meyer qui trouvait insupportable que le parti refuse le front unique en présence du déferlement des hordes nazies. La rupture avec le parti devint inévitable, et Franz Meyer milita dorénavant dans l'Opposition de gauche, bolchevique-léniniste, qui disposait à Gelsenkirchen d'une section locale très active, animée par le musicien Josef Weber, plus connu sous le nom de Johre (7), qui devint dans l'émigration le dirigeant le plus influent de l'IKD. Les militants les plus connus de Gelsenkirchen, dont Weber, durent s'expatrier dès l'arrivée au pouvoir, dans les formes légales, de Hitler. Le mouvement ouvrier le plus puissant et le mieux organisé d'Europe ne réagit pas et fut vaincu sans avoir mené de combat.

Weber et ses amis s'établirent à Amsterdam. La liaison avec la section de Gelsenkirchen, poursuivant son activité dans la clandestinité, fut maintenue grâce, en particulier, à des étudiants de la ville inscrits dans les universités néerlandaises. Tracts et documents circulèrent et Unser Wort, l'organe de l'IKD paraissant à l'étranger, fut diffusé en Allemagne. L'action clandestine trotskyste se poursuivit pendant plusieurs années. C'est au début de 1936 que la Gestapo, entreprenant de nombreuses arrestations, parvint à briser le groupe de Gelsenkirchen, en même temps, hélas, que des sections locales d'autres villes. Sept militants de Gelsenkirchen comparurent les 20-21 juillet 1936 devant le tribunal de Hamm, avec dix-huit de leurs camarades originaires de Neuss, d'Esd'actes de haute trahison. Des condamnations allant jusqu'à huit ans de réclusion furent prononcées. Les responsables les plus marquants du groupe - Paul Mass, Karl Manz et Albertine Kiy - furen t jugés séparément, le 5 octobre 1936, par la cour de justice populaire de Berlin, et condamnés à des peines de cinq et huit ans de réclusion. D'autres procès intentés aux trotskystes se déroulèrent, notamment, à Berlin, à Hambourg, à Kassel, à Magdebourg et à Dantzig. Le nombre des membres de l'organisation emprisonnés ou détenus dans les camps de concentration était évalué à cent cinquante par la direction à l'étranger de l'IKD. On ne sait pas combien furent assassinés par les nazis, à l'instar de Hans Berger, jeune trotskyste des plus doués et des plus actifs de Berlin, et de son camarade Alfred Bakalejnyk, disparus sans laisser de traces au cours d'un transfert de prison. Certains furent incorporés dans les macht, particulièrement exposés sur le front.

Franz Meyer milita dans la clandestinité pendant un an avant de prendre le chemin de l'exil en 1934, avec plusieurs de ses camarades. En se rendant aux Pays-Bas, ils

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rompue d'entrée par l'irruption de la . sorte de prouesse, avec des apports police qui expulsa sur le champ tous . arrivant de divers pays. Il en parut

8. SAPD, Socialistiche arbeiterparti Deutschland, formation,, centriste,, dissidente de la social-démocratie.

9. Ernest Mandel, né le 5 avril 1923 à Francfort, économiste réputé et dirigeant de la IV• 1 nternationale.

10. Affidavit: attestation d'un citoyen américain certifiant qu'il s'engage à recevoir un émigré.

Il. '' Neuer Vorwarts ,, du 25 septembre 1938.

12. << Deutsche volks-zeitung ,, du 30 octobre 1938.

13. << Neue Front,, d'octobre 1938 : ''Hitler. Frieden über Europa ''·

14. '' Neuer Vorwarts ,, du 2 septembre 1939.

15. ''Vivre à Gurs. ,, 16. Gilbert Badia, ,, les Barbelés de l'exil ''• Presses universitaires de Grenoble, 1979, p. 246-247.

voulurent rester au plus près de leurs amis demeurés sur place, et en meilleure situation pour leur assurer une aide extérieure. Les autorités néerlandaises firent preuve d'une grande rigueur à l'égard des réfugiés dont elles se méfiaient en tout point. Elles avaient, entre autres, la préoccupation de ne pas trop indisposer le pesant voisin germanique. On en eut une démonstration saisissante à l'occasion de la conférence internationale des « organisations de jeunesses révolutionnaires indépendantes» à laquelle participèrent aussi les jeunes trotskystes, qui se tint fin février 19 34 à Laren, près d'Amsterdam. La conférence, à laquelle prit part activement Willy Brandt, fut interles participants « en situation irrégulière ». Elle n'hésita pas, au surplus, à livrer à la Gestapo, menottes aux mains, quatre délégués jeunes du SAP (8), venus clandestinement d'Allemagne. Le scandale fut trop grand pour ne pas provoquer de vives réactions dans le pays, y compris des grèves de protestation, en vue d'empêcher la répétition de semblables agissements. La coopération allait, néanmoins, bon train. La police des étrangers sollicitait des renseignements sur les exilés que la Gestapo fournissait volontiers. Et c'est en fonction des informations reçues que l'on jugeait « indésirables » les réfugiés et qu'on leur refusait le droit d'asile. C'est ce qui se produisit pour Franz Meyer qui, au terme d'un séjour de six mois, fut refoulé vers la frontière belge.

Il ne réussit pas davantage à trouver un statut légal en Belgique, ayant franchi, par la force des choses, la frontière irrégulièrement, sans être muni d'un visa belge et sans posséder, probablement, un passeport allemand en règle. De nombreux émigrés vécurent ainsi dans l'illégalité, à la merci d'une rafle. Comment des militants qui avaient la

Gestapo à leurs trousses pouvaient-ils se présenter aux autorités nazies pour en obtenir un passeport ? Ils n'avaient d'autre choix que le franchissement illégal de la frontière. Les choses se compliquèrent encore quand les réfugiés, déchus de la nationalité allemande, devinrent des apatrides. Fran:-; Meyer s'établit à Anvers où il animait, avec son ami Fritz

Besser, dit Brink, le groupe local du

IKD, d'environ sept membres. Brink avait séjourné, lui aussi, à Amsterdam, et en avait été expulsé pour avoir participé comme délégué trotskyste à la conférence de Laren.

La principale responsabilité qu'eut à assumer Franz Meyer, en collaboration avec Fritz Besser, fut l'édition à Anvers, à partir de décembre 1936, de Unser Wort, qui avait paru d'abord, en 1933, à Prague, puis été transféré rapidement à Paris. Sa parution à Anvers coûtait moins cher et avait surtout l'avantage de soulager l'équipe parisienne, surchargée de tâches, devant animer une organisation dispersée dans de nombreux pays. Unser Wort parut à Anvers en juillet 1939, sous la direction politique du centre parisien et, de fait, de Weber-Johre qui envoyait à son vieil ami Franz les manuscrits et les directives quant à la mise en page. Chaque numéro représentait une pendant la guerre, en 1940-1941, quelques numéros à New-York.

Meyer et ses amis créerent aussi à Anvers, avec l'aide de Henri Mandel -père d'Ernest Mandel (9)- le Dynamo-V erlag qui publia en langue allemande plusieurs brochures de Trotsky et son œuvre magistrale, la Révolution trahie, qui n'avait pas trouvé d'acquéreur chez un éditeur bourgeois. La maison des Mandel offrit un accueil chaleureux et un soutien moral apprécié aux militants allemands démunis, et le jeune Ernest fit ses premières armes politiques au contact de ces camarades d'un haut niveau théorique.

Franz Meyer et ses camarades assistaient aussi aux réunions de la section d'Anvers du PSR composée surtout d'éléments ouvriers, dont Jef Ven der Elst, délégué syndical de la construction navale, remarquable dirigeant ouvrier, jouissant d'une grande autorité, et Léon De Lee, ouvrier diamantaire, qui remplit les fonctions de gérant de Unser Wort et du Dynamo-V erlag, mort en déportation à Neuengamme. Relevons qu'un autre gérant du journal, Jean Meichler, trotskyste français de la première heure, fut fusillé à Paris par les nazis.

Le camp du Vernet

Les réfugiés allemands pressentaient mieux que quiconque la proximité de la guerre et, étant à même de faire quelques comparaisons entre les armées en présence, ne nourrissaient pas une confiance démesurée dans les capacités de résistance des militaires français. Les aléas du conflit risquaient de les mettre à la merci de la Gestapo. L'action politique de l'IKD était gravement

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hypothéquée. Une nouvelle émigration, outre-Atlantique, était à l'ordre du jour. La conférence de fondation de la IVe Internationale, à Paris, en septembre 1938, permit une concertation avec les dirigeants américains du SWP. Le problème fut aussi évoqué dans la correspondance avec Trotsky qui favorisa la venue au Mexique de deux dirigeants allemands, Otto Schüssler et Wenzel Kozlecki, pour étoffer son secrétariat. Mais les consulats des Etats-Unis s'ingénièrent à accumuler les obstacles. Même pourvus des meilleurs affidavits (l 0), il fallait encore administrer la preuve que l'on disposait des ressources nécessaires pour vivre aux Etats-Unis. On imagina un stratagème pour y parer. Mais, finalement, toutes les tentatives des principaux dirigeants de l'IKD, Weber-Johre et Heinz Epe, dit Walter Held, et de leurs camarades, entreprises à la veille de la guerre, échouèrent, en dépit des efforts de deux amis, Benjamin Suhl, dit Ludwig, et Arthur Miller, qui avaient pu rallier les Etats-Unis par leurs propres moyens.

Plus aucun espoir de voir la guerre retardée ne subsista après l'accord conclu à Munich, le 30 septembre 19 38, entre Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier. De nouvelles concessions furent accordées généreusement à Hitler, lui cédant les Sudètes et sacrifiant ainsi virtuellement la Tchécoslovaquie. Loin d'apaiser le bellicisme hitlérien, on ne fit que l'encourager. Toute illusion était dissipée dans l'émigration allemande, pour une fois à l'unisson. Ce fut l'amertume ! Jusqu'aux sociaux-démocrates qui s'élevèrent contre « la trahison de la démocratie ». Sous le titre «Hitler diktiert n, ils constatèrent: «Nous vivons les heures les plus noires de la démocratie européenne. La France et l'Angleterre n'auront guère la possibilité de reprocher à Hitler de ne pas respecter les accords signés. Elles se sont transformées elles-mêmes en soutien des coups de force de Hitler contre la Tchécoslovaquie (ll). n De son côté, le KPD affirma : « La bourgeoisie française a capitulé devant Hitler par crainte de donner des armes au peuple et, aussi, par peur de l'Union soviétique (12). n Le SAP voyait dans les accords une sorte d'armistice entre les puissances impérialistes pour mieux organiser la guerre contre l'Uni on soviétique. « Une telle entente est possible parce que les Etats démocratiques ne sont pas d'une nature fondamentalement différente des Etats fascistes : ce ne sont que deux formes différentes d'un même pouvoir, le pouvoir capitaliste ( 13). >> Et le SAP d'ajouter avec une certaine clairvoyance: «Ne peut-on penser que pour contrecarrer les plans de Chamberlain, l'Union soviétique va essayer de se rapprocher de l'Allemagne hitlérienne ? On peut prévoir ce que cela signifierait alors pour l'Internationale communiste ... n Trotsky, de son côté, scrutant la politique étrangère du Kremlin, avait déjà laissé prévoir avec insistance le rapprochement Hitler-Staline.

La conclusion du pacte germano-soviétique, auquel on ne voulait croire en dépit des avertissements étouffés, éclata comme un coup de tonnerre, semant le désespoir et le désarroi dans l'émigration. Une vague de haine se déclencha contre le KPD, orchestrée par la social-démocratie. Sous le titre « La honte du KPD. Ils font le front unique... mais avec Hitler n, l'organe du SPD adopte un style vengeur : « Nettoyer le mouvement ouvrier allemand et l'émigration politique allemande de cette racaille sans conscience, voilà la condition préalable à la victoire de la liberté ( .. .) Le KPD a démontré dans l'émigration qu'il ne connaît ni morale ni vérité ni amour de la liberté ( .. .) D'ailleurs, nous verrons bien quelle attitude adopteront les plumitifs qui montent la garde auprès de ce parti. Nous les aurons à l'œil et nous dénoncerons impitoyablement .devant l'ensemble de l'opposition antifasciste allemande tout ce qu 'ils entreprendront pour justifier cette trahison inouiid 14).n La haine anticommuniste s'étala dans toute la presse démocratique, appelant à l'interdiction du KPD, et les campagnons de route du parti s'empressèrent de prendre leurs distances. Isolé comme jamais il le fut, le KPD connut des défections, mais demeura d'une fidélité à toute épreuve à la ligne dictée par Moscou. Les Ulbricht, Florin et Pieck, présents en URSS, feront preuve d'un zèle extrême, au point de se heurter aux PC autrichien et tchécoslovaque, peu enclins, en particulier, à se fondre dans un parti communiste du grand Reich. « Le peuple allemand salue le pacte ( ... ) parce que c'est un pacte pour le maintien de la paix entre l'A Ile magne et l'Union soviétique», déclara en août le secrétariat du KPD à Paris, avant de concentrer ses attaques les mois suivants contre les impérialistes anglais et français.

Par une aberration de l'esprit, significative du désarroi qui s'était emparé des PC pris au dépourvu par le pacte, et incapables d'évaluer toute sa portée, la direction du KPD séjournant en France, animée par Franz Dalhem, Paul Merker, etc., décida, en accord avec le PCF, qu'elle devait sortir de l'illégalité et se présenter aux autorités françaises qui venaient de décider l'internement des ressortissants allemands, autrichiens et tchécoslovaques. Cette décision fut très critiquée par les membres du parti, et Dalhem s'aperçut bien vite, mais un peu tard, que ç'avait été là « une faute politique »... qui le conduisit à Mauthausen.

Les arrestations se multiplièrent dans la dernière semaine d'août 1939, avant le début des hostilités. On pourchassait, officiellement, les « suspects », les agents de la « cinquième colonne », autrement dit les nazis infiltrés. En réalité, ce furent les exilés politiques les plus engagés· qui étaient visés. Tirés souvent du lit la nuit, ils passèrent des jours à la préfecture de police de Paris, sans interrogatoire, ni inculpation, et dormirent entassés dans les caves à charbon. La guerre survenant, les émigrés antifascistes devinrent, du jour au lendemain, des « ressortissants ennemis » et furent traités sur un pied d'égalité avec les nazis. Ils devaient tous se présenter immédiatement aux autorités, les hommes de dix-sept à cinquante ans devant rejoindre sans délai les centres de rassemblement fixés par affiches ( 15). A Paris, le stade de Colombes servit de camp de triage, dans des conditions d'hygiène lamentables. Les 20 000 personnes rassemblées là, privées de tout contact avec l'extérieur, y passèrent plusieurs semaines avant d'être acheminées vers des camps d'internement. Dans .un coin du stade entouré de grillage furent isolés quarante à cinquante réfugiés considérés comme particulièrement suspects. Parmi eux les membres du comité central du KPD, avec Franz Dalhem ( 16). Transférés ensuite au « camp des indésirables » du stade Roland-Garros à Paris, où ils furent traités en véritables prisonniers, vivant dans une puanteur et une saleté repoussantes, le premier contingent de « suspects » fut embarqué, le 12 octobre, dans des wagons à bestiaux à destination du « camp de concentration » (dénomination officielle) du V emet d'Ariège, ·dans les Pyrénées.

Les circulaires ministérielles stipulent qu'il s'agit d'un « camp répressif», à la différence des autres camps, prévu pour « les étrangers suspects au point de vue national ou dangereux pour l'ordre public n. Un camp similaire pour les femmes se

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trouve à Rieucros, près de Mende (Lozère). Les préfets étaient invités à diriger sur le camp du Vernet << les étrangers suspects ou dangereux 11 de leur département, ce qui ouvrait un vaste champ à l'arbitraire, au point que le ministre de l'Intérieur dut prier les préfets de ne pas faire un emploi abusif du motif « dangereux pour l'ordre public » pour se débarrasser d'éléments qu'ils jugeaient gênants. Répressif, le V emet le fut dans toute l'acception du terme. Des hommes y restèrent des années et y furent traités comme « la lie de la terre», selon l'expression d'Arthur Koestler soulignant, par ailleurs, « que l'interminable série des humiliations flOUS minaient lentement l'esprit 11. Les coups furent le lot quotidien. Ils pleuvaient dans la prison: « Pendant la nuit, les gardiens s'enivraient et, comme il n y avait pas d'autre distraction, ils battaient les prisonniers. 11 (Koestler.) Dès leur arrivée, les internés ont le crâne tondu, comme des bagnards. Il règne une discipline militaire. On procède à quatre appels par jour : les internés sont alignés dehors, par n'importe quel temps, et les appels durent longtemps. Les visites sont interdites. Les détenus des quartiers B (politiques) et C (suspects) sont en principe dispensés du travail. En revanche, ceux du quartier A, réservé aux condamnés de droit commun, sont astreints à des travaux de terrassement extrêmement durs. En outre, cette répartition est des plus arbitraires ; il y a des politiques et des gens internés sans motif, au hasard des dénonciations, dans les trois quartiers.

A cela s'ajoutent les maux endémiques du camp : la faim, le froid et l'état sanitaire catastrophique. La nourriture est mauvaise et insuffisante. La plupart des internés sont tenaillés par la faim jour et nuit. Ils survivent grâce aux .colis qu'ils reçoivent. Ils n'ont ni gamelle ni couverts et se servent de vieilles boîtes de conserve trouvées dans les ordures et de bouts de bois retaillés en guise de cuillères. Les internés fortunés peuvent se fournir à la cantine à des prix prohibitifs, les plus pauvres sont réduits à se nourrir de détritus ou à manger des rats.

Les baraques sont dans un état de saleté repoussant : mouches, puces, poux pullulent. Les détenus sont couverts de vermine. Malades, ils hésitent à se rendre à la visite 17. '' Les Barbelés de l'exil ,,, p. 326- médicale, car le médecin fascisant, af327. filié aux Croix de Feu, peut 18. Voir Daniel Bénédite, ,, la Filière facilement leur infliger quinze jours marseillaise ,,, Clancier-Guénaud, Paris, de prison pour « visite non motivée ». 1984. Il est interdit aux médecins internés de prodiguer des soins à leurs compagnons, sous peine de se retrouver en prison pour « distribution aux internés de drogues interdites », comme cela s'est produit.

Enfin, pendant l'hiver 19 39-1940, la majorité des détenus n'ont aucune couverture et dorment tout habillés en grelottant. Il y a de nombreuses grippes et des diarrhées. Le manque de soins, le froid, la sous-alimentation entraînent des décès au cours de •l'hiver : cinq en une semaine dans le quartier B. Il y a aussi des cas de folie. Ce ne fut pas un camp de la mort, mais on y fit néanmoins mourir des gens. Koestler est bien fondé à affirmer que le Vernet fut « le comble de l'infamie n.

La cohabitation entre les diverses familles politiques ne pouvait qu'être tendue dans le contexte du pacte Hitler-Staline. De l'avis de Koestler, « la haine sectaire entre stalinistes, trotskystes et réformistes existait encore. Il y avait encore de petites conspirations et des dénonciations t>. Bien encadrés, les détenus communistes, les plus nombreux, furent le mieux orgamses. Des trotskystes de plusieurs nationalités- Polonais, Allemands, Italiens, Roumains, Belges, etc.- s'entraidèrent de leur mieux, mais ne se connurent pas nécessairement. Ils étaient les plus exposés face au collectif communiste qui avait programmé, dans ses cours politiques, l'étude du trotskysme. On imagine ce que pouvait être ce cours après les procès de Moscou et la terreur stalinienne qui avait régné en Espagne : une justification plus ou moins déguisée de la liquidation physique. Certes, l'invective suprême, « agent de la Gestapo », devenait d'un maniement délicat en plein flirt germano-soviétique. Qu'à cela ne tienne, les trotskystes devenaient des agents de l'Intelligence Service jusqu'au prochain renversement d'alliance. Le monde n'apprit que plus tard la collaboration effective du NKVD avec la Gestapo, inscrite dans les accords secrets relatifs au partage de la Pologne, et qui se manifesta, en ·outre, par la livraison à la Gestapo de membres du KPD réfugiés en URSS et qui avaient été déportés en Sibérie, victimes de la folie meurtrière de Staline.

Les témoignages abondent quant aux persécutions staliniennes que subirent les trotskystes, en France et en Allemagne notamment. Déjà très atteints par la répression nazie, les trotskystes allemands eurent à déplorer la disparition de quatre de leurs dirigeants, assassinés par des tueurs staliniens. Hans Freund, dit

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publicité des dessins séditieux. Il fut ·losophique, Dinge der Zeit (Objets

Moulin, et Erwin Wolf, dit Nicolle Braun, ancien secrétaire de Trotsky, tombés aux mains des services spéciaux soviétiques, disparurent à Barcelone en août 1937. Rudolf Klement, secrétaire administratif de la IVe Internationale, fut enlevé par ces mêmes services à Paris, le 14 juillet 1938. Son corps dépecé fut repêché dans la Seine, à Meulan, fin août. Enfin, Heinz Epe, obtenant son visa américain en 1941, quand il n'y avait plus d'autre route pour se rendre de Stockholm aux Etats-Unis qu'en transitant par l'URSS, commit l'imprudence d'emprunter cette route. Arrêté à Moscou avec sa femme et son fils âgé de deux ans, interrogé par le NKVD en présence de Béria, il périt à la prison de Saratov ainsi que sa famille.

Pour en revenir au sort de Franz Meyer, il fut condamné fin 1939 par la justice belge pour détention de faux passeport et pour avoir livré à la arrêté à Anvers, fin août 19 3 9, après que la police en perquisitionnant le domicile d' Auquier, l'un des . dirigeants du PSR du Borinage, eut découvert une correspondance entre celui-ci et Meyer au sujet des fameuses caricatures. Transféré de la prison au camp d'internement de Merxplas, il fut acheminé vers le· midi de la France au moment où la Wehrmacht déferlait sur la Belgique, en mai 1940. Les prisons et les camps belges se vidèrent en quelques jours. L'exode des prisonniers s'effectua dans des circonstances dramatiques. Les inscriptions sur les wagons de « parachutistes allemands » et de « cinquième colonne » eurent le don d'exciter la population qui, aux arrêts dans les gares, lapida les prisonniers. Classé à son tour comme « dangereux pour l'ordre public», Franz Meyer connut les affres du camp du Vernet. La description des misères dans ce camp est, peut-être, le point fort de ce recueil. Un certain détachement, une pointe d'humour quasi permanente, un certain refus du pathétique peuvent surprendre, compte tenu du caractère dramatique des événements. On pourrait objecter que c'est une manière de banaliser l'atrocité de la situation. Il faut y voir, plutôt, un réflexe d'autodéfense de l'auteur refusant de sombrer dans la misère psychologique et le désespoir ambiants, désireux de préserver une certaine dignité et de cultiver une mince couche d'optimisme. C'est aussi une manière de rendre ces images plus supportables.

Précisons que ces dessins furent, certes, exécutés par Franz Meyer sous leur forme définitive après son arrivée aux Etats-Unis, mais à partir d'esquisses réalisées sur place, en Europe, dans les camps, sur de petites feuilles qu'il a eu la chance de préserver malgré les fouilles. Les légendes, écrites par ses amis, ont été davantage détaillées par les réalisateurs du livre pour les besoins de l'édition. Aux Etats-Unis, Franz Meyer milita dans le petit groupe de l'IKD animé par Weber-Johre qui était parvenu, de son côté, à rallier New-York à l'automne de 1941. Ce groupe s'éloigna progressivement de la IVe Internationale dans le courant de la guerre, mettant principalement l'accent su r un programme démocratique, dans la vision d'un recul historique de l'humanité. Il déclina la proposition du secrétariat international, après la guerre, de participer à la reconstruction de la section allemande, et publia à New-York et à Londres une feuille littéraire-phicontemporains), projet déjà envisagé depuis 1938. Meyer se sépara, avec d'autres camarades, du groupe de Weber dans les années cinquante. Il mourut prématurément le 9 février 1957, des suites d'un accident automobile sur le pont George-W ashington, à New-York. A la barbe des nazis

L'effondrement militaire français en juin 1940 et la victoire éclair de la W ehrrnacht provoqua une terrible angoisse, voire la panique dans les camps d'internement. Les réfugiés antifascistes risquaient de tomber d'un jour à l'autre entre les griffes de la Gestapo. D'autant que la convention d'armistice franco-allemande prévoyait, dans l'article 19, que « le gouvernement fra nçais est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le gouvernement du Reic h » . Une délégation des antifascistes exposa à la direction du camp du V emet les dangers qui les menaçaient s'ils étaient livrés aux nazis. Le directeur du camp promit que les dossiers des politiques seraient détruits avant l'arrivée des nazis. Mais, à Paris, la totalité des fichiers des étrangers de la préfecture de police était tombée aux mains des policiers allemands. Les conditions de vie au camp étaient si pénibles qu'une partie des détenus voulaient sortir de cet enfer à tout prix. Des offres alléchantes étaient faites par le consul allemand de Toulouse qui visita le camp. Certains internés se laissèrent convaincre, dont même quelques antifascistes et anciens combattants d'Espagne ( 1 7). Ils se disaient que Hitler était virtuellement le maître de l'Europe et que la situation était sans issue.

La commission Kundt, constituée par les nazis, visite tous les camps et arrive au Vernet le 17 août 1940. Elle convoque tous les « aryens » - elle ignore les juifs - et les invite à regagner le Reich, promettant l'impunité, sauf à ceux qui auraient commis des crimes. Ils passeraient quelques semaines dans un camp de rééducation installé à Strasbourg, puis iraient à l'usine ou à l'armée. L'atmosphère devint pesante dans le camp, mais la grande majorité des détenus ne mordit pas à l'hameçon et, par ailleurs, la proportion des juifs, non concernés, était importante.

Aux Etats-Unis, les libéFaux et les réfugiés allemands sont en émoi. Décidés à sauver les antifascistes les plus menacés et les juifs éminents, l'Emergency Rescue Commitee s'est constitué rapidement, avec le concours d'Eleanor Roosevelt, et dépêche à Marseille le journaliste libéral V arian Fry qui arriva le 13 août 1940 muni d'une liste d'environ deux cents intellectuels qu'il devait s'efforcer de sauver. Ce comité fusionna ensuite avec un organisme soucieux, plus particulièrement, du sort des militants d'extrême gauche, trotskystes et membres du SAP, et devint l'International Rescue and Relief Committee ( 18). Fry eut comme proche collaborateur Daniel Bénédite, ancien membre du PSOP de Marceau Pivert. Plusieurs trotskystes, dont Karel Sternberg et Pietro Tresso, dit Blasco, apportèrent leur concours au comité. Un grand nombre d'artistes et d'intellectuels, parmi lesquels Chagall, André Breton, Victor Serge, des militants politiques du SPD, du SAP et de la IVe Internationale purent être sauvés au prix d'efforts considérables, non dépourvus de grands risques. Ce fut presque miraculeux qu'à la barbe des nazis et du gouvernement de Pétain, on parvint durant un certain temps à sauver tant de gens en péril de mort. C'est, également, par cette « filière marseillaise » que Franz Meyer et plusieurs de ses amis du Vernet et d'autres camps purent s'échapper.

Mais il y eut ceux, trop nombreux, qui n'eurent pas la chance de bénéficier de ce sauvetage inespéré et qui connurent l'épreuve justement redoutée des camps nazis, dont beaucoup ne revinrent pas. + Les intertitres sont de la rédaction.

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