L
1. Marx-Engels, "Sur le colonialisme , (éd. du Progrès, Moscou).
Jean-Marie FREYSSAT
A lutte du peuple kanak pour sa libération place à nouveau l'ensemble des forces du mouvement ouvrier français devant le choix suivant : soutien inconditionnel à ce peuple colonisé, ou complicité avec notre propre impérialisme. Le PS est l'héritier d'une vieille tradition chauvine et colonialiste, cohérente avec son rôle de gestionnaire loyal des intérêts de la classe capitaliste. En ce domaine, le PCF a rivalisé depuis le Front populaire avec le PS, même s'il n'a pas porté directement les armes contre les insurgés d'Indochine et d'Algérie. Parmi les courants se réclamant en France de la révolution socialiste, anticolonialiste, par principe, la lutte du peuple kanak suscite des attitudes et commentaires variés (ou, pour ce qui est du PCI, son extrême discrétion). Or, la question coloniale, celle des pays dominés sous quelque forme que ce soit, n'est pas nouvelle dans le mouvement ouvrier. Elle surgit même dès ses origines. La tradition révolutionnaire et internationaliste dans laquelle nous nous situons, celle de Marx, de Lénine et de Trotsky, s'est affirmée et maintenue, à travers toute une série de combats et d'expériences, parce qu'elle n'a jamais failli au devoir de solidarité avec les peuples et nations opprimés par notre propre impérialisme. C'est pourquoi il est utile, aujourd'hui, d'en rappeler des éléments et moments essentiels. Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre
L'Association internationale des travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de 1re Internationale, a été fondée à l'occasion d'une réunion ouvrière internationale de solidarité à la Pologne dépecée et opprimée. Marx et Engels, s'ils n'ont pas assisté au soulèvement généralisé des peuples colonisés du xxe siècle, ont dénoncé à de multiples reprises la colonisation ( 1 ). Et ils attachaient une importance capitale, lorsqu'ils portaient un jugement sur les positions politiques d'un révolutionnaire européen, à son attitude vis·à-vis des peuples opprimés par « sa » bourgeoisie.
En outre, il existait, au cœur de l'Europe industrielle, une situation coloniale, celle de l'Irlande, et la lutte s'y menait contre l'Angleterre. Les positions prises, à ce sujet, par Marx et Engels, ont été considérées par Lénine comme d'une grande importance pratique, un exemple de la façon dont le prolétariat des nations qui en oppriment d'autres doit se comporter envers les mouvements nationaux, et pourquoi. L'Irlande était en effet la citadelle des landlords et de la bourgeoisie anglaise qui avaient dans cette île, non seulement leur principale source de richesse matérielle, mais aussi, à travers leur exploitation, « leur plus grande force morale ». L'Irlande était le moyen de « maintenir leur pouvoir en Angleterre même ». La bourgeoisie anglaise avait les mêmes intérêts que l'aristocratie à 11 transfo rmer l'Irlande en un simple pacage qui envoie au marché anglais de la viande et de la laine aux prix les plus bas possibles ». Elle était en outre une source de main-d'œuvre pas chère pour le marché du travail anglais ; la concurrence irlandaise aux ouvriers anglais permettait de créer la division dans la classe ouvrière en opposant ces deux fractions. Dans ce cadre, Marx ne cesse de mettre en garde les ouvriers anglais contre toute concession au nationalisme anglais oppresseur. Ils doivent non seulement reconnaître le droit à l'au-
Lithographie anticolonialiste de 1830. En lé2ende: << Nous civiliserons ces gaillards-
Les illustrations à cet article sont reproduites d'après <<la
Guerre d'Algérie ,,, ouvrage collectif sous la direction d'Henri Alleg, Temps actuels.
2. Organisme de direction de l'AIT.
3. " Le Capital financier,,, d'Hilferding, premier ouvrage marxiste sur l'impérialisme, ne sera publié qu'en 1910; encore est-il très allusif sur la dimension coloniale.
4. Les francs- maçons, véritables « coucous ,, dans le mouvement ouvrier (en France en particulier), ont aidé aussi dans ce domaine.
5. '' Le Mouvement social ,, n° 45 (octobre-décembre 1963. Stuart Schram et Hélène Carrère d'Encausse, << le Marxisme et l'Asie,, (Coll. U. Armand Colin, 1965).
6. 1 n << le Marxisme et l'Asie ''· 7. J. Moneta,,, le PCF et la question coloniale,, (Maspero, 1971).
là. , todétermination des Irlandais, mais « inclure dans leur programme la rupture de l'Union ». Marx, d'autre part, ne se fige pas sur l'idée que la victoire révolutionnaire en Angleterre est la condition de la libération de l'Irlande. Sa vision est plus dialectique. Il affirme d'abord sa conviction (qui reste à faire partager) que la classe ouvrière anglaise « ne pourra rien faire de décisif, ici, en Angleterre, tant qu'elle ne rompra pas, de la façon la plus nette, dans sa politique irlandaise, avec la politique des classes dominantes 11 (lettre à Kugelman, 29 novembre 1869). Il précise, par la suite : «J'ai longtemps pensé qu'if serait possible de renverser le régime irlandais grâce aux progrès de la classe ouvrière anglaise ... Une étude approfondie de la question m'a convaincu du contraire. La classe ouvrière anglaise ne pourra rien faire tant qu'elfe ne sera pas débarrassée de f'Irlande... C'est en Irlande qu'if faut frapper un grand coup. 11 (Lettre à Engels.) L'Irlande est le levier : «L'Angleterre, métropole du capital, puissance dominante jusqu'à ce jour du marché mondial, est pour le moment le pays le plus important pour la révolution ouvrière et où les conditions matérielles de cette révolution ont atteint un certain degré de maturité. C'est pour cela que l'objectif le plus important de l'Association internationale des travailleurs est d'accélérer la révolution en Angleterre. Et le seul moyen de le faire, c'est de rendre l'Irlande indépendante... La tâche spéciale du Conseil général (2) à Londres est d'éveiller, dans la classe ouvrière anglaise, la conscience que l'Irlande n 'est pas pour elle une question abstraite de justice et de philanthropie, mais la première condition de sa propre émancipation sociale. 11 (Lettre à Meyer et Vogt, 9 avril 1870.) Anticolonialisme humanitaire social-impérialisme?
La question coloniale va malheureusement rester pour la ne Internationale « une question abstraite de justice et de philanthropie », pour la plus grande part. Les partis socialistes combattront certes les expéditions coloniales engagées par leurs gouvernements respectifs, à la Chambre (cf. Jaurès) et dans la rue. Mais essentiellement dans le prolongement de leur critique du militarisme et de la guerre. La pensée de l'Internationale reste marquée par l'évolutionnisme progressiste du XIXe siècle dans lequel pourtant Marx n'était pas tombé, lui qui parlait toujours de « prétendue civilisation » et n'oubliait jamais ce qui faisait ressembler « le progrès humain... à cette hideuse idole païenne qui ne voulait boire le nectar que dans le crâne des morts 11 (article de 1853 au New- York Hera/d Tribune)).
Les formes nouvelles d'asservissement excluant colonisation et
dépendance politique directes sont largement ignorées ou jugées moins négatives que les anciennes. En l'absence d'élaboration sur les transformations du capitalisme classique en impérialisme {3), en l'absence de luttes de masse généralisées dans les pays colonisés, sous les pressions de la bureaucratie en formation dans le mouvement ouvrier (4), les débats vont s'orienter autour de: fatalité ou non du phénomène colonial, possibilités d'en amender les formes.
Au congrès de Stuttgart (1908) s'exprimeront ainsi des social-impérialistes masqués qui ne condamnent pas en principe et pour tous les temps . toute politique coloniale et pensent possible une « politique coloniale socialiste », mais aussi des social-impérialistes ouverts qui. reprennent toutes les justifications bourgeoises de la colonisation. Du paternalisme au racisme, la tran~ition est rapide. Ces courants qui deviendront majoritaires dans la social-démocratie après 1914 défendront « l'assimilation» des colonisés, quitte à les « pacifier » par la torture et le napalm lorsque les situations se tendront, devenant les chiens de garde de l'impérialisme.
Sans doute Paul Louis en 1905 avec le Colonialisme (ii semble que ce soit la première apparition de ce terme péjoratiO et Kautsky, en 1907 avec le Socialisme et la politique coloniale, montrent le caractère intéressé et pillard des entreprises coloniales, même lorsqu'elles coûtent argent et vies humaines, car ce ne sont pas les mêmes qui encaissent et qui paient. Ils dénoncent le mensonge des arguments « humanitaires » des colonialistes. Ils affirment le devoir, pour les prolétaires des pays capitalistes, de lutter contre l'asservissement des peuples coloniaux et de marquer à leur égard leur « solidarité effective ».
Au congrès, Kautsky, théoricien en chef de l'Internationale, s'exprime ainsi d'abord : «J'ai été fort étonné .. . [de] cette théorie d'après laquelle il y a deux groupes de peuples, dont les uns sont destinés à dominer, et les autres à être dominés, qu'il y ait des peuples incapables de se conduire et de s'administrer eux-mêmes, des peuples de grands enfants. Ce n'est là qu'une variation de la vieille phrase qui constitue la justification de tous les despotismes et d'après laquelle les uns viennent au monde les éperons aux pieds, et les autres avec une selle sur le dos, afin de permettre aux premiers de considérer les seconds comme leurs montures. » Mais placé devant des engagements concrets à prendre, et une fone opposition, il devient très prudent : « L'idée de l'émancipation des colonies est une espèce d'idée limite qui nous montre une direction, mais n'est pas une proposition pratique à l'application immédiate de laquelle tzous devons travailler. )) Et on aboutit à une résolution dont la partie critique est ample et motivée et la partie « positive» plutôt étriquée et fortement empreinte d'une sorte de « réformisme colonial » : « Le Congrès déclare que les mandataires socialistes ont le devoir de s 'opposer irréductiblement dans tous les parlements à ce régime d'ex'ploitation à outrance et de servage qui sévit dans toutes les colonies existantes en exigeant des réformes pour améliorer le sort des indigènes, en veillant au maintien des droits de ceux-ci, en empêchant toute exploitation et tout asservissement et en travaillant, par tous les moyens dont ils disposent, à l'éducation de ces peuples pour l'indépendance (5). ))
Très minoritaires étaient ceux qui parlaient d'indépendance immédiate. Un délégué de la gauche, Ledebour (Allemagne), sans doute lucide sur ce que le débat démontrait, estimera que la réduction des abominations coloniales « ne pourrait venir que de la . résistance des coloni.sés )). Et il note que malheureusement celle-ci est très faible. On n'entend d'ailleurs à ce congrès aucune voix « d'en bas », de porte-parole de ces peuples. La formation dans ces pays de sections des pays métropolitains, décidée au congrès de 1900, allait donner ce qu'on pouvait en attendre : des sections constituées de colons qui, même travailleurs salariés, avaient le plus grand mal à ne pas refléter naïvement, dans leurs interventions, leur situation privilégiée. Ainsi, les socialistes de Constantine (Algérie), qui proposaient de « libérer » les indigènes en leur imposant la langue française tout en interdisant « journaux, livres, enseignes, écrits arabes ou hébreux » et d'utiliser une autre langue que la langue française « dans les églises, temples, synagogues, mosquées » ; en leur offrant une instruction primaire mais en leur interdisant l'accès à l'enseignement secondaire (6). La section de Sidi-Bel Abbès donnera aussi bien du fil à retordre au jeune PC qui se constituera en 1921 à partir de la majorité du Parti socialiste (7).
La révolution de 1905 en Russie sonne le réveil des peuples. Tour à tour ou simultanément, la révolution perse, le mouvement des Jeunes Turcs, les manifestations de rues et les grèves à Bombay, le démarrage de la révolution mexicaine, la révolution de 1 911 en Chine, le développement du Sarekat Islam à Java .. Ce n'est pas un hasard si, dès 1907, les révolutionnaires russes se sont solidarisés avec les positions les plus radicales surgies dans la ne Internationale sur la question. La Russie tsariste participait de deux mondes. Bien que n'ayant pas encore mené à bien sa révolution démocratique bourgeoise, elle opprimait à l'intérieur de ses frontières de multiples peuples dont les effectifs étaient d'ailleurs supérieurs à ceux de la nationalité grand-russe dominante. La clé de la révolution se trouverait dans une triple alliance, entre les ouvriers et les paysans d'une part, entre la Révolution russe et les luttes de libération nationale « antirusses » au sein de l'empire, d'autre part. Ce que 1 91 7 réalisera et que le Parti bolchevik avait préalablement et consciemment intégré à sa . stratégie. Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous !
Lénine le synthétise, par exemple, dans son rapport au ne Congrès des organisations communistes d'Orient, en 1919 : « La révolution socialiste ne sera pas seulement, ni principalement, la lutte du prolétariat révolutionnaire de chaque pays contre la bourgeoisie ; non, ce sera la lutte de toutes les colonies et de tous les pays opprimés par l'impérialisme international. Caractérisant (. .. ) l'approche de la révolution sociale universelle, nous avons dit que dans tous les pays avancés, la guerre civile des travailleurs contre les impérialistes et les exploiteurs commence à se fondre avec la guerre nationale contre l'impérialisme internatioM{» .
Aussi, pour Lénine, les tâches sont claires. En 1916, dans ses Thèses sur la révolution socialiste et le droit d'autodétermination des peuples, il écrit: « Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération inconditionnée et immédiate des colonies - cette revendication ne signifie pas autre chose, politiquement, que la reconnaissance du droit d 'autodétermination des nations- mais doivent appuyer résolument les éléments révolutionnaires du mouvement national-démocratique bourgeois pour la libération de ces pays et aider leur révolte et, si c'est le cas, leur guerre révolutionnaire contre les Etats impérialistes qui les oppriment. ))
Pour Lénine, « la division des
le nationalisme de la masse du peuple · - d'exiger l'expulsion des cclonies montrer dans la pratique qu'il est te· contre toute oppression des peuples prenant la 12e thèse sur les questions · donnés aux intérêts de cette lutte nations en nations oppressives et nations opprimées(...) constitue l'essence de l'impérialisme (...) elle est capitale sous l'angle de la lutte révolution, naire contre l'impérialisme J) (t'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916).
Sur cette distinction, Trotsky écrit par exemple aux Indochinois en 19 30 : «Dans le présent, le nationalisme du paysan indochinois le plus retardataire, dirigé contre l'impérialisme français, est un élément révolutionnaire en comparaison du cosmopolitisme abstrait et faux des francs-maçons et autres bourgeois démocrates, ou de /' "internationalisme" des sociaux-démocrates qui volent ou aident à voler les paysans indochinois ( .. .) Le nationalisme de la bourgeoisie est un instrument de sujétion et de déception des masses. Mais est la forme élmentaire prise par la haine juste et progressiste à l'égard de ses oppresseurs les plus habiles, les plus capables et les plus impitoyables, c'est-à-dire les impérialistes étrangers. Le prolétariat n'a pas le droit de tourner le dos à ce genre de nationalisme. Au contraire, il doit décombattant le plus conséquent et le plus dévoué de la libération nationale de f'lndochine. J)
Et on pourrait compléter en renationale et coloniale du ne Congrès de l'Internationale communiste (IC) en 1920 : « L'oppression séculaire des petites nations et des colonies par les puissances impérialistes a fait naître chez les masses laborieuses des pays opprimés, non seulement un sentiment de rancune envers les nations qui oppriment en général, mais encore un sentiment de défiance à l'égard du prolétariat des pays oppresseurs. L'infâme trahison des chefs officiels de la majorité socialiste en 19141919, alors que le social-êhauvinisme qualifiait du nom de "défense nationale" la défense des "droits" de "sa" bourgeoisie à l'asservissement des colonies et à la mise en coupe réglée des pays financièrement dépendants, n'a pu qu'accroître cette défiance bien légitime ( .. .) D'où le devoir, pour le prolétariat conscient de tous les pays, de se montrer particulièrement circonspect envers les survivances du sentiment national des pays opprimés depuis un temps très long et, éventuellement, de consentir à certaines concessions utiles en vue de hâter la disparition de ces préjugés et de cette défiance. La victoire sur le capitalisme est conditionnée par la bonne 8. 1 n "le Marxisme et l'Asie"· volonté d'entente du prolétariat d'abord et, ensuite, des masses laborieuses de tous les pays du monde et de toutes les nations. )) (Souligné par la rédaction.)
C'est à ce ne Congrès toujours qu'est codifiée la ligne de conduite - qui doit être « particulièrement claire et nette )) - dans la question des colonies et des nationalités opprimées, des partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations. C'est la huitième des conditions à satisfaire pour être admis à l'IC : « Le devoir de tout parti appartenant à la Ille Internationale est : -de dévoiler impitoyablement les prouesses de "ses" impérialistes dans leurs colonies ; -de soutenir, non en parole, mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies ; des impérialistes de la métropole ; -de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimées ; -d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue coloniaux. n
En 1922, le IVe Congrès demandera que les intérêts de la lutte prolétarienne dans un pays soient subordans le monde entier ; que chacun des PC des pays possédant un domaine colonial se charge d'organiser une aide systématique, matérielle et morale, au mouvement ouvrier des colonies, tout en combattant « à tout prix et opiniâtrement, les tendances colonisatrices de certaines catégories d'ouvriers européens bien payés travaillant dans les colonies n, tendances · avec lesquelles il faut être « sans merci )). Une résolution spéciale pour le PC de France expliquera que la base d'appui pour l'activité communiste dans les colonies ne doit pas être ces « éléments aussi pénétrés de préjugés capitalistes et nationalistes J) mais « les meilleurs éléments des indigènes eux-mêmes et, en premier lieu.. . la jeunesse prolétarienne indigène JJ .
Dans les Thèses générales sur la question d'Orient, au IVe Congrès toujours, le lien est aussi fait avec << la question de l'émigration et celle du bon marché de la main-d'œuvre de couleur)). Les thèses s'élèvent contre la tendance à réclamer des lois prohibitives qui « accusent l'antagonisme qui existe entre les ouvriers blancs et les ouvriers de couleur, divisent et affaiblissent l'unité du mouvement ouvrier. Les partis communistes ... dai-
A gauche : un tract du Parti communiste de 1928. A droite : tract communiste difce cas, je sera is du côté du Brésil ·français au IVe Congrès de l'IC ».
vent entreprendre une campagne énergique contre les lois prohibitives et montrer aux masses prolétariennes de ces pays que des lois de ce genre, excitant les inimitiés de races, se retournent en fin de compte contre les travailleurs des pays prohibition, nistes >>. La riposte est de syndicaliser les ouvriers immigrés et de revendiquer pour eux l'égalité des salaires et des conditions de travail. << Une telle mesure prise par les partis communistes démasquera les intentions capitalistes et en même temps montrera avec évidence aux ouvriers de couleur que le prolétariat international est étranger aux préjugés de race. >> Un soutien résolu, pratique et sans condition
Au ne Congrès de l'IC, les représentants de la majorité du PS italien (ce parti avait adhéré en bloc à l'Internationale), Graziadei et Serrati, sont réservés quant au soutien des mouvements coloniaux. Ils préféreraient la formulation « d'intérêt actif». Ils justifient leur position par des arguments puristes quant à la nature peu claire desdits mouvements. Pour eux, la définition de « pays arriéré » est imprécise, une insurrection nationaliste n'est pas forcément révolutionnaire, des exploiteurs nouveaux peuvent remplacer les anciens, etc. (8). Comme le feront vertement remarquer certains délégués, cette po-· sition « puriste >> n'est en fait qu'une couverture de l'opportunisme prati- · que. Si on veut un mouvement révolutionnaire « pur sucre », il n'y a pas d'autres moyens pour les communistes que de gagner la confiance des militants anti-impérialistes, et celle-ci ne pourra venir que d'un engagement effectif dans le soutien desdits communistes. Si les colonisés ne font pas dans la pratique l'expérience de l'efficacité de l'aide de la classe ouvrière des pays impérialistes, il sera difficile de les convaincre dans l'abstrait de se mettre sous le drapeau du prolétariat mondial.
Il ne s'agit évidemment pas de soutenir n'importe quoi et n'importe qui. Mais le soutien des communistes des métropoles doit être acquis à tout peuple opprimé, à tout mouvement de ces peuples, à toute institution réprimée ou attaquée par l'impérialisme. Prenons quelques situations apparemment complexes.
Dans l'entre-deux-guerres, l'Italie mussolinienne envahit l'Abyssinie Oa fusé à Alger vers 1925. future Ethiopie). Centristes et ultragauches renvoient les camps en présence dos à dos. On ne choisit pas entre la peste fasciste et le choléra du Négus despote. Les réformistes demandent à la « caverne de brigands » - selon Lénine, la Société des Nations (l'ancêtre de l'ONU)- d'arbitrer. La IVe Internationale refuse la neutralité : « En dépit de l'esclavagisme qui y prédomine et de la barbarie politique du régime)), nous soutenons « les courageux guerriers abyssins >> face aux conquérants impérialistes, « non seulement parce que l'indépendance nationale de l'Etat représente une étape historique progressiste pour un pays à structure précapitaliste, mais aussi parce que la défaite de l'Italie fasciste serait l'ombre de l'effondrement de la société capitaliste décadente. )) Pour bien se faire comprendre, en 1938, lors d'une interview, Trotsky prend un exemple extrême «simple et démonstratif>> : «Il existe aujourd'hui, au Brésil, un régime semi-fasciste qu'aucun révolutionnaire ne peut regarder sans haine. Supposons cependant que demain l'Angleterre entre eh conflit militaire avec le Brésil. Je vous demande de quel côté du conflit sera la classe ouvrière ? .. . moi je répondrais : dans ''fasciste" contre l'Angleterre "démocratique". Pourquoi ? Parce que le conflit entre ces deux pays ne sera pas une question de démocratie ou de fascisme. Si l'Angleterre triomphait, elle mettrait un autre fasciste à Rio de Janeiro et renforcerait les chaînes du Brésil. Si, au contraire, le Brésil triomphait, cela donnerait une puissante impulsion à la conscience nationale et démocratique du pays qui amènerait au renversement de la dictature de Vargas. La défaite de l'Angleterre, en même temps, porterait un coup à l'impérialisme britannique et donnerait une grande impulsion au mouvement révolutionnaire du prolétariat anglais. Il ne faut vraiment rien avoir dans la tête pour réduire les antagonismes mondiaux et les conflits militaires à la lutte entre fascisme et démocratie. Il faut apprendre à distinguer les exploiteurs, les esclavagistes et les voleurs sous n'importe quel masque!)) (Oeuvres. T. 18)
Dans le cas où c'est le mouvement colonial qui ouvre les hostilités -ce n'est d'ailleurs qu'une riposte à l'agression initiale et permanente de l'impérialisme- les révolutionnaires de la métropole doivent se tenir à ses côtés, sans poser de conditions, sans mettre de préalables à leur soutien. « Tout mouvement colonial qui affaiblit la domination capitaliste dans la métropole est progress(f parce qu'il facilite la tâche révolutionnaire du prolétariat. )) (Trotsky, « Rapport sur le parti Quels que soient son programme, ses leaders, le niveau de conscience de ses participants, ses formes d'action, à partir du moment où il porte des coups à l'impérialisme, un tel mouvement est notre allié objectif, le soutien qu'on lui apportera est aussi
déclenchée avec la CGTU par un 'n'avons eu aucun état d'âme pour une aide à nous-mêmes, doivent se dire les prolétaires métropolitains. Et ce soutien ne se réduit pas à mener la lutte de classes en France. Ce serait trop facile. Il implique des tâches spécifiques.
La « révolutionnarisation >> de la section française de l'Internationale communiste sur ce terrain demandera un certain temps. Quand le jeune Ho-Chi-Minh vient saluer le Congrès de Tours, il adhère plus à un espoir qu'à une réalité. Grâce à ses Jeunesses, s'étant débarrassé des francs-maçons et autres partisans ouverts ou cachés de la collaboration de classes, renforcé par l'adhésion des syndicalistes révolutionnaires, aidé par l'Internationale, le jeune PC va, à partir de 1925, et jusqu'au Pacte Laval-Staline, mener une lutte anticoloniale conséquente. Prenons l'insurrection du Rif marocain. Abd-El-Krim triomphe des occupants espagnols et y proclame une république. PC et JC lui envoient un télégramme espérant qu'il « continuera en liaison avec le prolétariat français et européen, la lutte contre tous les impérialistes, français compris, jusqu 'à la libération complète du sol marocain ». En janvier 1925, les Cahiers du bolchevisme précisent que 50 % de l'activité des militants doit lui être consacré. Quand la France décide d'envoyer des troupes commandées par Pétain, qui va coordonner son intervention avec les troupes espagnoles, commandées par Franco, le PC déclare que le Maroc doit « occuper la première place dans l'action du parti». Les mots d'ordre sont : «Pas un homme, pas un sou pour la guerre du Maroc ! -Paix immédiate, reconnaissance de la République du R({!- Evacuation totale du Maroc par la France!- Fraternisation !» Ce dernier mot d'ordre est commenté dans la brochure d'André Marty : <<Mais il faut évidemment que quelqu'un commence: or, au Maroc, il est clair que ce doit être ceux qui passeflf pour des oppresseurs et des étrangers qui doivent faire le premier geste. 11 A la Chambre, dans une intervention sans cesse huée, coupée et conclue par l'Internationale chantée par le groupe parlementaire communiste, Doriot, au nom du PC, appelle les soldats à faire comme les mutins de la mer Noire -les marins envoyés contre la révolution russe- à refuser de tirer (9). On lui retira la parole. Il ne s'agit évidemment pas d'actions individuelles, c'est un refus de masse qui est proposé et qu'un mouvement conscient doit préparer. D'où un travail intense en direction des troupes : journaux, tracts, réunions, manifestations dans les casernes et les trains. Au Maroc même, dans des conditions extrêmement difficiles, la JC et le PC réussiront à constituer quelques groupes clandestins et à répandre l'idée de fraternisation. Le PC appelle à l'arrêt de la production et des transports d'armement. Une vaste campagne de réunions ouvrières est Comité d'action dirigé par un jeune militant ouvrier de 25 ans, Maurice Thorez. Elles éliront des délégués qui se réuniront en congrès ouvrier où sera décidée et organisée la première grève politique de masse de l'après-guerre contre la guerre et les dépenses nouvelles qu'elle occasionne. Il y aura 400 000 à 500 000 grévistes. Au moment des municipales, les JC attaquent violemment un meeting des Jeunesses patriotes, organisation fascisante.
Toujours dans sa brochure, André Marty indique encore : « La femme communiste doit être au premier rang ; il faut que les plus timides soient mobilisées. La femme qui crie "A bas la guerre" produit une impression beaucoup plus forte qu'une douzaine d 'ouvriers métallurgistes. Il appartient à ceux qui tiennent encore leurs compagnes en esclavage, sous prétexte que la femme ne doit pas faire de politique, de les éduquer et les lancer dans le combat contre l'appareil de fer de l'Etat bourgeois. 11
Ce baptême de feu (2 7 4 camarades sont condamnés à plus de 120 années de prison), comme le dit encore Marty, présente aussi l'avantage d'affûter le parti : << La guerre du Maroc va le tremper comme il doit être : ni mou ni cassant... La répression commence à s'abattre sur nous ; elle s'intensifiera, c'est pour cela que nous allons réellement devenir forts . Quelques lâches, quelques communistes amateurs s'en iront : bon voyage ! Des bûcherons ou des forgerons, des vendeuses ou des couturières, ayant vu en flOUS les libérateurs du prolétariat, viendront le front haut les remplacer avantageusement. »
Le PC, qui va bientôt rajouter un « F >> à son sigle, rompt avec cette tradition après le pacte laval-Staline, du 15 mai 1935, où on peut lire que «M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité. » Les mots d'ordre d'indépendance pour les pays coloniaux sont abandonnés par le PCF. Tout ce qui affaiblit la France alliée de l'URSS face au fascisme devient aide à celui-ci (1 0).
Nous rappellerons pour terminer, l'action de solidarité à la révolution algérienne (II). Nous avons rencontré alors toutes les objections relevées dans cette étude à notre soutien au FLN. Nous n'avons jamais pris le Front pour une organisation marxiste-révolutionnaire. Nous savoir qui soutenir à ce moment-là ( 12). Les choses étaient relativement simples pour qui raisonnait en marxiste et se préoccupait de ce qui se passait effectivement sur le terrain. Il était clair, au moins à partir d'août 1955, que c'était le FLN qui dirigeait la lutte et qui portait des coups à l'impérialisme français. Nous lui accordions notre solidarité active sans lui poser aucune condition, face à notre adversaire commun, l'impérialisme.
Soutien inconditionnel ne veut pas dire absence de critique. Le droit à la critique écoutée se gagne. Et on peut être convaincu de ce que la suite des événements aurait été autre, et pour la France et pour l'Algérie, si, à partir du mouvement de masse des rappelés contre leur envoi outre-mer, les grandes organisations du mouvement ouvrier avaient pris, en France, la tête de la lutte anticolonialiste. Elles ne l'ont pas fait, le mouvement a reflué, les jeunes sont partis la mort dans l'âme. La SFIO, avec la complicité du PCF a joué son rôle d'agent stipendié de l'impérialisme dans les situations difficiles, et le 13 mai 1958, c'était le coup d'Etat militaire qui devait amener une Constitution réactionnaire dont nous faisons toujours les frais. Avec en prime un million de victimes de l'autre côté.
9. N. Racine et L. Bodin, "le PCF pendant l'entre-deux-guerres" (Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982) .
10. <<Le PCF et la question Jouœlain, <<le Voir coloniale"· aussi Francis
PCF et la première guerre d'Indochine" Cahiers rouges.
11. •• La question coloniale et la section française de la IV• Internationale " (Cahiers rouges, 1973). Hervé Hamon et Patrick Rothman, •• les Porteurs de valises,, (Poche, Seuil).
12. Nous n'avons pas abordé dans œ texte les problèmes d'intervention des marxistes- révolutionnaires indigènes dans les pays colonisés et leurs rapports avec le mouvement de libération. Notre soutien passe aussi par l'aide à la construction dans ces pays d'organisationssœurs, armées notamment de la théorie de la révolution permanente.