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EDITORIAL

Nicaragua : les menaces de Reagan

Critique communiste, n° 39, mars 1985 · p. 3-4 · 1 169 mots

les 1nenaces de Reagan

ONALD Reagan s'est livré le 21 février a de nouvelles et brutales agressions contre le Nicaragua libre. L'objectif du président américain est d'(( evincer » les sandinistes, car, selon lui, règne à Managua (( 1111 Etat communiste totalitaire avec lill gouvernement qui 11 'est pas choisi par le peuple 11.

Pour la première conférence de presse de son second mandat. le chef de la Maison-Blanche a donc choisi de tenir un langage musclé. au mépris de la volonté exprimée par le peuple nicaraguayen : Daniel Ortega et Sergio Ramirez ont été élus président et vice-président en juillet 1984 par 6 7 % des voix, lors des premières élections libres qu'ait connues leu r pays. et auxquelles participèrent 80 % des électeurs inscrits. Reagan. s'il a battu nettement son adversaire démocrate n'est finalement l'élu que de 30 W> des électeurs américains inscrits. Quand on sait que cette abstention massive a ux Etats-unis est le fait des exclus ,de la manne capitaliste (Noirs. Porto-Ricains. etc.), on mesure la vanité des prétentions nord-américaines à incarner la liberté.

Il faut répéter inlassablement ce qu'ont été les élections du 4 novembre 1984 au Nicaragua malgré la guerre menée par les contras et les calomnies des médias : la participation à l'expression politique d'u n peuple qui a mis à bas une dictature féroce, élément du dispositif impérialiste dans la région centre-américaine. En abattant le régime de Somoza, le FSLN ébranlait la puissance des Etats-Unis. comme l'avait fait vingt ans plus tôt. à Cuba. le mouvement du 26 juillet.

Les menaces proférées par Reagan ne sont pas isolées. Elles font partie d'une offensive idéologique de toute l'administration. Des « fuites », le plus souvent délibérées, diffusent régulièrement les projets d'attaque du Pentagone. Le Congrès est submergé de rapports sur des connexions soviéto-cubaines avec Managua, dénoncées comme source de destabilisation de la région centre-américaine.

Autre signe du durcissement des Etats-Unis, leur décision de suspendre sine die les conversations avec les autorités nicaraguayennes qui avaient lieu au Mexique, à Manzanillo. Les conversations menées par les quatre pays du groupe de la Contadora (Mexique. Venezuela. Colombie et Panama) sont également bloquées. ce qui aggrave l'isolement diplomatique de Managua.

Mais il est clair que les déclarations agressives de Reagan ont aussi une destination interne aux Etats-Unis. Pour mener sa politique contre les sandinistes, Washington a besoin de mettre en avant la contra qui, à partir de ses sanctuaires frontaliers attaque les coopératives. assassine des paysans. des femmes, des enfants. La principale composante de ces groupes contre-révolutionnaires est la Force démocratique nicaraguayenne (FON). Basée au Honduras, elle est pour l'essentiel formée par l'ancienne garde nationale de la dictature somoziste. Baptisés « combattants de la liberté », salués comme « nos frères » par Reagan. les contras sont portés à bout de bras par les Etats-Unis. Depuis 1981. le gouvernement américain a versé officiellement 80 millions de dollars. En octobre dernier, le Congrès américain retenait le principe d'une nouvelle aide de 14 millions de dollars, la décision finale devant être prise en mars 1985. On

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comprend alors l'empressement mis par Reagan à convaincre les congressistes et. par tous les moyens.

La contra n'est pourtant qu'une des pièces du dispositif déployé en Amérique centrale par Washington. Au Salvador, des conseillers ont été dépêchés par l'administration Reagan pour lutter contre la guerilla menée par le FMLN-FDR. Des manœuvres de grande envergure se succèdent au Honduras. Une infrastructure permanente a été édifiée dans ce pays, base nécessaire pour des interventions régionales.

Contre toutes ces manœuvres qu i tentent de prendre à la gorge la révolution, les autorités de Managua ont choisi de répondre sur plusieurs terrains. Face aux opérations de la contra, et malgré les conséquences pour l'économie, le FSLN a décidé de développer les capacités de défense du pays. Ainsi, soot mobilisés de no mbreux jeunes dans le cadre du service militaire patriotique. Malgré les victi mes de la guerre sournoise menée par la contra, . cette dernière n'est pas en position d'infliger de sérieux revers militaires aux sandinistes. Elle se cantonne donc dans une guerre d'usure.

La mobilisation de la population en défense de la révolution s'est manifestée avec détermination lors de la mise en alerte des troupes US en novembre dernier, et l'on a vu les habitants creuser des tranchées et se préparer à repousser une invasion. Nullement impressionnés par les survols de l'aviation américaine et hondurienne, fidèles à leur ligne de conduite, les dirigeants du FSLN ont même offert une large amnistie aux contras qui déposeraient les armes. La FON l'a aussitôt rejetée.

Le FSLN a multiplié les gestes de bonne volonté, ratifiant notamment l'acte de la Contadora. Il vient d'annoncer le départ, en mai prochain, d'une centaine de conseillers militaires cubains, ainsi que le gel des achats d'armement pour une durée indéterminée. Ce sont les propositions les plus avancèes qu'aient émises les dirigeants sandinistes. Reagan ne s'en contentera probablement pas car son objectif demeure de jeter bas les sandinistes. II ne leur reproche pas tant la chute de Somoza que d'avoir déclenché une révolution sociale, qui a donné naissance à un nouvel Etat ouvrier dans la région.

Tout est bon pour les Etats-Unis pour combattre ce territoire libre: les pressions économiques qui pèsent dramatiquement sur l'économie faible et dépendante du Nicaragua ; la spéculation et le marché noir grèvent lourdement un budget déjà alourdi par les tâches de défense du pays ; le sabotage économique mené par la contra.

Dès lors, le peuple nicaraguayen ne peut compter, en piÙs de la force de sa révolution, que sur la solidarité internationale. Si Reagan n'a pas déclenché une intervention massive en novembre dernier, cela ne signifie nullement qu' il a ' renoncè à ses projets belliqueux. La détermination et le courage de la population nicaraguayenne, la puissance de ses organisations de masse et l'existence d'un vaste mouvement de solidarité dans le monde fixent le prix qu'aurait à payer l'impérial isme US pour une invasion. Si son intervention à Grenade a pris des airs de promenade, le gouvernement américain sait qu'il s'engagerait au Nicaragua dans un véritable bain de sang et affronterait des combattants trempés dans la lutte de guerilla.

Le peuple nicaraguayen se dresse pour la défense de sa révolution. A ses côtés, le mouvement de solidarité internationale ne doit pas faiblir. Cinq cents volontaires, venus des Etats-Unis, ont participé à la récolte du café dans les zones exposées aux raids de la contra. Ils venaient symboliquement remplacer les milliers de jeunes nicaraguayens mobilisés pour la défense de Managua. L:été prochain à nouveau, des centaines de militants anti-impérialistes apporteront lèur aide au Nicaragua dans le cadre des brigades. Mais surtout, tout au long de l'année, nous devons nous tenir mobilisés en défense de la révolution sandiniste, contre les menaces qui pèsent sur elle. La richesse de cette révolution est un acqu is pour tous les peuples du monde. Sans que cela ne relativise leurs autres tâches, les militants anti-impérialistes doivent répondre présent à l'appel du Nicaragua libre.

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