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Les femmes et la politique : le rôle essentiel du travail

· Critique communiste, n° 39, mars 1985 · p. 5-8 · 3 437 mots

Les feiDDles et la politique:

le rôle essentiel du travail

D vieilles dames. Or, les élections de . voté plus tard que les autres deux cas se rencontrant, de cerner les . sur les femmes de cette époque, au

Frédérique VINTEUIL

EPUIS 1981, une série d'études se sont portées sur le comportement électoral des Françaises et leur insertion dans la vie politique. En effet, l'élection présidentielle a marqué une rupture avec les traditions de vote à droite de l'électorat féminin. Pour la première fois, les femmes ont fait, à âge égal, un choix politique comparable à celui des hommes, l'écart de quatre points en faveur des candidats conservateurs étant dû au pourcentage plus élevé de 1983 et 1984 traduisent de nouveau une dlstorsion entre les électorats des deux sexes.

A l'approche de 1986, il est important de savoir comment votent les femmes et pourquoi. Important aussi de déterminer s'il existe une approche « féminine » de la vie politique, ou au contraire un · comportement très proche de celui des hommes, et, les groupes sociaux concernés. Janine Mossuz-Lavau et Mariette Sineau ont publié une Enquête sur les femmes et la politique en France (PUF 1983) où elles analysent les résultats électoraux des années soixante-dix auxquels s'ajoutent des sondages sur la perception de la politique par les femmes ; elles ont complété récemment par une étude sur les éleètions européennes de 1984 parue dans le Monde du 15 août de la même année. Entre l'isoloir et le confessionnal, une longue histoire

Le portrait robot d'une femme de gauche ? Elle a trente ans, elle est cadre supérieur et entend le rester, elle a fréquenté l'université, encouragée par sa mère qui avait une profession.

Le portrait robot d'une femme de droite ? Elle est agricultrice, au foyer, commerçante ou épouse d'ouvrier, âgée. Elle a, au mieux, le certificat d'études. Sa mère n'a jamais travaillé. Réalité contrariante pour une certaine mythologie qui fleurit à gauche et à l'extrême gauche, mais réalité tout de même. Autant regarder comment on en est arrivé là ...

Chacun le sait, les Françaises ont Européennes et même que les femmes de certains pays du tiers monde. Les radicaux, qui disposaient d'une majorité de blocage au Sénat s'opposèrent, pendant toute l'entre-deux-guerres, à la fé minisation du corps électoral, au nom de la laïcité ; les femmes étaient supposées obtempérer aux consignes de leur curé. Un regard lucide sur la France des années trente, encore très rurale, et niveau d'instruction très bas, confirme l'analyse des radicaux. Une partie de la droite, influencée par les régimes fascistes où les femmes « votaient », et bien sûr, l'Eglise, s'étaient d 'ai lleurs déclarées favorables au vote des femmes. La SFIO et le PC eurent le bon goût de ne pas suivre les radicaux, et même si ce fut rare, de présenter quelques candidatures féminines illégales. Les femmes ministres du Front populaires, anomalie constitutionnelle, traduisent cet effort de la gauche même si les portefeuilles attribués reflètent une absence d'audace caractérisée.

A la libération, il devint difficile de ne pas faire comme la totalité des autres Etats - tout le monde n'a pas la chance de vivre dans un canton suisse. La guerre avait à jamais tué les radicaux ; le MRP était trop proche de l'Eglise pour ne pas

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analyser le vote des femmes comme soixante-dix, les jeunes femmes sont une bénédiction. Sans surprise, ce à la fois plus à gauche et plus convote provoqua ce que l'on attendait cernées par la vie politique.

trente ans. Il y a des années que la évolution similaire. De plus en plus de lui : un infléchissement à droite du corps électoral. Cela va durer plus de gauche serait au pouvoir si le suffrage était resté masculin. Mitterrand aurait battu de Gaulle dès 1965 (51 % des voix masculines en sa faveur, et seulement 39 % des voix féminines) ; il aurait écrasé Giscard en 197 4 ; la gauche aurait remporté toutes les élections depuis vingt ans.. . S'en étonner relève de l'imbécilité. On ne peut pas enfermer une catégorie de population entre les quatre murs d'une cuisine, lui faire intérioriser que cet enfermement est une situation idéale et s'attendre à ce que l'esprit lui vienne, tous les cinq ans, précisément le jour des élections.

Dans les années cinquante et soixante, les femmes qui votent ont reçu l'éducation des années trente. L'écart est considérable avec le comportement politique des hommes (onze points d'écart en 1951...). La distorsion porte sur les choix mais aussi sur le regard posé sur la politique. En 1953, 60 % des femmes déclarent ne pas s'intéresser, de près ou de loin, à la politique, contre 29 % des hommes. Elles sont fréquemment deux fois plus abstentionnistes qu'eux. Lorsqu'elles sont interrogées, par sondage, sur une question d'ordre général, près de la moitié « ne sait pas répondre », contre 20 % des hommes. Une rupture récente avec la tradition

Les femmes qui votaient dans les années cinquante et soixante le font toujours , par la grâce de l'allongement de la durée de vie. Leurs époux, qui accusent un décalage de dix ans d'espérance de vie, contribuent beaucoup moins à remplir les urnes des années quatre-vingt. Cet excédent de vieilles dames est le grand responsable des différences actuelles entre les sexes dans l'attitude de vote.

En effet, les élections de 197 4 marquent un début de rupture avec la tradition. A âge égal, les femmes votent sensiblement de la même manière que les hommes à partir de cette date. Cela correspond à l'arrivée à l'âge adulte de la génération du baby boom. Plus instruites, beaucoup plus nombreuses dans les professions qualifiées, ayant découvert la politique dans le climat des années

Les sondages sur la perception de la vie politique traduisent une de femmes osent se situer sur l'échiquier politique, ont un avis sur les questions générales. Ainsi, lors d'une enquête effectuée en 1982 sur l'opportunité des nationalisations - sujet réputé complexe-, le nombre de refus de prise de position féminins n'est guère plus élevé que celui des hommes. La participation des femmes au mouvement associatif est en augmentation constante depuis dix ans.

Les élections de mai et surtout de juin 1981 ont marqué l'écart minimal de comportement entre les deux sexes. Toutefois, les scrutins de 1983 et 1984 ont vu réapparaître une distorsion. En juin 1984, l'abstention féminine a été plus massive (46 % d'abstentions féminines contre 40 % pour les hommes). La raison n'est certainement pas un désintérêt plus grand pour l'Europe, puisqu'aux mêmes élections, en 1979, l'écart était négligeable. Il s'agit plutôt d'une abstention motivée, politique.

Cette analyse est confirmée par la faiblesse relative de l'écart gauchedroite dans les votes des deux sexes : les suffrages féminins n'accordent que trois points supplémentaires à la droite, toutes listes confondues. En revanche, le Front national a beaucoup moins séduit les femmes que les hommes, à l'exception des agricultrices et des ouvrières. Les chômeuses sont deux fois moins nombreuses que les chômeurs à avoir voté pour la liste Le Pen ; les étudiantes sont trois fois moins nombreuses et les femmes cadres supérieures deux fois et demie moins nombreuses.

La fidélité à la liste Veil parmi les femmes situées à droite s'explique par les différences, sur les thèmes relatifs à leurs droits : apparemment, cette frange de la population continue à préférer l'image Veil, moderniste, libérale sur la question des mœurs, aux discours de l'extrême droite pétainistes sur la famille.

Par ailleurs, les femmes ont plutôt moins voté que les hommes pour le

PC, sauf les chômeuses, et moins voté pour le PS. Paradoxalement, l'écart gauche-droite entre les sexes s'inverse avec le statut social. Ouvrières et employées votent plus à droite que leurs collègues de travail.

Les cadres moyens et supérieurs, les étudiantes votent nettement plus à gauche {jusqu'à deux fois plus) que leurs homologues masculins. Il va

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IFOP

Tableau 1 : vote des hommes et des femmes le 17 juin 1984, d'après les trois

Chômeurs

Tableau 2 : Vote des actifs et des divers groupes « inactifs » selon le sexe.

Source : IFOP / RTL/le Point (enquête « Sortie des urnes»).

F H* H

53 41 38 42 49 55 60 51 57 53 34 40 20

7 19 14 22 21 15 15 Il

17 15 16 17 13 10 Il 14 10 16 18 19 lOO lOO 100 lOO lOO lOO 100 lOO lOO lOO lOO lOO 100 100

Tableau 3 : Vote selon la profession de la personne interrogée et selon Je sexe. Source: IFOP /RTL/le Point (enquête «Sortie des urnes»).

Les votes à l' élection européenne de juin 1984 (in "le Monde, du 15 août sans dire que les femmes au foyer votent très majoritairement à droite.

L'explication du succès de la droite auprès des femmes à revenus modestes, peu diplômées, réside à la fois dans une tradition conservatrice très ancienne et dans l'incapacité du mouvement ouvrier à attirer cette catégorie de population. La préférence pour la gauche des femmes diplômées est une projection assez directe de l'oppression. Une femme, même cadre supérieur, se sent moins nantie que son collègue mâle ; en outre, une partie des enseignantes sont rangées dans les cadres supérieurs.

Si l'on ajoute que l'électorat féminin de gauche s'est davantage abstenu, ou a plus voté pour l'extrême gauche que les hommes, on constate que les femmes forment une bonne partie des « déçus du socialisme ». Un discriminant majeur : le travail

L'étude du décalage hommesfemmes dans le rapport à la politique renseigne mal sur les fractures qui partagent les femmes elles-mêmes. Autant, pour les hommes, l'appartenance sociale est un critère pertinent, autant il est médié pour les femmes par le fait d'exercer ou non une profession à l'extérieur du foyer, quelle que soit cette profession, quel que soit le statut social du mari. Ainsi on constate que, statistiquement, une ouvrière et une femme cadre supérieur ont davantage de points communs sur la vie politique, sur la nécessité de s'y insérer, sur les droits des femmes ... que l'une n'en a avec une épouse d'ouvrier au foyer et l'autre avec une femme de cadre.

Les enquêtes réalisées permettent de distinguer trois groupes, dont deux deux sont très proches. Les femmes au travail et celles qui sont au foyer après avoir exercé une profession forment deux groupes presque homogènes, celles qui ont cessé de travailler étant néanmoins moins « progressistes » que les femmes en activité. Les femmes au foyer qui n'ont jamais travaillé représentent un ensemble bien individualisé aux caractéristiques conservatrices affirmées.

Les femmes au foyer s'affirment plus conservatrices que les autres femmes et que les hommes dans tous les domaines couverts par la vie publique, y compris sur leurs propres droits. Les résultats électoraux révèlent des votes à droite compris ~---------------------------------

% Marchais Jospin H 12 21 F 10 20 SOFRES H 12 21 F 10 20 BVA H 14 20 F 9 21 enquêtes « Sortie des urnes ».

% Actifs Femmes au H F foyer H Marchais 12 Il 8 13 Jospin 21 21 16 21 Veil 38 42 52 25 Le Pen 14 9 10 21 Autres listes 15 17 14 20 100 100 100 100 % cadres cadres prof es. indussup. moyens lib. triels H F H F H Marchais 5 9 10 9 2 2 Jospin 16 27 24 26 13 16 Veil Le Pen 15 6 lJ Autres Il

* Effectifs féminins trop réduits.

1984). · entre 55 % et 60 % . Interrogées sur leurs préférences partisanes, 23 % de ces femmes refusent de répondre, pourcentage très supérieur à celui du reste de la population. Priées de se situer schématiquement sur l'échiquier politique, près de la moitié d'entre elles se déclarent « au centre », entité qui a le mérite de n'être concrétisée par aucune véritable force politique et qui symbolise la « neutralité » et le conservatisme. A la question de savoir si elles accepteraient de se mobiliser sur leurs quartiers, dans un comité de locataires, pour une action sur le cadre de vie, pour des crèches, elles sont deux fois plus nombreuses que les actives et les hommes à exclure toute forme d'activité de ce type.

La sphère de la vie privée entraîne des attitudes volontiers réac-

Veil

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100 artis./ ag riemployés ouvriers corn.

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F H* H

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· tionnaires. Dans les années quatre- vingt, la majorité des femmes au foyer persistent à considérer l'adultère féminin comme plus grave que celui des hommes, malgré la modification de la loi. Elles sont les plus hostiles à la contraception, à l'avortement, à la libéralisation des mœurs.

Le partage des tâches ménagères, négation de leur raison d'être, est peu apprécié. Elles y sont nettement moins favorables que les hommes eux-mêmes, et bien sûr, que les femmes actives.

Ces chiffres peuvent être opportunément corrélés avec le taux de pratique religieuse. Les femmes au foyer battent des records de piété, au sein d'une population féminine qui reste beaucoup plus attachée à la religion que les hommes. En 1977,

9 3 % des femmes au foyer se

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professionnelle, ces femmes sont . y a un vote féminin au sens où les déclarent catholiques, contre 82 % des actives et 79 % des hommes. 28 % des femmes au foyer vont à la messe au moins une fois par mois ! Néanmoins, l'influence de l'Eglise est plus une conséquence du traditionnalisme de cette catégorie qu'il n'en est la cause. En fait, comme l'écrivent Mossuz-Lavau et Sineau : 11 On a t'impression que les femmes (. . .) ne sont pas toutes contemporaines. Selon qu'elles travaillent ou ont travaillé, ou n'ontjamais connu d'autre univers que la maison. elles ne vivent pas vraiment à la même heure ; elles représentent des états success(fs du regard porté par une société sur les normes qui la régissent . (. .. ) D'émeutière qu'elle était au X/Xe siècle. la ménagère est devenue un frein social, sans doute parce que la famille dans laquelle elle vit est comparable à un cocon qui n'accepte pas que l'individu soit unjour prêt à vivre sa vie en dehors d'elle. »

Les femmes actives restent moins politisées que les hommes, mais plus progressistes sur les questions touchant à la vie privée. Ainsi, les formes de la vie politique perçues commes traditionnelles sont connotées au masculin. C'est le cas de la discussion politique (jamais pratiquée par un tiers des actives), des réunions publiques, des manifestations. La suppression des partis politiques serait-elle « très grave» ou « grave » ? Les actives ne sont que deux tiers à s'en déclarer convaincues, contre 7 5 % des hommes. La réponse à la même question sur le droit de grève fait apparaître un écart de cinq points entre actifs des deux sexes ; mais parmi ceux qui répondent « très grave >> , l'écart est de dix-neuf points (56 % des hommes · 3 7 % des femmes actives et .. . 23 %' des femmes au foyer !) Même parmi l'électorat de gauche, les femmes manifestent une plus grande indifférence à la suppression des grandes libertés. Ce constat - assez accablant- reflète le sentiment de dépossession à l'égard des instruments de la vie publique, au rang desquels il faut placer ceux dont s'est doté le mouvement ouvrier. Un siècle d'histoire et la réalité contemporaine expliquent aisément le phénomène.

En revanche les actives se déclarent aussi mobilisables que les actifs lorsqu'il s'agit de défendre des droits ou des intérêts liés à la vie quotidienne : s'opposer à la construction d'une centrale nucléaire, obtenir l'ouverture d'une crèche, etc.

On constate par là le caractère profondément idéologique du rapport à la politique. Les femmes participent moins à la vie publique pour des raisons qui ne peuvent être ramenées au seul manque de temps. En effet, l'explication donnée le plus couramment -double journée de travail, prise en charge des enfants- n'est que partiellement pertinente et fonctionne comme «co uverture jutificative >> de la part des femmes elles-mêmes. Sinon, comment expliquer que les femmes les moins mobilisables sont celles qui ont le plus de temps, femmes au foyer ou retraitées ? Comment expliquer que telle femme qui « n'a pas un moment pour lire les pages politiques du journal », se découvre plus de temps que les hommes pour lire les rubriques liées à la défense des consommateurs, et autant qu'eux pour militer dans un comité de quartier ? Un autre rapport à la politique

Sans doute, ne saurait-on nier le fre in de la double journée, mais l'obstacle est aussi dans la relation à la politique . La polit ique « politicienne », la lutte syndicale, sans parler de la politique étrangère, sont vécues comme des mécanismes abstraits, générateurs de conflits que l'on ne souhaite pas assumer. Le domaine lié à la vie quotidienne paraît s'enraciner dans des pratiques concrètes, maîtrisables ; il est aussi davantage connoté « au féminin».

Fait significatif, la « politique des hommes >> fait l'objet d'une appropriation d'une catégorie de femmes, celles qui ont des diplômes. On retrouve la couche des cadres moyens et supérieurs féminins , réservoir de forces militantes pour les partis de gauche, les associations... et le mouvement fémin iste. Pour ce seul groupe, il n'existe plus de décalage avec le comportement politique de l'ensemble des hommes. A l'intérieur de leur caté go ri e sociomême plus à gauche, plus concernées par la vie politique, plus mobilisables que leurs collègu es. L'avenir infléchira sans doute assez peu cette réalité, puisque les étudiantes sont nettement plus progressistes que les étudiants. Chez les enseignantes, 41 % sont très intéressées par la vie politique (contre 39 % de leurs collègues mâles). En 1978, 72 % d'entre elles avaient voté pour la gauche contre 63 % des hommes!

Autrement dit, si l'on voulait définir le rapport des deux sexes à la politique, on pourrait dire -en caricaturant un peu- que la discussion de café du commerce requiert, chez un homme, le niveau du certificat d'études, et chez une femme, Bac + quatre.. . au moins ! Ce qui est naturel chez l'un est, chez l'autre, l'aboutissement d'une transgression que rend possible un haut niveau d'études.

Si la « politique des hommes >> d ivise les femmes actives, la « politique des femmes >> les rassemble. Sur tous les sujets liés aux mœurs, à la maîtrise de leur corps, au partage des tâches ménagères, les actives sont nettement plus progressistes que les hommes. Cette fois, la conscience de ses intérêts, perçus concrètement, prime sur l'idéologie et la tradition. Toutes ne sont pas prêtes à adhérer à un mouvement féminis t e, mais l'écrasante majorité d'entre elles reflète les acquis de la diffusion large des idées féministes. De même, elles sont plus nombreuses que les hommes à admettre la possiblité d'une femme chef de l'Etat. Mieux, elles exercent une influence sensible sur leurs maris qui apparaissent beaucoup plus libéraux que les époux de femmes au foyer. Elles-mêmes sont d'autant plus progressistes que leur propre mère travaillait (\es filles de mères actives sont d'ailleurs plus politisées au sens classique du terme).

Ainsi se dessinent, avec les femmes actives, les contours d'une force de changement social et de rupture des valeurs traditionnelles. Le problème est que, sauf chez les femmes le plus diplômées, le lien entre la défense de leurs droits et la remise en cause, même partielle, de l'ensemble de l'ordre social, ne se fait pas naturellement. La division privépublic fonctionne fort bien ...

A l'approche des élections législatives, les résultats de l'enquête que nous venons de résumer prennent tout leur sens. Il n'y pas pas un vote des femmes, homogène, mais il motivations des électrices ne sont pas les mêmes que celles des électeurs, à "l'intérieur de chaque groupe social et de chaque famille politique. La garantie de leurs droits, et par là même les thèmes féministes, revêtent une importance non négligeable dans le choix des actives. En outre, au-delà de la conjoncture électorale, l'énorme décalage entre actives et femmes au foyer montre l'enjeu de la bataille pour le droit à l'emploi des femmes dans l'établissement des rapports de forces entre les classes !

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