La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

EDITORIAL

Robotnicy solidarni z ruchem oporu w Polsce (Les ouvriers solidaires du mouvement de résistance en Pologne)

Critique communiste, n° 4, janvier 1982 · p. 3-4 · 1 181 mots

( Les ouvriers solidaires du mouvement de résistance en Pologne )

UE faire pour la Pologne ? Cette question est posée avec une actualité particulière dans la gauche française, notamment depuis les déclarations cyniques et brutales du ministre Cheysson. Des secteurs entiers de l'intelligentsia ont dénoncé l'hypocrisie du gouvernement, pour qui la répression en Pologne doit rester une affaire entre Polonais. Edmond Maire met justement en cause le rôle de l'URSS dans la tentative d'écrasement du mouvement polonais mais c'est pour exiger des démocraties bourgeoises occidentales qu'elles exercent des pressions économiques contre l'URSS et l'Etat polonais.

Lionel Jospin lui répond qu'il faut agir avec prudence, qu'il est plus facile d'appeler à la résistance de Paris qu'à Varsovie, qu'il est mal venu de donner des conseils aux ouvriers polonais. Le journal « Libération ,, ouvre une rubrique « bourse aux idées , pour tenter de répondre à la même question : que faire ? Des secteurs de l'opinion socialiste s'interrogent: la même politique de« non intervention , va-t-elle conduire aux mêmes désastres qu'il y a 45 ans en Espagne?

Pendant ce temps, les médias redécouvrent la force du carcan qui enserre le monde depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale: Yalta. Un partage du monde en zones d'influence qui n'a en réalité cessé de régir la planète et dont, une fois encore, on veut convaincre les peuples qu'il a force de loi.

Que faire pour la Pologne? La question telle qu'elle est posée n'a aucune réponse, si ce n'est l'acceptation résignée ou l'alignement sur le camp impérialiste. Car les travailleurs polonais sont victimes d'un double étouffement, par la bureaucratie stalinienne et par l'impérialisme.

Bras armé du bloc des Etats ouvriers dégénérés soudés autour du Kremlin, les chars et les policiers de Jaruzelski procèdent à une contre-révolution politique, dans le but de briser puis écraser la renaissance d'un mouvement ouvrier authentique qui a fait trembler les bureaucrates de toutes les capitales est-européennes : la dynamique de la révolution polonaise conduisait à la prise du pouvoir dans la société et dans l'Etat par les travailleurs. C'est pourquoi les Brejnev, Husak, Honecker, Jivkov et autre Kadar ne pouvaient la tolérer. Le renversement de la bureaucratie en Pologne portait un coup terrible à la domination bureaucratique en URSS, dont le bilan économique et social n'est guère plus reluisant que celui de Gierek tandis que des dizaines de nationalités demeurent sous le joug.

La contre- révolution politique en Pologne est le strict pendant de la contrerévolution impérialiste, mise en échec au Vietnam mais aujourd'hui terriblement menaçante au Salvador, au Guatemala, contre le Nicaragua et Cuba. C'est pourquoi l'appel aux Etats occidentaux pour le respect des libertés démocratiques et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est un appel vain ou hypocrite : on ne s'adresse pas au complice pour arrêter le bras de l'assassin.

L'action en faveur du peuple et des travailleurs polonais n'est possible que sur un seul terrain : celui de la solidarité ouvrière internationale, contre l'oppression capitaliste et bureaucratique, pour le socialisme tel que les travailleurs polonais avaient commencé à le faire revivre, à travers Solidarité et le mouvement des conseils ouvriers. Le mouvement de solidarité accuse du même coup les vieilles direc-

Page 4

tions du mouvement ouvrier européen, étroitement imbriquées dans l'ordre contre-révolutionnaire de Yalta.

Honte au PCF et à la direction de la CGT, qui se font sans la moindre gène les agents de Brejnev et de Jaruzelsky au sein du mouvement ouvrier français. Mais honte aussi aux PC « eurocommunistes >> italien ou espagnol, qui ne se désolidarisent timidement du bloc soviétique que pour mieux appeler à une «entente nationale ,, entre les travailleurs polonais et leurs bourreaux.

Honte aussi à l'Internationale socialiste qui << espère que le peuple polonais sera capable de résoudre ses problèmes sans interférence extérieure et sans bain de sang >> ; qui appelle au silence car « des avis non sollicités ou des déclarations rédigées de façon dure n'aideront pas le peuple de Pologne>>; qui copie sur l'« Humanité>> ou la« Pravda ,, quand elle« prend note de l'intention de la direction polonaise non d'interrompre et de renverser, mais de poursuivre, le processus de réformes de et renouveau du pays>>.

Le PS français s'est vu contraint -par l'indignation de sa propre base- de se démarquer verbalement de cette prise de position de l'Internationale socialiste, mais lui reste intégralement fidèle sur le fond !

Le mouvement des travailleurs polonais a redonné sens et contenu à l'avenir socialiste de l'humanité. La tentative d'écrasement de ce mouvement par la bureaucratie stalinienne est comprise par les travailleurs dans le monde, et particulièrement en Europe, comme une attaque contre les leurs. En ce sens, Solidarnosc poursuit son œuvre de renaissance du mouvement ouvrier, indépendant, démocratique et unitaire, bien au-delà des frontières des pays du «socialisme réel >>. Rien ne peut mieux illustrer la dimension internationale de la révolution politique que l'on tente d'étrangler en Pologne. C'est en vain qu'un Bergeron tente de détourner le mouvement de solidarité contre le socialisme, en défense du capitalisme régnant (« Pologne : le vrai visage du communisme >> titre l'hebdomadaire de Force ouvrière). La révolution polonaise et sa défense démasquent et lézardent l'emprise du PCF sur la CGT, dans des proportions jamais vues jusqu'à aujourd'hui. Sous le choc, l'appareil stalinien du PCF se trouve lui-même fracturé en plusieurs morceaux.

La défense des travailleurs polonais, exigence posée dans toutes les organisations ouvrières, tend à bousculer la conj uration de Yalta scellée contre la révolution socialiste par les puissances impérialistes et la bureaucratie soviétique. Elle agit déjà comme un puissant acide sur les bureaucraties ouvrières des pays capitalistes qui ont lié leur sort aux intérêts du stalinisme ou de l'impérialisme.

L'action de solidarité doit rassembler localement toutes les organisations ouvrières, syndicales et politiques, dans des comités Pologne. Rien ne saurait justifier la dispersion des forces et le refus de travailler ensemble, quand il s'agit de défendre une organisation de 10 millions de travailleurs, frappée avec la même violence dans toutes ses composantes. L'unité pour les travailleurs polonais correspond à un sentiment profond.

Il faut faire connaître les activités de Solidarnosc, ses acquis, son programme. Il faut développer d'urgence l'aide alimentaire et en médicaments dont les organisations syndicales ouvrières devraient prendre la responsabilité de l'acheminement.

. Il faut s'opposer aux appels au boycott économique de la Pologne, qui ne peut en définitive que se retourner contre la population. Au contraire, il faut exiger de Mitterrand et de Mauroy qu'ils intensifient l'aide alimentaire et médicale, et qu'ils s'assurent que cette aide parvient aux destinataires.

Le 23.12.1981 A NOS LECTEURS Le V° Congrès de la Ligue communiste révolutionnaire s'est tenu du 16 au 19 décembre 1981. La confection de ce numéro de Critique communiste ayant été réalisée pendant le congrès, nous y reviendrons ultérieurement.

En ce début d'année 1982, la rédaction de Critique communiste transmet ses vœux à ses lecteurs. Des vœux de lutte et de victoire, en particulier pour les travailleurs de Pologne et du Salvador.

Une erreur sur cette page ?