La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation

Critique communiste, n° 43, juillet 1985 · p. 4-5 · 761 mots

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ourquoi consacrer ce numéro spécial été de Critique communiste au « tiers monde et la crise >> ? De ce tiers monde parviennent en Europe, par le biais saccadé des informations télévisées, des images de terreur : celles de l'interminable et extraordinairement meurtrière guerre entre 1 'Irak et l'Iran et celles de la famine au Sahel. Les images sanglantes et chaotiques du Liban, ou de la tragédie cambodgienne.

Les populations du monde capitaliste développé n'ignorent donc pas ces drames du tiers monde. Elles en sont même, en quelque sorte, abreuvées. Sans avoir, pour autant, les moyens d'ordonner ces images, de comprendre ce qu'elles expriment. Distributeurs de ces nouvelles dramatiques, les médias distillent le plus souvent, et parfois à leur insu, un sentiment de menace. Les révoltes populaires ne sont-elles pas fréquemment identifiées au terrorisme ; lui-même toujours présenté comme un complot dirigé contre les démocraties occidentales afm de les intimider et de les déséquilibrer ? Comme une arme destinée à briser la résistance occidentale face à la pression des multitudes misérables du tiers monde ? Racisme et xénophobie ressurgissent. La vieille hantise du «péril jaune» est remise au goût du jour, affublée

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Présentation s'ille faut du turban des khoméinistes.

Cette information, surabondante à certains égards, brise l'unité de la réalité comme un miroir éclaté. Elle dissimule notamment la responsabilité majeure des pays capitalistes développés dans une crise où s'abîme le tiers monde, les deux-tiers de l'humanité. Elle feint d'ignorer que les firmes et puissances impérialistes sont là-bas, sur place, toutes puissantes ; que leur commerce enserre les pays pauvres dans un corset de fer, que banques et gouvernements impérialistes jouent aujourd'hui le rôle d'affameurs mondiaux ; qu'ils sont - ceux qui usent du chantage de l'arme alimentaire après avoir détruit les cultures vivrières, qui imposent des plans d'austérité iniques pour continuer le pompage des richesses créées dans le tiers monde - les véritables terroristes internationaux : ils tiennent en otages des centaines de millions d'êtres humains.

Le mouvement ouvrier européen n'a pourtant pas pris encore la mesure de la crise qui frappe le tiers monde, les pays tenus dans la dépendance des centres de l'économie capitaliste mondiale. Or, cette crise est d'une ampleur et d'une brutalité inouïe par rapport à celle que nous subissons dans les métropoles développées. Il faut le dire, non pour culpabiliser les travailleurs de nos pays et les inviter à l'acceptation des sacrifices au nom de tout le malheur du monde. Les bonnes âmes qui prêchent soumission et charité s'en chargent. Il faut le dire parce que l'ignorance de l'ampleur et des causes de la crise qui ravage le tiers monde signifie que le mouvement ouvrier de nos pays ne prend pas toute la mesure de la crise qui le frappe ici même: car il s'agit de la même crise; frappant ici et là-bas ; de la même crise dont les effets destructeurs dans le tiers monde annoncent ceux qui apparaîtront demain ici ; de la même crise du système capitaliste, qui ne peut être combattue sur un front sans l'être aussi sur l'autre ; qui exige, pour la survie de la civilisation et l'avenir de l'humanité, une solidarité internationale des exploités, et une issue qui ne peut se construire qu'à l'échelle de la planète : par une stratégie internationale de lutte contre le capitalisme et la reconstruction de l'économie mondiale sur des bases socialistes.

Ce numéro de Critique communiste n'a pas la prétention de faire le tour ou l'inventaire de tous les problèmes posés. Une étude sur l'impérialisme aujourd'hui et du rôle des multinationales eut été bienvenue. De même, l'analyse d'un phénomène de grande ampleur, la théologie de la Libération et l'église des communautés de base, qui joue un rôle important dans la fermentation révolutionnaire en Amérique latine.

Si nous avons fait une place importante à la question de la dette du tiers monde, à la révolution nicaraguayenne aujourd'hui si menacée, l'accent est mis sur l'Mrique noire, trop souvent négligée par la recherche marxiste; sur l'Mghanistan, siège d'une guerre de libération nationale d'un type nouveau ; sur la Chine enfin, emportée par un nouveau tournant d'ampleur. La mise en perspective avec le cours de la révolution maoïste depuis 1949 permet, puisque l'heure est aux bilans, de revenir, de façon critique, sur les problèmes de la transition.

Les ravages de la crise capitaliste dans le tiers monde, l'exemple révolutionnaire du Nicaragua, les contradictions colossales qu'affronte la construction du socialisme dans les pays libérés - dans le contexte d'un tragique retard de la révolution dans le monde industriel développé -, tels sont les thèmes de ce numéro.

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