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VIIe CONGRÈS DE LA LCR

1986 : pour la LCR, deux défis à relever

· Critique communiste, n° 44, septembre 1985 · p. 28-29 · 1 708 mots

Ce congrès doit décider ce que sera l'orientation de la LCR pour 1986. Cette échéance clé prend figure de défi. C'est toute la politique du PS et du PCF, depuis 1981, sinon depuis près d'un quart de siècle, qui va être sanctionnée. Avec le risque majeur que cette sanction se fasse au profit de la droite et de l'extrême droite !

La loi électorale concoctée par Mitterrand vise à étrangler dans le nœud coulant du « vote utile » toute critique, toute aspiration étrangère au jeu politicien. Il faudrait voter PS, sous peine de facil iter le retour de la droite ! Qu'importe que cePS-là ait mené cinq années durant la politique de la droite, et que nul ne sache si demain il ne s'alliera pas directement avec elle ...

Il n'y aurait de place au soleil qu'aux marges, pour le PCF et le Front national. Un PCF qui met une croix sur sa propre participation au gouvernement, son soutien à la politique d'austérité, et qui va appeler à un vote antisocialiste, en se lavant les mains du reste. Un Front national qui fait sa pelote en apparaissant le plus radical dans la dénonciation de la gauche et, auprès de certains, comme le plus convaincant parce qu'assumant haut et fort le racisme ambiant.

Ainsi, la seule boussole dans ces élections serait de savoir contre qui voter!

Tel est le premier défi qui nous est lancé, à nous et à l'ensemble de l'extrême gauche : être capable de proposer aux travailleurs un vote pour.

L'extrême gauche doit refuser le piège, celui de la démoralisation et du ressentiment. Se rallier au moindre mal, accepter que cinq ans après l'immense espoir de 1981 il n'y ait d'autre choix qu'entre le néo-libéralisme outrecuidant et mâtiné de fascisme d'un côté et le néo-libéralisme plus ou moins jésuitique de l'autre, ce serait intérioriser l'échec: cela reviendrait à prôner le désarmement politique.

Notre congrès doit nous permettre de définir la campagne qu'il nous faut mener en 1986, une campagne qui ne se cantonne pas à la dénonciation, mais s'affirme en positif. Parce que, face à la démoralisation systématiquement entretenue, à la tentation de l'échec insidieusement ·distillée, nous devons relever l'étendard de l'espoir.

Une autre voie est possible. Celle sur laquelle, dans les luttes, nous débouchons toujours. Lorsque, avec les ouvriers de l'automobile, de la sidérurgie, des chantiers navals, du textile, il faut lutter pour l'emploi, la dignité, la réduction du temps de travail et la défense du salaire. Lorsque, avec les femmes, face aux plans natalistes et de développement du temps partiel, il faut se battre pour le droit à l'emploi et la libération. Lorsque, avec les immigrés, les beurs et les jeunes, en riposte au racisme et à la montée du fascisme, il faut combattre pour l'égalité des droits. Lorsque, avec les Kanaks, pour tenir à bonne distance la colonialisme enragé, il faut lutter pour la liberté des peuples et des relations fraternelles entre nations libres. Lutter aussi pour la défense des libertés, si violentées lors de l'extradition des militants basques, ou en défense de l'environnement, contre les nuisances et destruction capitalistes.

Il faudra, en 1986, que des candidates et candidats disent que si le choix n'est pas entre la rigueur de gauche et l'austérité de droite c'est parce que cette autre voie existe : celle de la mobilisation, de la lutte. Celle d'une politique qui ait pour objectif la satisfaction des besoins sociaux et qui s'en prenne pour cela aux privilèges des puissances d'argent. 1986, temps d'élections et de débat politique, doit être l'occasion de défendre une orientation résolument anticapitaliste qui seule peut permettre un combat ferme contre la droite et le patronat de s'opposer à la collaboration de classes dans laquelle se sont enfon-

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cées jusqu'au cou les directions du PS et du PCF.

C'est ainsi qu'il sera possible de briser les images d'échecs sans fm que nous proposent les miroirs parallèles de la gauche réformiste et de la droite réactionnaire. En expliquant qu'il est possible de voter contre la droite sans cautionner la gauche officielle, qu'il faut sanctionner la gauche sans faire le jeu de la droite revancharde. Bref, qu'il existe une alternative ! Enclencher une dynamique

Nous en sommes convaincus, une telle perspective correspond à l'attente de dizaines de milliers de travailleurs, de militants. Car tels sont bien la caractéristique majeure et le second défi de la situation que notre congrès doit analyser. D'un côté, la classe ouvrière se trouve rejetée sur la défensive. Cinq ans de trahisons de la gauche gouvernementale ont répandu le désarroi et la désorientation. L'action gréviste est à son niveau le plus bas depuis vingt ans. La conscience de classe régresse dans de larges secteurs. Il en résulte un affaiblissement de la crédibilité de l'action collective et des possibilités de mise en mouvement des travailleurs, une régression de l'unité et de la solidarité ouvrières. Mais cette nette dégradation des rapports de force n'a pas détruit le potentiel social, politique et institutionnel accumulé dans la classe ouvrière ces dernières décennies. Des possibilités de contre-offensive ouvrière existent, comme dans une série de pays d'Europe. Les phénomènes de recomposition internes au mouvement · ouvrier traduisent une telle situation. Sur près de deux décennies, toute une génération ouvrière a fait l'expérience des impasses dans lesquelles l'avait fourvoyée les directions bureaucratiques. Sans céder aux tendances actuelles au découragement, une partie de cette génération prend ses distances ou rompt carrément avec elles, tandis qu'émergent de nouvelles franges militantes à travers des mouvements sociaux comme le mouvement antiraciste.

Certes, tous ces phénomènes demeurent éclatés, embryonnaires, moléculaires. Le faible nombre de luttes sociales, l'absence de perspectives politiques unifiantes, la faiblesse des révolutionnaires et leurs difficultés à rendre crédible aujourd'hui une orientation anticapitaliste, constituent autant d'obstacles à leur cristallisation en une alternative politique de masse. Pire, la désillusion provoquée par cette gauche faillie, ses traditions bureaucratiques et ses rapports de manipulation du mouvement populaire rejaillissent, aux yeux de nombreux travailleurs, sur l'extrême gauche elle-même et sur la possibilité de construire un nouveau parti. Il n'en demeure pas moins que l'aspiration à ce qu'il se passe quelque chose en dehors des appareils réformistes se retrouve dans tous les domaines de l'action de classe, au plan local comme au plan national : dans les partis de gauche, dans les syndicats, dans les mouvements de solidarité anti-impérialistes, dans les mobilisations antiracistes, etc.

Confrontés à une telle situation, les révolutionnaires n'ont pas de tâche plus urgente que de stimuler, à tous les niveaux, des formes multiples de rassemblement, d'aider par le débat et l'action de larges secteurs à passer du simple rejet de la politique des vieilles directions à la lutte pour une orientation de classe. Tel est le sens de la bataille proposée par la majorité du comité central, pour le regroupement d'une alternative anticapitaliste. Celle-ci constitue aujourd'hui la seule voie permettant à la LCR de jouer pleinement son rôle d'instrument de la recomposition du mouvement ouvrier en tenant compte de toutes ses caractéristiques, et d'œuvrer à la clarification politique entre les forces , courants et militants concernés par ce projet. C'est ainsi que notre organisation peut se doter d'une orientation concrète de construction du parti des travailleurs plus que jamais nécessaire, en définissant les médiations adaptées à la complexité de la situation.

Ne nous y trompons pas, la démarche proposée n'a rien d'une solution de facilité. C'est sur le long terme que se joue son issue. Comme l'indique le projet de thèses majoritaire : « La faible cristallisation des courants critiques au sein du mouvement ouvrier et, partant, l'hétérogénéité très grande des militants, courants, groupes ou organisations auxquels elle peut s'adresser ne peuvent être surmontées par aucune proclamation artificielle. Il s'agit au contraire d'une bataille de longue haleine, d'une approche globale et de longue durée qui, en s'appuyant sur tous les phénomènes concrets de ce processus de recomposition, vise à lui fournir une perspective politique positive, dans laquelle puissent commencer à se reconnaître ses éléments les plus poli tisés .» Reste que renoncer à ce pari audacieux, ne pas répondre à ce processus ou, au contraire, s'engager dans des fuites en avant aux issues plus hypothétiques les unes que les autres, reviendrait à ne pas mettre notre courant politique en mesure d'assumer les responsabilités qui sont les siennes.

Les élections législatives et régionales de mars 1986 peuvent représenter un moment privilégié d'affirmation de ce projet. Ch&cun le comprend bien, la force de conviction de cette alternative sera directement dépendante de sa capacité unitaire. Que les forces qui combattent la collaboration de classes s'abandonnent à la débandade du chacun pour soi, et elles prendront la responsabilité d'offrir le spectacle lamentable du gâchis et de la division. Qu'elles mettent au contraire en commun leurs ressources, et une dynamique peut s'enclencher, donnant une vigoureuse impulsion aux maturations politiques en cours.

Voilà pourquoi notre organisation doit continuer à militer en faveur d'une large coalition de toutes les forces qui, se situant à gauche de la gauche, et exemptes de toute compromission avec la pratique gouvernementale, sont prêtes à proposer une réelle politique de changement, sur la base de quelques thèmes clés. Voilà pourquoi aussi elle doit continuer à combattre résolument des sectarismes inadmissibles au regard des enjeux, qu'il s'agisse des autoproclamations diverses du PCI, de la volonté hégémoniste des Verts ou des atermoiements d'organisations comme la FGA. Voilà enfin pourquoi il lui appartient, tout en poursuivant les discussions nationales, d'agir simultanément et sans volonté de récupération dans les localités et les entreprises. Partout, avec tous ceux qui refusent le retour de la droite tout en condamnant l'action du PS et du PC, nous devons engager la discussion, prendre des initiatives politiques pour que s'affirme - si possible dans des listes départementales unitaires - un large courant anticapitaliste. Un courant qui pèsera lourd dans les combats de l'après 1986. Nous proposerons aux camarades de Lutte ouvrière, avec qui nous devons renforcer nos relations privilégiées, de mener ensemble cette bataille.

Que la LCR soit le ferment de cette dynamique, l'instrument de cette remobilisation : telle doit être notre ambition. Que notre prochain congrès nous en donne les moyens : tel est 1 'objet du présent débat et tel est le but du document politique soumis par la majorité du comité central.

Georges Tinville

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